mercredi 20 février 2008, Moscou
solitudes transibérinnes hors du temps

Texte effectivement écrit lors de mon voyage de Ulan-bator a Moscou, début décembre 2007

Grand moment de solitude.

J'arrive en gare avant le train. Un groupe de jeunes russes, derrière leurs manteaux de fourrure, me dévisagent et se marrent. Je me tape tranquillement une petite bière.

Un policier mongol m'accoste et m'invite à le suivre. C'est au sujet de la bière : consommation interdite sur le quai, réquisition de la boisson.

Le train se pointe tout doucement.

On m'a bien dit et répété que les Russes ne rigolaient guère. Je vais pour m'installer à bord du train, mais l'hôtesse, une dame grande et fine d'une quarantaine d'années (estimation) saisit mon billet, aboie des trucs en russe qui m'échappent, et me désigne du menton une autre place dans une autre cabine qui, me semble t-il, ne correspond pas à ma réservation. Dans le doute, je préfère ne pas m'installer du tout, refoule mon barda dans l'exigu couloir et gagne le quai. Profitons donc de ces toutes dernières minutes à U.B, de l'air froid et sec de Mongolie. Des porteurs chargent les plates-formes de valises, cartons et malles en quantités extravagantes. L'hôtesse repasse devant moi, je lui montre à nouveau mon billet, ce qui l'incite à chausser ses lunettes, pour se rendre compte qu'elle a commis une erreur en me chassant du compart. En guise d'excuses, mesdames et messieurs, j'ai droit à un authentique sourire !! La classe internationale.

Alors que je m'installe, la locomotive émet un long sifflement et le convoi d'une quinzaine de wagons s'ébranle.

À l’exception de la mienne, toutes les cabines de la voiture sont occupées par des femmes très occupées... A défaire des cartons, déballer des vêtements et des vivres. Au vu des quantités, il va de soi que tous ces produits sont destinés à la vente en Russie et non pas d'effets personnels.

A plusieurs reprises, on frappe à la porte, l'une des marchandes souhaitant dissimuler dans ma cabine (n° 17) quelques marchandises frauduleuses telles qu'un vison, une paire de gros saucissons, des contrefaçons de vêtements de marque et j'en passe. Je dois décliner l'offre à plusieurs reprises, ignorant les risques que je prends en me rendant complice de ce marché noir. Mon refus de collaborer irrite un chouilla les mamas-marchandes du dimanche, et spécialement l'une d'entre elles qui finit par ouvrir sèchement la porte sans frapper et en me jetant un regard noir, puis faisant fi de mon existence entreprend de décharger sur les couchettes un sac bourré de bottes, manteaux, chemises à carreaux, écharpes (en laine de yak semble t-il) et encore d'autres trucs. Par magie, ma souriante hôtesse passe à ce moment, je lui désigne (bien calmement) la tentative d'occupation illicite de la cabine par des objets qui ne m'intéressent en rien, lui indiquant de fait mon refus de coopérer par passivité. Bref...

L'employée des chemins de fer Russes (probablement mère de famille par ailleurs) donne un coup de main à la mama-au-regard-noir pour rassembler sa camelote, tandis que cette dernière vocifère contre moi des trucs en Russe que je ne cherche pas vraiment à comprendre, amusé quelque part de constater que l'hôtesse n'a pas vraiment d'autre choix que celui d'être complice de ce « trafic ». En effet toutes les mamans de cette voiture ayant fait quelques « courses » à Ulan-Bator avant de franchir la frontière Russe, les douanes immobiliseront le train pendant des lustres si des colis entiers de marchandises ostensiblement destinés au marché noir sont découverts en nombre dans la rame...

Ainsi, madame Hôtesse-sourire est très occupée à des tâches étonnantes, étant données ses fonctions. Et j'observe avec le plus grand intérêt la danse de la dame en uniforme vert (et casquette) qui passe et repasse, arpentant le couloir, les bras chargés tantôt de volumineux sacs d'emballage (à évacuer du train avant la frontière), tantôt de marchandises diverses à répartir intelligemment entre les comparts, dans une atmosphère d'urgence, et avec beaucoup d'énergie... Ouf !


Le train est immobilisé pendant quelques heures pour les formalités frontalières.

C'est rapide côté mongol, tandis que les Russes prétendent à leur légendaires suspicions pendant un temps que l'on ne compte pas (c'est illégal). A trois reprises je dois quitter la cabine pour que des douaniers (qui ressemblent a des soldats) puissent se livrer à des fouilles, opération qui fait un tapage conséquent. Les plafonds sont démontés, comme tout ce qui peut l'être, et pour le reste j'entends les types qui cognent contre les cloisons pour vérifier qu'elles soient bien creuses (!) tandis que je perçois des va-et-vient sur le toit du train, et distingue à l'extérieur le bal des faisceaux de s torches électriques illuminant le châssis et les recoins de la rame. Très impressionnant tout ça, croyez-moi, ça a l'air très sérieux. Si bien que j'en viendrais presque à me sentir coupable de me trouver là, dans cette atmosphère aux relents soviétiques où la présomption de culpabilité est la règle.

Mais personne ne songe à ouvrir mon sac ! C'est ainsi...

Les femmes, dans les cabines environnantes se font houspiller (un peu) par les officiers des douanes. Apparemment, toute une affaire.

Et je tente de trouver un peu de sommeil, seul dans ma cabine obscure, confortablement installé sur l'un des matelas à dérouler et oreiller en plumes fournis par la compagnie. Vers une heure et demi, le train repart enfin. Après seulement quelques minutes, une des mamas surgit dans le compartiment pour récupérer quatre énormes saucissons qu'elle avait (a mon insu) ingénieusement pendus derrière les rideaux, et qui ont échappé à trois fouilles successives. Bravo Mama !

Enfin je m'endors pour de bon, et en Russie s'il vous plaît !

J'ouvre les yeux sur une lumière un peu rouge, celle d'une aube glacée au ciel sans nuages. La neige, évidemment, fait toujours partie du décor. Et le train arrive en gare. Probablement Oulan-oudé, sur la rive sud-est du Lac Baical (soit dit en passant le plus grand réservoir d'eau douce de la planète). Je vais pour sortir sur le quai, ce qui est momentanément impossible étant donné que les plates-formes de la voiture sont présentement affectées à une tâche qui m'évoque les chemins de fer des temps anciens : voilà l'effet charbon. Des agents de la gare, équipés de pelles et de seaux chargent une chaudière au charbon utilisée pour le chauffage de la voiture, tandis que sur le quai, dessinant deux sillons sur la neige qui tapisse le quai, un tracteur s'avance pour décharger le combustible devant chaque porte.

L'opération achevée, je descends sur le quai. La gare a l'air d'avoir été retapée il y a peu, du moins une couche de peinture verte qui semble récente et contraste avec le style architectural des bâtiments (ou plutôt son absence), soviétique. Des agents du train remontent la rame, d'essieu en essieu, en leur tapant dessus au passage avec une petite masse, dans le but de libérer les pistons et les mâchoires de frein de la glace qui s'est accumulée là. Ça fait un bruit de percussion, un rythme métallique destructuré qui accompagne admirablement les voix hurlantes dans les haut-parleurs du quai - des trucs en Russe, à l'attention des voyageurs (voix féminine), ou des cheminots (voix masculine) L'horloge principale indique trois heures et quelques, en contradiction notoire avec le soleil qui lui en clame au bas mot six de plus. La raison de ce désaccord : l'horaire qui a court sur tout le réseau ferré Russe est fixé sur le fuseau de Moscou.

C'est à ce moment là, en observant les bobards de l'horloge, que naît en moi pour la première fois un sentiment, une impression de me trouver hors du temps, ou peut-être de passer à travers lui, sans frottement. Une impression qui va se poursuivre au long de ces 5 jours et quelques milliers de kilomètres vers l'ouest, ces 5 jours « à bord ».. En effet, quelle que soit l'indication de temps qui puisse être donnée à bord du train, celle-ci est forcément erronée étant donné que nous traversons cinq fuseaux horaires et que l'heure en cours change continuellement. Plus précisément : une heure se perd chaque jour. Ce sentiment est par ailleurs bien différent de ce que ressent éventuellement un passager du transport aérien au long court, qui lui, saute d'un temps à un autre, et se retrouve donc entre deux temps pour seulement quelques heures. Le passager du transsibérien, lui, se retrouve ainsi à traverser le temps, jour après jour, nuit après nuit, pendant une petite semaine. Plutôt déroutant. L'environnement linéaire-confiné du train qui, à intervalle régulier, offre une brève relation avec un environnement externe (et glacial) au gré des arrêts en gare, synapse entre un milieu figé dans le temps et l'espace et le train qui leur échappe, se jouant tout à la fois de ces deux réalités, le contraste est perturbant, surtout en y ajoutant l'effet « mal de terre », un léger trouble de l'équilibre ressenti sur le sol immobile après des heures passées sur un plancher en mouvement.. La magie de la Russie, pays grand comme un continent, opère ici....

Après avoir constaté que la voiture s'était vidée de la plupart de ces occupantes à Ulan Udé, hop ! Je me rendors.

Et me réveille, quelques heures plus tard, à temps (!) pour observer les eaux noires du lac Baical qui s'étendent jusqu'à l'infini. Le contraste est saisissant : A gauche (dans le sens de la marche) la neige recouvre de son manteau (blanc) des reliefs harmonieusement arrondis, tandis qu'a droite, les eaux sombres du lac absorbent toute lumière sur sa surface parfaitement plane. Pour profiter au mieux de cette vue spectaculaire, je jette mon dévolu sur le wagon restaurant.

On m'a dit et répété que les Russes n'avaient pas un mot d'anglais et que les restaurants disposaient uniquement de cartes en cyrillique. Le type du restau m'accoste effectivement en russe et me propose une carte en hieroglyphes.... Du coup je fais simple et efficace : de l'index je désigne une bière et un paquet de chips en vitrine. Un miracle se produit alors. « Maybe Sir you would prefer english menu to order something serious to eat ? » Incredible, soit-disant. Du coup, je me tape une de ces tranche de saumon !! sur pommes-de-terre sautées (avec amour) !


Plus on avance vers l'Ouest, plus la couche de neige s'épaissit. Le paysage est plutôt monotone : depuis deux jours le ciel est blanc, il neigeotte gentiment et nous naviguons sur la voie tracée dans une interminable forêt de boulot, entrecoupée ça et là par des surfaces agricoles ou un village, et de temps à autre la tenue orange fluo des très nombreux agents qui travaillent sur les voies rompt un peu cette monotonie forestière.

Je suis toujours plongé dans « Hard times » de Dikens qui dépeint des personnages plus tristes les uns que les autres, pauvres comme riches, sur fond de misère sociale et cheminées d'usines crachant leur poison dans l'Angleterre industrielle du 19eme siècle. Lecture des plus culturelle certes, mais un tant soit peu soporifique et, toujours perdu dans la solitude, et hors de l'espace et du temps, je sombre régulièrement dans des phases plus ou moins longues de sommeil, ce qui entérine la perte des repères. Et, s'il fait grand froid (de canard Russe) dehors, les voitures sont chauffées à bloc (et au charbon), j'en ai le sommeil perturbé. Et puis c'est assez bizarre de vivre en short et marcel sur un paysage du Monde des Glaces. J'en fait des rêves étranges, dans un univers en mouvement, ou se fondent les vies imaginaires de ma vie en rêve, et se tord la linéarité du temps. Que viennent faire ici mes amours passées, et Louisia, la pauvre petite mariée de force à l'horrible Mr Bounderby, en pleine révolution industrielle ? Et pourquoi tout ce petit monde est-il vêtu à la dernière mode de Lahore, Pakistan ? Et comment sortirons-nous tous indemnes de cette tempête de neige et de sable qui fait rage ?

Une voix qui vocifère des trucs (toujours en Russe), mais que je prends pour moi, me tire de ces réflexions métaphysiques. J'ouvre les yeux sur la nuit noire, dans un monde à l'arrêt dont le temps reste exclu.

Sur le quai je plaisante un peu avec les feux des lumières de manoeuvre, m'essayant à la photographie non-figurative. Il y a là quelques hôtesses et stewards du train, dont ma chère hôtesse, qui avait mystérieusement disparu, et qui présentement est de corvée de freins, s'activant sur le manche de la masse qui semble bien trop lourd pour elle, le dos plié en deux pour atteindre la glace qui gêne les mâchoires. Les autres, majestueux dans leurs uniformes de la compagnie, et coiffés de l'éternel bonnet à fourrure noire et oreillettes sont là, en cercles, à fumer des cigarettes et à plaisanter joyeusement... Allant même jusqu'à jouer au jeu des baisers russes ! Surréaliste. Puis le siffler de la locomotive retentit, tout ce petit monde remonte à bord, laissant le quai désert jusqu'au passage du prochain train. Je regarde ma cabine, avale un sandwich sardines-cornichons-mayonnaise et reprend ma lecture. De temps à autres, je suis ébloui par les phares d'une Trabant immobilisé à un passage à niveau, et me rendors tranquillement.


Environ 24h encore à passer dans la solitude de ma cabine trans-sibérienne.... Toutes mes bouquins sont lus, mes vivres sont épuisées, le paysage n'en finit plus d'être forestico-monotone. Des forêts cristallisées par le givre. Déjà quelques 4000 km que la neige fait partie intégrante du décor. Il me semble que la couche s'épaissit avec notre progression vers l'Ouest. De temps à autre, une ville et ses lumières émergent de la foret pétrifiée par la glace. Ces localités habitées sont toujours annoncées par des zones industrielles extensives, avec leurs cheminées fumantes, leurs enchevêtrements de voies ferrées, leurs immenses entrepôts faits de briques et de verre. Tout cela a un petit air de 19eme siècle, mais est bel et bien vivant. Peu à voir avec nos tristes friches industrielles et leurs voies ferrées rouillées et désaffectées, englouties par la nature, avec leurs entrepôts en ruines aux vitres brisées, avec leurs passerelles et structures rouillées. Non. L'industrie bien que vieillissante, a l'air alive, et il ne s'en dégage pas cette atmosphère un peu morbide que l'on peut parfois ressentir aux abords des grandes friches d'Europe.

Qu'est-il produit ici ? L'histoire ne le dit pas, bien sûr, ou alors en cyrillique. Mais les cheminées fument, les wagons sont bourrés de matériaux, et les parkings des usines pleins de bagnoles. Bref : Ça semble tourner à peu près rond.

Une nouvelle fois, je me réveille en plein milieu de la nuit, alors que le train s'engage lentement dans une gare immense. Au delà des bâtiments ferroviaires, il me semble apercevoir une grosse agglomération à l'architecture angulaire, et un instant je crains d'être (enfin) arrivé à Moscou, mais d'en avoir raté l'approche.... Toujours ces rêves étranges, et cette sensation collante d'être perdu quelque part dans le temps,, d'être avalé par l'immensité de la Russie. Je me décide à tâter un peu du froid du quai, mon cerveau ayant peut-être besoin d'être confronté à la réalité, celle du froid piquant, pour choisir entre état de somnolence et de conscience, pour se re-situer dans l'univers. Il y a là des échoppes ouvertes H24, tenues par des Russes emmitouflés dans leurs fourrures, et quelques autres zombies, fumant des cigarettes dont l'épaisse fumée semble stagner dans l'atmosphère glaciale, s'activant mollement aux diverses tâches de cheminot. Encore et toujours, après m'être ravitaillé à l'un des bungalow du quai de quelques sachets de poissons séchés, bières et cigarette (le « kit d'urgence Transsibérien »), j'assiste au remplissage des chaudière à charbon, dégivrage à la masse des cylindres de frein bloqués, messages de services sous forme vociférés par hauts-parleurs, plaisanteries (en Russe) d'agents fumant des clopes en cercles fermés sur le quai.

Le thermomètre public nous proposait -9°, tandis que l'horloge annonçait (sans délicatesse) minuit - C'est à n'y rien comprendre, m'étant couché des heures après la tombée de la nuit. je ne cherche pas. Demain, nous seront à Moscou. Demain, je mettrai les pendules à l'heure.

En attendant, bien réveillé mais toujours déboussolé, je regagne ma cabine, seul. Sifflet de la locomotive. Disparition des lueurs de la gare. Puis de la ville. Et, de nouveau, nous voilà plongés ailleurs, dans l'immensité blanche, glacée, régulière à outrance. Je m'en retourne à la dernière distraction qui me reste, dans ce train et à cette heure. Assis sur l'un des strapontins dans le couloir, j'observe, sur le tertre aux abords de la voie - surface neigeuse lisse - les projections des lumières s'échappant de l'habitacle, dessinant des formes mouvantes et aléatoires, train fantomatique et éphémère. Distraction poétique s'il en faut.

Demain, Arrivée en Europe. Back in Europe !

Demain, Moscou.

 





vendredi 30 novembre 2007, Désert de Gobi
La mongolie, c'est... D'la poesie !!

ENCART IMPORTANT : Vous vous souvenez certainement de Max, nous parcourions jadis les routes d'Índe et les sentiers du Nepal sous un soleil de plomb puis sous une pluie battante... Vous vous rappellerez sans doute aussi que le Max ne sort jamais de sa taniere sans son antique et immortel Nikon F1. Et bien figurez-vous que Monsieur Max a une galerie photos sur le web, presentant les hauts lieux de son voyage... Dernier pays en date : Le bengladesh, et croyez-moi mes amis, les photos sont... Indescriptibles ! Le talent transpire des cliches, j'en suis jaloux... Pour les VRAIS amateurs de photos d'art, rendez-vous à ne manquer sous aucun pretexte, emotions visuelles garanties !! En plus, y a même une galerie entierement consacrée à .... Moi, moi, moi! Cliquez immediatement sur le lien ci-après : http://maxontheroad.canalblog.com

 

Contrairement à cet article qui est sans prétention.

Angoisse de la page blanche.

D'habitude, ça se passe comme ça. Soit, j'ai pris des notes, mais qui sont bien trop volumineuses pour être transformées en article, au moins ai-je en tête les idees principales au moment de la rédaction. Soit, je n'en ai pas pris, je n'y pense guère et soudain ça fait FLASH sous mon crâne, me dirige tel un somnambule vers un Internet cafe, et j'observe, amusé, mes doigts pianoter sur les touches en plastoc (ben oui, parce que je sais toujours pas taper sans regarder le clavier...), sans trop y penser, et hop ! y'a un article au bout de quelques heures. Mais aujourd'hui, c'est different. J'ai failli vous dire que "ça ne venait pas", et que donc, pas d'article. Mais j'aurais ainsi failli à tous mes devoirs de voyageur-blogueur, rôle que je me suis moi-même donné sans pression exterieure à proprement parler. Parce qu'il n'y a pas de flash... Peut-être que mon esprit est trop tourné vers le futur (remarquez, il vaut mieux ça que de s'enfouir dans les souvenirs), ou qu'à force d'écrire beaucoup, comme tous les gens qui écrivent beaucoup, il y a des moments avec et des moments sans. Remarquez, c'est pas que je me prends pour un ecrivain, loin s'en faut. Pour moi c'est plutôt un jeu, j'ecris sans prétention, d'habitude j'y prends du plaisir. Le temps me manque, peut-être le FLASH viendrait-il, alors serais-je dans le transsiberien et je ne crois pas qu'il y ait d'internet-wagon à bord du train le plus fameux du monde.... Donc, je vais me forcer à écrire, essayer d'aller à l'essentiel, sachant, d'après les commentaires laissés sur le précèdent article, que certains d'entre vous attendent, presque avec impatience, de recevoir mes impressions sur la Mongolie... Alors tréve de blablabla, let's go ! Mais c'est bien pour vous faire plaisir, et je doute quelque peu du rendement de ma verve poetique forcée... Au moins la forme sera-t-elle originale !

Et à part ça, il y a quand même cent photos dans la galerie, pas d'angoisse du film blanc (quoi qu'avec le numérique je devrais dire de la carte memoire vierge beurk! )

Sein beinluu, mes amis !

Et bien me voilà revenu, plus vivant que jamais, de cette expedition de 12 jours au sein d'une équipe internationale composée de 8 membres à rider les immensités glaciales de l'automne mongole à bord d'un van tout-terrain nommé Wat, plus soviétique que Lenine lui-mëme....

Commencons par les présentations, comme il se doit. ci-dessous : LA TEAM !

Dans notre Watz, il y a...

Le couple de jeunes mariés international, Andy et Stephy, lui English, elle new-zelandaise, fort bien assortis physiquement, qui sont actuellement en Honey-moon, un voyage "all by train" depuis Shanghai jusqu'à, pour passer Christmas en famille...

Les deux copains suédois, j'ai nommé Daniel, photographe professionnel de 27 ans qui n'en est pas a son premier voyage, et Martin, 23 ans, qui lui par contre en est.

Le couple francofrancais (et même de Cannes), avec Lucie, 28 ans, agregee de lettres classique, enseignante en francais-latin-grec et très bientôt docteur-es-lettres classiques, et son compagnon Alex, sensiblement le même age, exerçant la très noble profession d'ostéopathe

Notre chauffeur et ami mongole Mishca, la quarantaine bien tassée, le berrêt toujours bien enfoncé sur les oreilles, ayant acquis avec bravoure et justesse le gratifiant surnom de "best driver in the world", capable d'apréhender d'un seul coup d'oeil si la glace qui recouvre une riviére à traverser est suffisamment épaisse pour supporter le van et ses occupants, capable de se repérer au milieu d'un désert parfaitement plat, sans route, sans carte, sans boussole (mais peut-être a t-il été l'objet d'une expérience génètique sovietique consistant à greffer un GPS au cerveau humain, qui sait ??), capable de vous changer une roue en pleine tempete de neige et sans gants, ancien champion de lutte et polyglotte pragmatique -vocabulaire anglais : Drive, sleep, hot, cold, eat, goat, you good?, good morning/night!, yes/no, problem ?, need oil, snow, shop next village, shower, horse/camel riding, fire OK?, look !, et tous les nombres- ce qui, finalement s'avére tout à fait suffisant pour couvrir toutes les activités disponibles en Mongolie.

(il a la plus grande photo, et c'est bien normal : respect des anciens oblige.)

Et, of course, un certain terrien among the earthly qu'on ne présente plus, tout du moins sur cette page...

LE DEPART

Un dernier arrêt à l'épicerie, on laisse derrière nous les quatre énormes et dégoûtantes cheminées des centrales thermiques soviétiques alimentant en énergie UB, qui crachent leur venin dans notre précieuse atmosphère. Vingt minutes de route, et puis, justement, c'est la fin de la route, juste quelques traces dans la terre sableuse. A notre passage, des oiseaux s'envolent, des chevaux sauvages (les derniers de toute la planète, oui, oui) s'enfuient au triple galop. On voit, de temps en temps, au loin, une traînée de poussière qui monte vers le ciel. Ce peut être un troupeau de ces chevaux, ou bien un camion qui parcoure la steppe.

Au bout de quelques heures, nous rencontrons les premiers signes de vie depuis que nous avons laissé la ville, à savoir deux ger. (once and for all, les gers ,ce sont ces tentes rondes et blanches caractéristiques que l'on appelle yourtes en français, mais pourquoi ?? Dans toutes les langues ainsi qu'en mongol, ça s'appelle ger, donc...) A l'intérieur, vit une famille de nomades, connaissance de Michka apparemment, la maman nous prépare le déjeuner et nous serre le thé au lait beurre salé (que tous n'apprécient pas, par exemple les deux jeunes mariés et les suédois pour qui ce sera la première et dernière tasse. Enfin nous y reviendrons), pendant que Daniel mitraille au Nikon les deux petites jumelles marantes.


Et puis, on repart, en bagnole, jusqu'à la nuit. J'ai de la chance, pour cette premiere journée, parce que je suis devant dans la bagnole, ainsi ai-je tout le loisir d'observer cette oeuvre d'art qu'est le ciel perpétuellement changeant de Mongolie.

DANS LA BAGNOLE

On va y passer du temps, dans ce van soviétique répondant au doux nom de Watz. At least cinq heures par jour...Je dois dire que c'est un véhicule d'une excellente constitution, à la mécanique simple (il le faut pour changer les pièces qui sont mises à rude épreuve). Les incidents techniques sont plutôt rares, on ne crève que deux fois, et une fois il faut s'occuper du filtre à air, parce qu'on traverse une tempête de sable ET de neige, ce qui, à ma connaissance, constitue une exclusivité mongolienne...


Une autre fois, il me semble surprendre notre chauffeur, de bon matin, en train de changer un bout de durite quelque part sous le châssis. D'après Bobby, organisatrice du tour, on crève en moyenne deux à trois fois par semaine en Mongolie lors d'un tel raid, mais étant donné que nous nous trouvons sous la protection active du Dalai-lama...


Le premier jour, je me crois chanceux, parce que je suis sur le siège avant, à côté de Michka, mon héros mongole, tandis que sur la première banquette ils sont trois, alors que celle-ci est prévue pour deux... Je dis - je me crois chanceux - parce que j'imagine bêtement que la disposition est établie pour les douze jours à venir, ce qui n'est pas du goût d'Andy qui fait voter un roulement dès le deuxième matin, adopté a l'unanimité moins une voix, et une abstention (Michka qui n'a pas trop compris la question).

Ca secoue pas mal dans la voiture, surtout qu'il n'y a jamais de route, et que Michka, bien que visiblement maîtrisant parfaitement son véhicule, se prenne pour le champion du monde en titre des rallyes, ce qui fait que de temps en temps on se chope quelques bosses, signes d'erreurs d'inattentions ; il y a des fois où il ne faut pas perdre de vue les aspérités à venir du terrain... Évidemment, impossible de dormir, lire ou écrire, heureusement pas de chanter ou de jouer de la guimbarde, lorsque le poste soviétique ne diffuse pas l'une des deux cassettes qu'a emportée Michka (ce qui est rare). J'aime assez les chants mongols, d'ailleurs maintenant je connais deux cassettes par coeur, je vous chanterai ça à l'occasion...

SENS DE L'ORIENTATION

Il y a quelque chose de magique, dans cette ballade, c'est la manière dont Michka se repère, sans carte, ni boussole, je ne parle même pas de quelque dispositif plus moderne. Serait-ce dû aux reliefs ? Mais alors, quand le paysage est parfaitement plat jusqu’à l'horizon ?? Peut-être le cheval ne bouge t-il JAMAIS ??


Parfois, nous suivons une piste, ou plus exactement deux ornières formées par le passage "fréquent" de véhicules (on a bien dû en voir 25 en douze jours) , puis nous virons brusquement à gauche, on roule dans les steppes pendant quelques heures, et puis hop ! on rejoint une autre trace et quelques minutes plus tard nous atteignons un campement de nomades ! C'est pas magique, ça ? Alex propose que ce pourrait être fonction de la position du soleil, affirmation qui tombera d'elle-même, ce jour où nous évoluerons pendant des heures dans une tempête de sable ET de neige, la lumière du soleil ne perçant que bien faiblement l'épaisse couverture de nuages...

D'ailleurs, ce jour-là, il y a vraiment eu 2 miracles... Je pense que, pour le coup on était perdus, et qu'on tournait en rond depuis un petit moment. Soudain, le TELEPHONE PORTABLE sonne (premier miracle), ça fait blablabla, blablabla, puis Michka raccroche, tire à gauche, roule exactement tout droit, et au bout d'une petite demi-heure, on arrive au camp !! Qu'est ce qu'a bien pu lui dire son interlocuteur pour le mettre sur la voie ?? Tu tournes à gauche après le gros flocon ?? Anyway...

DESERT HUMAIN...

En moyenne, on doit croiser un ger ou un campement trois ou quatre fois par jour, un village ou une petite ville every couple of day, ça fait pas grand monde... Remarquez, on s'y attendait, vu qu'il y a un million de people sur un bout de terre grand comme quatre fois la France... Mais à ce point, c'est surprenant... Et reposant ! Plusieurs fois, nous pouvons observer un berger, à cheval ou à moto, ou même à dos de yak ou de vache, essayer de resserrer les rangs de ses chèvres qui s'étalent dans l'immensité... Mais, à des centaines de kilomètres à la ronde, il n'y a RIEN ! Comment vivent ces gens ?
Malheureusement, la forme de mon excursion en Mongolie ne m'a guère permis de le leur demander, lors de mon prochain voyage, j'achèterai un canasson, plus facile pour approcher les nomades, je vous raconterai...

Et puis, il y a les "villes"... Le plus souvent, des villes d'habitations circulaires en toile et peaux de chèvres, entourées par une palissade rectangulaire. Parfois quelques maisonnettes de bois, et, exceptionnellement, quelques vrais bâtiments en dur. La encore, on comprend que les habitants de ces "villes" vivent de... pas grand-chose, à vrai dire.
Les agglomérations ne sont même pas reliées par la route, et les quelques camions qui les ravitaillent en produits d'importance vitale (essence, vodka, riz, dans cet ordre) vont, sur des pistes, se repérant à la manière de Michka, c’est-à-dire bien mystérieusement. Les magasins sont à peu prés vides, mais ne manquent jamais, au grand jamais de vodka, et encore disposent de plusieurs marques différentes ! Au moins les villes sont pourvues en électricité, ça aussi ça a l'air magique...

LE FROID !!!

Ben ouais, en Mongolie il fait froid, ça c'est pas une nouveauté... À vrai dire, je pensais quand même avoir plus froid que ça, surtout en cette saison. Enfin, il paraît que c'est une bonne année, Néanmoins, il y a quand même des moments où on sent un peu la fraîcheur. D'abord, parce que je dors dans un sac de couchage -30 deg. Ca semble paradoxal, mais voilà l'explication. Lorsqu'on se couche, le poêle de la yourte est chauffe à bloc, impossible de dormir dans un sac -30 étant donné qu'il fait au moins +45, souvenir du Pakistan... Donc, je le laisse ouvert et le pose simplement sur mon corps. Et puis, sur les coups des deux heures du matin, je me réveille (de froid), torse nu, et là, là, il fait vraiment, vraiment froid... Je me dépêche de refermer mon sac avant de congeler complètement, et me rendors bien tranquillement dans mes plumes de canard...

Le froid, on le sent aussi un peu quand il y a du vent, ou quand il neige. En fait, la température ne descend pas vraiment, il fait toujours dans les -20, mais ressenti ça fait aux alentours de -35. Moi, vous me connaissez ? Le froid, j'aime ça. Cela ne m'a jamais empêché de prendre mon pique-nique à l'extérieur du camion au lunch-time, par contre j'étais le seul dehors. Une fois ça m'a permis de rencontrer un berger, celui que vous verrez assis en tailleur dans la galerie photo sérieuse... On a partagé cigarettes, casse-croûte et thé ! Enfin... Pas vraiment partagé puisque il n'avait pas grand chose à offrir le bougre, à part une chèvre peut-être, mais y'avait pas trop la place dans le coffre de la bagnole (encore que, à noter que les deux derniers jours on avait un yak mort dans le coffre, j'ai pas trop compris pourquoi mais Michka, lui, le savait, ça ne fait aucun doute).

Et puis, il y a eu ce fameux matin... Pour une fois, Daniel le photographe n'a pas la flemme de se lever le premier pour saisir les premières lueurs du jour. Le plus souvent les suédois sont les derniers levés, mais pas cette fois. Au bout de 1min14sec il rentre, en pleurant, et se tenant le visage dans les mains... Que se passe t'il ? Il fait FROID, con! Cool... Je saute hors de mon duvet canard, m'habille avec TOUS mes vêtements, Alex fait de même, et je pars a l'assaut. Il y a, à cinq cent mètres de notre camp, des chutes d'eau dans un canyon, voilà le but de ma petite promenade matinale. A première vue, il ne fait pas si froid que ça. Mais, au bout d'une minute, effectivement, je commence à ressentir le truc. Oh, je suis bien habillé, donc je n'ai absolument pas froid au niveau du corps, ni plus qu'aux pieds et aux mains. Mais le visage... Il y a une espèce de petit courant d'air insipide, ça brûle le visage, sensation jusqu'alors inconnue pour moi, même au ski. A vrai dire, même, ça ressemble plus à Lahore qu'au ski, ça brûle ! Et puis, au bout d'une minute de plus, je me rends compte que je ne vois plus très bien. Vous savez pourquoi ? les larmes qui s'échappent de mes yeux à cause de ce petit courant d'air GELANT !! de même que... La morve a l'INTERIEUR de mon nez... Je n'ose plus toucher mes narines, j'ai vraiment l'impression que la chair va se briser, ça fait un peu peur... Et toujours cette brûlure intense aux joues et au front... Au bout de quatre minutes 27, j'ai ma dose, le froid n'a plus grand chose d'agréable, c'est douloureux et ça a l'air dangereux à termes. Je rentre à la ger, bien au chaud. Je n'ai aucune idée de la température qu'il a pu faire ce matin-là, mon thermomètre étant cassé depuis Lahore (surchauffe !). Mais je compris ce qu'était vraiment le froid. Je suis en pleine interrogation sur « comment les bêtes peuvent-elles résister à de telles températures, si elles se prolongent un peu ? » . J'ai eu la réponse un peu plus tard ; il y a deux ans, il a fait -50 pendant plus d'une semaine, et dans les régions touchées, 90% des animaux sont morts. Yacks, chèvres, moutons, chevaux, sans parler des animaux sauvages. Une tragédie pour les bergers.

LA DIVERSITE DES MILIEUX

Bof, pour cela pas besoin de vous faire un récit, je vais juste vous coller ensemble les photos qui vont bien. Je signale juste que, comme vous pouvez le constater dans la section du site intitulé "catch me", qui contient les cartes des lieux que je traverse, nous n'avons parcouru, au final, qu'une toute petite partie du territoire Mongol, excluant la haute montagne, les grandes forêts, les grandes prairies verdoyantes. Voyez-vous, je ne me suis guère ennuyé dans la voiture, simplement à observer cette diversité dans les vues, spectacle que la Sainte Nature offrit à mes yeux (ébahis, écarquilles, incrédules, au choix.). Et pourtant, nous avons passé le plus clair de notre temps à bord du Watz!



L'HEBERGEMENT (EN GERS)

Nous passons chacune des 11 nuits du petit tour en ger, ces fameuses tentes symboles de la Mongolie et de la vie de nomades.
J'imaginais que les gers, c'était superbement isolé, assez peu décoré, en fait c'est pas SI isolé, et ça peut, par contre, être fort bien décoré avec tout plein de petits motifs, bouddhistes pour la plupart. La toile extérieure est en feutre, ensuite vient l'isolation en fourrure de moutons, yak, ou tout ce qui se trouve disponible, puis des tentures pour l'aspect intérieur. Il y a toujours, en plein milieu, un poêle à bois dans lequel on fait cramer... du bois, ou encore du charbon, ou de la bouse de chameau (plus efficace et plus ecofriendly que les autres méthodes). Le poêle sert aussi de cuisinière dans les gers familiales (par opposition à d’autres que nous fréquentons qui sont des gers à "hôtes" - je dirais, de nos jours, à touristes. Dans la ger, deux aspects. D'abord, on se crame la couenne la première partie de la nuit, quand le poêle chauffe à bloc, puis on se les caille à mort quand le feu se meurt (parce que nos chers hôtes ne nous ont pas fourni suffisamment de bouse de chameau), la deuxième partie de nuit. Ca, c'est dans le cas des gers sensiblement bien isolées.
Dans les autres qui le sont moins, et bien... La première partie de nuit on a chaud côté pile (celui tourné vers le feu au centre) et on se caille du côté tourné vers l'extérieur, et puis, en deuxième partie de nuit, on a VRAIMENT très froid, cote pile et face. À vrai dire, moi j'ai pas eu froid dans mon duvet super-mega-haute-technologie en poils (plumes ?) de canard, mais je parle de témoignages de ceux qui n'avait pas ma chance.... en général, les gers mal isolées ne sont pas fermées en leur sommet.


Les structures qui nous hébergent, maintenant.
Soit on est perdus au milieu de la pampa, soit dans ces villes de gers que je vous ai décrites plus haut. Dans la pampa, nous atterrissons de temps en temps chez de vrais nomades, qui ont une tente à disposition des invités, voilà une manière de se faire un revenu complémentaire. Dans ce cas, nous ne sommes pas attendus, Michka connaît simplement les endroits où les familles s'installent habituellement. Ces bergers vivent encore une vie traditionnelle, bien que le "revenu complémentaire" conditionne fortement leur mode de vie, et les fait se quasi-sédentariser, avec un camp d'été et un d'hiver. Le prix de la nuit pour les invités (comprenez « touristes ») est de 4000 tugrugs, dîner et petit dej compris, c'est à dire... 2.5 euros. Ce qui rend la chose très bon marché, mais qui représente un bon paquet de sous pour les nomades, habitués à vivre avec bien peu de monnaie. Pour un groupe de 7 personnes, voilà 28 000 tg qui tombent en une seule fois, un bon paquet. Deuxième possibilité, quand nous passons la nuit hors des villes (la plupart du temps, en fait) : la ger se trouve dans un "tourist camp" encore appelé "desert resort" Heureusement, les touristes hivernaux ne se bousculent pas en Mongolie, et ces resorts sont absolument déserts lorsque nous les fréquentons. Mais l'emplacement des gers qui s'y trouve en été sont encore visibles sur le sol, parfois quarante au bas mot, soit une 250 aine d'occidentaux entassés là, autant dire que j'aurais détesté cet endroit à la saison chaude. Et même en hiver, je trouve que ce n'est pas la panacée, l'accueil est strictement impersonnel, le contact humain pour ainsi dire nul. Et puis, dans les villes, c'est aussi assez intéressant... je ne pense pas que les enclos puissent comporter plus de gers en été, et j'imagine que les tentes pour invités doivent également servir aux routiers, ou à quelque colporteur de passage. Le confort est un poêle moins sommaire, c'est à dire... qu'il y a... la lumière électrique ! Par contre les latrines sont toujours composées d'une paire de planches jetées au dessus d'une fosse, le tout recouvert d'une cabane en bois. Les latrines à l'odeur nauséabonde (et encore : on est en hiver !), et puis les repas, voilà ce qui constitue la constante en Mongolie, au milieu de ce décor qui tous les jours change au travers des fenêtres du Watz

LA BOUSTIFAILLE

Difficile de savoir si les "mets" que l'on nous propose sont aussi ce que mangent les locaux, tout au moins à cette fréquence; toujours est-il que je me permets d'en douter, car je pense que le plat unique est assez nocif pour la santé, alors que les bergers que nous rencontrons ont l'air d'être de solides gaillards. Au menu : quelques morceaux de viande de chèvre, jetés soit dans une soupe de nouddles (spagetthis à la mode chinoise), soit dans un bol de riz blanc. De temps en temps, quelques légumes : carottes et choux. Bof, ça a dû arriver une paire de fois grand maximum. Et puis il y a le thé au lait salé beurre à volonté, pour les amateurs...On m'avait promis l'horreur ultime en matière de goût, avec le lait de jument, et bien soit je n'en ai pas goûté, soit je n'ai pas spécialement trouvé ça mauvais. Donc, souvent, pour "varier les plaisirs, on préfère se faire notre petite popote pour le lunch, avec les victuailles que l'on trouve dans les shops. Le choix dans les magasins est énorme... en ce qui concerne les variétés de vodka ! Pour le reste, c'est tout de suite un peu plus limité, mais je ne suis pas venu en Mongolie pour jouer les fines bouches. Donc, en ce qui me concerne, une boite de sardines, plus le merveilleux sandwich présenté ci-dessous me conviennent parfaitement !

Bon, ben voilà, je sais bien que sur le fond je ne me suis pas surpassé, encore que ça aurait pu être pire parce que j'avais vraiment pas d'inspiration.... Au moins aie-je tenté, pour compenser un brin, de faire un effort sur la forme, l'aurez-vous remarqué ? C'est vivant, y'a des images AU MILIEU du texte, pour une fois ! Je suis sûr que ça plaira à mes trois petites soeurs...

Vous savez quoi ??

Demain, je prends le train... Destination : Moscou ! Je vais remonter dans le temps. Cinq fuseaux horaires en cinq jours. Et puis je passerai trois jours à Moscou, et il me faudra trouver un moyen de quitter rapidement la Russie (à vrai dire il me restera que trois jours de visa) pour, après 11 mois passés à vivre à ma fantaisie, revenir en France, retrouver ma chère famille et mes chers amis, mes petites habitudes, auxquelles hopefully viendront s'en ajouter d'autres. Et puis, des rêves plein la tête, des souvenirs et cette irrésistible envie de repartir à l'assaut du monde, toujours sans avion, c'est tellement plus joli... d'ici quelques années, le temps de sauver quelques dizaines de milliers d'euros, pour parler gros sous... Aller, puisque vous avez été on ne peut plus gentils avec moi, je vous dévoile, en avant première, le projet de mon prochain voyage. Terrain de jeux : le MONDE ! YOUPI !! Sur cinq ou six ans, parce qu'une année, croyez-moi, c'est bien court...

Je cherche d'ores et déjà des partenaires pour m'accompagner, sur au moins une partie de ce voyage là, avis aux amateurs(TRICES). ... Qui m'aime me suive ! (flûte, j'ai tracé le truc rouge un peu vite, et au passage oublié le Chili et sa cordillère, et plein d'autres trucs...)


Ah!ah ! J'entends d'ici ceux qui ricanent, me trouvent prétentieux, ou autre. Heureusement, que avant de partir pour ce premier voyage, je n'ai pas écouté ceux qui ricanaient ! C'est un peu comme une promesse que je me suis faite, c'est ce pourquoi je vais travailler les années à venir : préparer cet ultime voyage tout autour du monde, toujours sans décoller les pieds du sol !!

Trêve de quasi-plaisanteries... Si je vous livre une telle carte, c'est parce que ce que vous êtes en train de lire est certainement le tout dernier article que j'écris pour "unterriensurterre" (en tout cas pour ce voyage) hors des frontières de la France. Sans doute vous mettrais-je quelques photos de Moscou, mais je ne pense pas vous écrire encore. A vrai dire, cela pour trois raisons : La première, c'est que techniquement cela va être difficile, vu que je vais pas arrêter de trottiner pour ces vingt jours à venir, histoire d'être à l'heure au rendez-vous familial de Noël. La seconde, et bien comme je vous le disais je ne trouve plus l'inspiration, c'est un peu con à dire comme ça mais c'est une réalité. La troisième, et bien j'ai envie de profiter de cette dernière quinzaine rien que pour moi, égoïstement, je sais que ça va être pour le moins "spécial", étant donné que je suis dans l'impro totale, que je vais faire du "Hospitality club", sans doute du stop, même...

C'est pas TOUT A FAIT fini....

Il me reste un dernier truc à vous dire, avant de vous dire au revoir pour un bon, bon bout de temps, au moins pour certains d'entre vous. Un terrien sur terre, c'est pas tout à fait fini... J'ai souvent dit "je vous promets", et par la suite, à cause de difficultés techniques, ou diplomatiques, ou pudiques, ou autres, j'ai rien dit du tout ... Et bien sachez que je le ferai ! Voilà bien une promesse que j'ai envie de tenir. Il manque pas mal de trucs, je peux vous les citer : La deuxième quinzaine en Iran, le Baloutchistan express, le séjour en Kalash vallée, le séjour chez Ballak Das le Sadhu de Rishikesh, Katmandu mon Amour, toute la Chine, et maintenant... le retour vers l'Est que j'amorce demain.
Et encore, je ne vous parle pas, au point de vue pictural, de TOUTES mes photos argentiques du Pakistan qui m'attendent bien au chaud à Pantruche, celles en Noir et blanc du Tibet qui sont encore sous forme de rouleaux, et enfin celles que je n'ai pas encore prises, mais qui seront en carte-memoire (berk...) d'ici les quinze jours à venir. Et puis aussi cet album de Paris que je ferai, avec mon regard de parisien d'adoption, doublé de celui du voyageur, dernière étape sur ma route avant l'arrivée au pays, autours du 24 décembre : Murat, cantal-auvergne. Peut-être qu'après-coup, cela ne vous intéresse plus du tout, que vous me suiviez un peu comme on suit les "artistes" de TV-merdalité et que mes articles "à posteriori" ne vous toucheront pas... Boaf, j'y crois pas trop. Surtout que les souvenirs embellissent tout, et q'ainsi le souvenir de ces best-of moments seront du domaine du quasi-fantastique... Donc, pour rendre la suite plus commode, j'ajoute, dans la partie droite de la page, tout en haut, une petite fenêtre appellée "news-letter", cela pour vous permettre, à l'avenir, d'être averti quand il y aura du nouveau sur le site. Si ça vous intéresse, bien sûr ! Pour sûr, je prendrai beaucoup de plaisir à broder ces souvenirs... Puissiez-vous avoir du plaisir à les lire !

MERCI !!

Me reste alors à vous dire au revoir, et surtout un grand MERCI pour votre soutien. Je vois qu'il y a eu plus de dix mille lecteurs d'un terrien sur terre, je n'en attendais pas tant ! Je me doute que ma famille inquiète y est pour quelque chose, mais anyway... Mon aventure fut passionnante, et la communication que j'ai entretenue avec vous, à travers ce blog y est pour quelque chose. Pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, il est grand temps de signer le "guestbook" (livre d'or, pour les allergiques chroniques à l'anglais!), non ??

Et surtout... Ne vous inquiétez pas pour moi ! Je veux dire... Je me rends bien compte que le ton de cette page est un chouilla nostalgico (on va dire gris clair, quoi), parce que j'ai l'impression de dire au revoir à des amis chers, de tourner une page. Mais je ne suis ni triste, ni nostalgique, bien au contraire, j'ai le moral gonflé à bloc, empli d'une énergie nouvelle,et persuadé de l'intérêt de la connaissance de soi et du reste du monde, et SURTOUT de l'intérêt de ne jamais cesser de chercher la voie du bonheur...
Le but de la vie c'est d'être heureux !! Vous savez, mon voeu le plus cher est que la lecture de ces pages vous ai donné envie à VOUS, aussi, de faire le grand saut... Partir le sac au dos, partir pour de vrai en ne comptant que sur ses petites épaules, se laisser guider par la route et par les rencontres, écouter son coeur et ne pas brûler d'étape. Comme vous avez pu le constater au travers de mes écrits il n'y a rien de bien difficile là-dedans, il suffit de se lancer, et de récolter les fruits du plaisir et du bonheur de la découverte....

Je vous aime ! Puisse chacun d'entre vous trouver la sagesse, la paix et la sérénité qui montrent la voie du bonheur... Bayarlaa !!

AUDOIN-SIMPLE-TERRIEN

YOUPIIIIIIIII !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

PS : N'oubliez pas D"EVITER DE PRENDRE L'AVION autant que possible... On ne changera pas le monde, la machine est trop bien huilée dorénavant, la seule révolution possible est donc celle toute personnelle, ne vous en privez pas !




samedi 17 novembre 2007, Oulan-Bator
Grand froid, me voilà !!!!

Bonsoir à tous !

Alors, alors... je suis toujours à Ulan-Bator, capitale de la Mongolie.

Pour info, Ulan-Bator, c'est la capitale la plus froide du monde, et la Mongolie l'un des pays les moins densément peuplés. Il y a un million d'habitants vivant à la capitale, quand la population mongole comporte, en tout, … 2,5 millions d'habitants sur un territoire... environ 5 fois grand comme la France, ce qui signifie que ce pays est trente fois moins peuplé que le pays de Voltaire. Voilà pour les informations de base.

Ca fait déjà 5 jours que je suis a U.B, et demain, c'est fini ! Effectivement, j'ai finalement réussi à m'incruster dans un raid... J'ai cherché pendant un bon bout de temps car il faut dire que, en cette saison d'abord, les amateurs ne courent pas les rues, à cause du froid vous vous en doutez, et ensuite, le fait de voyager seul a, certes, de très nombreux avantages, mais lorsqu'il s'agit de remplir une jeep pour sillonner les steppes mongoles, c'est tout de suite moins cool. Mais, finalement, ça a marché. Je me suis joint à un groupe de six personnes, nous louons un chauffeur mongol ainsi qu'un van, pour un tour de 12 jours à parcourir les steppes mongoles et le désert de Gobi. Au programme, pas mal d'heures de bagnoles, de cheval, de chameau, "hébergement" auprès de la population locale de nomades dans leur Ger (vous savez ce genre de grandes tentes blanches, circulaires), escale sur quelques lacs d'altitude gelés, découverte de quelques-uns des nombreux temples bouddhistes, treck sur les dunes de sable, j'en passe, le tout sur un itinéraire d'environ 3000 km. Ah! ah! ah! Voici la dernière aventure de mon voyage, et je compte bien en profiter jusqu'au bout. Et quand je dis aventure, c'est un petit mot, parce que normalement les raids touristiques en Mongolie sont limités à 6 personnes. J'ai réussi à m'incruster, mais cela a un "prix" (je ne parle pas d'argent, parce que croyez-moi, en dollars, ça fait pas grand-chose) : sans doute n'aurai-je pas de lit dans les Ger, et devrai-je dormir à même le sol gelé sur mon tapis de sol et dans mon sac de couchage -30°, et sans doute me faudra t'il négocier aux check-points avec les policemen locaux, à coup de bakchichs sans doute...

Mais je vais pas me plaindre, hein ? Ben non !!!!

Donc, n'attendez pas de nouvelles d'ici une douzaine de jours, je vous donne rendez-vous le 29 Novembre, avec, je l'espère at least autant que vous, de beaux clichés... Pourvu que mon nouvel appareil photo tienne et résiste au grand froid ! En attendant, même si je n'ai pas encore uploadé les premières photos de Mongolie, vous trouverez néanmoins un tout petit extrait de mes dernières images en cliquant sur ce lien (Facebook)

Sur ce, je dois vous laisser car il me faut finaliser les derniers préparatifs avant le départ de l'expédition demain aux aurores. Pour ceux qui se posent la fameuse question des températures : aujourd'hui fut le jour le plus froid depuis mon arrivée, avec -17 à midi ; la nuit dernière, il faisait -25 à minuit, cette nuit la température devrait avoisiner les -30... Vous rappelez-vous ? Avec ma chtite Maxime, nous avons eu +52 a Lahore le 8 juin, donc l'amplitude des températures que j'aurai connue en cette année 2007 aura été de... 82 degrés !! Peut-être plus bientôt : il parait que, dans l'ouest (où nous irons au début de l'excursion) il fait nettement plus froid qu'à U.B.....

Cool ! Bairlala, bairtal !!





mardi 13 novembre 2007,
Hors sujet (ou presque) : petit voyage dans le temps.

Le précedent texte de mon fils Audoin m'en a rappellé un autre que notre terrien avait écrit en novembre 2001 à Murat; je vous le livre ici (avec son accord bien sûr!) :

"Je me souviens … d’un froid glacial !

Revenir ici, en cet ici, qui fut tantôt un chez-moi, quel bonheur, quelle merveille !
L’évolution personnelle que j’ai connue en un si court laps de temps m’amène à comprendre certaines choses, et notamment que les plus infimes bonheurs sont en fait bien souvent les plus grandes joies, les plus précieuses sans doute … Les seules qui sont réellement pures, d’ailleurs…
Je me souviens …

Je me souviens de ces hivers, où je baissais le chauffage de ma chambre … Le froid qui régnait alors dans la pièce exiguë me saisissait, jetait sur mon corps de longs frissons glacials…
À un moment, je me glissais dans mon lit, sous cette couette qui semblait glaciale, elle aussi. Je me resserrais alors sur moi-même, en contractant tous mes muscles, dans l’espoir vain de réchauffer plus rapidement ce lit. Et puis, je regardais par la fenêtre…

Je me souviens que souvent, ma chambre était inondée de la clarté à la fois si douce et si intense que me prêtait la lune. Je cherchais alors sur les murs, sur les objets, des formes, des personnages qui n’existent que la nuit. Puis, je trébuchais sur les premiers songes d’un sommeil précoce.

Je me souviens de la sensation d’un lit formidablement tiède au réveil. J’ouvrais les yeux, et puis … L’émerveillement total ! La fenêtre, une fenêtre de toit, était entièrement recouverte d’une couche de neige qui filtre la clarté du petit matin.
Je me souviens de mon sourire automatique de béatitude à cet instant.

Je me souviens aussi que je me levais d’un coup, et, directement, je me dirigeais vers la fenêtre que j’ouvrais, parfois avec grande difficulté, à cause du poids de la neige et de la résistance du gel.
Et là …
L’émerveillement total ! Le bonheur ultime ! Le sens de la vie !

Je me souviens du froid qui me saisissait instantanément, un froid qui pénètre partout, qui m’obligeait à souffler très fort, comme lorsqu’on prend une douche bien trop fraîche … ce que je voyais ! La beauté du monde, l’esthétique poussée à son paroxysme ! Tour à tour, je découvrais le grand lit blanc, les arbres qui ressemblaient à de majestueux squelettes blancs. Sur leurs branches, des millions de cristaux blancs s’étaient posé, les uns sur les autres, simplement. Une lumière parfaite. De temps à autre, un imperceptible souffle de vent dispersait quelques diamants blancs, provoquant un vol de paillettes qui étincelaient de mille feux, une fraction de seconde, avant de disparaître dans la masse du vide environnant. Je voyais le grand rocher de Bonnevie, qui semblait avoir été oublié là par un géant d’un autre monde, blanc de neige, gris de caillasse … Et les champs, les collines et montagnes ; à perte de vue du blanc, du blanc, du blanc ! Quelques minuscules flocons de neige retardataires passaient en dansant langoureusement sous mes yeux émerveillés, mais d’où venaient-ils ? Le ciel était d’un bleu absolu, d’une profondeur infinie.

Et toujours ce froid qui me fouettait le visage !

Mes oreilles se souviennent de l’acoustique singulière et unique que génère le manteau neigeux. Par moments, les piaillements légers d’un moineau égaré perçaient le lourd silence. Je me souviens m’être souvent demandé si ces cris étaient une plainte, ou bien si, comme moi, le piaf s’émerveillait de tant de splendeur … Je ne sais pas. De temps à autre, l’aboiement d’un chien tout proche. Cet aboiement ne raisonnait pas ; car le son était capté, puis avalé par la neige. Même le bruit des moteurs de quelques rares voitures qui passaient au ralenti sur la petite route non encore dégagée m’atteignait tel un ronronnement délicat …

Je me souviens de l’ultime sensation de ces moments extraordinaires. Délicatement, j’approchais les mains de la surface blanche du toit. Je posais alors lentement, le plus lentement possible, les mains sur la neige. Je me souviens qu’à l’instant précis du contact, je ressentais sur la paume chaque grain de neige. Un infime picotement, des aiguilles de froid, distinctement ressenties. La neige est une matière tellement douce, accueillante … Alors, j’enfonçais les deux mains aussi profondément que possible dans cette neige, et le froid, d’un coup, soudainement et brutalement rendait insensible toute une partie de mes deux bras. Je serrais les poings, et ressortais ainsi une boule-de-neige. Je serrais plus intensément, de toutes mes forces, pour entendre le crissement de la neige ; musique si merveilleuse dans le silence le plus total. Un instant après, je jetais à terre les deux boules ainsi formées.

Je me souviens qu’à un certain moment, lorsque j’avais contemplé tout ce qui pouvait l’être, le froid me ramenait à la réalité …. Alors je rentrais, fermant la fenêtre, et me replongeais de nouveau sous la couette ….
Je me souviens que le lit était encore tiède …
Je me souviens que parfois, je me rendormais."


Audoin , novembre 2001 à Murat -





lundi 12 novembre 2007, Oulan-Bator
Bienvenue à Ulaanbaatar, Mongolie. La température extérieure est actuellement de -12 degrés, le soleil vient de se coucher et on devrait atteindre les -25 d'ici une heure ou deux. Wouahou !! Vivifiant


Vous rappelez-vous ? Je vous disais tantôt que j'étais d'humeur un peu flemme, ces derniers temps, en chine... Voilà pourquoi je me décidais à acheter un "pack" pour atteindre Ulan Bator (Ulaanbaatar, as you wish), sans trop d'efforts, puisque, pas plus loin qu'à la réception du Léo Hostel........ Tous calculs faits, cela me coûtait environ 15 euros de plus que si je m'étais secoué les puces. Et je ne regretterai pas, car le "pack" ressemble un peu à un jeu de piste, plutôt amusant et inattendu...

Tout d'abord, je pensais qu'un taxi allait venir m'attendre à la porte de l'hôtel, pour me conduire à la gare routière, mais il n'en était rien ! Un jeune de mon age est là pour me guider... Nous devons prendre le métro, puis un taxi pour rejoindre la gare routière.
Je n'ai pas encore publié l'article qui résume un tant soit peu ma vie en chine (bouh...), toujours est-il que vous y apprendrez que, contrairement à mon habitude, je ne me suis guère mêlé à la population locale, sauf... Durant ces deux heures que j'allais passer en compagnie du guide en herbe, mes deux dernières heures dans la capitale chinoise. Chian est étudiant en lettres classiques mongoles, et originaire de Mongolie Intérieure, province du nord de l'Empire soi-disant communiste. Il remplace l'un de ses copains qui travaille pour une agence de voyage, et qui, pour une raison X n'était pas ce jour-là en mesure d'assurer sa mission. Marrant...
Finalement, Chian ne connaît guère mieux que moi la ville de Pékin, et nous descendons même à la mauvaise station de métro ! Il faut dire que c'est un peu de ma faute, je lui raconte mon voyage, on cause, on cause, et nous oublions de descendre... Mon ami est passionné par ce voyage, lui qui n'a jamais eu l'occasion de quitter la chine, et qui doit, pour financer ses études se trouver régulièrement des petits boulots du genre. Il m'en demande plus, veut des détails, des noms, des descriptions, le cours de change des monnaies et les mensurations moyennes des filles que j'ai rencontrées. Blablablablablabla finalement lorsqu'on arrive à la station de bus, il en sait presque autant que vous sur moi ! Du coup, moi, je n'en apprends guère sur la vie probablement digne d'intérêt d'un étudiant à Pékin, venu de la campagne profonde, ça aurait été intéressant, mais Chian préfère écouter mes aventures que de narrer les siennes, soit.
Juste avant le départ du bus, il se rappelle qu'il a certaines informations utiles à me communiquer, saisit mon cahier de brouillon (il s'étonne que j'utilise un cahier d'écolier aussi pourri en guise de "carnet de voyage"), y note un numéro de tel : le gars que je dois contacter en arrivant à cette ville, juste avant la frontière avec la Mongolie. Soit. Il prend également mon numéro de passeport, et puis on se dit merci et au revoir, Che-che, adieu l'ami !
C'est la première fois de ma vie que j'emprunte un car-couchette. Intéressant, mais je préfère quand même la version train, plus d'espace. Le bus quitte la gare vers 5h, au coucher du soleil. Devant chaque couchette il y a un écran qui diffuse un (très)long-métrage, dont la qualité me semble honnête (rien à voir avec les comédies musicales hooliwoodiennes à la sauce indienne), une histoire de gangsters et d'amour impossible dans le Shanghai des années trente. Je m'endors là- dessus.
Je suis réveillé par la secousse énergique que me prodigue le chauffeur du bus, on est arrivé ! Je consulte l'horloge du car : 2h30 du mat, je n’avais pas trop prévu ça. Je descends du bus, et là, je me rappelle que j'avais oublié qu'il faisait nettement plus froid au Nord. Ce n’est pas encore la Sibérie, mais tout de même une quinzaine de degrés de moins qu'à Pékin, donc à vu de nez qui coule je dirais - quelque chose .... Les chauffeurs de taxi, comme à leur habitude se ruent sur le petit blanc que je suis et je me souviens que je dois téléphoner.
Mais nous sommes dans une espèce de parking complètement désert, je ne risque pas de trouver un call-shop ici en cette heure tardive... Les chauffeurs de taxi ne désarment pas et me tirent d'un côté et de l'autre, sans doute essayent-il de m'élargir... Je récupère mon bras droit pour faire le signe conventionnel, en portant mon auriculaire et mon pouce droit tout prêt de mon oreille droite, ce qui dans tous les pays signifie quelque chose comme "je dois téléphoner maintenant s'il vous plait. Sous-entendu que celui qui me prêtera son mobile gagnera la course, ça va de soit...
Donc, ils se précipitent ; je vais pour saisir l'un des téléphones, mais un autre gars m'en empêche en me tendant son appareil. L'autre ayant été plus prompt, je souhaite l'utiliser, c'est cruel mais c'est la règle, mais non, y'a rien à faire, le petit homme insiste et me fourre son phone juste sous les yeux, je vais pour l'écarter d'un mouvement d'agacement en joignant un grognement approprié au geste, quand soudain, il me semble que... Ben ça alors ! Ce que le gars essaye désespérément de me montrer sur l'écran de son mobile, figurez vous que ce n'est ni plus ni moins... mon numéro de passeport !
Very clever... Brillant ! Pour un peu, je l'embrasserais, mais les chinois sont un peu pudiques, je m’abstiens. Je grimpe dans la voiture que je m'abstiens de décrire, ça rappelle vaguement le Pakistan... Direction un hôtel miteux, qui ne trouve pas la réservation qui a été faite à mon nom. Normal : mon guide nocturne s'est trompé d'établissement. Direction un hôtel encore plus miteux, ça colle. La veilleuse de nuit aussi gracieuse que moi quand on me réveille à grand coup de sonnette en plein milieu d'un rêve agréable ouvre la porte de ma chambrette, où j'ai la surprise de trouver un énorme chinois en train de ronfler comme dix locomotives à vapeur... Oh, je n'ai rien contre le partage du logement, c'est juste que je ne m'y attendais pas.
En 7sec 18centiemes je suis en tenue de nuit, encore trois secondes,21 et je vais me rendormir, bien au chaud que je suis, quand soudain le ronflement cesse comme par magie lassant la place à une voix caverneuse qui me questionne, dans un anglais parfait : "Did you lock the room ?", je mets une seconde à répondre, tout étonné que je suis de trouver ici un chinois qui parle Anglais... J'aurais bien aimé taper le brin de causette (je profite de toutes les aubaines, c'est comme ça que voulez-vous, je suis un opportuniste dans l'âme), mais à peine ai-je énoncé ma réponse affirmative que la loco redémarre. Ce qui, je dois l'admettre, ne m'empêche nullement d'embrasser Morphée, extenué que je suis (pauvre bonhomme, va)...
Je suis réveillé par secousses conventionnelles par ce même tout petit chinois qui eut le génie quelques heures plus tôt de me montrer mon numéro de passeport sur l'écran de son mobile dernier cri. Celui-ci me conduit à un bus qui est facile à trouver étant donné qu'il se trouve juste de l'autre côté de la route... Ca, j'aurais pu le faire moi-même. L'air est frais, le ciel très bleu, c'est très vivifiant, je me dis que je vais adorer le froid mongol... J'achète un paquet de gâteaux secs et une bouteille de lait à la fraise (immonde) en guise de petit-déj, et le petit-chinois me remet une petite carte plastifiée avec la photo d'une dame (d'un certain âge), quelques indications et un numéro de téléphone à appeler. La personne ainsi plastifiée est sensée me remettre mon billet de train pour Ulaanbaatar... J'aime bien cette organisation au coup-par-coup, ça met un peu de piment... Puis le bus décolle pour la frontière.
À travers la fenêtre, je me rends compte que nous sommes... en plein désert ! La ville frontière est en construction comme toutes les villes chinoises, avec ses grands ensembles inachevés et les grues qui pointent haut dans le ciel. Et, entre les blocs, pas encore de routes goudronnées, mais des pistes de sable. Une ville-champignon, au milieu du désert de Gobi.

Les formalités à la frontière pour quitter la chine ne se passent pas si bien. Le douanier est persuadé que mon passeport est un faux. Il faut dire que les passeports Français ne sont pas de la meilleure qualité, ou peut-être pas adaptés au type de voyage que j’entreprends et au type de voyageur que je suis. Les lettres dorées qui ornent la couverture ont complètement disparu, et les pages commencent à roussir un peu. A cela il faut ajouter un stylo qui a coulé dans ma pochette et dont l’encre a marqué de la page 1 jusqu’a la page 32… Finnaly, le douanier se fait engueuler par son supérieur qui en un clin d’oeil décrète que le document n’est pas un faux, l’officier vient en personne me rendre le passeport en me présentant les excuses de l’administration chinoise, alors que je suis resté sage comme une image, on croit rêver !
Je regagne le bus, mes voisins me font signe de me hâter par des signes expressifs au travers des fenêtres…. Mon voisin direct, un gros russe, me dit même, sur le ton du Schtroumpf grincheux, mais en Russe : “Bistrot ! Bistrot !”, ce qui signifie, comme chacun sait “vite, vite !” Ce à quoi je réponds amusé, et en roulant les R “bistrot, bistrot, niet ! Passeport problem !” Il écarquille les yeux, pas préparé à ce que je parle couramment le Russe (hum…).
L’entrée en Mongolie se passe bien mieux, on traverse une portion de désert de quelques kilomètres, et nous voici ! Le bus achève sa course dans la cour de la gare, au poil ! Il me faut maintenant trouver un endroit d’où appeler la propriétaire de la photo sur la carte plastifiée. Le call-shop me donne une première idée du système D al mode Mongole : pas de taxiphone, mais une série de mobiles, l’ « opérateur » compose le numéro et note sur un bout de papier l’heure de début de la conversation… Tuuuuuut… tuuuuuut… Ca décroche… Oups ! Mon interlocutrice ne parle pas Anglais, et je ne parle pas encore Mongol (depuis, j’ai acheté un Phrasebook, donc je débute tout doucement). Ca s’éternise un poil, mais rien à faire : au téléphone, pas moyen de mimer, de dessiner, quand on ne parle pas la même langue on ne se comprend pas, y’a rien à faire… Je finis par raccrocher, et j’avoue que sur le coup j’ai pas trop d’idée, donc comme souvent dans ces cas-la, je place mon gros sac en position siège et je reste planté là en attendant que le temps passe un peu et qu’une idée lumineuse surgisse dans mon cerf-volant (je sais qu’elle est facile, celle-là, promis c’est la première et dernière fois).
L’idée lumineuse, c’est mon interlocutrice qui l’a : vu que je l’ai appelée, elle rapplique au call-shop, bravo l’artiste ! A vrai dire elle ne ressemble pas du tout à la photo, voilà pourquoi ceux à qui je montrais la carte plastifiée n’avaient pas de réaction.
La dame, qui est propriétaire d’une petite boutique au sous-sol de la gare, juste à côté de la consigne à bagages, me remet mon billet de train, qui est un simple bout de papier imprimé avec le numéro du tortillard, l’heure et date de départ ainsi que le numéro de voiture et couchette.
J’ai 7 heures à tuer dans le froid avant que le train ne me porte jusqu'à OUlan-Bator. Je déjeune un brin dans un resto pas trop mauvais, et puis je pars un peu en exploration. La contrée est extrêmement pauvre et plus ou moins en ruine, Il y a des gosses qui jouent sur des tas d’ordure, tandis que leurs grands frangins se tapent un foot « sans buts, sans filets, sans même une ligne blanche », ce à quoi j’ajouterai - sans même un ballon, puisque je capte à un moment que le truc dans lequel ils shootent n’est autre qu’un sac en tissu rempli de je ne sais quoi. Vrai cliché de misère, dans le vent glacial du désert de Gobi. Je pousse un peu plus loin, au-delà des constructions, et je tombe sur le désert de sable, plat jusqu'à l’infini, et balayé par un vent glacial. Une route faite de plaques de béton défoncées se perd dans le lointain. Quelques camions, énormes, ont les remorques qui plient sous le poids de matériaux de construction, bobines, ferrailles. En ayant assez vu, je retourne me mettre bien au chaud dans la salle d’attente, lis quelques pages du bouquin du moment « c’est toujours Hard Times by Charles Dickens, je sais, ça commence à faire un bout de temps, mais c’est en anglais ancien et très littéraire, très intéressant mais pas fastoche), puis m’allonge sur trois sièges pour un de ces roupillon propice à tuer le temps long.
Puis vient l’heure de mon train. Comme toujours, il me faut remonter tout le quai puisque la voiture vingt se trouve loin. Je dis quai, mais il s’agit d’un abus de langage étant donné qu’il n’y a aucun quai, et que tout le monde marche le long des voies. Je me rends compte que la plupart des Mongols transportent d’énormes bagages, plutôt des cartons qui ont l’air de contenir des fruits et d’autres denrées alimentaires. Sans doute des trucs en provenance de Chine, difficiles à trouver dans la capitale, et qui y seront revendus.
Le train ressemble étrangement au tout premier que j’empruntais pour ce voyage, le Balkan express… Héritage ferroviaire de l’union soviétique, aucun doute là-dessus, surtout que la plaque de construction de la voiture n. 20 indique…. 1962 ! Ce qui ne l’empêche nullement d’être d’un confort tout à fait satisfaisant. Certes, c’est pas stylisé comme un TGV Lacroix, mais on ne lui en demande pas tant. Je suis dans une cabine pour quatre, avec trois autres passagers : une maman d’une 60aine d’année et ses deux rejetons, tout deux plus âgés que moi, au jugé. Fort sympathiques, ces gens-là ! Ils m’invitent à partager leur repas : agneaux, patates, une sorte de pain et, of course, Vodka. A un moment, la vieille mère découvre deux chapelets tibétains que je porte enroulés au bras gauche, et se signe à la manière des bouddhistes, très respectueusement, comme on le ferait en s’adressant à un moine ! Cela m’amuse et je réponds gracieusement en joignant mes deux mains contre mon front, puis contre le nez et le menton, comme aurait peut-être répondu un moine tibétain. Ca m’amuse. Puis la vieille dame m’explique par langage des signes que des rhumatismes au genou gauche la font souffrir le martyr, et me demande de faire quelque chose en répétant sa prière ! Je suis un peu embarrassé, me sentant soudainement plongé dans le « voyage d’une parisienne à Lhassa »… Je lui conseille de boire un peu plus de Vodka, ce qui déclenche un rire général dans la cabine, et, sur ce, dodo.
Bien sûr, je regrette un peu que ce train roule de nuit, j’aurais aimé profiter du spectacle du désert de Gobi, mais que voulez-vous ? Ce n’est pas moi qui fait les horaires des trains Mongols. Dans la nuit je suis réveillé quelques fois par des chocs assez brutaux sur la voie, ou des freinages brusques qui manquent de me faire tomber de ma couchette, Cela me laisse imaginer l’état des chemins de fer Mongols, je ne suis pas vraiment rassuré, mais bon : c’est un peu une condition sine qua non de ce voyage : faire confiance aux cheminots du monde entier !!

Je me réveille avec les premières lueurs du jour. J’ai raté le désert, mais j’ai eu le lever du soleil sur les steppes Mongoles, et ça n’a pas de prix… Lumière et beauté éblouissante. Le sol est partiellement gelé et reflète les lueurs rougeâtres du soleil qui se pointe timidement. Ca et là, une tente blanche, la fumée d’un feu de camp et un troupeau de quelques têtes. Le ciel est d’un bleu profond, pur, et rejoint la terre infiniment loin, me semble t-il, l’azur se mêlant au vert du tapis végétal et au blanc-neige de quelque collines. Je reste longtemps ainsi à observer cette nature grandiose de Mongolie, celle-ci même dont j’ai si souvent rêvé. J’y suis !
Je me dirige sur la plateforme, entre les deux wagons, pour griller ma première cigarette de la journée. J’ouvre la porte de l’habitacle et ouhayoubijji !! Le voilà enfin, le choc du froid de Mongolie ! À vrai dire, ça brûle, même ! Ca aussi, je l’attends depuis des lustres, l’épreuve du froid. Je retourne illico dans ma cabine pour m’équiper : quelques pulls, bonnet en laine de Yak acheté dans le Mustang au Népal, écharpe. Qu’est ce qu’on ferait pas pour fumer une clope !
On approche doucement d’Ulaanbaatar, et contrairement à toutes les autres agglomérations que j’ai approchées jusqu'à maintenant, ce ne sont pas des buildings qui se font de plus en plus serrés, mais des tentes et des petites maisonnettes de bois dans des enclos… C’est très nature. La voie unique se perd petit à petit dans des immenses faisceaux de voies à la mode soviétique, abandonnés pour leur plus grande partie, ces installations étant complètement disproportionnées avec le trafic Mongol actuel. Mais, petit détail amusant, ici les voies de chemin de fer abandonnées ne sont pas recouvertes et envahies par des herbes folles, et pour cause : les conditions climatiques ne permettent qu’une végétation rase, qui fait sur les steppes comme un gazon Anglais à perte de vue…
Le train entre en gare. Je me prépare au mieux pour le froid, grosso modo j’ai tous mes vêtements sur le dos.
Ca fait comme une claque, mais une claque que je trouve, sinon douce tout au moins agréable. A chaque expiration, un nuage de fumée blanche sort de mes naseaux, tandis que l’air me pique les yeux jusqu’aux larmes… Malgré mon bonnet en laine de yak, mes oreilles brûlent ! Youpi ! Je remonte le quai de mon pas énergique, à vrai dire c’est pour ça que j’aime tant le froid : je me sens full of energy, c’est comme un combat de chaque instant. Pas trente-six solution : pour éviter la souffrance il faut se remuer. Keep moving, Audoin !

Je passe sur le chauffeur de taxi qui m’arnaque de dix euros et me laisse à l’autre bout de la ville, c’est pas très intéressant et je suis las de vous raconter cette histoire trop répétitive…
Et me voilà arrivé à la Golden-Gobi guesthouse, au cœur d’Ulan Bator ! Pour une fois, voilà une guesthouse qui ne vole pas son appellation. C’est la vrai « maison d’hôtes, tenue par une famille Mongole. Pour l’informatique, adressez-vous au grand frère, pour la laverie à la maman, pour les bonnes adresses de la nuit-qui-bouge-à-Ulan-Bator, y’a qu’à suivre la grande sœur… Cool… i LOVE it !!! La famille partage également la cuisine, en libre-service, et propose gratuitement thé et café à toute heure, elle est pas belle, la vie ??
D’ailleurs, sur ce, je vais aller me faire un petit café, si ça ne vous dérange pas. Je vous dis à bientôt ?
Ciao la compagnie !





samedi 10 novembre 2007, Pékin
J'enfile trois ou quatre pulls, et c'est parti pour la Mongolie... Youpi !!!

 

Et oui, comme le titre l'indique, je dis bye-bye à la chine very soon !!! Dans moins d'une heure un chauffeur de taxi passe me prendre devant le Leo Hostel de Beijing, direction la gare routiére, puis ce sera une douzaine d'heures de bus jusqu'à la frontiére Mongolie, et de là un train jusqu'à Oulan-bator, capitale de ce nouveau pays que je vais briévement découvrir, pour une vingtaine de jours à peine....

L'article sur les trois villes chinoises que j'ai decouvertes est en préparation, pas tout à fait terminé, je vous poste ça dans les jours à venir depuis le Golden-Gobi Hostel d' Ulaanbaatar. En ce moment j'ai des difficultés à écrire, because I do speak english all the time, je ne lis plus rien de francais depuis un certain temps non plus, et du coup ma langue natale n'est pas aussi naturelle qu'habituellement... Je quitte la chine avec une certaine émotion, comme à chaque fois que j'ai passé un frontiére. Cette fois-ci je pense à tous les amis "backpackers" que j'ai rencontrés : Anglais, Australiens, Allemands, Bresilliens, Canadiens,.......... Ciao les potos !

Alors comme ça vous me sentez triste dans mes derniers articles ? Bof, non à vrai dire, je ne le suis pas vraiment. Nostalgique ? Peut-être un brin, mais pas tant que ça, parce que... J'ai pas vraiment le temps !! D'abord, mon voyage n'est pas EXACTEMENT fini, et je compte bien déguster mon Champagne jusqu'à la derniére goutte, et ensuite, je sais que la vie à venir , tous les jours, me reserve tant de bonnes surprises ! Le voyage, peut-être, n'est juste q'une tournure de l'esprit, je la'i adoptée, je suis pas prêt de la quitter !!

Allez, c'est cadeau, pour vous prouver que je suis heureux comme tout !! Ca, c'est moi et moi sur la Grande muraille de chine, hier. Et ça, ben c'est la grande muraille, justement !!!

Hey ! Keep smiling et à bientôt !!!





lundi 5 novembre 2007, Shanghai
Trust me it's hard to leave the Ucool Hostel, Shanghai...

NEW ! En attendant l'article sur les trois villes chinoises que j'ai eu le privilege de silloner, jetez-donc un coup d'oeil à la galerie photos. Je n'ai malheureusement pas trouvé à faire developper les noir et blanc, mais vous trouverez, en couleur, le Tibet, le monastére de Ganden, et aussi quelques images de Beijing et de la grande muraille de Chine.... ENJOY !!

Re-bonjour, lecteur de passage sur cette page...


Toujours à Shanghai ! Dans trois jours, cela fera exactement deux mois que je suis en Chine. Et oui ! Le temps passe vite, je ne cesse de le répéter. Dans trois jours, à priori, je devrais être en Mongolie, quand même ! La chine, dans mon projet de voyage, je comptais la traverser, y rester juste le temps nécessaire à l’obtention de mes deux derniers visas, Mongole et Russe. Et, finalement, voilà deux mois que j'y suis, dans ce pays ! À vrai dire, ce n'est pas uniquement par volonté que je suis resté si longtemps... Si, depuis mon départ, j'ai été plutôt chanceux avec les trucs administratifs, cela n'a pas, mais alors vraiment pas été le cas en Chine ! De visas périmés en refus d'ambassade russe, en passant par les vacances nationales durant lesquelles tous les bureaux sont fermés, on ajoute trois mille km "pour le fun", escale technique obligatoire pour recevoir un VRAI visa pour la chine - celui que j'avais reçu au Népal était une catastrophe, bref... Figurez-vous que je ne peux pas vraiment vous raconter tout ce meli-melo pour l'instant, mais vu que c'est quand même assez drôle dans l'ensemble, peut-être y reviendrais-je après avoir quitté ce pays pas comme les autres.

Je me suis bien amusé en Chine... Trois immenses villes, plus folles les unes que les autres avec chacune sa personnalité, son atmosphère. En tant qu'observateur, c'est très intéressant ce genre de comparaisons. Je vais vous raconter tout cela bientôt, très probablement, histoire de changer ce titre d'article qui traîne en page d'accueil depuis un bout de temps.
Dans une paire d'heures, je serai dans le train, retour à Pékin ! - pour une journée ou deux, seulement-
Je connais sur place un petit studio qui, je l'espère, sera en mesure de développer une demi-douzaine de pelloches noir et blanc qui traînent au fond de mon sac depuis le Tibet... Vous rappelez-vous ? Au Népal, je confiais mon appareil à un incompétent qui au lieu de me le nettoyer le détraqua, et je traversais le Tibet jusqu'à Lhassa sans vraiment me rendre compte de la chose. J'ai fait développer la couleur, il y a quelques jours, c'est pas génial-génial du tout, mais il y aura quand même une ou deux photos à sauver sur l'ensemble. Bientôt dans la galerie !
Après cette courte escale photo-rédaction pekinoise, je m'envolerai en bus pour la frontière Mongole. Cool...... Il va faire froid là-bas, très froid, même. Le 2 décembre, je serai en Russie, que je traverserai d'une traite à bord du transsibérien, quelques jours à Moscou, puis le retour au bercail s'effectuera de la manière suivante : Ukraine, Pologne, Germanie, France. À vrai dire j'ai choisi ce retour en fonction des pays qui daignaient accueillir ma petite personne sans que je n'aie à me tracasser encore pour des bêtises administrativo-consulaires (tout ça pour aboutir à un bout de papier dans mon Sésame).

Waouh ! Ca fait drôle, toute cette planification ! Surtout que c'est plus sûr que d'habitude, étant donné que le visa que j'ai obtenu pour la Russie (après avoir beaucoup rusé et beaucoup dépensé d'argent) est limité dans le temps : du 1 au 15 décembre, et ensuite j'ai des impératifs familiaux les 24 et 25 décembre, et un autre plus professionnel le 2 Janvier...
Donc pour une fois j'annonce une route et des échéances qui ne devraient pas s'envoler avec la première bourrasque ! Ben oui, parce que je voulais passer deux semaines en chine et 2 mois en Mongolie, acheter un cheval, tout ça, et finalement je suis resté deux mois en chine (durant lesquels l'occasion d'acheter un canasson ne s'est guère présentée), et j'aurai moins de trois semaines en Mongolie, bouh......

Si je suis triste ?

Inconsolable !!!

La Mongolie, les steppes glaciales, le désert de Gobi, les nuits en Yourte chauffage à la bougie, ça m'attire depuis bien longtemps, et, ma foi, je vais passer à côté, par manque de temps. Deux semaines, c'est very short ! Mais bon, il me reste à priori de belles années devant moi, donc ce n'est que partie remise!

Au fait, je rigolais, of course, au sujet de mon inconsolabilité.... "heureux qui comme Ulysse..." Ben ouais, évidemment je suis parmi les terriens les plus heureux de la terre. Je fais un voyage magnifique, parfois à peine croyable, avec de l'imprévu en veux-tu, en voilà, des amis chers un peu partout, de la matière à réfléchir... Et puis je suis aussi passé dans des coins où, juste en ouvrant un peu les yeux, on comprend pourquoi on n'a pas le droit d'être malheureux, pourquoi la quête du Bonheur est la seule valable et pourquoi l'on ne devrait jamais douter de l'intérêt de ce combat.

Me voilà consolé !

Je comptais rester une dizaine de jours au Pakistan, et finalement nous nous y attardions deux mois et demi, ma petite Maxime and me. Comme quoi... Comme quoi, les projets planifiés, c'est nécessaire, ça donne une ligne à suivre ; un beau jour on se fixe une date de départ et plouf ! Mais, à côté de ça, j'ai toujours été un grand-grand fan du désordre. Je trouve ça plus esthétique, plus poétique aussi. J'aime faire des plans et les changer, au gré des rencontres et des événements, voilà pourquoi je restais si longtemps au Pakistan, et vous le savez dorénavant, mon temps là-bas fut l'expérience la plus extraordinaire de toute ma vie. Donc, maintenant je n'ai plus de temps pour la Mongolie, mais comment regretter ?

No-way !

Bon je vous laisse, il est temps pour moi de rassembler mes quelques affaires et de les fourrer délicatement dans mon sac-maison. Et puis, dire au revoir à mes nouveaux Best-mates, une fois de plus. Ici ils s'appellent Sarah, Meagan, Mike et Bobby. Deux canadiennes (pas francophones pour un sou), deux australiens. Équipe d'enfer ! À vrai dire les deux nanas nous ont quittés, il y a déjà quelques jours, sous prétexte qu'elles avaient trouvé un job à temps plein « d'english teacher » dans un bled à une vingtaine d'heures de train au Sud de Shanghai. Je ne vous raconte pas tout ce qu'on a pu rigoler tous les cinq, ce serait indécent ! Allez, d'ac, je vous raconterai quand même un peu.
De toute façon, je ne pourrai pas vous raconter Shanghai sans en passer par là .....

Bye-bye, Mate !





mardi 30 octobre 2007, Hong Kong
A tale of three (huge) cities in eastern asia PEKIN - HONG-KONG - SHANGHAI

Salut à tous ! En attendant le texte sur Pekin (qui devrait venir très vite), je vous propose de profiter du fruit de mon après-midi de travail devant cet ordinateur, et pour cela il vous suffit de jeter un coup d'oeil au dernier album photo disponible : J'ai nommé Shanghai, dans la section "Tibet - Chine" de l'album photos, of course !

Ouf !

See you soon !

.............................................

Bon, ben alors ce fameux texte, le voila.....

Avant-propos 1 : Alors ca commence par une phrase de mon ami Maxime Marouani, qui me disais juste avant que nous nous separions : " Ca va etre dur mon gars d'apprecier la chine apres avoir vu le tibet"... Effectivement, il y a un peu de ca.... Cela me ramene egalement aux lourds aprioris que je pus avoir sur les indiens apres avoir sillone avec tant de plaisir les routes non-carrosables du Pakistan... Fort de cette experience, et soucieux d'utiliser mes experiences a ne pas renouveler mes erreurs (noblesse intellectuelle oblige, si j'ose ??), je quitais le Tibet pour la chine (car je me plais a ignorer la non-reconnaissance internationalle du Tibet en tant qu'etat-nation) le coeur plein d'espoir et le mental gonfle a bloc pour faire fi de tous ces prejuges, pour mettre dans un coin de mon petit cerveau l'attitude deplorable des colons chinois que j'observais avec tristesse a Lhassa et l'oublier le temps de mon passage en Chine.

Avant-propos number 2 : Je ne vis de la Chine que deux enormes villes (plus Hong-kong, officiellement situe en territoire Chinois depuis la retrocession operee par la Grande bretagne, mais jouissant d'un statut de "ville internationalle pour encore une quarantaine d'annees et des brouettes), tres occidentalisees, riches et modernes en de nombreux aspects. NEANMOINS, je sillonais quelque peu la campagne chinoise a bord de ces trains ultra-moderne (actually plus de 5000km, tout de meme), et je pus observer a travers les fenetres immaculees de ceux-ci que la chine est bel et bien un pays a "deux vitesses". La chine des campagnes me rappelle l'inde, un peu. Travaux des champs a la mode du siecle dernier, outillage rudimentaire, fauchage a la main, nombreuses femmes en tenues traditionelles, le dos voute et les deux mains dans les rizieres. Batiments delabres, tas d'ordures monstrueux, cariolles tractees par des animaux divers. Le train me permet egalement de decouvrir, toujours comme un fresque, certaines villes qui, bien qu'immenses, semblent etre une concentration de misere plus qu'autre chose.

Avant propos, the third one : Mon passage en chine est tres different du mode de voyage que je pratiquais jusque-la, ouvert aux populations locales, infiniment curieux que j'etais, et fuyant les ambiances touristiques et de voyage en contreplaque. En chine, je suis en plein dedans ! Je pratique les "Hostels" ces auberges de jeunesse comme on dit in french, rencontre tout un tas d'etrangers marrants, n'apprends pas un mot de chinois hormis bonjour et merci et ne me lie d'amitie avec aucun autoctone, au plus ai-je danse un certain nombre de fois avec des chineses girls dans les innombrables boites de nuit que j'ai frequentees (!) Ca ressemble un peu a du club-med, avec plus de libertes, mon passage en Chine. Ne me blamez pas ! J'ai toujours opere au "feeling" ces dix derniers mois, sans guide, sans prevoir, et voila ce a quoi ce dit-feeling m'a conduit en Chine. Sans regret !

BEIJING (PEKIN)

Vous rappelez-vous ? Dans le "train du toit du monde", je rencontrais Aneyssa et Awa, deux francaises que j'allais suivre sans trop me poser de questions lors de mon arrivee a Beijing, parce qu'elles sont charmantes, plus actives que moi, et aussi parce que je suis un tant soit peu flemard ces derniers temps, je dois admettre. Donc, je suis mes deux nouvelles amies qui me conduisent tout droit au Leo hostel, tout pret de la fameuse (fameuse au nom d'evenements tragiques, unfortunately) place Tienanmen, le Coeur de la capitale chinoise. Je resterai dans cet Hostel pour les deux semaines suivantes. Je vous disais que mes deux comperes etaient actives, n'est ce pas ? Euphemismes. Elles doivent quitter la Chine deuxjours plus tard, donc tentent de s'en mettre plein la vue d'ici-la, et moi je n'ai qu'a suivre ! Premiere etape : l'incontournable Cite Interdite, l'ancien palais des dynasties ayant regne sur l'empire chinois durant quelaues millenaires. Le chauffeur de tricycle que nous embauchons pour nous y conduire se meprend, ou comprend mal notre maniere bien speciale de prononcer le chinois et nous conduit tout droit au "Temple of Heaven"... Nom seduisant... Plusieurs temples entoures de grands et fastes jardins, ou se rendaient jadis les anciens maitres de chine pour prier un brin en vue des recoltes futures. Les jardins sont proprement magnifiques, plein de fleurs rares et d'arbres bien tailles, avec de larges allees ombragees. De nombreux chinois viennent squater ces jardins pour pratiquer leur Taishi (orthographe incertaine, anyway le Taishi est une discipline physique consistant a imiter la position de certains animaux, tels que l'ours ou l'oiseau, histoire de faire circuler dans le corps les energies vitales de la nature... C'est tres rigolo a observer, et sans doute tres agreable a pratiquer), jouer de la musique traditionelle et chanter, ou encore marcher a reculon (!) Marcher a reculon, voila encore une chose asser curieuse a observer (ca rend rien sur les photos), j'avoue ignorer les benefices pour le corps ou l'esprit que procure une telle pratique. Bref, c'est a la fois joli, vivant et interressant. Je pense que ces jardins du Temple of even est le truc touristique le plus probant que j'ai vu a Pekin, je vous recommande, a la difference de la "cite souterraine" que je vous deconseille. La ville souteraine fut construite en prevision d'une eventuelle guerre atomique entre la chine et l'URSS, apparemment il y aurait des centaines de kilometres de tunnels sous Pekin. Mais, en tant que visiteur, vous ne ferez que marcher dans quatre tunnels qui forment un carre, en observant si le coeur vous en dit les photos suspendues a intervalles reguliers et representant divers element sde l'armement chinois. Genial. Apres avoir ainsi passe environ 7 minutes dans ces couloirs ou il n'y a rien a voir, vous arrivez dans la boutique de soie ou des "artisans" en tenue militaire tenterons pendant une grosse demi-heure de vous refourguer leur derniere creation, pas franchement jolie pour parler franc. Anyway....

Mon inculture generale et ignorance generale allait me reserver une excellente surprise, lors de cette arrivee a Pekin. Me croierez-vous ? Je ne savais pas que la tres fameuse muraille de Chine (que l'on dit visible de l'espace, mais ah ! bel exemple de propagande... Aucune construction humaine n'est distinctement visible de l'espace !) passait a une poignee de dixaine de kilometres de Pekin ! Cool ! Imaginez Je suis dans un minibus en direction de la muraille de chine, c'est quand meme pas n'importe-quoi en terme de sight-seeing, vous en conviendrez, alors que vingt-quatre heure avant l'idee ne m'avait pas efleure l'esprit ! La nuit precedente,on rencontrait avec mes deux amis quelques fils de diplomates africains a Pekin, et nous passions la nuit ensemble dans quelque bar fameux, donc ce matin-la nous sommes passablement fatiques... Ce qui nous empeche pas de nous extasier devant l'enormite d'une telle construction... A vrai dire, on se demande meme, en observant le mur, comment l'etre humain a pu accomplir une telle entreprise, et specialement avec les moyens techniques dont il disposait a l'epoque. La partie de mur que nous visitons est restoree, il y a meme un telepherique pour l'atteindre ! Bien sur, ca casse un chouilla le charme, qui se rompt completement apres dix heures trente, lorsque le mur est bonde de touristes de tout poils, a tel point qu'il faut jouer des coudes pour se frayer un chemin (du retour)





vendredi 19 octobre 2007, Tibet
Le train du toit du monde (bis - pour de vrai)

Bonjour à vous les cheminots... et les autres aussi, of course !


J'y pense : hier j'ai été faire un petit tour dans le "Maglev train", un train à sustentation magnétique, qui, ma foi, se trouve être le transport guide terrestre le plus rapide au monde ! Dans chaque voiture, il y a un petit écran pour que les voyageurs puissent se rendre compte, et le fait est là : accélération jusqu'à 431 km/h. Ouhaouh... Ca décoiffe, croyez-moi. 7min et des poussières pour parcourir 30 km entre Shanghai et l'un de ces aéroports internationaux. Quoi ?? L'aéroport ?? Et bien non, de toute évidence, je n'allais pas à l'aéroport pour prendre l'avion, mais simplement pour... Faire un aller-retour à bord du magnet-train, comme la majorité des gens qui utilisent le bolide à rallonges. Du coup, ça ne "fait pas très réel", dans ce sens ou ça ressemble plus à un train touristique qu'à un projet industriel pratique. D'ailleurs, certains panneaux indiquent même "Maglev demonstration train". Il paraît que le petit tronçon de trente kilomètres serait une expérimentation grandeur-nature de cette technologie germano-chinoise, et qu'une vraie ligne de plusieurs centaines de km sera peut-être construite par la suite. Enfin...

Toujours est-il que, au moins sur le papier, ils se démerdent plutôt bien, les chinois, d'un point de vue purement ferroviaire, avec la voie ferrée la plus haute du monde et le tronçon commercial le plus rapide au monde ! Bienvenue en Chine où tout est possible, l'argent ne coûte pas cher et une main d'oeuvre docile se trouve en abondance... Allez, on se retrouve à Lhassa, on remonte de quelques semaines en arrière.

Emprunter ce train, j'y pensais depuis le début, depuis que je traçais au crayon à papier une grande boucle en Asie sur une carte du monde. En effet, l'été qui précédait mon départ, je lisais dans La Vie du Rail (que je recevais à titre gratuit et obligatoire en tant que chanceux jeune - embauché à la SNCF) que les chinois l'avaient finalement fait, et que, au moins techniquement, ça fonctionnait : Lhassa, légendaire capitale du Tibet, cachée - perchée au milieu des immenses plateaux himalayens à presque 4000m d'alt était dorénavant reliée par voie de faits et par voie ferrée à la capitale de l'Empire Chinois, Beijing (Pekin).

Sur place, tout commence un peu avec un coup de chance... Je demande le prix du ticket à plusieurs agences, qui me sortent des prix qui, me semble t-il, sont complètement démesurés au regard du pouvoir d'achat des chinois "classe moyenne", largement plus cher que l'avion ! Évidemment comme d'habitude on me dit qu'au guichet de la gare, blablabla pas de vente directe aux étrangers, pas de personnel anglophone and stuffs. Donc, bien évidemment, je me rends sur place. La queue au guichet est conséquente ;  par chance un tibétain marrant et Anglophone, en début de ligne, me fait signe d'approcher et me propose de servir de traducteur, j'accepte volontiers, et grille les 4/5 de la queue... Je me renseigne sur les prix des différentes classes : Hard-seat, Soft -seat, hard-sleeper, soft-sleeper 2 et soft-sleeper 1. Les places assises ne coûtent à peu près rien pour l'occidental fortuné que je suis, néanmoins j'ai bien reçu le message de certains voyageurs qui ont expérimenté les 47h en hard/soft seat, une vision de l'enfer parait-il, je m'abstiens et opte pour le Hard-sleeper, qui est à un prix vraiment raisonnable aussi : environ 90euros pour plus de 4500 km, cool. Je souhaite partir dès que possible, mon traducteur traduit, la préposée aux tickets tickette, je paye mon dû, et la guichetière lance un truc au haut parleur, comme par magie je vois plus de la moitié des membres composant la queue tourner les talons, mon ami sourire, et, lui aussi s'apprête à partir. Après traduction, je comprends que l'ultime place pour le train du 18 Septembre vient de m'être vendue; le T28 annonce désormais "complet". Donc, normalement, ce cher tibétain qui m'offre son assistance aurait dû être l'heureux gagnant de ce dernier billet, je m'excuse, un poil gêné par cette bonne fortune tout de même, mais mon homme prend la chose avec philosophie ET avec le sourire, on se boit un thé, partageons une paire de clopes, encore merci, et puis voilà !

Le 18 Septembre au petit matin, j'allais donc découvrir le train le plus haut du monde, mais également expérimenter pour la première fois les chemins de fer chinois. Aujourd'hui, grosso-modo un mois plus tard, je suis un habitué : plus de 10 000 kilomètres au compteur sur les rails chinois ! Première surprise : En chine, on ne pénètre pas dans un train comme dans un moulin ou comme dans un TGV : Les bagages passent aux rayons X, et tous les passagers doivent obligatoirement patienter dans une "salle d'embarquement" digne d'un aéroport international, en attendant l'ouverture de la porte qui donne sur le quai. J'en profite pour remplir un petit papier que l'on m'a remis en même temps que mon billet, sur lequel je doit déclarer que mon état de santé me permet de voyager pendant plusieurs heures en haute altitude, à plus de 4000m. Après le tour de l'Annapurna, je n'ai plus le moindre doute là-dessus.

La gare de Lhassa est titanesque, pas autant que la gare de Lyon, certes, mais Lhassa ce n'est pas non plus Paname true ? Un tel monument pour... Une ligne, voie unique, un train voyageurs par jour et par sens, cela me semble très optimiste. Mais optimiste, il faut que les chinois le soient, s'ils comptent mener à bien leur projet : relier le pays à l'Inde via Katmandu, Népal avec une paire de rails. À savoir que le Népal, ce ne sont pas les hauts plateaux almost flat sur lequel est posée la voie au Tibet. Non, la partie Sud de l'Himalaya est un terrain très accidenté, et la future voie ferrée devra jouer les "montagnes russes" sur des pentes conséquentes, pour aller de fond de vallées profondes en cols d'altitude. Bref, Katmandu railway station, à mon avis c'est pas demain la veille, mais méfiance, tout de même : avec les chinois tout peut aller si vite !

Aprés quelques minutes d'attente, une voie-suave-standard-gare nous annonce en Chinois, en Tibétain puis en Anglais que Youpi ! les voyageurs sont priés de gagner les portes d'embarquement, et la foule se lève pour s'exécuter, d'un commun accord.

Le personnel d'accompagnement du train est très féminin et très nombreux. Devant chaque porte d'accès de chaque voiture, il y a un agent (ou une), dans son uniforme impeccable et, fait étonnant, au garde-à-vous. Le dit (ou la dite) agent ne quittera la position consacrée uniquement pour saisir le billet qu'il faut présenter avant de monter dans la voiture.
Me voici à l'intérieur. Évidemment, le matériel est complètement neuf, du coup ça a l'air d'être plutôt de la bonne cam, en tout cas c'est joli. Au sol, dans les couloirs, de grands tapis bien moelleux qui incitent à aller pieds-nus. Les couchettes n'ont rien, mais alors rien à envier à celles de nos corails Lunea, ce ne sont pas des banquettes en simili-cuir mais de vrais matelas, avec de vraies couettes épaisses et de vrais oreillers bien rembourrés. Ca, c'est une bonne nouvelle, parce qu'à vrai dire... La classe sleeper, c'est definitly prévu pour dormir, et point final. Je veux dire : les cabines, si belles soient elles, ne sont pas prévues pour être modules, ce qui fait que les heureux propriétaires d'un ticket couchette n'ont pas de siége pour s'asseoir, nulle part, et donc n'ont à peu près d'autres choix que de se tenir horizontalement...
Avant que le train ne s'envole vers les sommets, je décide de faire un tour sur le quai, histoire d'observer un peu les caractéristiques des véhicules... Les wagons sont aux standards internationaux, 23.5m sur deux boggies, le tout apte à la vitesse de 160km/h. Le train est immense, il y a, je crois 23 voitures et, en tête, une paire de monstres au diesel. Ca ressemble comme deux gouttes d'eau à de la came américaine, acquisition ou contrefaçon ? No idea. Je me rappelle avoir lu que les loco emportent, en plus de la réserve de carburant, une réserve d'oxygène pour satisfaire les proportions des gaz dans une atmosphère appauvrie en O2. Je note aussi que toutes les vitres sont très larges et très, très propres, et quelques minutes avant le départ, une armée de fourmis-nettoyeuses est encore en train de frotter. Pendant ce temps, les chinois, comme à leur grande habitude, se photographient joyeusement dans toutes les positions avec, en arrière plan, le fameux "train du toit du monde" en gare de Lhassa.
Et puis, le départ approche, nous sommes invités à regagner nos voitures, les hôtesses en uniforme retirent les passerelles recouvertes de tapis rouge précédemment installées entre les véhicules et les quais.

Mais où sont les tibétains ?? pas dans mon compart, pas dans ma voiture, ni dans celles attenantes. Pas Un. La population est composée en exclusivité de chinois et d'occidentaux, et la plupart des voyageurs sont rivés aux fenêtres, appareil photo ou caméra en main.
Je comprends que le train a, entre autres probablement, mais assurément une vocation touristique. D'ailleurs, le billet d'avion Pekin - Lhasa ne coûte guère plus cher qu'une place en Sleepers, donc il faut être un minimum amoureux du train pour faire ce choix, ou amoureux at least des paysages himalayens. Tout ceci, je me le dit "à première vue", je découvrirai par la suite que je suis assez loin de la vérité, en fait... En classe Sleeper, il y a des bouches à oxygène, soit disant pour compenser le manque d'oxygène dans l'air, aux alentours des 5000m. Les voitures sont sensées être pressurisées, je me permet d'affirmer que cela est faux, puisque il est possible d'ouvrir les fenêtres dans les toilettes.
Comme les autres, je fais les photos qui vont bien (du moins j'essaye, car mon pauvre appareil subit toujours les conséquences d'un nettoyage qui a tourné à la destruction. Je n'ai toujours pas développé les vues, mille fois pardon, fidèles lecteurs !), et je sens une lassitude, flemme du corps et de l'esprit m'envahir progressivement. Je remarque que, curieusement, les autres voyageurs sont également un peu au ralenti, et même que la plupart d'entre eux sont étendus sur leurs couchettes, alors qu'il est 9h du matin. Irrésistiblement, je me dirige également vers ma couchette. C'est là que je comprends d'où vient cet endormissement, plutôt cet engourdissement général : l'oxygène... Au niveau de mon oreiller, il y a deux bouches d'oxygène, et pshhhhhh... le précieux gaz n'en finit pas de s'échapper. Quelques jours plus tard à Pékin, je revois le fameux film "Fight Club" dans lequel Brad pitt suggère que les masques à oxygène, dans les avions, sont là pour shooter les passagers et les faire se tenir tranquille in case of emergency... Bien sûr c'est du cinéma, mais après coup, le train du toit du monde me fait un peu cet effet, et tant que je n'aurais pas trouvé comment fermer ces vannes-à-sommeil, et bien... je vais en écraser ! C'est un peu dommage parce que je rate les somptueux paysages, et pratiquement l'intégralité des 600km de voie posées sur le permafrost.

Les paysages, justement, sont somptueux, et je n'ai pas encore observé l'Himalaya sous cet angle. Figurez vous que la voie ferrée est construite sur des hauts plateaux, parfaitement plats, et donc ne ressemble en rien à une voie sinueuse et pentue comme on pourrait l'imaginer en montagne, pas de tunnel ou de viaducs, ou si peu. Sur un tronçon de plus de cent kilomètres, la voie est même complètement droite, je l'observe se perdre dans l'infini depuis la fenêtre du wagon de queue. Aux alentours de 5000m d'altitude vous disais-je , et par-ci par là, on aperçoit des "collines", si j'ose dire, complètement recouvertes de neige. Je dis des collines parce que même si les sommets des reliefs sont à quelque 6000 m, me trouvant déjà à cinq mille sur un terrain plat, elles ne sont pas si impressionnantes par leur taille. Par contre, elles le sont par leur majesté, recouvertes de neiges tous les jours de l'année. En effet si, à 5000 m il n'y a pas de neige en été (le permafrost, ce n'est pas des glaciers comme je le croyais bêtement au début, simplement un sol, un peu terreux, un peu caillouteux et même avec une végétation rase, qui ne dégèle jamais), à quelques centaines de mètres plus haut on pénètre le domaine des glaciers et des neiges éternelles... Vous dire si c'est magnifique... Le temps est parfaitement clair, l'horizon dégagé semble si lointain et ces monts tout blancs et brillants qui rompent avec la monotonie des plateaux me font penser, une nouvelle fois, au "domaine des Dieux", interdit aux Hommes (trop frileux). Si paisible... Quelques troupeaux de yaks profitent également de la paix et de la beauté du paysage, mais je me demande bien ce qu'ils bouffent, sans doute un truc du genre "esquimaux a l'herbe"... Anyway...

Quand, finalement, je parviens à couper l'oxygène, je décide de partir un peu en exploration dans le train, qui comporte tout de même environ 450m linéaires de couchettes, couloirs, fauteuils, et la fameuse voiture-bar. Après quelques voitures de sleepers, j'arrive à la voiture restaurant, et au-delà de celle-ci se trouvent les soft-seats, puis les hard-seats. J'ai alors le plaisir de comprendre qu'une fois de plus, je n'ai rien compris... Et oui, les tibétains sont là, plus vivants, bruyants et bordeliques que jamais ! La classe soft-seat de ce train, c'est un truc a voir. Les bruits, d'abord. Tout le monde parle très fort, ceux qui jouent aux cartes gueulent purement et simplement. Les haut-parleurs diffusent également un truc en continu, et en noichi, et trop fort. Je comprends qu'il s'agit d'un spectacle d'humour puisque aux cris des bébés et aux sons monotones des jeux électroniques il faut encore ajouter celui des fou rires que déclenche le texte diffusé (en boucle, cela va de soi. Il y a aussi : une reprise de "la lettre à Elise à la guitare classique, et une reprise sino-Hip-jpo de accrochez vous bien : « frère Jacques » !!!! Une horreur). Pour en finir avec les bruits, il y a comme un slurrrp continu : il s'agit de l'opération d'avalage des Noodle soup, qui constituent l'alimentation de base et la moins chère à bord du train. Visuellement, c'est aussi très amusant, très coloré, extrêmement bordélique... Il y a des gens de tous âges, du bébé au pépé, et dans tous les sens. Quelques groupes de moines tibétains, aussi qui flashent dans leurs tuniques oranges et tentent de résister à l'envie de taper le carton. Certains essayent de dormir au milieu de l'allée centrale, et se font réveiller à coup de pieds au passage de la vente ambulante. Assurément, il n’y a pas d'oxygène en classe assise, la plupart des voyageurs sont bien réveillés, et je vois mal comment il pourrait être possible de dormir, ne serait-ce que cinq minutes dans ce bazar de première catégorie. Les deux stewards affectés à la voiture travaillent énormément, bien plus que dans les autres voitures, et font des allers-retours continus équipés de gros sacs poubelle pour tenter de ramasser au fur et à mesure tout ce qui est jeté sur le sol. Les énormes sacs en plastic noirs s'entassent progressivement sur les plates-formes, et, en arrivant à la gare intermédiaire dont j'ai oublié le nom, les déchets ainsi emballés occupent, et c'est proprement hallucinant, tout l'espace devant les portes, du sol au plafond.
Il faut les décharger avant que qui que ce soit ne puisse quitter le train. Évidemment, la scène pittoresque de la soft-seat class m'amuse beaucoup, je fume quelques cigarettes et m'amuse avec les gamins, mais je dois avouer que 47h là-dedans, il y a de quoi devenir fou... Tout au moins est-il, pour un occidental, strictement impossible de trouver le sommeil; le fait sera confirmé par Awa et Aneysa

Awa et Aneysa ne passent pas vraiment inaperçues, puisque étant françaises d'origine maghrébines et africaines, ça ajoute une touche de couleur à l'ensemble. On se rencontre au petit dej en voiture restaurant, et dès ce moment-là on peut dire que j'ai deux nouvelles charmantes compagnonnes à bord, et pour mes premiers jours à Pékin. (on ira même se faire un petit tour ensemble sur la grande muraille, la classe ! Et, justement, les deux françaises voyagent en classe assise, elles, donc autant vous dire que la fatigue se lit sur leurs visages.
On repère un compart qui est vide, et nous nous y installons pour un temps. Le staff ne semble pas avoir remarqué quoi que ce soit... Si bien qu'au bout de quelques heures les deux filles finissent par rapatrier leurs affaires. Apres coup, elles auraient dû en profiter pour dormir un brin puisque évidemment, lorsque le train s'arrête pour dechargenent-chargement de passagers, une famille chinoise au grand complet se pointe pour occuper l'espace. On assiste alors à une scène un peu surréaliste, puisque assurément il n'y a pas suffisamment de places pour eux ET pour nous dans ce compart, mais la famille nous ignore, et ils commencent à s'engueuler entre eux. On regarde, un peu amusés, et le ton monte, on les voit se montrer leurs billets, gesticuler, mais pas un regard ne nous est adressé. Le ton monte progressivement, et finalement Aneysa et Awa considèrent à un moment que la plaisanterie a assez duré, récupèrent leurs sacs a dos et se dirigent vers leurs anciens siéges, qui, bien évidemment sont dorénavant occupés par une tibétaine qui a profité de l'aubaine pour s'allonger un peu. Mes deux amies ne dormiront pas du tout pour les 47 heures, bien qu’ayant fait preuve de beaucoup d'imagination :
la galerie à bagage a l'air pas mal, mais les barres chromées qui la compose sont trop raides. Une tentative sur le sol, mais trop dangereux : de nombreux liquides douteux risqueraient de s'incruster sur un mauvais mouvement du train.

Finalement, après les premières 24h, quand l'altitude devient raisonnable une fois l'oxygène coupé, la vie à bord est assez dense. Il y a toujours de nombreuses personnes scotchées aux vitraux armés de leurs boites à images, le wagon restaurant ne désemplit pas. D'ailleurs, l'une des fenêtres du dit wagon a explosé (pour sa partie extérieure) en mille éclats, l'accident fait l'objet de nombreuses spéculations. Ca picole pas mal à bord, la bière n'est pas chère. J'essaye d’acheter une boite de noodle-soup au comptoir, juste pour réaliser que le personnel du restaurant n'est pas vraiment friendly, et surtout ne fait aucun effort pour me comprendre. Pourtant, ce que je veux n'est pas compliqué, la même chose que les autres ! Au final ça me prend bien une demi-heure, à faire des mimes (je me rends compte ensuite que, comme parfois en Chine, mon interlocuteur fait semblant de ne pas comprendre l'anglais, le petit malin...), à gesticuler, à subir les moqueries gratuites, mais bon, ça me fait un petit exercice de patience supplémentaire...

Avertissement : Si vous n'êtes pas un minimum cheminot dans l'âme, le paragraphe qui suit sera sans doute du charabia incompréhensible, vous etes autorisés à zapper pour vous rendre directement a la conclusion...

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Je constate lors de ce premier voyage à bord d'un train chinois que les trains, en Chine, sont à l'heure, et même à la minute et à la seconde, cela se confirmera à chaque fois par la suite. Les 4350 km sont parcourus en 47h précises, comme prévu. A vrai dire, le trajet se décompose en deux parties : tout d'abord les 1500 km (distance approximative : je viens de mesurer sur une carte avec la largeur de mon pouce pour centimètre - étalon) de voie nouvelle entre Lhassa et Xining, une seule voie - banalisée non électrifiée (pour les intimes) comportant, à intervalles de dix km environ, une voie d'écart pour croisement. Peut-être la plus longue voie unique au monde ?
Sur cette portion, le train ne dépasse guère les 100 km/h. Puis, à Xining, on sort les poubelles, on remplit les réservoirs d'eau, et on change la paire de diesel pour une électrique, pour 3000 km à 160km/h jusqu'à Pékin. J'ai le loisir d'observer un peu les opérations techniques d'escale sur le train, juste pour constater que, comme le matériel roulant, tout est très moderne. La signalisation est intégralement lumineuse, Les opérations de manoeuvre se font toutes à la radio, et les aiguilles manoeuvrables à pied d'oeuvre sont inexistantes. (Soit dit en passant : Vous prenez cette dernière phrase et changez chaque élément par son contraire, et voilà une idée à peu près réaliste des chemins de fer indiens : Signalisation par sémaphores mécaniques, toutes manoeuvres aux drapeaux, la plupart des aiguilles à pied d'oeuvre ou, au mieux, actionnées depuis un poste à leviers et tringleries full mecaniques ... Très surprenant, pour le réseau ferré le plus long au monde ! Je signale aussi que la compagnie des chemins de fer Indiens, avec 3.5 millions d'employés, est tout simplement... la plus grosse entreprise au monde !)

Mais revenons-en à la chine ferroviaire post-moderne. Comble de la modernité : la température des boites d'essieux est mesurée à distance et systématiquement, à l'aide d'un dispositif équipé d'un laser... Jamais vu ça auparavant, dans ma jeune carrière cheminote. Et vous ? De très nombreux agents semblent être affectés à la sécurité ferroviaire, et portent tous des uniformes spécifiques. La sécurité a l'air d'eêtre très aboutie (mais restons méfiants : la Chine est la Mecque de la contrefaçons), c'est très moderne je le répète, et finalement la seule différence notoire avec les réseaux européens résident dans les effectifs. Pour sûr, la mode n'est pas encore à la réduction.
Prenez le personnel d'accompagnement, par exemple. En France, sur un TGV, peut-être une équipe de 3 a 6 contrôleurs, le conducteur, deux mecs à la voiture restaurant, un gars à la vente ambulante (qui ne sont pas des cheminots à proprement parler, qui plus est), et pour faire joli je rajouterai deux agents en formation, et trois membres de la Suj ("police ferroviaire"), puisque assurément, nous vivons dans un pays dangereux. Donc, en comptant très, très large, nous voici à 15 bonshommes. En Chine : deux steward – contrôleurs - entretien par voiture (et quatre pour les sleepers haut de gamme), une dizaine de cuistots, autant à la vente ambulante, une dizaine de policiers - ferrés, quelques agents techniques embarqués (je ne sais pas combien mais au mois 5, mettons), trois conducteurs en relais et nous voilà avec un équipage comprenant entre 80 et 100 people, tous dans leurs uniformes différents ! Wouahou... très impressionnant, tout ce petit monde qui s'agite pour faire vivre un train, de l'intérieur...

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Et bien, hopefully, ce petit voyage à bord du train du toit du monde vous a plu autant qu'à moi... Un petit mot quand même sur les enjeux sociaux d'une telle ligne.
A vrai dire, du point de vue du pur transport, rien ne justifiait la construction d'un tel ouvrage, à savoir que l'avion coûte à peu près le même prix, et qu'il existe des bus pour ceux qui ont un budget très limité, bus parfaitement capables d'absorber un tel trafic, ma foi relativement faible.
De nombreux tibétains s'opposeront (secrètement, évidemment), dans le principe, à la construction d'une telle ligne, qui pour eux signifie un pas de plus vers une colonisation totale, par l'aménagement du territoire. D'autres, plus pragmatiques, y furent favorables, espérant ainsi que le train apporte avec lui les bienfaits du développement en termes économiques. Je pense que l'ouvrage reste très intéressant du point de vue du transport de marchandises, vu qu'à Lhassa la production industrielle est à peu près nulle, et vu que  tout est "importé", depuis la Chine et le Népal. Voilà une opportunité donc de transporter des masses plus importantes, moins chère, plus propre.

Je n'ai pas vraiment d'"opinion" sur le bien-fondé de la ligne, les uns et les autres ont sans doute tort et raison, comme d'hab, et puis tout ça est trop complexe. Dans l'immédiat, je ne pense pas que les rails puissent réellement rendre les tibétains plus malheureux, ils constituent un atout touristique, et même si je reste on ne peut plus critique sur les méfaits du tourisme de masse international, je pense qu'au Tibet toutes relations entre la population locale et des personnes autres que les Chinois ne peut être que profitable à la région.

Ainsi soit il.

Prochain épisode à paraître : A tale of three megalopoles - Bejiing (Pekin), Hong kong, Shanghai.

Plein de bonnes choses à vous....
 





mardi 16 octobre 2007, Shanghai
Soit dit en passant (du côté de Shanghaï, China)

Salut le monde entier !


( j'ouvre une parenthèse.
Pas vraiment un article, pas du tout même, juste quelques petites précisions, à toutes fins utiles.

Vous l'aurez peut-être remarqué, certains de mes textes sont préparés, d'autres sont du domaine de la plus pure improvisation.
Les textes préparés, c'est bien ; déjà parce que je me fais plaisir à faire de belles phrases, à trouver de bonnes blagues, descriptions à l'ancienne, parfois j'essaye (sans prétendre y arriver) de vous toucher, vous faire réfléchir (pas trop), de vous faire rêver. Why not ?

Pour les impros, c'est vous qui me touchez. Clairement. Je pense à Lhassa. Il se trouve que, pour l'instant, je n'ai pas même relu ce que je vous ai écrit (la honte !)
Une fois de plus merci à ma maman de supprimer 90 % des fautes d'ort., sinon ce serait, je pense, tout bonnement illisible !.
En me couchant hier soir je me disais que sans doute je décrivais une atmosphère générale plus négative que ce que j'ai vraiment ressenti. Et même, peut-être, au sein du groupe que je suivais entre Katmandou et Lhassa, j'insistais tout spécialement sur les imbéciles qui racontaient imbécilement des imbécillités à tout bout de champ alors que je gardais pour moi, sans même effleurer le sujet, le souvenir ému de moments fantastiques que je passais avec des personnes fantastiques qui se trouvaient là, au même moment, dans ces circonstances ma foi plus improbables et fantastiques que tragiques (hopefully).

Au Tibet, j'ai également parlé avec des chinois fort sympathiques et très intéressants qui assurément ne faisaient pas la gueule pour un sou. Au Pakistan, j'ai aussi rencontré de gros imbéciles et croisé quelques escrocs... Mais si peu !
Je vous raconte ce que je pense au moment où j'y pense, et ce qui en ressort dépend de nombreux facteurs comme : le nombre d'heures de sommeil de ma dernière nuit, le nombre de bières que j'ai déjà bu dans la journée, les événements qui me sont arrivés juste avant que je pianote le querty et qui, forcement, influent sur mon état d'esprit, la météo, le temps que je peux matériellement consacrer à la rédaction.

La vérité a pour vocation d'être unique donc, pour moi, c'est une vue de l'esprit. Je n'ai aucun désir de vous donner LA VERITE, non, simplement de vous faire pénétrer quelque peu dans l'état d'esprit, justement, du voyageur que je suis maintenant depuis quelques mois. Surtout, ne me croyez jamais !
Ce serait une erreur... Je ne me prends pas pour un journaliste, peuchere ! If one wants to know how is real Tibet one has to go there, here is the only option. Et même... même si j'étais journaliste, ce que je vous blablaterai ne serait qu'une interprétation, donc SUBJECTIVE, de ce que mes sens et mon esprit me permettent de capter et de comprendre de ce que je vis.
Effectivement, pour se faire une idée, il n'y a pas d'autre solution que de faire son sac et d'enfiler ses chaussures, believe me ! Sur ce blog, je vous parle comme je (me ou vous) pense, c'est à dire pas au conditionnel, le plus souvent au présent (parce que c'est plus facile que l'imparfait, bien sur). Mais cela ne signifie en aucun cas que je pense que ce que je dis est la vérité. Ce le fut pour moi, à un moment donné, avec ma tournure d'esprit au présent, voila tout ce que c'est. Rien de plus ! Nothing else. sans prétention.
Je prierai ceux qui suivent régulièrement mes "publications" de prendre 39 sec. 12 '' pour pour réfléchir à la chose....
Prenez les photos : Un instant, je focus, je déclenche, clac ! C'est dans la boite, l'image existe désormais sur le négatif. Les photos ne mentiraient pas, donc ? Mon oeil... A ce moment, peut-être y a-t-il un monstre embouteillage sur Nathan Road, Hong - Kong. Très impressionnant. Mais... Peut-être que je prends ce cliché parce que ce qui est impressionnant c’est que la rue est dans cet état ; ou bien jamais je ne l'ai vue comme telle, elle qui d'habitude est si bien organisée....

Autre chose, mais dans le même état d'esprit. J'ai vu de mes yeux (comme on dit vulgairement), en Iran, ces "manifestations de 150 fanatiques brûlant des drapeaux américains et gueulant des Allah ak bar comme des moutons Autour d'eux, formant un cercle fermé, des dizaines de caméras, peut-être des centaines, même ! Une caméra France 2 ou TF1, je me souviens plus trop, mais une française du genre, je l'avais remarqué, à l'époque Un deuxième cercle, formés de policiers, mais qui font dos aux "manifestants-radicaux-acteurs-payés-tous-les-iraniens-le-savent" et font face aux milliers d'étudiants hurlant, hurlant de rage de n'être filmés. Moi, je passais la soirée du vendredi avant Norouze (celle ou des pétards en forme de cocktails Molotov sont tirés toute la nuit dans les rues, histoire de s'amuser un peu dans ce pays de fous) avec ces étudiants justement. Si vous aviez pu voir cette rage... Rage contre les quelques imbéciles qui défilent avec leur drapeaux verts-islam, évidemment, mais surtout contre les journalistes, qui participent à cette mascarade en filmant cinquante pelos alors qu'une foule de milliers d'hommes est là, juste derrière leur dos, à hurler leur désir de vivre leur vie sereinement, n'ont envie de tuer personne, adorent les américains par dessus tout, et comprennent de leur religion un voeux de paix et de bonheur pour tous.
Ces journalistes arrangent tout le monde : Bush et sa clique (si je peux me permettre), car ils montrent au monde la "menace" que représentent les "nombreux" fanatiques Iraniens. Khomeiny car voilà de belles images de "toute une population" solidaire de leur gouvernement (!), et enfin les masses (que l'on prend un peu trop pour des idiots, si bien qu'ils finissent eux-mêmes par y croire ...... !!!!!), et qui sont atteintes grâce à cet outil oh combien merveilleux mais détourné depuis le début qu'est la TV, pour qui voilà un beau spectacle, rassurant : Ben ouais, finalement je suis pas mal chez moi...
J'espère que vous avez compris quelque chose à cette dernière phrase, moi pas trop, c'est un chouilla bordelique. Justement, c'est là que je veux en venir : Voila ma vérité, celle que j'ai vue, entendue, ressentie et comprise. Complexe, personnelle, inexplicable. Voir sans comprendre... Si tu m'avais accompagné à ce moment là (comme le fit Adrien le French Routard), sans doute aurais-tu encore une autre vérité à proposer qui serait aussi vraie que les autres. Méfiance...
Who knows ?
Un instant détachée du contexte, détachée de tout, une image. La presse s'amuse énormément avec ça, parce que la presse dominée par les intérêts financiers ou politiques est devenue du divertissement, et cherche à montrer l’exceptionnel. Mais la presse a, historiquement un "devoir" : celui de montrer la réalité... Ah bin mince alors...Tout ceci s'est aujourd'hui fortement mélangé, si bien que la presse fait du divertissement, en se targuant de "montrer la VERITE". Ben ouais : c'est son devoir, et nos journalistes, grands professionnels, ne faillissent jamais à leur devoir, tout le monde sait ça, ils l'ont même dit à TF1 une fois. Méfions nous aussi un instant de cette notion de "devoir", un instant.... Parce qu'on en reparlera une autre fois.
Evidemment, je suis amoureux du journalisme, puisque j'aime raconter ! J'en rencontre de temps à autre sur la route, des vrais qui y croient vraiment - au rôle qu'il devraient jouer dans la société. Evidemment, voilà des individus à contre courant des gigantesques medias-spectacles, donc... Ils rament, pardi ! Ils rament, mais ils y croient eux aussi, reveurs-actifs à leur manière. Que je vous aime !
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Fort heureusement, je ne suis pas journaliste (un jour p'tet, inch Allah), je fais donc dans le divertissement pur et dur (le mien et je l'espère, au moins un peu, le vôtre), sans aucunement prétendre à "montrer la VERITE", je n'ai aucun devoir et vis à ma fantaisie ! C'est aussi comme ça que je raconte Et DIEU ce que j'aime à raconter... Je trouve ça absurde, la vérité, l'objectivité ! Comment un individu, un sujet, pourrait-il présenter quelque chose qui ne soit pas "subjectif ?" Parfois j'essaie d'être "objectif", mais évidemment c'est une grosse blague, et même je préfère être parfaitement subjectif, then il n'y a pas de malentendu.
Si j'étais doué, je vous écrirais un poème lyrique, au lieu de tous ces petits charabias ! Bof... Croyez bien que je fais de mon mieux quand même, pour que le tout soit quelque peu poétique ou amusant.
That's why !!
AH, AH !!!!!!!! Malgré tout, even if je n'ai aucunement l'intention de vous "informer", mon objectif va un tout petit peu plus loin que le divertissement...
Ah !
What is it about ?
Et bien, j'essaie de vous donner du plaisir. Ou plutôt... De vous montrer ce que j'ai découvert, sur le fait de voyager. Finalement, c'est très facile, de réserver des billets de train, ou même d'aller à pieds. Ca ne coûte pas grand-chose, et même les galères n'ont aucun lendemain, alors ! Souvent, on m'a dit "tu as de la chance de faire ce que tu fais". De plus en plus, j'aurais tendance a penser que ces propos, sur la chance, sont proprement insensés. Everybody can do what I'm doing, actually.
Ou alors, oui, j'ai de la chance, d'avoir mes deux bras et mes deux jambes, et almost toute ma tête. C'est vrai que si j'étais dans un fauteuil à roulette, alors peut-être les choses seraient un peu plus compliquées. J'ai rencontré des gens qui voyagent avec des gamins, en Iran, au Pakistan. J'ai rencontré des gens qui voyagent sans argent ! J'ai rencontré des gens qui ont quitté, à plus de 50 ans, une "belle place" pour enfin prendre la route. Bien sûr, je suis à peu près sûr de récupérer mon boulot à mon retour, et c'est une chance, mais ce n'est pas si important.
Le tout est d'avoir envie. Si vous rêvez de partir, de chercher, de vous voir dans un palais des glaces à milles vitres déformantes, vous pouvez aller, ma foi assez facilement, au-delà du rêve : faire ce choix ! Please, je vous en supplie, si vous en rêvez, ne rêvez plus, aller-y ! Les trente premières heures, que personnellement j'ai passées dans un bus, sont indescriptibles. Certains rêves seront toujours des rêves, comme l'un qui voudrait être célèbre, l'autre changer le monde à lui tout seul (moi), encore un autre voler sans moteur (et sans pollution...). Ben ouais, la c'est sûr que ça restera sans doute du domaine de la vie nocturne, de l'échappatoire dans l'imaginaire. Le truc, c'est que... L'échappée dans la vie réelle, est, elle, très possible, et pas vraiment compliquée ! Un peu plus loin que le divertissement....
Si un seul des lecteurs qui a abordé Un terriensurterre franchit le pas, se sera la plus belle réussite de cette expérience, se sera beaucoup !
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Oh, no, no, ne vous inquiètez pas, tout va bien ! J'avais envie de vous dire ça, et encore deux ou trois petites choses. Parce que je suis en train, ni plus ni moins, de retourner au bercail !
Je viens de croiser un globe terrestre en métal brossé dans un bar chic, que l'on pouvait tourner dans tous les sens. C'était il y a quelques jours, à Hong Kong.
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Mon dieu que je suis loin de Murat !!! Que je suis loin de mes amis de toujours, de ma famille. Et mon dieu que je suis prêt de mes rêves les plus fous...
Et puis, c'est la "descente". Ben ouais... Hong Kong, voilà le point le plus éloigné que j'aurais atteint thanks to
mes jambes, des trains de toutes sortes (et de tout poils), des voitures (dont les fameuses Peikane britanico-iraniennes), des jeeps, d'autres véhicules inimaginables, un chameau, my faith, un truc allemand à suspension magnétique qui parcourt quelques 430 km par heure sans décoller du sol (!), les énormes ferries du détroit de Bosphore, les barges trouées de Bénarès, les vélos népalais et chinois sans dérailleurs, pas mal de rickshaws, des à moteur, des à pédales, un âne urbain Pakistanais, à dos de mon poto, en taxi, sur une calèche et sous une pluie "mousson" fantasmagorique, et en troisième passager d'une moto sur laquelle se trouvaient déjà le chauffeur (en pyjama), sa femme (tenant leur fils dans ses bras), et sa cousine qui montaient en amazone. J'ai fait juste avant un speech sur la "vérité" ("que je voudrais aimer, mais qui est si cruelle..." comme disait l'ami Renaud), tout ceci a l'air complètement irréel, n'est ce pas ? Croyez-moi : je viens de lire Alice's adventures in wonderland by Lewis Caroll, et à part le coup du champignon qui fait tantôt grandir tantôt rétrécir, ce n’est guère plus absurde que les aventures d'Audoin dans la vie réelle.
On m'aurait dit, il y a un an le coup du chameau de la moto (etc : voir plus haut), sur que j'aurais beaucoup ri et répondu : "un beau rêve..."
Ben ouais...
Et puis, me revoilà en route, cette fois ci, vers l'est. Direction : Murat, Cantal France, via la Mongolie, la Russie, la Germanie, et Paris. C'est grisant, aussi, de ce dire que tout ceci va s'arrêter, d'un coup, du jour au lendemain, comme tout ceci avait commencé.
Enfin, heureusement, on a encore deux mois pour parler de ça. The time is runnin, my friend... Merci à toi, Marion de m'avoir signalé, voici quelques mois, que le temps n'allait pas s'arrêter pour moi... J'étais alors à deux doigts de l'oublier, d’oublier que je SUIS SUR TERRE !
C'eut été un comble. Donc, I'm on the way-back, definitly ! Ah, ah !
Mais ce rêve éveillé ne s'arrêtera plus jamais ! La "vie normale" ne sera plus jamais normale, parce que j'ai vu, parce que je crois savoir que rien n'est jamais "normal", avec les êtres humains et leurs cerveaux bizarroïdes, avec la nature et son excentricité, avec tous ces Dieux étranges, plus bienveillants les uns que les autres, qui existent sous nos casquettes...
Merci à toi, Fatihette de commenter systématiquement tous les articles. À vrai dire, je ne sais pas si je te connais ou pas, peut-être pas même en photo ! Et pourtant notre "relation" est toute spéciale, une chose de plus que je n'imaginais pas. Une chose que TU n'imagines peut-être même pas, et qui fait que je parle de "relation", aussi absurde cela puisse être : Parfois, quand j'écris, je pense à toi parce que je suis sûr que tu vas lire. Je pense à tes précédentes remarques, à ce que peut-être tu attends de lire...
Il m'arrive aussi d'essayer de te choquer (mon célèbre côté provok'), pour m'amuser un peu, même si je ne peux guère avoir d'idées précises sur ce qui te choque ou pas ! Les préjugés ! Ca non, tu n'aimes pas trop, et c'est tout à ton honneur. Tu as eu la délicatesse de me mettre un mail et non pas un commentaire public when you were desapointed by what I said. Merci, c'était gentil, mais à la limite, j'aurais bien aimé que les autres en profitent ! Les mots respiraient l'énervement, je me suis dit que peut-être tu arrêterais de lire après ça.
Mais les préjugés, comment dire ? Ben ouais, j'arrivais en Inde avec une idée désastreuse des indiens, l'immense majorité des voyageurs que j'ai rencontrés en Iran et au Pakistan ayant été decus par ce pays et ces gens, en tant que voyageur, et en faisant des généralisations. Mais ces préjugés, ces conversations que j'ai eues, quelque part, ont eux aussi leur existence, une forme de "vérité", même si, effectivement, et crois bien que j'en suis parfaitement conscient, les préjugés c'est très, très con.
Anyway... en tout cas merci very much !
Vous savez quoi ? Je suis un peu égoïste. Les meilleurs moments (à l'exception du tour des Annapurna), pour l'instant, je les ai gardés pour moi, bien au chaud, récits et images.
Oh, je peux vous les énumérer : la dernière quinzaine en Iran, la vie à bord du train du désert au Pakistan, avec Julien et Amélie (ah vous ! si jamais vous lisez : Je n'ai plus votre adresse e-mail; ce serait cool d'avoir de vos nouvelles à l'occas... Voir trois lignes dans le "guestbook")(Ah, oui, y’a quand même quelques photos du Balouchistan express, Photo Gallery, rubrique "un monde de chemins de fer") ; Le séjour avec Maxouille dans la vallée Kalash, avec ces gens si particuliers (and so friendly, inimaginable), la folie de Bénarès. Sans doute, je me garde à écrire, pour les longues nuits du Samedi au Dimanche où, tout seul dans mon grand poste d'aiguillage, je dois trouver de bons stratagèmes pour me maintenir éveillé... D'ici là, tout ceci aura mûri, je ne distinguerai sans doute plus si bien ce qui tient du rêve et de la "réalité" de ce moment. Ainsi, peut-être vous livrerai-je une "vérité" si merveilleuse que cela vous décidera à partir !
Les photos du Pakistan......... J'imagine que vous aurez compris que le Pakistan est, de loin, le pays et les gens que j'ai préférés lors de ce périple (pour l'instant : je n'ai pas encore vu l'Allemagne !), et le Cachemire pakistanais la plus belle fantaisie de la nature que j'eue le privilège d'observer. Vous le savez, hein ? Et pourtant il y a si peu de photos du Cachemire, de Lahore, ou je restais pourtant en tout presque un mois. A Lahore, il fallait bien dix minutes pour uploader une photo, l'internet ne coûtait almost nothing certes (disons dans les 1 euro pour 10 heures), mais il faisait trop chaud et la pièce était mal ventilée. Donc on a mis que quelques TOF, faites avec l'appareil digital Leica de MaximE, c'était bien plus pratique...
Dans le grenier de chez mes parents, à Sceaux, il y a dans les mille photos du Pakistan, qui nous attendent... Encore un peu de patience. Croyez-moi, cela vaut le coup, je me vante juste un poil en affirmant qu'en c'temps-là, le Minolta et moi, on a fait des prouesses... Mieux : des pirouettes !
Et vive les pirouettes, y’a que ça de vrai, quelles soient photographiques ou de toute autre nature.
YOUUUUPIIIII !!!
C'est à peu près, tout ce que j'avais envie de vous signaler, à toute fin utile, dans l'immédiat... Voilà exactement le genre de chose que je ne relirai pas, sinon probablement je me dirai que mais t'es fou mon pote, cette fois-ci t'as pété les plombs !
A vrai dire, je ne pense pas. For sure, and I would say HOPEFULLY I'm a (just) a little bit crazy. But who isn't ?
Voyage au sein de l'intimité des cogitation d'un terrien sur terre. Et moi, et moi, et moi... Moi-je ! Moi-Je ! Moi-Je ! ;-) I know you know...
Vous aussi, vous pouvez me causer un brin, si le coeur vous en dit... Les pensées des autres sont toujours bonnes à entendre. (maybe).
See you soon !

Fermez la parenthèse)





samedi 13 octobre 2007, Lhassa
Lhasa

 

Bonjour à tous ceux qui jettent encore un oeil (au moins distrait) à cette page de temps à autres...


Et oh, combien je vous donne raison ! Bref, bref, bref.... Allons-y, c'est parti (mon kiki), parce qu'il y a du retard. Veuillez en outre trouver ci-joint mes plus plates excuses pour cette longue période de silence, période durant laquelle j'ai passé énormément de temps dans les trains chinois, et parcouru quelques milliers (je dis bien...) de kilomètres -surprise pour la forme, dirons-nous.

Donc, nous en étions à LHASA, ancienne capitale du Tibet, 3800 m d'altitude et un petit million d'habitants, si je ne m’ abuse.

J'arrive à Lhasa en Land-cruiser rutilant, piloté par, je vous le disais tantôt, le plus mauvais chauffeur qu'il m'ait été donne de rencontrer durant tout ce voyage, et tous moyens de transports confondus. L'arrivée dans la ville est pour le moins surprenante... Jugez vous-même : j'ai l'impression, l'espace d'un instant (comme se permettent de dire certains dont moi) d'être prématurément rentré en Europe ! OH, NO ! Évidemment, je savais que la colonisation chinoise au Tibet était bien avancée, malgré tout je n'imaginais rien de tel. Autoroutes à quelques voies de large, circulation parfaitement ordonnée et réglée par des feux rouges (ou verts, voire oranges suivant le cas), buildings à quelques dizaines d'étages scintillants d'une abondante lumière électrique, rues parfaitement propres, ville parfaitement défigurée ne ressemblant plus guère à autre chose qu’à une autre grande ville. Evidemment, notre bagnole est la dernière du convoi, du "groupe", et notre chauffeur se perd complètement sur les bretelles autoroutières, donc nous arrivons à l'hôtel une bonne heure après les autres Land-cruisers. Hôtel parfaitement chinois, installé dans un horrible bâtiment neuf en béton faussement ancien et en pierres de taille. Le personnel de l'établissement intégralement chinois ne parle pas un mot ni d'anglais ni de tibétain, et ne fait pas le moindre effort pour nous comprendre, pourquoi faire ? Voilà ma première image de la mythique capitale interdite du Tibet, vous dire que je suis déçu ?

Le lendemain est une journée chargée, Dernier jour avec le f....' groupe ; au programme, la visite de quelque "authentique" monastère tibétain, et de l'inévitable Potala, former castle du déchu Dalaï-lama. Que vous dire là-dessus...

Je commencerai par quelques données historiques et sociologiques. 1965 : fin de la "Révolution culturelle" en chine. 90 % des monastères tibétains ont été rasés par l'aviation chinoise, 90 % des moines bouddhistes ont péri. A chaque fois que l'aviation bombardait l'un de ces lieux sacrés, des mitrailleurs été placés tout autour pour "finir le boulot", et tirer sur les moines qui tentaient de s'échapper. génocide en bonne et due forme, doublé d'un génocide culturel méthodique et parfaitement abouti. 15 ans plus tard, la reconstruction des sites commençait, autorisée par le gouvernement de Pékin qui, sans doute, comprenait le potentiel touristique du Tibet. Et 25 ans plus tard, soit dans les années 90 le "boulot terminé" et l'"espace nettoyé", la région rouvrait enfin aux visiteurs étrangers. Il faut "former" de nouveaux moines. Pour être sur que ceux-ci ne seront pas dissidents et ne s'occuperont pas de politique, ils imposent une autorisation gouvernementale à toute personne voulant "rentrer dans les ordres" (je crois que c'est comme ça qu'on dit ?) Inversement, tout tibétain voulant devenir fonctionnaire de la nation doit prouver sa fidélité en renonçant à toute forme de religion, avec des contrôles à domicile pour s'assurer que le candidat à l'administration chinoise ne possède aucun objet religieux. Mais un tibétain non-religieux, c'est un peu comme un pakistanais non-croyant : ça ne court pas les rues. Donc, tous les fonctionnaires, du balayeur au policier en passant par toutes les branches de l'administration sont des chinois. Efficace...

Tout ça pour vous dire que, la visite des "authentiques" monastères et du Potala me font une belle jambe.
Le Potala tout d'abord ; Evidemment, de l'extérieur, visuellement c'est mythique, voir mystique, si j'ose (je). Comme le faisait si justement remarquer Alexandra-David Neels lors de sa première visite de la ville (déguisée en mendiante) en 1920, les tibétains n'ont jamais su exprimer autre chose que la puissance dans leur style architectural. Effectivement, j'aurais du mal à vous dire que le Potala, c'est beau. Une montagne terrassée en différents étages sur le sommet de laquelle se trouve posée une sorte de forteresse rectangulaire, on y accède par une série d'escaliers monumentaux. ---Par chance, je me rendais compte juste avant d'apercevoir le monument des erreurs de l'incompétent à qui je confiais tantôt mon appareil photo, et effectuait sur celui-ci les corrections nécessaires pour une mesure adéquate de la luminosité, donc contrairement à l'Everest, vous devriez découvrir d'ici peu quelques photos du Potala, et vous rendre compte par vous même de l'esthétique un peu douteuse du complexe. --- Mais le Potala, ça reste le Potala isn't it ? Le centre incontestable du bouddhisme tibétain, et plus spécialement de la secte des bonnets-jaunes, dont le dalaï-lama est le grand patron.
Pour moi, le voir " en vrai" est donc très important, et vous dire que je suis ému... serait un euphémisme de première catégorie. Et vous dire que je suis déçu quand je rentre à l'intérieur..... Idem. Le Potala a été pillé en bonne et due forme par les chinois, qui ont quand même pris la peine de remplacer certains objets par quelques contrefaçons en plastique à la mode locale. Le palais est par ailleurs truffé de micros, de caméras et de poulets, histoire d'être bien sûrs que vous ne sortirez pas de la visite guidée. et malheur à ceux qui s'attardent plus de deux heures dans l'édifice ! à l'entrée, le ticket est tamponné de l'heure effective, et le dit ticket doit être remis (aux autorités compétentes), à la sortie. SUPER !! Je ne vous raconte pas le degré de spiritualité d'une telle visite, vous l'imaginerez fort bien par vous-même. Seuls sont satisfaits les innombrables touristes chinois (riches et athées pour la plupart) qui dérouillent quelque peu leurs boites à images dernier cri. Moi, je ne suis guère satisfait. Suite de la visite : Par ici les amis !

On enchaîne sur un monastère dont je suis tout à fait heureux d'avoir oublié le nom. celui-ci est célèbre pour les "joutes oratoires philosophiques" des moines, pour ceux qui connaissent, voici normalement un temps fort de la vie religieuse des moines bouddhistes tibétains., ou ceux-ci, se basant sur l'ancestrale philosophie qui est la leur, échangent à tour de rôle des arguments philosophiques en y mettant la voix et le geste juste (à la manière, un peu, des battles de rappeurs américains, mais dans un autre genre cela va sans dire). Sauf que... SAUF QUE : Sauf que les moines prennent des pauses devant les innombrables objectifs des caméras des touristes, qui se baladent au milieu de la cour, sans gène, et tirent des gros plans de cette supercherie grandeur nature. Vous dire si, une nouvelle fois, je suis déçu... Pour un peu, j'en pleurerai. Je fais moi aussi quelques photos de ces "moines" (anglophones, pour certains : le comble of the comble !), puisque tel est le but de notre présence ici...

Seconde et dernière nuit à passer dans cet hôtel bidon, dernière nuit incluse dans le "pack" que je fus quasi-contraint d'acheter pour pénétrer au Tibet via le Népal, et on va pouvoir (re)passer aux choses sérieuses, à savoir.... L'indépendance, mes amis !!

Enfin, je retrouve mes petites habitudes... Vous savez, non ?, je me balade sans but, je flâne, je marche en adressant de grands sourires aux Tibétains, je teste la cuisine "de la rue" (mon système digestif est definitly CONTRE, mais je fais fi de ces grognements de mécontentement), et je fais quelques photos de l'ensemble. Je dis quelques, parce que je suis profondément écœuré par l'attitude des touristes, pour la plupart chinois, qui tirent des gros plans de pauvres mendiants sans leur donner la pièce, ça va de soi. A ce propos, la solidarité me coûte relativement cher au Tibet, mais comment faire autrement ? figurez-vous que, de très très nombreux miséreux n'ont d'autres ressources que de quémander de l'argent toute la journée, en égrainant des chapelets et en chantant, ou en faisant tourner inlassablement leurs moulins à prières De très nombreux... Moines, enfants, femmes vieillards, un monde assis par terre, dans la rue, que le passant ne peut que regarder d'en haut. Je n'ai jamais rien vu de tel, JAMAIS ! Pas même à Paris, pas même en Inde. Autant d'individus (sur)"vivant" de la mendicité, c'est proprement hallucinant, oh combien révoltant. Une population entière réduite à tendre la main ! Je vous le disais tantôt : pour trouver un job en cette sombre contrée, il faut abandonner sa culture et sa religion pour de bon - ou alors, on vend des articles religieux souvenirs aux touristes. Quel avenir... Je contribue de toutes les manières possibles : je donne à toutes les mains, achète les frites dans la rue, et me loge dans l'une des uniques guest-houses tenues par des tibétains autorisés à recevoir des étrangers. Je vous la recommande, c'est la seule adresse valable et honnête que j'ai trouvée sur place (and please, believe me, j'ai cherché...): "Oh Dan Guesthouse", à ne pas confondre avec l' "Oh dan Hotel".

Et vous savez le plus étonnant dans toute cette histoire ? Au Tibet, les tibétains oppressés arrivent à être heureux, tout au moins joyeux, sont d'une gentillesse extrême avec les étrangers, sourient ou chantent sans cesse, tandis que les chinois (largement majoritaires, au moins à Lhasa), inexorablement, font la gueule......... !

La partie ancienne, tibétaine de la ville représente une toute petite partie de Lhassa qui est, pour sa plus grande part une cité moderne faite de buildings en verre et d'autoroutes surélevées, comme je vous le disais. Ce qui fait que, en deux ou trois jours j'ai fait le tour des bonnes adresses, je me repère à peu près dans le dédalle des ruelles. Il y a, a Lhassa, un quartier musulman, une communauté de Tibétains qui se sont convertis depuis des lustres, et qui entretiennent d'excellentes relations avec les Bouddhistes (soit dit en passant, au fil des siècles les communautés chrétiennes qui s'étaient installées se sont fait expulser par le Potala pour prosélytisme......). Évidemment, comme toujours, les Muslims sont les grands champions de la boustifaille, et quand mon estomac commence à devenir trop grincheux, je file dans le quartier Sud pour me taper quelques brochettes d'agneau "Allahl"...

Au sein de la Oh Dan Guesthouse, je partage une triple room avec mes deux compagnonnes du moment : Célestine et Dorothée. Les demoiselles, plus fines que moi cela va sans dire, n'ont point omis la "Bible" du traveller pour leur excursion au Pays des neiges Eternelles, j'ai nommé le Lonely Planet, Youpiiiii !! Enfin bref... Dans le LP ils mentionnent le Ganden Monastery, un lieu sain perché à 4700m d'altitude et qui, parait-il est quelque peu épargné par le tourisme chinois et toute la business-connerie qui s'accroche aux montagnes du Tibet comme des nuages de mousson. Il y a un bus local de pèlerins qui part de Lhassa et s'y rend quotidiennement pour un prix lui aussi local (2 euros...), dixit the Bible. Un de ces quatre matins justement, sur les coups de six heures, au milieu des moines et des pèlerins (et de quelques touristes), nous en sommes. Et bien voilà enfin une excursion que je ne regretterai d'aucune manière ! Premièrement, le site est absolument splendide. Évidemment, les bâtiments ont été retapés, c'est un peu dur de survivre aux obus de l'aviation chinoise. Néanmoins, au sommet de la montagne, des ruines sont là, envahies par la végétation, et décorées d'innombrables guirlandes colorées, témoignant d'une barbarie sans nom et pas si lointaine. On arrive sur place vers 7h30. 7h30, ciel sans nuages, 4700m d'alt, il fait froid, froid FROID ! On se les gèle, même, pour parler vrai. On commence donc par aller se boire un petit thé à la mode tibétaine, bien au chaud. Le fameux The-beurre-salé... Hummm ! Délicieux, ultra digeste, exactement comme vous l'imaginez. Et pourtant, ça fait du bien. On s'acquitte ensuite du droit d'entrée (raisonnable) dans le lieu, et commençons à déambuler parmi les bâtiments aux toits dorés, chapelles, dortoirs ou salles d'études monastiques. Surprises : Les policiers chinois ne montent pas jusqu'ici, il fait trop froid. Ca, ça c'est un point très positif. Au bout de cinq minutes je perds mes deux compères, ce qui fait que je vais me balader seul dans les passages du monastère pour les trois heures à venir. Sans regret !

Il règne ici une sérénité que j'ai rencontrée bien rarement durant ce petit voyage (de rien du tout). Peut-être, une fois, à Chack-chack, le lieu sacré des Zoroastriens, plus ancien lieu de culte monothéiste sur terre, c'était en Iran, il y a 6 mois. Re-re-re-re-re-bref. Un lieu, on ne peut plus propice à la méditation, voir à l'introspection. Je me recueille un long moment dans une petite chapelle, devant un immense Bouddha en bronze recouvert de feuilles d'or.
Un moine tibétain, un vrai puisqu'il ne parle pas un mot d'anglais, arrive et me gratifie du sourire le plus bienveillant auquel j'ai jamais eu droit. Droit au coeur. Que voulez-vous ? Je suis un émotif, c'est pas nouveau. Malgré la barrière de la langue, celui-ci m'initie aux rites bouddhistes typiquement tibétains, et on va ainsi, de chapelles en chapelles, faire quelques prières devant ces Bouddhas au regard si particulier, toujours assis dans (l'inconfortable pour celui qui n'y est habitué) position du lotus, et les yeux qui semblent regarder "en dedans". Je passe un excellent moment en sa compagnie, mais je ne sais trop comment vous le décrire, étant donne que nous n'échangeons pas le moindre mot. Je comprends à un moment que mon ami-monk a probablement fait voeux de silence. Ce qui se passe entre nous est un peu magique, une relation entre deux êtres humains qui se passe de tout commentaire, qui est "au dessus du langage"; en tout cas qui est ailleurs. Je souhaite faire une donation pour le monastère, alors que nous passons devant un bâtiment affecté à l'administration du lieu. Je sors un gros billet, mais mon ami-monk en tunique orange jaune estime que je suis trop généreux, et me rend la monnaie. Incroyable mais vrai. Évidemment, j'arriverai à tromper son attention et à déposer ladite monnaie dans une chapelle. En échange de ce don, je reçois deux petit sacs comportant de petites boules noires. Le moine les manipule avec grand soin, donc j'imagine que c'est extrêmement précieux. Je me signe devant les sacs avant de les fourrer délicatement dans ma poche. Erreur, mon cher ! "On" me fait comprendre qu'il faut que j'avale le contenu de l'un des sacs sur le champ, je m'exécute. ... No comment. Le truc sacré a un goût parfaitement horrible, je l'avale donc immédiatement, mais le goût me reste sur l'estomac, et je vous assure que je suis observé avec attention, pas moyen de tricher, pas moyen de cracher dans un coin. Le moine sourit à la mine dépitée que je dois faire, tentant tant bien que mal de réprimer toute grimace, puis avale sans sourciller le contenu d'un autre sac. Et, assez soudainement ma foi, il me fait comprendre que notre entretien silencieux vient de prendre fin, et m'indique la direction dans laquelle je devrais aller me balader. Il me désigne les ruines, tout en haut de la montagne.

Quand j'arrive là-haut, je me sens au sommet de la sérénité, si j'ose dire, et la vue de l'autre vallée qui se découvre, de l'autre côté, me comble d'un bonheur à la fois si simple et complet ; je souhaite à tous de ressentir ça un de ces jours.
Je choisis l'une des maisons en ruine, et m'essaye à la position du Lotus. Pour une fois, je ne ressens aucune douleur, ni dans les adducteurs, ni dans le bas du dos. Non, je suis parfaitement bien. Je ne pense à rien, sauf... Sauf à un moment, je me dis que je suis trop bien quand même, que quelque chose "m'aide", me maintient dans cet état. Mon estomac brûle toujours gentiment des petites boules noires inconnues. Je comprends alors que celles-ci sont très probablement moins innocentes qu'elles en avaient l'air, et sans doute contiennent-elle une substance légèrement psychotrope.
Je ferai par la suite quelques recherches sur Internet, mais nulle part je ne lirai quoi que ce soit sur ces petites boules noires. Le mystère reste donc entier. Je stationne une bonne heure, tout seul sur mes ruines au sommet de cette montagne, à ne penser à rien. Que ça fait du bien, vouhyaaoubla... Je finis par me lever, et d'un pas lent longe la crête, observant en contrebas les toits dorés des bâtiments qui scintillent (de milles feux, cela va sans dire) au soleil. Il ne fait plus du tout froid, je suis en harmonie thermique, et j'apprécie toujours autant cette sensation de légère euphorie que procure la rareté de l'oxygène aux alentours des 5 000m, en tout cas chez moi.
Tout doucement, je redescends jusqu'au col, Le Minolta chaussé grand-angle en main (et à l'oeil), évitant soigneusement de piétiner les guirlandes multicolores et spirituelles qui ornent le massif. La ballade est délicieuse, le paysage somptueux. J'arrive au parking et retrouve Dorothée et Célestine; on se tape quelques cornets de frites, et c'est l'heure de quitter cet endroit de rêve.

J'hésitais assez longuement à partager ces moments d'exception avec vous tous, égoïste que je suis. Mais voilà, finalement je m'y suis décidé... N'en parlez pas à tout le monde, surtout : Il ne faudrait pas que le Ganden monastery passe de quelques lignes cachées dans le Lonely-Planet à un encadré géant d'une page entière, se serait trop triste...

Voilou....

Bon, demain, je devrai trouver un brin de motivation pour vous raconter les deux chapitres suivants : le "train du toit du monde", et l'étape à Pékin.

Et après-demain, Inch Allah, l'erreur de 3000 bornes qui me conduisit à Hong kong ?

Croyez bien que je vous aime. TOUS !

A bientôt !

Audoin.





dimanche 23 septembre 2007, Lhassa
Lhasa - Pekin : 4500 km à bord du T28 le train du toit du monde

 

Bonjour, bonjour...

Euh... C'est pas une blague, mais je reconnais que ça y ressemble un peu ! Enfin bref... I mean : cet article n'est pas prêt, seul le titre exits up to now ! Ca viendra dans les jours à venir. Je me manifeste simplement pour vous signaler qu'il y a un nouvel article dans l'historique, celui-ci s'intitulle "aventure au Népal part two". C'est l'histoire de deux p'tits gars qui décident d'entreprendre une marche de plus de deux semaines dans l'Himalaya, en pleine saison des pluies...

I hope you will enjoy this one !

A très bientôt...

Hello, Hello,

Mmmm... It is not a joke, but I recognize that it seems to be ! Let's make it short ... I mean : this article is not yet ready, just the title ! This will happen in the coming days. I appear just to let you know there is a new article in the repository which is entitled "adventures in Nepal, part two". It is the story of 2 poor lonesome guys who decide to manage a walk (a trek ? an adventure ? a discovery, an extraodinary tour, ...) for more than 2 weeks in Himalaya, in the middle of the rain season ...

I hope you will enjoy this one !

 

Visit my site soon for new releases ...





vendredi 14 septembre 2007, Lhassa
Huge landslides on the Katmandu to Lhasa route

Hey ! y'a un nouvel article, pour lecture ou correction des phaute d'or tografe, suivant que vous êtes ou non ma maman ;-) . Dans l'historique, ça s'intitule "un nouveau départ", ou bien sinon il y a le lien suivant :

http://unterriensurterre.uniterre.com/25550/Un+second+depart....html

Il s'agit de la journée (bien remplie) du Samedi 8 septembre, le jour où je passais la frontiére népalo-tibétaine

Enjoy !

 

Ta chi de le !

Bonjour à tous, et avant toutes choses, veuillez m'excuser de ne pas répondre à vos mails... La raison est simple : le coût d'Internet au Tibet est l'une des choses les plus incroyables qu'il m'ait été donné de voir durant ce voyage (l'argent commence à être précieux, même pour l'occidental que je suis). Le prix à la minute AUGMENTE avec le temps total de connexion !!! De plus j'ai été averti : au Tibet occupé, les modems ont de grandes, grandes oreilles, et Google et Yahoo sont de gros, gros collabos. Sylvie, Max et Max, Marion et Marion, Béatrice, Antoine, Mélisande, Sylvain, Soléne et mon brave Collasson, j'ai pour vous tous une pensée bien sincère et affectueuse, et tacherai de réparer tout ça plus tard.

Vous l'aurez compris, donc, me voici au Tibet. Je suis bien forcé de reconnaître que ces quelques derniers jours ne figurent pas vraiment au palmarès des meilleurs moments du voyage... N'allez pas croire que je sois déçu, je m'y attendais fortement. Pour ceux d'entre vous qui rêvent encore d'aller au Tibet, j'ai envie de dire : circulez, y a rien à voir... D'abord, 70 pour cent des 6000 monastères tibétains ont été détruits. Certains ont été reconstruits pour amuser les touristes chinois, et encore dans ceux-ci, même certains jours sont réservés aux visiteurs et fermés aux moines !!! Pour devenir bonze aujourd'hui, il faut une autorisation gouvernementale. Mon amie Dorothée a offert ce matin même à un Bonze une petite image du dalaï-lama qu'elle avait cachée pour passer la frontière, celui-ci en a presque pleuré ... Et, pour les tibétains qui n'ont pas la vocation et qui souhaiteraient devenir fonctionnaires, il leur faudra débarrasser leur logis de tout objet religieux, le gouvernement est très strict sur ce point et opère des contrôles. Des tibétains sans objets religieux chez eux, c'est une bonne grosse plaisanterie quand on sait la ferveur religieuse de ce peuple ! La mendicité est extrêmement développée, peut-être plus encore qu'en Inde, ici c'est un fait de société, et ça me coûte évidemment une fortune.
Pour continuer... Le palais du Potala à Lhassa été pillé (comme le reste du Tibet), la plupart des salles sont vides. Evidemment, vous verrez à l'intérieur plus de kaki de la tenue des militaires que du jaune des bonnets des moines de l'ordre du dalaï-lama. Votre guide Tibétain ne vous apprendra pas grand chose, terrorisé à l'idée de finir en prison ou en "rééducation" à la suite d'un "dérapage verbal", l'ancien palais lamaïste étant truffé de micros, de cameras et d'indicateurs en civil. Et pour le voyageur... Il vous faudra suivre le seul chemin autorisé par votre visa-permis, qui évidemment évite soigneusement les quelques vestiges de monastères authentiques. Interdit également d'utiliser les transports locaux. Donc, j'ai bien plus appris sur le Tibet dans les bouquins que j'ai lus ces derniers temps que sur ces hauts plateaux de l'Himalaya. A ce sujet, je vous conseille vivement le "voyage d'une parisienne à Lhassa" d'Alexandra David Neels, épopée passionnante et antérieure au génocide culturelle, de surcroît le style est très accessible.

Ah... Je fus pour une semaine complète mêlé à un groupe de touristes, une caricature... Il y a : les allemands sympa en short, chaussettes et sandales, les riches russes hautains, les baleines made in USA qui pénètrent avec peine dans le Land Cruiser, les Israéliens complètement parano persuadés que le monde entier leur en veut, les belles gosses parisiennes, et le mec associable :moi. Après avoir passé la frontière Nepal-Chine, nous sommes stoppés dans notre marche par de fantastiques glissements de terrain, et le temps que les ouvriers réparent la Friendship Highway, nous voilà bloqués dans cette horrible ville (dont je préfère oublier jusqu'au nom) peuplée à 99 % de colons chinois, et qui défigure la montagne. Les plus stupides du groupe prennent violement à parti notre guide tibétain (qui à ce moment m'était sympathique), alors même qu'ils ont pu constater by them-selves que les forces de la nature nous barraient la route... Pourquoi ne s'en prennent-ils pas aux dieux ? Je leur pose la question et me fais remballer sévère. Fort heureusement, je rencontre Chris, un quepon-guide de haute montagne Canadien (au pays il n'a pas de maison, préférant vivre dans sa voiture, ce qui lui permet de vadrouiller de massifs en massifs) vraiment sympa, bloqué avec toute son expé pour les mêmes raisons.... On rigole bien. Lui prend les choses avec plus de philosophie. Il va, avec 4 sherpas, un autre guide, un toubib et 4 clients tenter un sommet à 8000 et quelques sans oxygène. Ils ont plus de 70 sacs à porter pour l'expé qui doit durer dans les quinze jours, tout ce fatra étant charge... à dos de yak ! On teste la boîte de nuit ultra-chinoise et hypewr-glauque du coin, je vous déconseille...

Pour finir avec le pas terrible du tout, et conjurer le sort, je viens de me rendre compte que... Il y aura bien peu d'images de la route, pourtant magnifique. Après le tour de l'Anapurna, je confiais mon précieux antic camera qui avait besoin d'une révision à un professionnel katmandusien, qui se révéla être un sérieux incompétent. Toutes les tof seront surexposées de 2 diaph, génial ! J'en pleurerais ...

Heureusement, il y eu ma rencontre avec le mont Everest, toit de notre chère petite planète et seigneur de l'Himalaya.

"il y a des vues qui, apparaissant au sortir d'une forêt touffue ou au passage d'un col, font tomber à genoux les pèlerins comme les mécréants, éblouis par l'esthétique grandiose et divine de la montagne."

En Iran, vers la fin de mon séjour, je rencontrais à Rayent un groupe d'alpinistes en vacances, qui nous offrait à moi et à mes amis du moment, Amélie et Julien, le gîte et le couvert dans une école primaire pour une nuit. Il y avait, au sein du groupe, un jeune espoir de l'alpinisme qui cherchait à fuir son pays, étant condamné à 10 ans de prison pour avoir tenu des propos hostiles au gouvernement sur un site Internet. Son plan était de quitter le pays vers la Turquie, en passant par les montagnes, et de la rejoindre l'Allemagne où le statut de réfugié lui était promis. Je lui offris la carte IGN très détaillée de la Turquie que je possédais, maigre présent qui lui fit pourtant un immense plaisir. En outre, lui ayant décrit la suite de mon programme, il me fit jurer d'adresser en son nom une prière pour Allah le jour où j'apercevrai le mont Everest, convaincu que ce mélange entre sa religion et sa passion pour les montagnes le sauverait.

Je sors donc comme promis, en apercevant pour la première fois the roof of the world, ma boussole, ma carte du monde et un petit drap, me tourne vers la Mecque, et m'agenouillant, récite les quelques mots. Et, pour ne pas faire de jaloux, j'enchaîne immédiatement sur le voeu bouddhiste universel de bonheur adressé à toutes les créatures et choses résidant sur terre, puis un Om Indu et même un Notre Père bien de chez nous. C'est vous dire si ma première rencontre avec l'énorme massif fut pour moi fort en émotions... Je me jure également qu'un jour je serais prêt, physiquement et moralement, pour observer la terre depuis son sommet

Quelques minutes plus tard, le chauffeur (qui soit-dit en passant est le plus mauvais que j'ai eu durant ces quatre mois à sillonner l'Himalaya) perdait le contrôle de la voiture, qui partait en tête à queue et, Mash Allah, Ram Ram, s'arrêtait à quelques centimètres du précipice... Hasard, n'est ce pas ?

Je voudrais vous en dire plus, vous donner plein de détails, faire de la politique ou même vous parler de religion, mais ça me coûte trop cher... Et puis je me presse, je me presse, et le style en souffre grandement. Vous en doutez vous ? Les lignes que vous lisez ne sont qu'une infime fraction de ce que je rédige dans mes carnets de route, que je renvoient en France au fur et à mesure. Par exemple : Le tour de l'Annapurna en compagnie de Max c'est un carnet de 60 pages qui est actuellement quelque part sur un bateau. Hormis un cahier d'Iran que j'ai fort stupidement oublié sur la banquette d'un rickshaw pakistanais, et un autre du tout début du voyage qui fut stupidement égaré par les postes turques, j'aurais des choses à vous raconter, peut-être par écrit à cette même adresse, lorsque de retour en France, je jouirai d'une connexion Internet haut-débit, et de temps. Et, nostalgique de cette époque où s'enchaînaient les aventures, j'aurai grand plaisir à vous raconter tout ça, et même le reste, à l'imparfait...

Je vous souhaite à tous d'atteindre la sérénité et le bonheur.

A bientôt, sans doute de Pékin (l'étoile Noire de l'Empire du Côté Obscur ??)!

Audoin.





samedi 8 septembre 2007, Nyalam Xian
Un second depart...

Date réelle de publication : Lundi 17 septembre. Je vous fais profiter un peu de mes carnets de voyage... le récit qui suit est celui de la journée du Samedi 8 septembre. Une seule journée dans la vie d'un voyageur ordinaire, mais quelle journée ! Jugez vous-même...

Il n'est pas tout à fait 5h lorsque je quitte notre chambrette du Century Lodge de Freak Street, après avoir dûment réveillé pour un instant mon camarade que je laisse, histoire que nous échangions quelques ultimes mots. Mots, c'est beaucoup dire, mon ami se contentant de grinchoner un truc, à moins que ce ne fûssent quelques onomatopées que je ne pus identifier.Le jour commence à poindre. Je consulte ma montre au moment exact où celle-ci pointe 5 heures. À partir de cet instant, l'homme que j'attends est en retard. Quelques motos passent. 10 petites minutes s'écoulent. Je suis parfaitement calme, mes sentiments sont assez neutres, et l'air frais du matin pas encore chargé en CO2 me tient éveillé. La nostalgie de quitter mon camarade ainsi que l'incroyable ville et ses temples à l'architecture excentrique semblent être exactement compensée par l'excitation de ce nouveau départ, de ce voyage qui me conduira, à travers les hauts plateaux Himalayens, jusqu'à l'ancienne capitale tibétaine. Et puis, l'une de ces motos stoppe juste devant moi, je suis ébloui par le phare rond qui scintille juste sous mon nez. Le casque du motard émet un "hey, man ! Are you ready for Lhassa ?" C'est mon homme.... Je m'installe à l'arrière de la selle, mon gros sac à dos faisant office de dossier bien appréciable, je suis on ne peut plus confortablement installé. Les rues de Katmandu se mettent alors à défiler autour de moi, et je regarde une dernière fois à gauche et à droite, admirant les rues silencieuses et désertes de la mythique cité baba. Je jouis de la douce caresse légèrement humide que m'offre la moto qui fend l'air gentiment. On arrive au rendez-vous avant le bus. Profitant de ce répit, je m'offre un dernier Tchai dans la seule échoppe ouverte en cette heure matinale, en compagnie d'une bande de conducteurs de rickshaw-velo déjà presque sur le qui-vive, et achevant de se réveiller à grandes gorgées du breuvage laiteux. J'offre également ce petit-déj de luxe à mon chauffeur-motard d'un matin, pendant que, l'air de rien, le jour achève de se lever.Le bus est là. Je prends conscience, en les apercevant, de ce que sont "le groupe", "le guide", bref le tour organisé. Il me faut chasser de mon esprit tout un tas de vilaines pensées qui se forment d'elles-mêmes... Je grimpe dans le bus au deuxième rang, et celui-ci se remplit progressivement jusqu’à ce qu'il ne reste qu'un seul siège inoccupé : celui voisin du mien. Une pensée amusante me vient alors... Si ce bus était le bus scolaire, et que j'eus 18 ans de moins, j'aurais été terriblement vexé de ce que personne ne me choisisse comme voisin pour le trajet. Je m'installe confortablement, bien vautré sur les deux sièges, remerciant les dieux de l'Annapurna que je rencontrais tantôt de m'offrir cette aubaine qui allait me permettre d'en écraser pour de vrai, ce qui est précieux dans ces bus exigus prévus pour le format indien.

Et je vais en écraser ! Le temps sera ainsi court-circuité, ce qui n'est pas si mal lorsque l'on se retrouve subitement sans compagnon. Par ailleurs, je savoure cette solitude retrouvée, et les toutes premières heures de ce que je me plais à considérer comme un nouveau départ, un autre voyage. L'état d'esprit dans lequel je me trouve lors de ces premières minutes à bord du bus est tout à fait délicieux. En dépassant les derniers quartiers de Katmandu, je me régale de la lourdeur de mon corps et de mes paupières, de l'engourdissement progressif de tous mes muscles, du vide parfait qui règne dans ma boite à pensées ; et lorsque le sommeil me gagne complètement, je me trouve être en parfaite béatitude.On me réveille pour le petit-déj. Le guide me force à m'asseoir à la table commune, sur un siège qu'il me désigne de son index tendu. Mon humeur a quelque peu changé, j'aurais souhaité que l'on me laisse dormir. Les visages européens, les intonations de ricains et les bribes de conversations que je capte malgré moi, font remonter toutes les vilaines pensées que je m'efforçais de chasser quelques heures auparavant, tous ces à priori que j'ai sur ce genre de "convoi".Pendant que je dénigre le breakfast (nescafé au lait en poudre, patates croquantes - parce que mal cuites - et omelette on ne peut plus grasse, pouah ! écœurant...), le guide nous propose une longue, longue tirade parfaitement inutile, en nous interdisant tout naturellement de bavarder ou encore de nous barrer. Ma parole, me voilà revenu sur les bancs du lycée, je vais péter un plomb sous peu ! Et dire que j'ai payé 400 dollars pour ça ! Je sollicite toute la concentration possible pour rester calme et conserver une certaine sérénité d'esprit.Plus que le discours en soi, c'est le visa chinois que doit nous distribuer le G.O qui me retient le cul sur ma chaise. Une fois le précieux papier en poche, et pendant que mes joyeux camarades finissent de gloutonner leurs oeufs à l'huile, je file sur la terrasse pour savourer mon tout dernier bedo népalais. Je suis très conscient qu'ensuite, c'en est fini de ces douceurs jusqu'à la fin de mon voyage. La vue qui m'est offerte, bien que réduite, est absolument saisissante. La terrasse est construite en surplomb d'un précipice complètement bouché par une mer de nuages crémeux, si bien que le promontoire a tout bonnement l'air de flotter dans les airs.

Me voila tiré de mes flâneries par un sifflement qui m'est adressé, pour "m'inviter" à regagner le bus.J'en écrase, bis.Les caprices de la nature vont mettre, pour ma plus grande satisfaction, un peu de piquant dans cette journée trop bien planifiée à mon goût. Un énorme glissement de terrain a englouti la route, et il est clair que notre bus n'ira pas un centimètre plus en avant. Pour franchir l'obstacle, il n'y a d'autre possibilité que d'emprunter à pied un petit raidillon rendu ultra glissant par les récentes précipitations, et surchargé de monde. En pleine forme physique, ayant sillonné plus de 170 km de chemins himalayens moins d'une semaine auparavant, un petit kilomètre de montée tient de la promenade de santé, et je prends même beaucoup de plaisir à parcourir à grandes enjambées la très modeste distance. Les premiers membres du groupe me rejoignent un quart d'heure plus tard, dégoulinant de sueur et ayant laissé leur souffle de l'autre côté, semble-t'il... Tous, sans exception, même ceux qui ont loué un porteur (!) font la grimace. J'apprendrai plus tard que l'une des baleines amerloc a eu une quasi-attaque cardiaque, et a dû être rapatriée en urgence à Katmandu (! bis). Il semblerait qu'il n'y ait que moi que cette petite ballade ait mis d'excellente humeur...

Mais le meilleur restait à venir...De l'autre côté de la coulée, il y aurait dû y avoir un bus pour nous conduire jusqu'à la frontière nepalo-tibetaine, à douze kilomètres de là. Il n'y en a pas. Comme par magie, deux jeeps arrivent, et mon petit doigt renifle une combine-escroquerie à la mode de l'Inde, et m'annonce que le groupe de touristos va se faire sévèrement secouer de ses roupies... Pour moi, il est clair que les gars des jeeps se sont arrangés avec le chauffeur du bus chimérique pour se partager le magot et alléger les poches occidentales pleines de gros biffetons. Banco ! Notre guide, qui joue les intermédiaires entre les deux compères et le groupe, nous annonce d'un ton tout à fait naturel que nos escrocs de service ne réclament pas moins de 400 roupies par tête de bétail, soit environ vingt fois le prix normal, j'imagine. Ouh, là, là...Ca gesticule, ça postillonne, ça vocifère, ça caquette, ça hurle même, ça s'insurge... Les deux renards népalais se font insulter dans toutes les langues d'Europe, et même en Russe, mais à leurs petits sourires narquois bien pendus au coin des lèvres, je comprends que l'énervement de leurs futurs passagers les amuse plus qu'autre chose...

En effet, ceux-ci, en fins connaisseurs de l'occidental moyen, savent parfaitement qu'après les insultes, tous payeront le tribu exigé (et l'argent n'a pas d'odeur, au Népal comme ailleurs et peut-être même plus qu'ailleurs), persuadés qu'aucune autre alternative ne leur est offerte. L'arnaque, et la réaction stupide et prévisible du groupe, m'amusent au plus haut point. Sans doute aurais-je été tout aussi affligé si je n'avais parcouru le sous-continent indien ces trois derniers mois, mais le fait est que je suis rodé à ce genre de situation, et que j'ai fini par comprendre que l'énervement est vain et me donne des migraines. Je fouille mes poches : 200 roupettes en tout et pour tout. N'ayant pas le coeur à ce moment là aux interminables négociations, pas plus qu'à recourir à la mendicité au sein de ce groupe de choc, en deux secondes 48 dixièmes, ma décision est prise, et il n'y a pas une minute à perdre : je charge mon barda sur mon dos et entame à pied, et toujours à grandes enjambées la montée jusqu'au Friendship Bridge marquant la frontière. Je sens le poids des regards dans mon dos, certains me jugeant culotté, d'autres ridicules, d'autres me haïssent sévèrement de prendre la situation avec autant de détachement... quelle importance ? Je prends toujours autant de plaisir à utiliser mes pattes pour me mouvoir.Une vieille femme m'observe boire la dernière gorgée de ma bouteille, et m'invite alors gentiment à la remplir à sa source personnelle ; puis elle me propose, selon la pure coutume tibétaine, le thé beurré-salé typique de l'Himalaya que je trouve toujours aussi dégueulasse, mais que je bois de bon coeur. Namaste ! J'ai dû marcher une petite demi-heure lorsque je suis rejoins par une jeep dont le plateau est surchargé de Népalais de tous poils se dirigeant vers la frontière.

Visiblement, les "jeeps à touristes" n'ont point encore décollé, et j'imagine que ça doit négocier sec, mais je doute que les foreigners obtiennent un prix raisonnable. Le chauffeur de la jeep locale m'invite à grimper à bord de son antique engin, au prix local, à savoir 20 roupies. Why not ? Je m'entasse donc à la mode népalaise, trouvant juste sur le rebord du plateau une place pour chacun de mes pieds. Les locaux me gratifient de grands sourires, on essaie de communiquer un peu en Hindi, mais mon vocabulaire est quelque peu limité... Au bout d'une vingtaine de minutes la vielle bagnole stoppe devant un torrent en crue qui coupe la route. Des land-cruisers parviennent à le franchir sans trop de difficultés, mais apparemment notre chauffeur estime que sa voiture n'est pas apte, je veux bien le croire. A la vue du courant, mes jambes ne sont guère plus capables de me conduire de l'autre côté. Il y a un petit chemin de chèvres qui remonte le long du furieux cours d'eau, et sur lequel cheminent quelques personnes. Il doit y avoir un passage un peu plus haut. Effectivement... Je n'ai rien vu de tel au cours de toutes mes excursions pédestres himalayennes, et l'espace d'un instant je me demande si ce que je vois est bien réel ! Flûte, j'aurais du faire une photo... Il y a là deux troncs d'arbre fraîchement coupés, même pas dépouillés de leurs branches et feuillages, et jetés en travers du torrent, à quelques centimètres à peine au-dessus des flots turbulents. Les gens s'avancent un par un sur l'ouvrage qui fléchit au milieu jusqu'à être légèrement submergé... Vu que ce truc là est pour le moins instable, il y a pour se tenir en équilibre une corde tendue à la manière d'une rampe d'escalier. Figurez vous que, n'ayant sans doute trouvé aucun point d'ancrage, la corde est maintenue tendue à bras d'hommes de part et d'autre du torrent ! Et pour passer, et oui, il faut payer... Je réalise alors que les fortes pluies de la veilles furent une aubaine pour quelques Népalais plus malins que les autres, qui ont sans doute "bâti" le "pont" le matin même, et en tirent un revenu confortable. Vu le courant, je ne donne pas cher de la peau de celui qui glisserait et se retrouverait emporté, et chacun s'applique donc à faire de petits pas bien précis, calmement cramponné à la corde, en priant pour que ceux qui la maintiennent tendue ne faiblissent pas. Mon tour vient, et quand faut y aller, faut y aller ! je m'acquitte de bon coeur du droit de passage de vingt roupies, et m'engage sur le pont, pas rassuré du tout. Sa vacille, ça tangue un peu, et ça passe, Ouf !

Quelques minutes après cette traversée périlleuse et mémorable, je suis (enfin) rattrapé par les deux Landcruiser-à-touristes, qui visiblement ont une garde-au-sol plus importante que la vieille jeep à bord de laquelle j'avais pris place, puisqu'ils ont traversé le torrent sans encombre. Le second chauffeur-escroc s'arrête à mon niveau, visiblement amusé par mon initiative solitaire, et étonné de me trouver déjà si loin ; il m'invite à prendre place gratuitement dans sa bagnole. Peut-être aussi pour faire enrager encore un peu plus les autres membres de mon groupe, qui me jettent des regards noirs mais n'osent rien dire. Quant à moi, la situation m'amuse de plus en plus, mais vu de l'extérieur je suis absolument neutre, pratiquement transparent.Mais quelques instants plus tard, je préfère sauter hors du véhicule, car nous sommes désormais à moins d'un kilomètre du poste frontière, et je souhaite savourer à pied ces tous derniers instants dans le pays himalayen au drapeau en double-triangle. J'arrive au bureau de l'immigration népalaise bien avant que la file d'attente que constitue notre groupe ne se soit dissipée, et pourtant... Et pourtant, l'"assistant-guide" m'intime de me hâter en me parlant pire que si j'étais du poisson pourri. Dans un premier temps, je conserve mon calme, et lui dit simplement "keep cool, man, take it easy", tout en lui désignant la file, lui signifiant ainsi que je ne suis pas en retard et qu'il est inutile de s'impatienter de la sorte. Unfortunately, ces mots pourtant tout à fait amicaux achèvent de l'énerver, et il se met a me gueuler dessus comme un putois en rut, en se tenant à vingt centimètres de mon visage ; et voilà bien précisément ce que je ne supporte pas, surtout de la part d'un type que je paye, et le bon prix qui plus est.

Subitement je perds mon calme, le repousse violement, et je hausse aussi sérieusement le ton. Ceux qui me connaissent bien savent que je peux gueuler toujours plus fort que les autres, la nature m'ayant généreusement pourvu en cordes vocales. Je sors de mes gonds, jette mon sac a terre, et suis prêt à casser la gueule à cet hurluberlu qui me manque de respect en tous points. En un instant, I lost the contrôle, et passe d'un état de parfaite sérénité à un autre d'énervement brutal (comme quoi j'ai encore de sérieux progrès à faire sur le self-control ; je l'admets volontiers). Je tremble de rage et m'apprête à sauter sur le malpoli, les deux pieds en avant, en plein milieu du poste de douane ! Pareil pour lui. Des policiers népalais et d'autres gens s'interposent et nous séparent, nous conduisant chacun d'un côté de la pièce, alors que le silence s'est fait et que tous les regards sont tournés vers nous. Je saisis instantanément l'absurdité de la situation, et je sens la colère et le désir de violence redescendre aussi vite qu'ils étaient montés. Et même, me voilà quelque peu amusé de mon propre comportement... Dire que j'étais a deux doigts de me battre avec mon propre guide, en plein milieu du poste frontière, alors même que je m'apprête à franchir celle-ci ; voila qui relève de la bêtise pure et simple, isn't it ? Tous les gens ayant assisté à cette scène burlesque, ainsi que les fonctionnaires on duty me posent la même question : "are you OK, now?".Il se trouve qu'effectivement je suis de nouveau sincèrement calme, et je me contente de leur répondre d'un sourire, leur témoignant ainsi de ma conscience du comique de la situation. L'autre imbécile par contre ne décolère pas et est toujours en train de s'expliquer avec quelque policier ; je l'ignore royalement. Sur ces entrefaites, nous nous avançons en troupeaux sur le pont-frontière depuis lequel il est interdit de photographier, et je coche les cases appropriées sur un bout de papier me demandant si j'ai le SIDA, si j'ai bouffé du poulet contaminé par la grippe aviaire, si j'ai la variole ou la cirrhose du foie, pendant qu'un fonctionnaire de l'administration chinoise me prend la température au front armé d’une sorte de pistolet laser... Super !Nous patientons ensuite un très long moment côté chinois sous une pluie battante, nos guides ayant momentanément disparus. Je pense que l'un deux gère le rapatriement de l'américaine obèse qui a fait un malaise, tandis que l'autre petit nerveux est encore en train de s'expliquer avec les flics népalais... Eh, j'y suis pour rien, moi !

Finally, des minibus 4x4 Toyota nous conduisent jusqu'à la première ville chinoise perchée dans la montagne via une route qui n'en est plus vraiment une depuis des lustres. Quant à la dite ville, c'est une véritable horreur, une insulte à la nature et à l'esthétisme, bienvenue en Chine ! Imaginez, en gros, d'énormes blocs dans le plus pur style stalinien et recouverts de cette infâme carrelage blanc à la sauce chinoise, sur lesquels trônent d'énormes antennes satellites et construits sur les flancs abruptes de cette vallée jungleuse. La pauvre montagne en est toute défigurée, voilà un truc encore plus laid que la plus moche des stations de ski construite dans les années 70. Quand on atteint la bourgade, on commence par l'escale obligée au poste de douanes, les sacs se prennent la petite douche de rayons X habituelle. Pour cette fois, j'oublie d'enlever les peloches de mon barda, je m'en rends compte pendant que mon sac tapisroulante dans l'appareil, et les jette donc toutes les cinq illico à la poubelle, Mash Allah, Ram-Ram ! Des fonctionnaires chinois qui ne sourient pas, mais alors absolument pas, tamponnent les passeports après comparaisons des photos d'identité avec nos belles frimousses d'occidentaux. On a droit à des regards suspicieux comme j'en ai rarement vus. Une espagnole ne ressemble pas suffisamment à la photo de son passeport aux yeux des autorités frontalières, elle est "priée de s'expliquer sur ce point" ... ! Un autre Ricain a eu son passeport détrempé par la pluie, et celui-ci a légèrement déteint, il est "prié de s'expliquer sur ce point" !!! Mais expliquer quoi ? Dieu seul le sait... Toujours est-il qu'ils subissent tout deux un interrogatoire ridicule à souhait, et sont submergés de questions plus stupides les unes que les autres, du genre : "que venez vous faire en Chine ?" Hum, hum... Pour moi tout se passe bien, comme d'hab' mon passeport avec ma tête de Jesus-Christ passe comme une lettre à la poste.Le contrôle de santé suivi de ces petits incidents, auquel il faut ajouter l'omniprésence de militaires en tenue d'apparat vert kaki et aux épaulettes rouges griffées de l'étoile chinoise, me font une très forte impression, l'ambiance est extrêmement pesante, les frontières iraniennes ou même celle pakistano-indienne, à côté de ça, ce fut une partie de plaisir. Bienvenue dans l'Empire du Côté Obscur ...Les guides népalais ne franchirent finalement pas du tout la frontière, et nous fûmes pris en charge par un vrai Tibétain (aucun doute possible : il ne cesse d'égrener son chapelet tout en récitant des passages de la saine philosophie bouddhiste), voilà au moins un bon point. Une fois toutes ces formalités achevées - ce qui prit tout de même un certain temps - on restaurante à proximité, les prix annoncés sur la carte constituant le deuxième choc psychologique de cette merveilleuse journée, re-bienvenue en Chine ! Je dis toujours Chine et non pas Tibet car, hormis notre guide et quelques autres rares personnes, aucune trace de Tibétains, ni parmi les fonctionnaires, les restaurateurs, les commerçants, les tacos.

Voilà un premier aperçu de la colonisation chinoise au Pays des Neiges Eternelles. Je fais la connaissance de Célestine (la blonde) et Dorothée (la brune), deux françaises ma foi fort sympathiques, et que l'on repère de loin puisqu'elles prennent une tête au moins à tous les chinois. Les deux miss seront mes compagnones privilégiées jusqu'à Lhassa, nous partagerons désormais repas, dortoirs et Land-cruiser jusqu'à la fin de cette excursion organisée-desorganisée.Il se trouve que les divers événements de la matinée nous ont "fait prendre du retard sur le planning". Mon Dieu que je hais ce concept de planning... Cela est parfaitement contraire à mon idée du voyage, les seules horaires imposés auxquels je me plie de bonne grâce étant ceux des bus et des tortillards. Bref...Le guide nous explique qu'il lui faut obtenir une autorisation auprès des autorités (compétentes? pas si sûr...) pour poursuivre la route, mais il se trouve que celle-ci est justement refusée, ayant été adressée tardivement. No comment. Nous voilà donc contraints de passer la nuit dans cet horrible bled frontalier, inintéressant au possible. Pour ma part, j'émets en sourdine mon désormais classique flûte et reflûte, tandis que le reste de l'assemblée s'apprête, me semble t-il à lyncher notre Tibetan Guide. On le traite d'incompétent, de menteur, voire même de voleur. Une abrutie d'américaine se dresse d'un coup sur ses jambes, en oubliant presque son double steak de yak en sauce qui lui fait de l'oeil, agitant son sacro-saint planning photocopié et gesticulant, déclarant que vu qu'il est écrit que l'on roulerait ce soir, on roulera ce soir et que point final... L'assemblée la soutient d'une seule voix ; deux femmes russes (qui ont acheté le même trip que moi depuis la Russie mais pour 3000 euros, je l'apprendrai par la suite) sont également particulièrement actives, debout, quasi main dans la main avec l'américaine. Cette fraternité atlantico-ruscof de circonstance grave definitly dans mon esprit la réalité de la fin de la guerre froide.Et je m'amuse, comme au théâtre, de cette pièce absurde digne du grand Ionesco dans sa meilleure période. Ou bien serait-ce une super-production américaine de plus, et de qualité fort douteuse ? Le scénario : Une bande de riches bourgeois occidentaux en train d'accabler un Tibétain qui s'efforce de faire son boulot du mieux possible, lui reprochant des faits sur lesquels il n'a aucun contrôle... Il ne manque que de Funès et ses grimaces, et croyez-moi, ce serait absolument parfait !

Petite parenthèse : je ne peux pas vous raconter toutes les journées en détail, n'est ce pas ? Cela me prend presque autant de temps de les relater que de les vivre. Néanmoins, en voici un fort amusant, voir ubuesque de la journée qui suivit celle que je vous conte. A six heures du mat, on prenait finalement la route. Dix kilomètres après le départ, nous fûmes arrêtés pour de bon par un énorme glissement de terrain qui avait emporté la route, et que chacun pu contempler "de ses propres yeux". Donc, retour au point de départ. De retour au resto, la même scène de rage déchaînée de tout un groupe envers son guide (spirituel) avait lieu. Je me permettais d'intervenir, signalant à l'américaine - toujours la même - que peut-être, ferait-elle mieux d'adresser ses remarques peu courtoises à Dieu, aux forces de la nature ou à tout autre élément mystique, étant donné qu'il s'avérait fort peu probable que le guide eût déclenché le glissement de terrain à coup de dynamite pendant la nuit dans le dessein de nous nuire. La réponse que je reçus est évidemment bien trop grossière pour figurer sur cette page, surtout que mes petites soeurs chéries en sont des lectrices assidues ; je vous laisse donc le soin de l'imaginer. Évidemment je restais de marbre, si je m'étais énervé, ma petite provocation cynique en eut perdu tout effet positif. La tempête passée, j'imagine que mes mots firent tout de même leur petit effet, vu qu'un calme relatif s'installa, et que je pus avaler mon café au lait à peu près tranquillement. Le guide me gratifia d'un petit sourire complice, ce fut ma satisfaction de la matinée…

Revenons-en à nos yaks. Le guide nous donne rendez-vous à 19h, dans ce même restaurant, pour nous annoncer la suite des événements. Peut-être obtiendra-t-il l'autorisation de prendre la route le soir même, sinon ce sera pour la matinée suivante. Je ne me fais guère d'illusions, ayant eu un aperçu de l'extrême bonne volonté de l'administration chinoise. De plus, notre guide est Tibétain, et j'aurais par la suite l'occasion de me rendre compte à maintes reprises que les groupes pilotés par un guide chinois sont extrêmement favorisés sur le parcours, ils n'ont quasiment pas besoin d'autorisation, et les Land Cruisers de leurs équipes passent systématiquement en priorité, doublant les cortèges tibetanoguidés arrêtés le long de la route, en amont des nombreux check points qui jalonnent le parcoursA 7h, nous sommes une fois de plus réunis dans ce resto de malheur qui, je dois l'admettre, commence à me sortir par les yeux autant qu'à mes compères d'infortune. Voici donc le choix qui nous est proposé : ou bien nous partons le soir même, l'autorisation obtenue étant valable à partir de minuit (faites donc comme moi : ne cherchez pas à comprendre la logique des militaires chinois, c'est beaucoup mieux ainsi), ou bien ce sera pour le lendemain matin, départ à 5h. The group, sans doute extenué par la marche forcée d'au moins un kilomètre consécutif au landslide népalais du morninje, opte immédiatement pour la seconde solution. Pour ma part, fort de ma petite expérience des routes himalayennes en période de mousson, et constatant qu'une pluie battante tombe depuis des heures et ne donne aucun signe de faiblesse, j'aurais plutôt opté pour un départ le soir même, histoire de faire la route tant que l'on est sûr que celle-ci est praticable....

Néanmoins, je m'abstenais de faire part de mes opinions, persuadé que la voix d'un blanc-bec de mon espèce ne convaincrait personne au sein de ce groupe. Je restais donc silencieux, et étant donné que je suis une personne cynique et que je visitais rapidement notre futur hôtel dans l'après-midi, je me contentais de me réjouir secrètement en imaginant la mine de mes quasi-concitoyens, lorsque ceux-ci découvriraient qu'il leur faut passer la nuit dans ce lieu froid et humide, que les draps puent le moisi à trois kilomètres, que la douche coûte 10 yuan et que le bâtiment est globalement aussi propre que ces fameuses étables de mon Cantal natal...A 21h30, je roupille déjà comme un bébé, bien au chaud sous ma couette moisie.Vous le savez, la montagne dégringola effectivement pendant la nuit. Serait-ce parce que j'y pensais trop fort ? Peu probable.

Je conclurai tout de même sur un événement pour le moins étrange qui m'arriva le lendemain matin. Je vous disais tantôt que, arrivant en face du Landslide, nous rebroussions chemin. Ce n'est pas exactement de cette façon que les choses se déroulèrent. Arrêtés sur le bas-côté, le passage d'une énorme pelle mécanique nous donnait l'espoir que, peut-être, la route serait dégagée rapidement, ainsi nous patientions, bien au chaud dans les Land-cruisers. Toute la Chine est sur le même fuseau horaire, celui de Pékin, et la capitale de l'Empire est 5000 km plus à l'Est de l'endroit où nous nous trouvions, ce qui fait que le soleil se lève aux alentours de 8h du matin. A 6h, il fait donc encore nuit noire, et c'est en ronflant que nous patientions dans les bagnoles. Je dormais d'un sommeil profond, ayant été agréablement bercé par les prières monotones que récitait the guide, qui se trouvait être à ce moment sur le siège avant du véhicule que nous occupions, Célestine, Dorothée et moi. Le rêve qui occupait se sommeil me revient parfaitement à l'esprit : je marchais dans la montagne, sur un chemin qui allait le long d'une vallée encaissée, semblable à celle dans laquelle mon corps endormi se trouvait. Brusquement, mon attention fut attirée par la montagne qui, littéralement s'écroulait sur l'autre versant. Levant les yeux, je constatais que de ce côté-ci de la vallée, de gros blocs de rochers se détachaient, juste au-dessus de moi, et je courrais d'avant en arrière pour les éviter. Cela dura un temps, puis la montagne tout entière finit par s'affaisser. Au moment même où je devais périr, enseveli sous les tonnes de gravats, je me réveillais en sursaut, classique. Je n'avais pas ouvert les yeux depuis trois secondes qu'un bruit assourdissant se fit entendre, et la terre se mit à trembler pour de bon... Tout le monde fut réveillé par ce bruit ahurissant et le quasi-tremblement de terre. Pris de terreur, je me jetais hors de la voiture ! Je ne le vis pas de mes yeux, mais un nouveau glissement de terrain venait bel et bien d'avoir lieu, à quelques centaines de mètres à peine de l'endroit où nous nous trouvions !

Mystique, isn't it ?





vendredi 7 septembre 2007, Pokhara
Aventure au Nepal part two : Hiking in the God's gardens

ANNAPURNA ROUND CIRCUIT


Lorsque j'imaginais ce voyage, depuis mon petit appartement de la Rue Doudeauville Paris XVIII, je me voyais déjà me promenant sur ces sentiers du "toit du monde", découvrant la nature brute et belle, me mêlant un peu à ses habitants, et m'imprégnant de leur culture multimillénaire... Pour mon ami Maxime, l'aventure de la marche en montagne "au long cours" fut une grande première, expérience qui, je l'espère, sera suivie de bien d'autres du même genre...

La saison des pluies n'est point encore achevée, et il faut dire que cette année elle s'étire étrangement dans le temps... même au fin fond de l'Himalaya, les forces de la nature semblent être irrémédiablement affectée par l'action de l'Homme, la mousson se dérègle progressivement au fil des années à cause du réchauffement climatique dont on parle tant-le plus souvent avec bêtise ou mauvaise foi- pour finalement ne pas dire grand-chose. A Katmandou, nous rencontrions nombre de "treckers" ayant renoncé à leur sport favori pour cause d'humidité persistante... Mais tout cela ne devait pas nous décourager et, bien au contraire, comme nous le verrons par la suite, nous en fîmes notre parti, faisant abstraction des aspects négatifs (et humides) dusà la saison, voir inventant tout un tas d'aspects plus plaisants. En effet, nous n'allions guère rencontrer d'occidentaux sur ces chemins, pourtant réputés être des "autoroutes piétonnes" durant la "saison de treck", qui habituellement commence début septembre. Pourtant, force m'est d'avouer que sur 17 jours de marche que je relatais avec précision dans un carnet de bord, j'inscrivais la pluie sur ces pages pour 15 journées... Mais comme nous l'avions prévu, à aucun moment l'ambiance pour le moins humide, voir liquide (!) ne gâcha notre plaisir, et nous nous habituions à jongler avec les averses, à avancer ou retarder notre temps de marche,et à enfiler tous les matins des vêtements qui ne devraient finalement jamais sécher... Ces petits désagréments furent très largement compensés par la joie de parcourir des chemins désertés des étrangers, et par la contemplation du balai de nuages ou d'autres phénomènes atmosphérique que sans doute assez peu d'occidentaux eurent le loisir d'observer comme nous le fîmes. Les photos en témoignent ! Avez vous vu ces mers de nuages laiteux se formant au plus profond des vallées, puis montant et se déchirant, pour finir aspirées par les cieux à une allure vertigineuse ? Ou encore ces éclaircies, qui semblaient nous designer comme d'un index divin des points particuliers sur les reliefs, ou bien tracer de lumineuses démarcations, découpant les montagnes en tranches horizontales ? Je vous souhaite de vous être émerveillés devant le vert profond de la végétation gorgée d'eau comme à aucun autre moment de l'année. Les photos habituellement prises lors de "l'Annapurna round circuit" (il y en a des milliers sur le Net) présentent en général un ciel parfaitement bleu délivrant une lumière strictement homogène, et surtout des sommets qui s'offrent bien en évidence à la vue du marcheur, sans aucune pudeur. Les hauts sommets, nous ne les apercevions que très brièvement, quelques instants lorsque ceux-ci, récompensant ainsi les efforts de plusieurs journées à mettre un pas devant l'autre, souvent dans la boue et avec nos chemises trempées nous collant à la peau, daignaient se dévêtir de leurs lourds manteaux de brume, pour bien souvent se recacher presqu'aussitôt, semblant disparaître pour toujours du monde des humains. Merci pour le spectacle, oh, grands Dieux des Annapurnas !

Un autre choix qui fut le nôtre, et qu'une fois encore nous ne regrettions à aucun moment fut celui d'entreprendre l'aventure de manière autonome, I mean : No guide, no porter. Combien de fois nous aurions à répéter ces quatre mots, au passage des nombreux check points qui jalonnent le sentier ! Bref... A Katmandu, lorsque je prenais des informations dans les "bureaux de trek" et y achetais les cartes adéquates, on essaya systématiquement de nous dissuader de tenter l'expérience de cette manière. Mes interlocuteurs mettaient bien trop d'insistance à essayer de me refourguer un guide, douze porteurs et quelques ânes absolument indispensables (technique de vente made in india, vous le savez, ça me file de l'urticaire), alors qu'à la lumière des cartes et guides que je consultais, il me sembla que l'effort physique pouvait être facilement découpé et géré, et que la route ne présentait guère de difficultés techniques particulières. Finalement, d'autres détails que je glanais auprès de locaux familiers de ce massif ou d'autres marcheurs me confortèrent dans l'idée que guides et porteurs (très cher of course) étaient fort peu use full. Après allégement drastique de leurs bardas, il était clair que deux jeunes hommes dans la force de l'age seraient parfaitement capable de porter leurs affaires sur leur dos sur cet itinéraire. Annapurna, nous voila, C'est parti, youpiiii !

Nous quittions ainsi Katmandu pour Pokara, en bus, puis réglions sur place les dernières bricoles, avant de quitter pour de bon le confort de la civilisation moderne : retrait de liquidités suffisantes, achat des permis de trek indispensables, ainsi que de quelques vivres de survie (ce qui soit dit en passant, s'avéra parfaitement inutile, mais on n'est jamais trop prudent n'est-ce pas ?). Maxime, qui lui n'avait pas spécialement envisagé ce petit tour dans les montagnes (il fut facile à convaincre...) s'équipe également en matériel de base : sac à dos et chaussures appropriés, contrefaçons népalaises hors norme ! Toute la journée, une pluie diluvienne s'abattit sur la ville, transformant les rues inclinées en véritables torrents, les autres en de larges et profonds étangs, ce qui cette fois-ci nous laissait présager le pire pour les trois semaines à venir...

Le départ "classique" du tour n'est pas exactement à Pokara, mais à 70 km de là, à vol d'oiseau, un bled du nom de Besi-Sahar.
Rejoindre Besi-sahar nous pris... toute la journée du lendemain. Ce jour-là, il ne plut pas, et c'est sur le toit des bus que nous effectuons le (long) trajet, profitant ainsi d'un panorama à 360* fort prometteur et de la douceur de l'air des montagnes. Après une nuit passée dans une auberge crasseuse, c'est le grand départ !

Une journée de chauffe. Les topos donnaient 4h de marche, on s'étale sur huit heures pour atteindre notre village-etape, arrosés par une pluie légère, mais continue. À partir de ce jour toutes nos affaires sont trempées et ne sécheront plus jamais... ça, c'est fait ! Nous découvrons la vallée encaissée et jungleuse que nous allons remonter pendant dix jours. Il nous faudrait passer de 830 à 3800m, altitude officielle de Manang, l'objectif idyllique que nous désignent des panneaux d'indication à chaque intersection douteuse depuis les toutes premières minutes de marche. Manang, Manang... Voilà bien un nom qui allait entretenir notre imagination et nos espoirs pendant le jour, et meubler nos rêves durant les nuits humides passées dans nos draps mouillés.

Je vous disais tantôt que les chemins de l'Annapurna étaient désertés par les touristes durant la "rainy season", cela ne signifie pas que nous ne croisons personne durant les heures à marcher, loin s'en faut. Les très nombreux villages qui jalonnent le sentier, vivant des ressources que prodigue la nature domestiquée sous forme de terrasses (riz, mais, blé, épinards, fleurs et un peu d'élevage de moutons, de chèvres et de yaks), sont continuellement ravitaillés par de nombreux porteurs. Ceux-ci chargent d'incroyables fardeaux sur leur dos, fardeaux maintenus par une simple courroie de tissu qu'ils placent... sur leurs fronts ! Vaisselle, fours micro-onde, boissons en bouteille, poules vivantes dans leurs poulaillers mobiles, éléments de clôture, de tuyauterie, de toiture, rien n'est trop lourd ou trop encombrant pour ces super héros des sentiers, qui vont en sandalettes, parfois nu-pieds, et grâce à qui subsiste toute l'économie de la vallée. Il y a bien quelques caravanes de mulets, mais les pauvres bêtes ne peuvent guère porter plus de vingt kilos, et encore si l'encombrement de la charge est réduite, sur ces chemins escarpés, souvent défoncés. Les plus agiles et robustes des Sherpas, quant à eux, peuvent porter sur leur dos plus de 70 kg, et ne craignent guère d'emporter quelque plaque de tôle dépassant de plusieurs mètres au dessus de leur tête, et leur tombant jusqu'aux chevilles... Au fil des jours, le visage de certains Sherpas qui vont également sur les sentiers de Manang nous deviennent familiers, et nous nous retrouvons, étape après étape, parfois dans la même auberge.

Les paysages que nous avons le loisir de contempler ces premiers jours sont composés d'une alternance entre nature domestiquée en terrasses qui remontent souvent très haut sur les flancs de la vallée pourtant très encaissée,et nature complètement sauvage, règne d'une végétation extrêmement dense et touffue, de type jungle tropicale. D'après la carte, le sentier ne devrait pas s'éloigner du lit de la rivière qu'il enjambe fréquemment par le biais de ponts suspendus long et fin, que souvent je m'amuse a faire onduler comme un serpent en marchant d'un pas lourd (maxime ne trouve pas cela si amusant), ou sur lesquels nous nous plaisons a "faire la pause". Suivant qu'il coule sur une pente douce ou plus abrupte, le cours d'eau est tantôt large et calme, tantôt furieux torrent grondant et bouillonnant. De très nombreuses cascades, dont la chute verticale dépasse souvent les 200m viennent ajouter leurs eaux à ces flots turbulents. Bien souvent, nous marquons une pause pour nous extasier devant la beauté, ou la violence de ce torrent qui nous guide, et parfois nous le maudissons. En crue et ayant emporté une partie de notre chemin, il devient régulièrement un obstacle qu'il faut contourner en empruntant de très anciennes routes qui peuvent monter très haut dans la montagne, sous la forme d'escaliers irréguliers tue-les-cuisses à souhait, ou de raidillons tout aussi pénibles, pour redescendre aussi sec d'une manière tout aussi agréable... Il arrive que, ayant ainsi monté, puis descendu pendant plus d'une heure, nous apercevons quelques dizaines de mètres en arrière, submergé par les flots, l'endroit d'où nous avions quitté le chemin principal. J'estime que cette petite plaisanterie un chouilla répétitive aura globalement augmenté d'un tiers le dénivelé et la distance que nous avons parcourus, pour un total d'environ 6000 m de positif et probablement plus de 190 km. Vive la nature et ses petits caprices !

Le 8 eme jour nous devions atteindre Manang. Ce jour-là, nous étions en pleine forme physique, et profitions on ne peut mieux de cette journée qui devait être, by far, la plus spectaculaire de toute la randonnée. Le matin, il pleuvait beaucoup, et nous progressions à l'intérieur d'un nuage très dense, une vraie purée de pois, traversant sans nous y arrêter quelques villages à l'aspect rendu fantomatique par les brumes épaisses. Et puis brusquement, nous sortîmes du nuage par au dessus, et ce que nous vîmes alors restera à jamais gravé dans ma mémoire. Sans trop m'avancer, je peux affirmer que mon ami se souviendra lui aussi longtemps du panorama que la nature nous offrit. Je me souviens que les larmes me vinrent, et que j'eus toutes les peines du monde à les retenir, et même je faillis tomber à genoux devant ce spectacle divin. Sur notre droite, un immense pan parfaitement lisse, vierge de toute végétation, presque vertical et légèrement incurvé qui s'étalait sur des kilomètres. Devant, et à notre gauche, sur notre versant, on ne peut plus majestueux, les sommets immaculés des Annapurnas II et IV, dégoulinants de leurs glaciers bleus qui descendent très bas et luisent au soleil. En face, l'étroite vallée que nous quittions cédait la place à un large plateau d'altitude sur lequel serpentait gentiment notre rivière désormais fort paisible, allant à travers une immense forêt de conifères, et s'attardant ça et là en de petits étangs verts ou turquoises.... Plutôt sympathique, non ? Après deux heures de marche au sein de ce jardin des dieux que nous parcourions joyeusement sous un soleil réconfortant, nous atteignirent Manang. Manang !

Nous avions prévu, pour la journée suivante, de rester tranquillement dans notre auberge, histoire de se reposer un brin et de s'acclimater à l'altitude avant la montée décisive vers le camp de base de la Thorung-La, à 4500m. A 6h30 je fus réveillé par les premiers rayons du soleil qui pénétraient la chambrette, et je secouais immédiatement, et sans scrupule, mon camarade, considérant qu'il avait lui aussi le droit de jouir de cette réconfortante vue matinale... Juste en face de nous, le Gangapurna dressé vers le ciel éblouissait de ses charmes ; l'un deux résidant incontestablement en cet énorme glacier qui s'étalait et descendait entre deux moraines jusqu'au fond de la vallée. Il nous semblait pouvoir presque le toucher...
L'attraction fut si forte que nous en oubliâmes tout à fait notre désir de repos et, après avoir avalé un breakfast en hâte, enfilé nos pompes et nous être armés de nos pièges à images, nous partions à l'assaut de la moraine de gauche...

Le surlendemain, soit au onzième jour de l'aventure, nous étions fin-prêts pour gravir les mille mètres restant jusqu'au sommet de cette petite ballade, la Thorung-La, 5416m. Nous sommes debout avant le lever du jour, et c'est à la faible lueur de ma lampe frontale que nous entamons l'ascension finale. Max souffre un tout petit peu du manque d'oxygène tandis que, curieusement, depuis deux jours, je trouve cette sensation délicieuse, légèrement enivrante et apaisante. Quand le jour se lève, nous constatons qu'une nouvelle fois nous sommes au coeur d'épais nuages.
Pour ce que nous en apercevons, le paysage est lunaire. Plus de trace de végétation. Heureusement, de grands piquets rouges et blancs balisent le sentier, devenu presque invisible. Nous doublons un vieil anglais courageux et son guide qui progressent extrêmement lentement. L'air est de plus en plus glacial, et à un moment la neige se met à tomber. Chacun des piquets bicolores nous laisse croire que le col est juste là, derrière, mais l'ayant atteint nous apercevons alors un autre jalon, cela transforme cette ultime montée en une épreuve très psychologique.
Et, enfin, nous y sommes. J'aperçois le premier le grand panneau rectangulaire qui marque la Thorung-La. Je lâche alors des hurlements de joie, éjecte mes bâtons de marcheur et mon sac à dos pour aller embrasser le panneau au plus vite. Maxime-le-sage ne manque pas de sortir immédiatement de son sac le bouquin d'Alexandra David Neel pour y pêcher la formule magique tibétaine que se doit de prononcer tout pèlerin au passage d'un col et qui signifie, grosso-modo "les dieux sont vainqueurs, les démons ont été vaincus !"
Le coeur plein d'allégresse, nous répétons plusieurs fois ces mots sacrés qui raisonnent et se perdent dans le massif. Puissent les forces mystiques de la nature les avoir captés...

Je vous disais que la montée fut psychologique ; , en y repensant ce fut une partie de plaisir en comparaison de la descente qui nous attendait, nous perdant dans les nuages ou derrière les rochers, apparaissant véritablement comme sans fin. Max a souffert dans la montée, mes nerfs lâchent dans la descente... La neige s'étant changée en pluie, Je suis trempé jusqu'a l'os, mon sac à dos pèse très probablement plusieurs tonnes et les bretelles me scient les épaules. Après une heure et demi de cette épreuve, et le village sacré bouddhiste de Muktinath n'étant toujours pas en vue, je me payais le luxe d'un vrai caprice, m'immobilisant et décrétant à mon ami que je ne ferais pas un pas de plus... Celui-ci, en fin psychologue, décidait de nous ignorer tout bonnement mes gamineries et moi, et poursuivait sa descente de son pas tranquilou. Après 5min de pause, pleurant presque de rage, je me ressaisissais et décidait d'abréger mes souffrances en achevant cette journée au pas de course... Stupide erreur ! Je doublais mon ami et l'attendais une bonne demi-heure à l'entrée de Muktinath, malheureusement mes pieds ne me pardonneront pas ces infantiles excentricités.
Au refuge, en ôtant mes godillots je constatais avec effroi que mes deux chevilles avaient doublé de volume, que d'énormes ampoules avaient fait leur apparition aux talonx, sous la voûte plantaire et entre les orteils. De plus, mes cuisses et mollets étaient complètement courbatures et ne répondaient plus vraiment... Moi qui avait pris la peine, durant les dix jours précédents, de choisir une allure modérée pour ménager nos forces, voilà que j'avais gâché toute cette prudence sur un coup de tête, parce qu'à un moment donné I did lost the control. Une leçon de plus reçue sur l'importance de se contrôler en toutes circonstances, cette fois-ci par voies pédestre et musculaire !

Malgré ces blessures de guerre et notre épuisement, il nous fallait continuer, car bien que le prix de la bouffe redescende comme il était monté, c'est à dire proportionnellement àl'altitude, l'épaisseur du porte-monnaie commun nous laissait craindre des jours de disette dans un futur proche... Il n'était donc pas vraiment possible de faire une pause d'une journée entière, où nous aurions à acheter de quoi manger et boire à une altitude où tout ceci is over-expensive. Il nous fallut encore deux journées pour atteindre Jomosom, tachant d'oublier nos corps endoloris en nous divertissant de quelques plaisanteries de bon goût.
Par exemple, alors que nous traversions une vallée qui ressemblait étrangement au Grand Canyon d'Arizona (que nous avions eu tous deux le loisir de visiter), je déclarais, le plus sérieusement du monde, avoir vu récemment un reportage télévisé montrant le chantier du Grand Canyon creusé au bulldozer pour imiter la vallée de Mustang dans laquelle nous nous trouvions justement. Ah, ah, ah.
Bref... arrivés à Jomosom, nous apprîmes qu'une route praticable en jeep existait, pour une distance équivalente à deux heures de route environ. Le calcul était simple : une heure de jeep en montagne c'est quatre heures de marche, donc deux heures nous faisait gagner une journée entière. Nous décidâmes donc d'emprunter l'un de ces véhicules, estimant que nous n'avions point à rougir de cela après tout ce que nous avions fait, que s'il était possible d'abréger un peu le supplice que nous faisaient subir nos pieds cela était parfait, et qu'enfin cela nous éviterait peut-être une ou deux journées de jeûne forcé pour cause de finances insuffisantes. Bon calcul, isn't it ?

Et ce fut le retour à la jungle... Mais une jungle plutôt atypique, puisque durant les deux jours qui suivirent, le sentier que nous empruntions cheminait à travers un interminable champ de marijuana sauvage... Voir en un même lieu de telles quantités de cette plante était proprement hallucinant, vertigineux, et l'odeur qui se dégageait de cette concentration faisait à elle seule gentiment tourner la tête, c'est vous dire !

Je passe sur le quinzième jour qui n'évoque pas forcement en moi les meilleurs moments de cette marche. Dans le fond de cette vallée, de très nombreux glissements de terrain avaient transformé la route en un véritable jeu de piste, et nous nous perdîmes à maintes reprises (à moins que ce ne fusse aussi à cause de mon étrange cueillette de la veille ? )
Ayant par exemple escaladé les pires escaliers qu'il m'ait été donné de voir dans toute ma vie... puis les avoir redescendus, ceux-ci finissant en cul-de-sac. Et finalement, le soir, nous nous retrouvions là où nous faisions tantôt la pause déjeuner, contraints d'abandonner définitivement l'idée que nous avions d'emprunter une variante au chemin principal qui, peut-être, nous aurait permis d'admirer une dernière fois les sommets enneigés. Mash Allah !

Pour la 17 eme et ultime journée de ce petit périple, la possibilité de monter à nouveau à bord d'un véhicule nous fut offerte, mais quel aurait été le plaisir d'atteindre Beni, le village qui sur toutes les cartes marque la fin du Tour des Annapurnas depuis le plateau d'un vulgaire Land-cruiser ? Definitly, c'est à pieds que nous achèverions cette aventure, et même... Constatant ce matin-la que les deux sacs de bouillie qui me tenaient lieu de pieds avait atteint un volume impressionnant, et qu'il ne m'était absolument plus possible d'enfiler mes chaussures de montagne, je dus me résoudre à marcher en sandalettes, à la manière de tous ces sherpas que nous avions croisés (quand ceux-ci, bien entendu, ne vont pas nu-pieds !), en boitillant et m'aidant d'une canne ! J'eu également l'occasion, ce jour là, de découvrir le plaisir vivifiant d'une douche-massage full natural, sous une cascade qui tombait juste au bord du chemin et à laquelle je ne pus résister...

Toujours est-il que... Nous l'avions fait ! de A a Z, à tour des Annapurnas en pleine mousson, sans aucun regret, trop chouette !!

Bravo à toi Maxime, vieux frère, et à bientôt !





jeudi 6 septembre 2007, Lumbinî
Aventures au Népal part one : cycling in Boudhism mood

DES TONNES DE NOUVELLES PHOTOS !!! Max armé de son f1 et moi de mon Minolta avons cramé de la peloche en grandes quantités, profitez-en donc pour vous réjouir des merveilles de l'Himalaya dans les nouveaux albums photos VARANASI (India), LUMBINI, ANNAPURNA CIRCUIT AND KATMANDU (Népal) Prenez votre temps, amusez-vous bien et n'hésitez pas à nous livrer vos impressions sur les TOF en commentaire de cet article, cool !

Bonsoir à tous, et bienvenue à Katmandu, où il pleut toujours 15h par jour.
Il faut bien admettre que, cette année, la mousson fait des farces. Tandis qu'à Bombay des inondations ravageaient sauvagement la ville, nous jouissions à Jaisalmer d'un temps clément, de quelques averses de courte durée parfaitement supportables. De même à Varanasi, où les pluies sont réputées violentes et continues, nous fûmes plutôt épargnés, avec seulement quelques averses, effectivement fort violentes mais heureusement assez brèves. La situation était à peu près identique lors de notre premier séjour à Katmandu. Mais alors que la saison des pluies est justement sensée toucher à sa fin, voilà que le déluge promis se fait sentir... Et ne nous a guère épargnés lors de notre marche autour du massif de l'Annapurna.

Enfin, la pluie ce n'est que de l'eau, n'est-ce pas ? Et puis j'ai entendu parler aussi d'une inattendue et mystérieuse mousson sur la France qui aurait partiellement gâché vos vacances d'été. Ca m'amuse un peu bien sûr, je me dis qu'on est tous logés à la même enseigne, et que chacun sait, s'il ne refuse de l'admettre par mauvaise foi, que les surprenants et répétitifs caprices du climat all over the globe sont en partie dûs à l'activité humaine; que cette dite-activité n'est autre que la somme de comportements individuels ou de groupes d'individus. Bref : tout le monde se plaint, mais personne ne songe même à renoncer à sa bagnole, à prendre des douches moins chaudes ou à ses vacances à 10 000 bornes parcourues en 12h au prix de quelques dizaines de tonnes de résidus de combustion de kerozen et autant de CO2 in the skies... Très humain, et très amusant.

Oh le vilain donneur de leçons... Qui en plus se la coule douce depuis bientôt 8 mois maintenant ! Quel culot ! N'allez donc pas vous faire un ulcère à l'estomac, de colère, tout ceci n'a aucune importance, je fais simplement une nouvelle fois que, pris avec un peu de recul, notre comportement à nous autres êtres humains est parfois (souvent) quelque peu dénué de logique, absurde, donc comique.
Et il faut bien rire. Un peu.
Comme souvent, donc, les nouvelles d'Audoin ça commence avec des états d'âme, ça perd son temps, ça discutaille, ça s'éternise... Un peu. Des faits ! on veut des faits. Vous allez en avoir, pour sûr. Mais vu que j'ai pas mal de trucs à vous raconter, parce qu'il s'en passe, des choses, dans un mois de la vie des deux potes parigos au Népal, je me permets de m'échauffer un peu les poignets et les neurones avec des considérations générales de ce genre, sur la pluie, sur la bêtise cocasso-tragique des petits terriens. Ca y est, je me sens chaud comme la braise, c'est parti !

On quitte Varanasi en train jusqu'à un gros bled nommé Ghorakpur, d'où on cherche un bus pour la frontière Népalo-indienne. Ce sera la dernière tentative en date d'escroquerie à l'indienne (ça va me manquer d'ailleurs, autant d'imagination... !) : Alors que nous venons de monter dans un rickshaw, direction la gare routière, un grand type nous barre la route, tente de nous entraîner d'autorité vers un terminal à taxi-jeep en nous expliquant que la route est endommagée par des inondations et que tous les départs de bus sont annulés, seuls les véhicules 4X4 peuvent passer.. L'autorité a l'indienne ne m'atteint à ce moment là guère plus que les gardiens de parcs parisiens qui m'intiment de ne pas jouer au ballon sur les pelouses. Bref je dis au gars qui nous lâche la grappe, et demande à notre rickshaw driver d'accomplir sa mission initiale. Le mec se met en colère, déclare que ma méfiance est parfaitement déplacée, me dit sans doute qu'il sait que c'est dur pour les touristes avec tous ces escrocs, mais que lui est différent. Vu que je l'ignore complètement et qu'on se remet en route, il fait une ultime tentative et déclare avec dédain que très bien, allez-y bande de petits malins, je vous attends ici quand vous reviendrez de la gare de bus déserte après avoir payé un aller-retour en rickshaw pour rien... Il me colle presque le doute, tant pis, on verra bien.

Dix minutes plus tard, on est inconfortablement installé dans le bus qui s'apprête à décoller pour la frontière népalaise.

Apres un temps de trajet deux fois plus long que prévu pour cause de route endommagée par les débordements de rizières, on atteint la frontière, qu'il nous faudra franchir à pied. D'emblée, on comprend que les népalais sont quelque peu plus détendus que les Indiens, et même peut-être que tous les autres peuplades que nous avons rencontrées sur notre longue route. La frontière du Népal, c'est un peu comme la porte d'un grand moulin. On est même tout étonné de ne pas avoir à s'arrêter aux douanes pour les fouilles, au poste de police pour un tampon, à l'arrière d'une longue file d'attente pour quelque inutile formalité de principe. Non, on marche sous un grand porche marqué welcome in Nepal, (et aussi "Maoist welcome tourists in Nepal" inscrit tel un tag dégueu à la bombe), on récupère en deux minutes un visa népalais après nous être acquittés de la modique somme de 30 dollars pour deux mois, et voila ! Le Népal, d'emblée, ça nous plait !

On est en train de déjeuner en terrasse, du coté népalais de la frontière, et bien d'accord sur le fait qu'après quinze heures de transport, une petite étape dans le Sud du pays pourrait s'avérer plus agréable que d'enchaîner 6h de bus de montagne supplémentaires pour atteindre notre but : Katmandu. Mes yeux tombent sur une affiche qui présente la localité de Lumbini, petite bourgade qui serait sans doute insignifiante s'il elle n'était pas... le lieu de naissance de Lord Buddha ! Renseignements pris, le lieu saint se trouve à une heure de taxi tout au plus. Chello ?

LUMBINI

Lumbini, c'est tout petit, à première vue un simple village qui ressemble beaucoup à un village Indien. Le village ne comporte pas d'ATM (means : distributeur a biftons), ce qui est fâcheux étant donné que nous disposons pour toutes devises des quelques coupures qu'on a changées avant la frontière... D'emblée, nous savons que notre séjour à Lumbini sera court, juste un passage, une pause sur le trajet Varanasi - Katmandu. D'ailleurs, on envisage même de repartir le lendemain.

Mais ça, c'était juste avant de découvrir qu'à la sortie du village existe une sorte d'immense parc arboré, qui abrite des temples bouddhistes construits selon l'architecture traditionnelle de chaque pays comportant une communauté bouddhique significative. Nous décidons de consacrer une journée pleine à la visite du lieu, et pour cela nous louons des vélos à la journée, malgré notre maigre pécule. La transition Inde - Népal est quasiment transparente. Le sud du Népal est une grande plaine aux paysages un peu monotones, des rizières inondées qui s'étirent à perte de vue, parsemées ça et là de quelques villages de paysans et de petits bosquets. Les visages sont pour la plupart des visages indiens, même si le type népalais, plus marqué asiatique, se fait plus visible. La monnaie indienne a encore cours en cette quasi-zone frontière, et le hindi que pratique un peu Max est compris de tous. Bref, on n'a pas vraiment l'impression d'avoir changé de pays, il n'y a pas de choc visuel comme lors du passage de l'Iran au Pakistan ou du Pakistan à l'Inde.
Comme prévu, au matin on se loue une paire de bicyclettes à la mode du Népal pour explorer l’intriguant parc. A l’entrée du lieu saint, un grand panneau nous apprend que le gouvernement du Népal a décidé de consacrer dix hectares à la paix universelle et au bouddhisme, avec ces terres, celles-ci même qui furent jadis des dépendances appartenant au père et à la famille du futur Buddha. Généreuse intention. L’entrée du parc débouche sur une allée fleurie, qui enjambe une voie d’eau et se termine aux abords d’un petit square d’où l’on nous dirige vers une petite maison où l’on doit s’acquitter d’un droit d’entrée, pour nous et nos appareils photographiques.
Seule l’entrée du bâtiment abritant le lieu exact de la naissance de Buddha est payante, et ce n’est pas vraiment donné. On hésite un instant à payer, surtout que nous sommes momentanément à court d’argent, et qu’on se serre même la ceinture (si j’ose dire) déjà depuis la veille au soir pour payer nos nuitées et la location des bicyclettes. On tombe finalement d’accord sur le fait qu’il serait bien regrettable d’être venus jusqu’à Lumbini sans avoir vu ce qu’il y avait à y voir, et nous nous acquittons donc de la somme demandée.
Il y a quelques décennies, des fouilles archéologiques (entreprises par une équipe népalo-britannique ?) ont révélé une pierre avec des inscriptions, qui fut identifiée comme celle que fit graver le papa de Lord Buddha en son lieu de naissance pour célébrer celle-ci, comme le relatent les antiques écritures bouddhiques. Depuis, Lumbini est reconnu avec certitude comme lieu de naissance du grand philosophe. La pierre, qui n’a pas été déplacée, tient lieu de repère et est objet de pèlerinage pour des millions de croyants all over the world. Malheureusement, étant donné que la pierre n’a pas été déplacée, il a fallu construire un monument pour la protéger des ravages du temps (et des pèlerins et des touristes). Je dis malheureusement, parce que le dit bâtiment ressemble trait pour trait à un vieux hangar à locomotive passablement défraîchi que je connais bien. Hormis cela, nous voyons la fameuse pierre de nos propres yeux (ébahis), ainsi que pas mal d’autres qui dessinent les ruines de ce qui fut la demeure de Buddha. Des pierres… A l’extérieur, un charmant jardin planté d’arbres millénaires ornés de fleurs rares et odorantes nous offre un instant son calme religieux. Et bien que l’endroit souffre visuellement de l’horrible hangar érigé en son sein, l’atmosphère paisible qui s’en dégage nous pénètre complètement. On fait un brin de conversation avec un sadhu-lama qui parle un peu anglais, le tout premier que l’on rencontre.

Nous enfourchons nos montures. Le parc ressemble par son architecture à un jardin à la française. Il est traversé par un canal qui se termine d’un coté en un disque d’eau, ce qui forme une île parfaitement circulaire. Voila où est bâti le hangar, voilà où se trouve la fameuse pierre.
De part et d’autres du canal, de larges allées donnent accès aux différents temples bouddhistes et à leurs jardins.
L’une des deux allées est impraticable pour cause de boue. Heureusement cette allée ne dessert que quelques chantiers de temples en construction, on ne manquera pas grand-chose. Sur le plan du site, un temple français, dans le parc un terrain sur lequel semblent reposer depuis toujours des matériaux de construction. Et on va, comme ça, à bicyclette, de temples en temples, en nous émerveillant sur les architectures grandioses des bâtiments neufs bâtis à la gloire de lord Buddha et de sa pensée. Un troisième cycliste nous a rejoints, touriste de nationalité allemande-bangladeshienne, qui loge à la même enseigne que nous. Tout au bout du canal, à l’opposé de la Pierre, une pagode plus haute et plus massive que toutes les autres : le temple de la paix universelle, offert par le Japon. On se pose un long moment sous un grand parasol, au bord d’un bassin couvert de lotus, dégustant l’air de cette chaude après-midi, à l’ombre de la world peace pagode. Nous échangeons bien peu de paroles, l’endroit invitant d’une force mystique à l’introspection et la méditation A vrai dire, on attend aussi que le soleil soit un peu moins haut dans le sky because la chaleur est vraiment harassante.
Je me prends à imaginer le lieu et ses pèlerins dans quelques siècles peut-être, quand tous ces bâtiments neufs auront perdu de leur éclat et imprégné le lieu de leur présence et de leur histoire, quand les allées seront achevées et plates ; lorsque le canal inachevé et boueux sera une majestueuse voie d’eau et que les terrains vagues seront des parterres de fleurs compliquées et colorées. Sans doute, cet endroit deviendra t-il un centre de pèlerinage de première importance, magnifique, une oeuvre. En attendant c’est un chantier dans lequel je me plais à imaginer l’avenir, qui est prometteur au vu des maisons grandioses d’ores et déjà achevées.

Le soir, au moment de régler l'addition à nos logeurs, comme nous partons tôt le lendemain, le coco allemand est encore plus ric-rac que nous niveau finances, ses travellers chèques n'ayant pas cours à Lumbini. Il nous taxe de cent roupies, ce qui n'est rien (1e), et pourtant beaucoup lorsqu'il reste moins de dix de ces précieuses coupures, et que nous prétendons acheter deux allers simples pour Katmandu.

Au matin, on arrive à l'arrêt de bus au moment où celui-ci l'atteint aussi. On demande les tarots : il nous manque trois cent roupies... Le chauffeur local, me voyant conter mes sous une énième fois et jeter en direction de Max des regards équivoques, me dit :

"OK, How much do you have ?" Je lui tends ma maigre liasse de billets pour qu'il se rende compte par lui-même qu'il manque un bon tiers de la somme. Après avoir compté, et nous avoir dévisagé un instant de plus, il déclare que OK, que no problem, et je n'ai même pas besoin de lui promettre que je file au premier ATM en arrivant à destination pour lui payer la différence, good karma in Lumbini. Ces détails pécuniaires ont l'air, j'imagine, insignifiants, mais arrivant d'Inde, cette attitude me surprit. On a pas de quoi se payer même une bouteille d'eau pour la route, à la pause-déjeuner je mange la fin des thalies de deux touristes japonais comme un pauvre mendiant... Les dits touristes me gratifient même d'un paquet de gâteaux après que je leur ai dûment expliqué mon étrange situation.

Max lui, préfère jeûner pour de bon.

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Re-bonsoir vous tous, nous sommes le 7 juillet, il est 20h20 heure locale, et me voilà forcé d'interrompre cette ébauche des Aventures au Népal...

Demain à cinq heure sonnantes, je grimperai à l'arrière d'une moto qui me conduira à un minibus qui me mènera à la frontière sino-népalaise, d'où je monterai dans un Land-Cruiser pour entamer les cinq jours de route qui s'achèverons a Lhassa, la "Rome du Tibet", accompagné de 8 autres foreigners, ainsi que d'un guide anglophone...
Inch Allah, Ram-Ram.

L'excitation est à son comble ! Voilà pourquoi j'interromps le programme que j'avais initialement prévu, pour plutôt vous faire part de mes sentiments "sur le vif". Le souvenir de nos incroyablissimes aventures à Katmandu, ainsi que notre longue marche autour du massif sacre de l'Annapurna et dans la vallée de Mustang n'est pas prêt de s'évaporer. Et même, avec le temps il deviendra plus beau, plus homogène, et alors il sera parfaitement mûr pour vous être raconté... Je m'excuse auprès de vous d'avoir changé l'affectation du temps que je souhaitais consacrer à raconter ce mois d'août passé au Népal, mais l'appel de Katmandu fut irrésistible, et je cédais à l'envie de m'imprégner jusqu'au tous derniers instants de l'atmosphère si particuliere de la cite sacrée, en compagnie de Maxime avec qui j'ai vu et vécu tant de choses, et que je quitte dans moins de 12h maintenant.

J'en reviens aux 800 bornes que je m'apprête à faire, avec le guide et les autres touristes. Le "groupe" et les 400 dollars payés à une agence qui organise les formalités et le transport jusqu'à Lhassa est presque la seule manière pour un voyageur étranger de gagner le Tibet depuis le Népal. J'en connais qui ont parcouru la route en individuel, ce qui est sans doute bien plus intéressant, mais le temps me manque pour organiser tous les détails d'une telle excursion (GENRE j'organise tous les details quand je pars en excursion...). Je rêve à un prochain voyage où j'aurai suffisamment de temps pour parcourir à pied les immensités himalayennes et rencontrer les multitudes de peuples différents qui occupent la chaîne montagneuse de l'Afghanistan jusqu'en Inde et en Chine, en passant par le Cachemire, le Népal et le Bhoutan. Rêvons.

En attendant, donc, ce sera la Jeep et le trajet organisé, et le gain de temps me permettra peut-être de m'attarder un chouilla en Mongolie, ce que je souhaite tant.

Etant donne que je compte être rendu en France pour les fêtes (parce que je suis une personne classique), il me reste en tout et pour tout trois mois et demi à me promener à ma guise. Je suis toujours sur mon projet initial, comptant traverser la Chine d'une traite à bord du train Lhassa-Pekin, de là obtenir mes visas mongols et russes. Après une escale dans les immensités des steppes mongoles que je souhaite aussi longue que possible, Transsibérien de Oulan-Bator à Moscou, et après quelques jours dans la ville, chello Paname en stop via Varsovie et Berlin... Vaste programme, Ram-Ram again.

Toujours est-il que, ce soir, je me sens l'excitation d'un nouveau départ, ce qui ne m'est pas vraiment arrivé depuis le début.

Un brin de Nostalgie... Un mois au Népal, ce fut definitly trop bref for me, je serais bien resté quelques siècles... Katmandu et ses habitants vont me manquer, ça j'en suis certain. Entre les pays musulmans, l’inde traditionnelle d'un coté, et la Chine, la Mongolie puis la Russie (que j'imagine ce soir comme, dans l'ordre : autoritaire, austère, froide) de l'autre, la population Népalaise contraste par son exubérance, ses mœurs libérés, le naturel dans la relation sociale. Un break plus qu'agréable. Nostalgie toujours, je viens de faire subir à mon paquetage un sérieux allégement. En effet, ces deux semaines de marche sur les chemins escarpés de l'Himalaya me firent goûter au confort d'un sac relativement léger et entrevoir le bonheur de pouvoir voyager à pied, au gré de mes envies, de m'arrêter où bon me semble et de changer fréquemment de lieu de couchage.
Ce bonheur, choix difficile, aux dépens de nombres d'éléments de confort matériel, de distraction et surtout... De mon harmonium. L'instrument que j'achetais à Varanasi après avoir rencontré son constructeur (je lui en achetais même deux) va cruellement me manquer, je le devine sans peine. Tant d'heures passées en des lieux différents à pianoter de la main droite, gonfler le soufflet de la main gauche, et invoquer les dieux Indous dans l'espoir que ceux-ci me révèlent quelques secret relevant de l'harmonie des sons et du cœur des musiciens.
Bref... Maxime dans le même temps invoquait lui aussi Parvati, patronne des musiciens indiens, les yeux mi-clos et les doigts frappant obstinément les tablas. Tout ceci est dorénavant entre les mains des postes Népalaises. Prions ensemble...

Enfin et surtout, toujours dans le registre un brin de nostalgie, le temps est venu où ma route diverge de celle de Max. Mon ami de Paris, que je connaissais finalement bien peu, et qui est devenu progressivement bien plus qu'un compagnon : un frère de voyage. Nous nous connaissons sous toutes nos humeurs, et avons tant partagé depuis maintenant trois mois... Salute mon coco, et bonne route a toi.
ENJOY AND BE HAPPY !

Et bien sûr, énormément d'exaltation. Je repars seul, et je sais que voyager isolement est bien différent, et plus enrichissant aussi à de nombreux égards. Je suis aussi fou d'impatience de découvrir les hauts plateaux tibétains, surtout après avoir approché quelque peu les montagnes et leurs habitants. Je viens de finir le "voyage d'une parisienne à Lhassa" qu'effectua Alexandra David Neels dans les années 20, alors que le Tibet était interdit aux étrangers et qu'aucune étrangère n'avait jamais pénétré la capitale. Je me doute que le Tibet a bien changé depuis cette époque, néanmoins cet avant-goût littéraire gonfle encore la fascination qui s'est progressivement formée en moi depuis l'inde pour le Tibet, ses peuples et ses religions... Et, plus loin, c'est la Mongolie qui s'approche tout doux. Ce qui semblait si lointain, presque irréel, semble maintenant à portée, bien que de nombreuses incertitudes persistent...

Voila t-y pas que je me fais virer de l'Internet-café qui ferme ! Il faut dire que Katmandu, c'est Rilax, mais que les gens de la montagne sont (très) matinaux, à 9h30 du soir on croirait se trouver dans une ville fantôme... Bref !

Je pense à vous tous, vous souhaite une excellente rentrée (sans aucune ironie déplacée ), notre prochain rendez-vous internetique devrait avoir lieu depuis Lhassa, où j'aurai, j'espère des aventures tibétaines à ajouter aux Népalaises.

Take care and enjoy !

Only partially translated

 

TONS OF NEW PICTURES!!! Max armed with his F1 and me with my Minolta have used films in great quantities, take profit of that to delight you with the wondering of the Himalayas in the new albums VARANASI (India), LUMBINI, ANNAPURNA CIRCUIT AND KATMANDU (Nepal) Take your time, have fun and do not hesitate to deliver your impressions to us over the TOF in comment of this article, cool!


Good evening to all of you, and welcome to Katmandu, where it always rains 15h per day.


It should be well admitted that, this year, monsoon makes jokes. While in Bombay ,the floods devastated the city wildly, we enjoy in Jaisalmer a lenient time, of some perfectly bearable showers of short duration. In the same way at Varanasi, where the showers are considered violent and continuous, we were rather saved, with only some rains, indeed extremely violent but fortunately rather short. The situation was about identical at the time of our first stay at Katmandu. But whereas the rain season is precisely judicious touching its end, here is that the promised flood is felt… And hardly attacked us at the time of our walk around the solid mass of Annapurna.

Lastly, the rain is only water, isn't it ? And then I also heared about unexpected and mysterious monsoon in France which would have partially wasted your summer holidays. That gives me a little of fun of course, I think that we are all running under the same way, and that each one knows, if he does not refuse to admit it by bad faith, that surprising and repetitive whims of the climate all over the sphere are partly due to the human activity; that this known as-activity is not other than the sum of individual behaviors or groups of individuals. In short: everyone complains, but nobody even thinks of giving up his motor, to take less hot showers or spending his holidays on 10.000 kms crossed in 12h at the cost of a few tens of tons of residues of combustion of kerozen and as much of CO2 in the sky… Very human being, and very amusing.

Oh the unpleasant donor of lessons… Who in addition has now run softly for almost 8 months! What a nerve! Thus do not make you a stomach ulcer, of anger, all this does not have any importance, I make simply once again that, retrospectively, our behavior as human beings (often) somewhat is sometimes stripped of logic, absurdity, therefore comic.
And it is necessary to laugh. A little.
As often, therefore, the news of Audoin that starts with states of heart, that wastes your time, that quibbles, that lasts for ever… A little. Facts! facts are wanted. You will have some, for sure. But considering I do not have badly a trick to tell you, because it occurs from there, of the things, in one month of the life of the two poor Parisians guys in Nepal, I allow myself to overheat me a little the wrists and the neurons with general considerations of this kind, about the rain, the silly thing cocasso-tragedy of small land. That is there, I feel hot as the ember, let’s go!

Rest to come but the translator needs also a pause !!!





dimanche 12 août 2007, Katmandou
KATMANDU !!

 

Salut, salut, salut !


Katmandou, vive Katmandou, vive le Népal et vive le voyage, youpi !

En fait, je triche un peu...

Parce que Katmandou, et bien justement nous n'y sommes plus depuis ce matin... En route pour le tour de l'Annapurna, un grand trek de 20 jours avec (entre autres) un ptit col à 5500 m, et si on a le temps, un passage par le camp de base de l'Annapurna I.

Je dis si on a le temps, parce que pour une fois il y a une date fixée dans mon avenir proche : le samedi 8 septembre. Départ Katmandu, arrivée 5 jours plus tard à Lhassa, la "capitale interdite" du Tibet. La mi-voyage étant allégrement franchie, ayant toujours l'ambition de squatter quelques temps en Mongolie, et enfin connaissant ma tendance à m'attarder dans les endroits que j'aime, c'est à dire à peu près partout (surtout dans l'Himalaya), j'ai pris cette décision de fixer la date de mon départ du Népal. Une semaine à Katmandu et trois semaines de trek, c'est déjà pas mal, non ? Et bien oui, le temps qui passe se fait sentir, et ce départ de Katmandou pour Lhassa sonne comme le début du chemin du retour... Mais qu'importe ! Pas de tristesse en tout ceci, le voyage continue...

Malheureusement, ingrat que je suis, je n'ai le temps ni de vous raconter ma vie, ni de vous présenter les dernières photos, celles de Varanasi et de Katmandou. De plus, il va y avoir silence-radio sur le gueblo pour les trois semaines à suivre, because (heureusement) pas encore de café-net sur les treck-path...

Ces derniers jours à Katmandu furent intenses en émotions visuelles, mais pas seulement. La découverte d'un nouveau pays reste quelque chose de très excitant, même après 7 mois à enchaîner les visas. Surtout lorsqu'il s'agit du Népal !! Les népalais sont plutôt détendus... Quand on arrive d'inde, et après avoir traversé un océan d'Islam, le Népal c'est vraiment relax, à tous les égards, doux euphémisme...

Peut-être aurais-je le temps de vous raconter tout ceci entre le retour du trek et le départ pour Lhassa ? Je l'espère... En attendant, il est dix heures du soir, et hors de question de se coucher le ventre vide après cette journée éreintante (le pauvre...) à régler les derniers détails du trek dans les rues de Pokora sous la mousson, qui ne nous a toujours pas lâchés depuis notre départ du Rajasthan... Et puis demain, il faut être au top de la forme !

Je pense à vous tous, vous souhaite les meilleures choses du monde. Les bouddhistes considèrent que le bonheur n'est que le résultat d'un entraînement mental, par lequel on devrait être capable d'éliminer toutes les causes de la souffrance, après les avoir déterminées.

Intéressant, non ?

A très bientôt... (avec plein de jolies photos)

Hello, hello, hello!

Katmandou, Viva Katmandou, Viva Nepal and Viva my tour, youpi!

In fact, I am cheating a little bit…

Because Katmandu, and well precisely we are not any more there for this morning… On the way for the turn of Anapurna, a big trek of 20 days with (inter alia) a small pass at 5500 m high, and if there is time, a passage by the base camp of Anapurna I.

I say if there is time, because for once there is a date fixed in my near future: on Saturday September 8. departure from Katmandu, arrival 5 days later at Lhassa, the “prohibited capital” of Tibet. The half-time of my travel being briskly crossed, having always the ambition of squatter a few times in Mongolia, and finally knowing my tendency to stay in the places which I like, i.e. about everywhere (especially in the Himalaya), I made this decision to fix the date of my departure of Nepal. Isn't one week with Katmandu and three weeks of trek, it already quite good, no? And well yes, the time is passing too quickly, and this departure from Katmandu to Lhassa sounds like the beginning of the way of the return… But no importance ! No sadness at all, the travel continues…

Unfortunately, ungrateful that I am, I have time neither to tell you my life, nor to present the last photographs to you, those of Varanasi and Katmandu. Moreover, there will be a black-out on the blog for the next three weeks to follow, because (fortunately) there are not yet of Cybercoffees on the treck-path…

These last days at Katmandu were intense in visual emotions, but not only. The discovery of a new country remains something very exciting, even after 7 months to collect the visas. Especially when it is about Nepal!! The Nepalese are rather slackened… When one arrives from India, and after having crossed an ocean of Islam, Nepal is really relaxed, in all the means, soft euphemism…

Perhaps I will have time to tell you all this between the return of the trek and the departure for Lhassa? I hope so … While waiting, it is ten o’clock in the evening, and out of question of lying down the empty belly after this exhausting day (the poor one…) to regulate the last details of the trek in the streets of Pokora under the monsoon, which still did not release us since our departure of the Rajasthan… And then tomorrow, it is necessary to be on top form !

I think of you all, wishes you the best things of the world. The Buddhists consider that happiness is only the result of a mental drive, by which one should be able to eliminate all the causes from the suffering, after having determined them.

Interesting enough, is not it ?

Back very soon… (with full pretty pictures)




mardi 31 juillet 2007, Vârânasî
Varanassi, bout pasend e... Challo Katmandu, kio nai ?

Salut vous tous !

Ah, ah !! pour une fois, je vais VRAIMENT écrire un "article" court... Pour ceux qui veulent un truc plus consistant, ya le précèdent article, ou encore l'Encyclopédie Larousse de l'occident médiéval et des chateaux-forts en 17 volumes.

Toujours à Varanassi...

Cette ville est collante comme nulle autre. En tout cas, comme aucune des métropoles que j'ai eues l'honneur et le privilège de découvrir ces 6 derniers mois. Varanassi fait definitly partie des endroits où j'ai envie de revenir...

Rien ici n'est normal... Ou, plus exactement, la normalité est totalement différente. Et puis Varanassi, ça ne se visite pas, ça se vit. Ceux qui ont déjà mis les pieds ici comprendront aisément ce discours, pour les autres... Et bien justement je vais m'abstenir de trop raconter. D'ailleurs, il n'y a pas grand-chose à raconter, c'est pas comme si je faisais du chameau, du ski, que je prenais des trains extraordinaires, que je me faisais héberger par un Sadhu ou quoi ! Rien de tout ça... Nous passons nos journées, le Max et moi, à "feel the very special atmosphere" Ca veut dire quoi ? ça peut être une demi-journée passée sur un toit, à observer les singes et les vaches, en attendant la pluie. Ca peut être une journée passée à déambuler dans les ruelles tortueuse de la vieille ville, en allant de musique-shops en temples de Shiva. Ou pourquoi pas une p’tite journée dans l'université-jungle-tropicale de la ville... Bon, allez, pour ne pas vous mentir, je dois également vous parler de journées entières consacrées à explorer les sonorités que peuvent produire les instruments de musique que nous avons achetés... Pour moi un harmonium et des tablas, pour Max les tablas... Et quand on n’écoute pas de musique, c'est qu'on est en train de jouer les amis, dans notre room du Mona-lisa, ou bien sur un toit perché juste au dessus du Gange, avec d'autres zicos d'un peu partout sur terre pour un grand boeuf qui s'éternise tard dans la nuit. Mais que voulez-vous ? Varanassi, c'est la cité sacrée de la musique indienne, alors... On s'en donne à coeur joie.

Depuis qu'on a quitté notre première guest-house à Varanassi, on squatte au Mona-lisa "complexe", si j'ose l'expression. Les chambres sont crados mais pas trop chères, le resto n'est pas fabuleux mais pas dégueu, avec des prix raisonnables. L'Internet café un peu trop smart et climatisé à 17 degrés (l'horreur), ce qui me donne une très bonne raison de ne pas le fréquenter. Pour ce qui est du service-voyage (réservation de billets etc), je n’ai pas testé vu que je ne suis pas encore tout à fait abruti et que j'évite les 200 roupies de commission en les achetant directement sur Internet, vive la modernité ! Bon, je vous fais ce petit topo, parce que l'établissement, de toute évidence, n'est pas encore répertorié au "lonely planet", et pourtant c'est tout ce qu'il y a de shanti... Les chambres se trouvent tout au fond d'une étroite ruelle, occupée par des gamins qui jouent et nous font de grands sourires toute la journée. Le resto, c'est le coin des rencontres hasardo-fructueuse de la ville. Je sais pas bien pour quoi, mais la carte du Mona-lisa attire tout plein de voyageurs que j'apprécie ... Des musiciens ricains ou british, même des français. Et puis, le hasard a conduit tout droit cette chère Camille et ses amis à ma table. Camille vient tout droit (ou presque) de mon quasi-village natal de 2000 pélerins : J'ai nommé Murat ! Quand un hasard du genre vous tombe dessus, on se dit que le monde est petit oeuf corsé, et puis ça confirme aussi que rien n'est impossible. Donc, c'est sympa.

Et m...., il commence à pleuvoir... Qui sait quand ça s'arrêtera ?? Ram-ram... Et bien, je crois que mon dernier petit tour en bateau sur le Gange vient de tomber à l'eau !

Sur cette plaisanterie digne de moi, je vais vous laisser. J'avais dit court, pour une fois je vais faire court.

Pour la suite des évènements : on part ce soir au Népal, à minuit et demi by train and bus !! YOUPI !! Un nouveau pays tout plein de montagnes (et sous la mousson, mais bon) sur ma route ! Vous connaissez l'ultime route BABA ? Istanbul - Katmandou... Ca m'a pris plus de 6 mois, pour Max un peu moins de cinq, mais le fait est là : on va atteindre cet ultime but tous les deux, comme de bons potos que l'on est... Cette route était mythique dans les années 70, un peu moins depuis que la géopolitique et la stratégie militaire britannico-ricaine s'est incrustée dans la région et fait péter des bombes tous les jours pour amuser des crétins scotchés sur Foxnews. Et bien, on en rêvait, on l'a presque fait ! Pour la petite histoire, Maxime voulait venir en Inde depuis longtemps. Quand je lui ai parlé, il y a presque un an maintenant de mon projet de faire le voyage les-pieds-sur-terre, il a acquiescé. Et finalement, on se retrouve en Inde et on termine le boulot ensemble... C'est pas génial, ça ? Ben si !!

Je vous embrasse tous très fort (sauf les garçons barbus), et... Il me tarde de vous conter les prochaines aventures.... ..depuis Katmandu !!

YYOOOUUUUUPPPIIII !!!

A toute...





lundi 16 juillet 2007, Rajasthan
Great Indian desert

Y'A DU NOUVEAU DANS LE COIN PHOTO !!

Je préfère même pas vous raconter le temps que ça me prend pour vous offrir ces (magnifiques) images... Toujours est-il que... PROFITEZ-EN !!!!

A ne pas manquer :

- les dernières photos d'Inde, oeufs corsés, MAIS AUSSI :

- dans la rubrique des photos ferroviaires (premier lien dans la galerie photo, avec une petite vignette de train) les photos du BALOUCHISTAN EXPRESS... Un épisode mémorable de ce voyage, que je ne vous ai toujours pas conté... C'était il y a trois mois, trois jours dans un train centenaire du desert, entre l'Iran et le Pakistan... Les non-cheminots n'ayez crainte : LES TRAINS NE MORDENT PAS !

Et, si après vous être extasiés devant la splendeur des images, la perfection de la technique et les joies du voyage vous éprouvez le besoin vital de vous exprimer, n'hésitez pas, faites le en commentaire de cet article. Ou, mieux encore, dans le LIVRE D'OR (lien tout en haut à droite de cette page)

ENJOY !!!

Salut les vacanciers, et les autres...

Salut les courageux collègues de Villeneuve qui font tourner le triage pendant que d'autres se la coulent douce sous des hospices plus agréables (dont un certain aiguilleur de PMV depuis un petit moment déjà...).

Et ben ouais, c'est comme ça... Avant-hier, je consulte à tout hasard la date sur le cadran digital de ma montre électronique à cent balles de chez Décath, et les quatre chiffres ordonnés (1407) que j'y découvre tout surpris, me laissent pantois... N'en déduisez pas qu'à cet instant je suis submergé d'un sentiment patriotique incontrôlable et que la Marseillaise se met à raisonner dans les cavités vides de ma boite crânienne, il ne s'agit absolument pas de ça. Non, ce premier jour férie de l'été me rappelle les bureaux et les magasins fermés, les rues de Pantruche quasi-désertes, un certain coup de soleil et quelques fameuses rencontres de vacances ... Les veinards...

Oh, remarquez, ma situation n'est pas non plus si mauvaise, loin s'en faut. Je ne me plains pas (du tout, du tout), mais voilà, que voulez-vous... Le 14 juillet c'est aussi grosso-modo la mi-course de ma p'tite vadrouille chez les autres terriens, ça commence à faire un bail que je suis loin de mon Cantal natal, et de ses grands cousins qui s'appellent (au choix) : St Nectaire, andouillette-poivre, vin de Bordeaux, cassoulet aux lentilles, tartiflette, vin des cotes du Rhône, Camembert, crotins de chèvre, et j'en passe, et des biens meilleurs.

Et même un bon vieux kebab tout dégeulos gluant de sauce blanche-Arrissa de mon dix-huit ème adoptif, subtilement accompagné d'un gros rouge à deux euros, issu des Pyrénées orientales et ayant atterri comme par mégarde (après mise-en -bouteille dans l'union européenne) chez l'épicier marocain ("père grognon" le bien nomme) d'anciennement en bas de chez moi.

Et oui ! C'est l'estomac, le corps qui finit par s'exprimer. D'ailleurs, on a établi une règle: Interdit de parler de boustifaille franchouillarde en toute heure et situation (du coup je me lâche un poil sur le blog, hi, hi!).Ce qui ne nous empêche pas d'enfreindre ladite règle au moins trois fois par jour. Quand je pense à mon retour at home, je ne peux réprimer l'image d'un morceau éléphantesque de cantal entre-deux, introduite dans une baguette entière, et celle du genre croustillante à l'extérieur, moelleuse à l'intérieur... Le thalies, c'est... Bouah ! J'ai même pas envie d'en parler... Dites-moi, on fait quoi quand on est dans un pays et qu'on n'apprécie pas la bouffe ? Pourtant, la bouffe indienne dans un resto bien parisien, c'est à marcher sur la tête, je l'admets de bon coeur... Rien à voir avec le thalies, qui se compose invariablement, à toute heure et en toutes circonstances d'une dose de riz gluant, de chapatis (galette de farine + eau cuit sur un feu), et des Sabzis (légumes dans l'huile parfumés au Massala). Que ce soient des patates, des tomates ou quoi que ce soit d'autre, ça a goût massala. Je précise en outre pour ceux qui l'ignorent : le massalla, ça arrache la gueule !!) Et puis, le manque d'hygiène à un point qu'on imagine pas tant qu'on a pas vu l'Inde, la bouffe trop épicée, voir pourrie, ça perturbe un tant soit peu la digestion (léger, léger...)... Un mois et demi en Inde, un mois et demi malade. Ca ne s'arrête jamais (sans jeu de mot de mauvais goût)!! Du coup, depuis deux semaines, je prends le taureau par les cornes. Un homme, un combat ! Immodium dans la limite de la posologie recommandée, avalage massif de fibres sous forme d'écorces de graines, plus de thalies et de restos vraiment trop crados. Ah, ah, ah. Rien n'y fait. Sauf de se faire une raison: il faudra attendre de quitter l'Inde pour retrouver une digestion humaine.

Mes problèmes gastriques n'intéressant pas le quart du dixième des lecteurs de cette page, on va peut être passer a autre chose, non ?

Si.

Je vous disais donc, une certaine nostalgie culinaire... N'en déduisez surtout pas que je commence à saturer, à avoir le blouz du trav'ler ou something like that. Tout va bien ! D'ailleurs, il s'en est passé des tonnes de trucs ces derniers temps. Faudrait que je vous raconte un peu...

Comment ça tout de suite ? Ouh la la... La vue de ce clavier et l'amabilité douteuse des gérants de ce Café-net m'inspire une flemme digne de... Moi. En même temps, je comprends bien votre point de vue : vingt jours que j'ai pas émis de signal radio, et que je vadrouille dans l'immensité indienne, vous n'allez pas vous contenter de mes envies de fromage. Bon, ce que je vous propose, c'est une forme de compromis : on va mixer un peu du style télégraphique avec quelques extraits que je vais vous recopier de mon cahier de voyage. Et puis, ne mentez pas : vous êtes en vacances pour un temps, alors les aventures de Audoin à l'autre bout du monde, c'est un tout petit peu moins attrayant que d'habitude, pas vrai ? On y va...

La dernière fois qu'on s'est causé (d'ailleurs, c'est surtout moi qui cause), je me pressais d'achever un mini article pour ne pas rater le train pour Jaipur, capitale du Rajasthan. On le rate. Ne cherchez pas un coupable, on le rate et point final. C'est pas non plus le drame de l'année, vu que les trois tickets ensemble représentent moins de dix euros, et qu'on prend un autre train le soir même. C'est juste le deuxième train qu'on rate en trois jours, alors que ceci ne m'était pas arrivé depuis le début du voyage. Passons.

Jaipur, limite j'ai même pas envie de vous raconter... On est allés de déceptions en déconvenues. On s'est frotté à ce que le business-tourism-mafia a sans doute fait de pire (ah, non : il parait que la Thaïlande et le Vietnam détiennent conjointement la bien triste palme d'or de l'arnaque et de la dénaturation des rapports humains avec les étrangers.

A ce sujet, et une fois pour toutes : je reçois de vilains mails de gens, soit qui connaissent, soit qui ne connaissent pas ce que je qualifierai d'arnaque généralisée, tout plein de reproches de ce que je tue le rêve de ce beau pays ou encore que je juge sans savoir (ça j'aime beaucoup...), ou finalement que je n'ai aucune pitié pour des gens qui gagnent cent fois moins d'argent que moi. Je peux me défendre, oui ? Tout d'abord, l'argument économique n'a rien à faire dans cette histoire. J'ai traversé avant d'autres pays où les habitants ne me voyaient pas comme un portefeuille sur pattes, avec envie et jalousie, pays où la situation économique est autrement plus grave que celle de l'inde (Evidemment, je pense au Pakistan).

Deuxièmement, je ne dénigre pas tous les Indiens, simplement ceux qui me manquent de respect parce que je suis inférieur à eux car non Indi, et ceux qui, masquant la plus grande partie de la population, m'agressent et veulent me vendre des slips ou un voyage sur la lune dès que je pose un pied dans la rue. Ni plus ni moins qu'ailleurs, il y a grand max vingt pour cent de cons chez les Indiens, mais vu qu'ils sont nombreux, ça saute plus aux yeux... Pour ceux qui penseraient que cette vision des vingt pour cent partout est un tantinet réductrice, je dirai, messieurs les jurés, que la part de subjectivité de ce propos réside dans la définition du con. Mes cons ne sont sans doute pas les mêmes que ceux du voisin, j'en suis bien conscient. Mais voilà l'une des grandes leçons que j'ai tirée de ces 6 premiers mois de voyage, il n'y a pas des gens biens ici et des gens mauvais là-bas, non, il y a de tout partout, et des indésirables dans des proportions à peu près constantes...

Troisièmement, et pour en finir avec ce plaidoyer pour mon autodéfense, s'il fallait désigner des coupable pour cette grande mascarade touristico-industrielle, je pointerais plutôt du doigt les agences de voyage-tout-fait, qui vendent un produit qui n'a absolument rien à voir avec du voyage, et qui a transformé des régions entières en parc d'attractions naturalistes du genre jardin d'acclimatation, en plus vaste et plus dégueulasse... Tout le monde va aux mêmes endroits, si bien que pour "prendre du plaisir de voyage" en Inde - j'entends rencontrer la population, partager avec eux et créer ainsi une dynamique, un échange mutuellement profitable sur les points de vue culturels et humains -, il faudrait aller là où il n'y a pas de belles photos à faire... Là où Fram ne vend pas chaque année des millions de tickets d'entrée pour le grand zoo humain. Ce sont eux, à l'origine, qui, en concevant des voyages-produits basés sur la rentabilité (la prospérité pour tous, mon c.. !!!), ont généré tous ces affreux jojos qui, pour me tirer quelques roupies de plus n'hésitent pas à laisser leur dignité sur le porte-manteau. Les Fram et compagnies, voilà les vrais, les grands escrocs. Et si je dis Fram, ce n'est pas par hasard. Tous les chauffeurs de Rikshaw-arnaqueurs parlent trois mots de français et connaissent aussi les nombres (surtout les grands). Il semble que les vendeurs de rêves français excellent dans la pollution touristique ! Ce qui, par ailleurs, expliquerait un peu l'image bucolique qu'ont les Français d'un voyage en Inde, et pourquoi le pays jouit d'une image aussi bonne dans l'imaginaire collectif frenchie...

Donc, à Jaipur, on se laisse justement séduire par un chauffeur de Rickshaw qui baragouine trois mots de français et nous conduit tout droit dans ce qu'il y a de pire: Arnaque-mafia-street. Il nous est même interdit de laver nos vêtements nous-même, il faut obligatoirement passer par le laundry service exorbitant ! Nous, on décide de faire exactement tout le contraire... On lave nos fringues à la bonne franquette, et pour insister un peu, on fait même notre propre tambouille sur la terrasse, à l'aide du réchaud à kerosen et de la popote achetée la veille à Delhi. Et puis, je suis à fleur de peau, tellement froid et vif dans mes réactions que les arnaqueurs finissent par nous craindre comme la peste, n'osent plus nous adresser la parole et remballent leurs interdictions à deux roupies. Vive la compréhension entre les peuples !

Jaipur, ce n'est pas du tout ce que j'escomptais... Le Rajasthan signifie le "pays des rois", ça évoquait pour moi des palais de mille et une nuits, des princes enturbannés et des chefs-d'oeuvre d'architecture à couper le souffle. Malheureusement le palais du roi est en réfection, fermé et couvert d'échafaudages, du coup, Jaipur, c'est juste une grosse cité de deux millions et demi d'habitants, pas folichon... Ah ! si, il y a quand même la fête foraine... Avec sa grande roue un peu branlante, mise en mouvement par une grosse courroie en tissu qu'un opérateur enturbanné, assis sur une chaise de jardin fait accélérer ou freiner à l'aide d'une grande perche métallique.

Avec Maxime au féminin, on se paye un tour dans l'une des gondolas de l'appareil. Et c'est là, dans l'alternance des paysages aériens et plus terre-à-terre qu'offre la rotation du gros machin, que Maxime m'apprend qu'elle quitte l'équipée sauvage pour voler de ces propres ailes dans ce grand pays. À vrai dire, ce n'est pas non plus comme si c'était la grosse surprise (je veux dire : pour moi, puisque vous, évidemment...) étant donné que le grand rêve de Max, c'était le voyage, oui, mais plus encore le voyage en solitaire. Se sentir vraiment tout seul dans un immense pays inconnu, se sentir vraiment petit et frissonner devant l'immensité des possibilités... Qui mieux que moi peut comprendre ça ? Un tas de gens sans doute, mais ce n'est pas la question.

Et voilà ! Maxime partie, on se retrouve à deux, deux parigos qui se connaissent habituellement dans la répétition des Dimanches pas moins parigos à squatter des aparts tout aussi parigos en buvant de la bière belge et en écoutant de la musique transnationale.

Le temps de deux ou trois jours, on ne quitte guère notre repère de vipères et on vit un peu ce genre de vie. Une petite pause... Ben ouais, ça fait tous les deux un bail qu'on est sur les routes, et une certaine forme de lassitude se fait un tout petit peu sentir à ce moment là. Puis, de nouveau, la bougeotte nous reprend. Changer de cadre, "chello" l'autre bout du Rajasthan, aux portes du "great indian desert". J'ai nommé : Jaisalmer et sa célèbre forteresse. C'est parti mon kiki ! Train de night. La lune est encore quasiment ronde, donc je ne dors pas, je squatte à la porte ouverte de mon wagon, et j'écris un peu. Je suis d'humeur lyrique...

Ghost train

Dans le silence du train à l'arrêt, on perçoit un son très faible qui pourrait être celui d'un lointain violon. Puis son intensité augmente, jusqu'à révéler sa vraie nature...

C'est un monstre, qui s'approche, à toute vitesse et en hurlant de toutes ses trompes !

Le lugubre sifflet fait résonance sous mon crâne, et continue d'augmenter en puissance jusqu'à concentrer toute mon attention, et me paralyser de terreur. Une lueur se fait dans l'obscurité : ce sont les gros yeux ronds de la bête inoxydable (soi-disant) qui déchirent la nuit, révélant dans un éclair le paysage ferroviaire, jusqu'à me brûler la rétine et m'aveugler complètement.

Puis, aussi sec, la pénombre se fait, ne laissant paraître qu'une vague silhouette du corps massif et vermiforme de la bête, qui semble fuir de toute son énergie la direction que je suis.

L'effrayant vacarme, et la puissante secousse que provoque le passage du convoi, réveille, pour un instant, toute cette voiture et le sleeper qui, avec une précision d'un orchestre, se retourne sur sa couchette dans un souffle de voile froissé, et se rendort aussitôt. Alors que le son grave du sifflet s'éloigne, c'en est un autre, plus aéré, strident, celui du roulement de la rame à pleine vitesse qui s'engouffre dans mes tympans. Les fenêtres à barreaux défilent bien trop vite pour me permettre d'apercevoir l'intérieur des voitures. Les voyageurs, sans doute tassés à trois bestiaux par couchette, doivent dormir eux aussi, toutes les lumières sont éteintes. Des bras, ou même des jambes d'enfants qui n'ont pas trouvé à se loger à l'intérieur de l'habitacle pendent, inertes, au travers des barreaux.

Et le train passe.

L'effet de souffle, bien appréciable en cette saison, cesse. J'observe les deux lanternes de queue scintiller d'un rouge un peu faiblard, et qui dessinent dans l'humidité de la nuit comme deux sillons de feu. Je surprends, sur le bord de la voie, un cheminot à casquette des chemins de fer indien, muni de son drapeau vert, et qui comme moi, se concentre un instant sur la signalisation arrière du train. Celles-ci sont bien présentes, le train n'a pas perdu en marche quelques-uns de ses wagons de queue...

Les cliquetis métalliques de roulis s'évanouissent peu à peu dans la pénombre, tout comme les deux lanternes rouges qui fermaient la marche. Et puis, de nouveau, c'est le silence. ...

Au petit matin, notre train arrive en gare de Jaisalmer. On zape les rickshaws harceleurs et ultra collants, les racoleurs d'hôtel et les dealers de tout poil le temps d'un p'tit déj aux ships et sodas dans une gargote en face de la gare. L'un d'entre eux, après s'être approché à pas de chat et nous avoir accosté le plus poliment du monde (il a dû nous voir envoyer bouler les autres de la bonne manière), avec, à la main, le prospectus d'une guesthouse et en photo, une piscine. Il nous propose d'emblée un prix raisonnable, même discount, ce qui est fort inhabituel. Il a dû sentir qu'on ne serait pas trop faciles à pigeonner. C'est la piscine qui nous séduit. J'en rêve quasi-toutes les nuits ! Ben ouais, parce que c'est sous-entendu, mais il fait toujours aux alentours de cinquante degrés à la mi-journée, et puis, là on est quand même au milieu du désert !

Donc, on se paye ce luxe très abordable, et sitôt on se débarrasse de nos bardas qui profitent du ventilateur de notre room, hop ! on se tape un ptit plongeon. Oh que ça fait du bien... Ca fait partie des trucs qui ne se racontent pas. En sortant du bassin, on monte sur le toit de l'hôtel, et là, wouahou ! C'est la grosse surprise, l'émotion visuelle qui fait digérer tout le reste. Elle est là, énorme, majestueuse, couleur sable, perchée sur une grosse dune. La citadelle de Jasailmer et son chemin de ronde de plus de cinq kilomètres. Une vraie carte postale.

Du coup, on se rhabille, tout pressés qu'on est de découvrir l'intérieur du bâtiment moyenâgeux. Les ruelles étroites et hautes offrent un peu d'ombre vitale. On déambule, le nez pointé vers le ciel, tout émus qu'on est de cette architecture très particulière, mélange de grosses pierres de taille et d'un ciment sableux travaillé comme de la dentelle. C'est à Jaisalmer que le Rajasthan tient ses promesses et nous propose les fastes d'un passé glorieux... Et puis, Jaisalmer ça fait grand maximum 30.000 habitants (dont 5.000 vivants à l'intérieur de la citadelle, ce qui la rend vivante, contrairement à nos châteaux fort musées), autant dire la campagne profonde, pour l'Inde.

Of course, le site souffre d'une surexploitation touristique, qui oserait prétendre le contraire ? (à part Fram qui vous vendrait sans doute le truc comme "d'une authenticité parfaite, un voyage de rêve au coeur des milles et une nuit, à la rencontre des caravanes de bédouins et des princes du désert", je vois ça d'ici ! Ah, les vaches...) Néanmoins, le fait que ce soit un gros bourg change pas mal de choses. L'agression-au-porte-monnaie est un petit peu moins violente, et la population plus respectueuse qu'à Jaipur. Shanti, shanti, comme on dit dans le coin (tranquille, tranquille). De toutes façons il fait definitely trop chaud, les arnaqueurs en puissances dorment le jour. Donc, c'est suffisamment calme pour pouvoir faire abstraction des indésirables. On se la coule douce sur le chemin de ronde, sur les toits-terrasses des restos (de cuisine italienne !) dits panoramiques, ou à l'ombre d'un canon sur l'une des 99 tours du site.

Vous ai-je dit qu'une nouvelle bestiole a fait son apparition dans le paysage ? Il s'agit du dromadaire à une bosse, on le voit partout. Dans les rues de Jaipur, et maintenant de Jaisalmer, ils sont utilisés pour tracter des "camel-cars", souvent des citernes d'eau potable. Et puis, les chameaux, ils sont aussi en photo dans toutes les vitrines des (trop) nombreuses "agences de voyage" locales, qui proposent des "camels-tours" all inclusive dans le désert tout proche. C'est vrai qu'un ptit tour en chameau sur les dunes de sable toutes proches, ça pourrait être sympa. Sauf que... Sauf que, les accompagnateurs-conducteurs-animateurs-guides-secouristes-dentistes-cuisiniers, les "tentes de campagne d'officiers Suisse avec ventilateur", les "nuits du désert avec 200 danseuses du ventre", auxquels j'ajouterai la probable compagnie des membres d'un car de touristes Allemands en short, c'est sans doute beaucoup moins sympa. Disons un peu chouilla surperflu. Et même, une fois, un type qui racole devant sa boutique nous dit qu'avec nos tuniques pakistanaises et nos turbans sur la tête on ressemble à d'authentiques maharajas, et qu'il verrait bien pour nous deux une caravane de quinze chameaux ! Il nous ferait même une ristourne parce qu'on est ses "french friends".

Mais nous, on a de la suite dans les idées.... Le plan consiste à se rendre by ourselves dans un village aux portes du désert, de chercher des fermes de chameaux et de discuter directement avec les chameliers. Commerce efficace et équitable, sans intermédiaire qui prend 300 ou 400 pour cent de commission et paye ceux qui bossent vraiment (à savoir les Gitans qui nous conduisent dans le désert) une misère. Évidemment, tout est prévu pour décourager le voyageur entreprenant, et il est évident qu'aucune des agences de voyages ne nous renseigne sur l'existence du bus qui va à Khuri, le fameux village de gitans au seuil de la grande étendue sableuse, et qui ne coûte que vingt roupies par personne (environ 40 centimes d'euro) pour une heure de trajet. Mais vu qu'on est malins comme de vieux singes Rajhastannais, et bin on trouve quand même, nananere !

Khuri, c'est vraiment un village. En inde,ça fait presque bizarre de voir une agglomération aussi shota (petite). C'est sauvage, et plutôt sableux. Un village du désert, dont les huttes sont bâties en bouses de chameaux et sable agglomérés, bref, c'est du jaune posé sur un décor tout aussi jaune. Après avoir posé nos (trop) volumineuses effets personnels à la Arjun family guesthouse, on déambule dans les chemins, à la recherche des camelfarms et des cameldrivers. Pas très difficile, il suffit de suivre les traces de chameaux ! Celles-ci mènent tout droit aux différents puits que compte le village, et autour desquels s'activent ces gitans du Rajasthan, hommes, femmes et enfants, tantôt remplissant des camel-cars-citernes, tantôt transportant sur leur têtes des jarres de terre remplies du précieux liquide. On fait un peu connaissance, merci Maxime qui, à force de persévérance, finit par comprendre et se faire comprendre en hindi. On comprend que, même ici, il nous sera impossible de traiter directement avec les camel-drivers, il y a une sorte d'accord tacite entre les pros du tourisme, et les pros des chameaux n'acceptent pas de traiter directement avec les étrangers. Du moins, c'est ce que je crois comprendre. Du coup, on passe par Arjun, notre "hôte", en lui imposant un truc épuré : tout ce qu'on souhaite, c'est trois chameaux, et un mec qui connaît les chemins du désert, baass. On arrive à se mettre d'accord sur un prix qui nous semble à peu près raisonnable. Le lendemain, c'est le grand départ. La conduite des chameaux s'apprend dans les grandes lignes en quelques minutes, c'est pas ce qu'il y a de plus compliqué, ces bêtes-là. Et puis, à la pause-déjeuner, je suis d'humeur lyrique.

Great Indian Desert

Le bas de mon Shawar-camis (tenue vestimentaire musulmane commune du sous-continent) claque au vent comme une voile de bateau ou se gonfle à la manière d'un parachute. A vrai dire, je préfère ce ciel nuageux et venté à un autre, parfaitement clair et produisant une chaleur insoutenable. Du moins, tant que la météo n'évolue pas en tempête de sable...

Maxime est allongé sur sa couche, dos au vent, les yeux protégés du sable par un tissu. Il se remet tout doux de cette première matinée à dos de chameaux, avec l'entrejambe endolori qui signale d'ores et déjà son désaccord quant à ces projets chamelesques.

Gopal, notre camel-driver, s'occupe du Lunch : potatoes, shawar (riz), sabzies, et chapatis chauffent shanti-shanti sur les flammes jaunes du feu de bois. Ses moustaches anglisantes frémissent, elles aussi, au rythme des bourrasques. Et puis le "gosse", Amarat, petit homme de 14 piges, rassemble du bois mort pour alimenter le feu, tout en surveillant d'un oeil averti les trois chameaux qui déjà se sont dispersés dans toutes les directions à la recherche de quelques genêts ou autres maigres branches d'arbustes à machoter.

Et moi, moi, je tente de saisir au mieux l'air du vent, et d'imprimer quelque part dans mon cerveau cette image tranquille de ces immensités quasi-désertiques et sableuses (pour faire de beaux rêves plus tard).

L'arbre sous lequel nous nous sommes arrêtés est seul, isolé au centre d'une dune en demi-lune qui compose un chemin de ronde naturel. Il a le tronc bien régulier, gros et bas, et des branches qui partent à l'horizontale dans toutes les directions. Les fines grappes de feuilles qui naissent de cette structure de branches forment une espèce de parasol végétal... et musical. Les bourrasques s'essaient à la flûte dans son feuillage, tandis que les coeurs puissants d'oisillons affamés s'accordent sur cette modale, interprétant ainsi, sous la direction hasardeuse des aléas du vent, la célébrissime symphonie pour Désert et Chameaux de manière admirable.

Mon cerveau a été pas mal secoué par le déhanchement rude de la démarche dromadairienne durant ces trois premières heures sur le dos de la bête. Une grande première... Youpi !! Et c'est parti pour quatre jours à chamocher dans les dunes, magnifique, fantastique désert ! Je dois reconnaître qu'après si peu de temps, c'est déjà fort douloureux au niveau de l'entrejambe... For sure, il va falloir faire abstraction de la douleur physique, de la transpiration excessive qui rende les vêtements poisseux malgré l'air très sec, du sable qui fouette le visage, du goût désastreux de l'eau croupie et micropurée, de l'haleine pas racontable de ma monture, du repas-thalis-indien-standard-tous-repas infâmes, et sans doute les journées qui vont suivre formeront une expérience mémorable !

...

Ce le fut... Mais l'abstraction nécessaire à laquelle je fais allusion ne fut que partiellement réalisée, c'était un peu utopique... Le deuxième jour, mes inner clothes ont succombé, le troisième jour d'énormes ampoules apparaissent, du coup on abrége d'une journée. Ce que je ne réalisais pas non plus sous mon arbre, c'était la chaleur... Le temps était couvert, et après quelques gouttes de pluie qui n'ont rien rafraîchi du tout (mais nous ont obligés à trouver refuge dans une cahute de berger du désert en plein milieu de la nuit), les nuages se sont dissipés et la cuisson de nos corps et de nos esprits a commencé, pour ne s'arrêter qu'à notre retour à Khuri.

Le désert, effectivement, c'est quelque chose qui marque. Physiquement, ses habitants, ces gitans du Rajasthan qui s'usent plus vite que les autres, et qui à vingt ans en paraissent le double. Et mentalement, les voyageurs de passage comme mon compagnon et moi. D'abord, les images. L'immensité... Et si peu de vie. A vrai dire le Great indian désert n'est pas un désert complètement aride comme le sont les étendues sableuses Sahariennes. Une subtilité climatique qui s'appelle la mousson fournit, deux mois par an, de l'eau, qui va permettre à certains végétaux opportunistes de coloniser un peu l'espace. Évidemment, c'est pas non plus la jungle ! Il y a des genêts qui poussent ça et là sur les dunes, parfois un arbre. Du coup, il y a aussi des bergers, et des troupeaux de moutons ou de chèvres squelettiques qui se partagent le désert. Et puis, d'un coup, il arrive que la végétation cesse, et ce sont les dunes de sable, vierges de toute vie, qui s'étendent, fascinantes. Pourquoi ces étendues hostiles à quasiment toutes les formes de vie fascinent elles autant l'être humain ? Je n'en sais trop rien, mais j'ai également été fasciné.

Fasciné par cette chaleur, cette aridité, la dureté du milieu. La nature, que j'aime tant, propose ici une variante en forme d'épreuve de tous les jours, psychologique au plus haut degré, et d'une manière différente de celle de la montagne. En effet, si les pentes escarpées, les pics et les sommets enneigés offrent des points de vue spectaculaires et variés, récompense irremplaçable du grimpeur ou du marcheur, le désert, lui, n'est pas si généreux. Après trois jours de marche, le milieu est toujours strictement identique, l'effort produit est invisible et se dissout dans les immensités trop régulières pour se rendre compte de l'avancement. Plutôt ingrat ! Laisse ton ego à l'entrée, il ne te sera d'aucun secours, discute plutôt avec ton chameau ! (mais pas de trop trop prés) L'animal, taillé pour le désert, a des raquettes de ping-pong montées sur rotules en guise de sabots. Bien pratique pour ce qui est de marcher dans le sable. Par contre, intellectuellement c'est un poil limite le bestiau, difficile de tisser des liens de confiance et d'amitié. L'homme qui murmurait à l'oreille des chameaux, c'est Gopal, notre driver ! Le pauvre homme est bègue au dernier degré, sauf quand il parle avec ses bêtes ! Personnellement je n'ai pas insisté dans la psychologie chamelesque, je me suis contenté d'être reconnaissant qu'il ne m'ait pas flanqué par terre, parce que c'est sacrément haut, le machin... D'ailleurs, on monte sur le chameau assis, et la première fois qu'il se lève, wouaou ! On prend de l'altitude, gare au vertige...

De ce point de vue aérien, le désert offre malgré tout, dans la routine de ses paysages ocres, quelques belles surprises.... Comme ces "champs de puits", parcelles de sables à première vue semblables à toute autre, que l'homme a perforé en divers points pour recueillir le trésor qu'elles dissimulent : l'eau. Et de l'eau claire, et de l'eau fraîche, s'il vous plait ! Impossible pour qui ne l'a pas connu d'imaginer le plaisir d'un bain dans un petit abreuvoir d'eau fraîchement rempli, alors qu'il fait cinquante degrés et que l'on chamoche depuis des heures. Et les yeux des bêtes, chèvres, chameaux, oiseaux, chiens, qui tous s'agglutinent et louchent sur cette flaque d'eau que l'on a puisée pour l'occasion, attendant patiemment la fin de nos bains pour déguster le nectar qui restera dans le bac de pierre, une fois terminées nos ablutions...

Une autre fois, alors que l'on atteint un village de cahutes, je découvre un abreuvoir circulaire d'au moins cinq mètres de rayon, que je prends tout d'abord pour un mirage de piscine, et qui se révèle être plus vrai que vrai ! Je ressens encore la fraîcheur du vent de nuit glissant sur ma peau, tandis que j'observe dans un calme absolu une voûte céleste chargée d'étoiles brillantes, bien loin de l'Homme, de ses gesticulations bruyantes et de sa pollution lumineuse...

Retour à Khuri, retour à Jaisalmer, en bus, comme à l'aller. Cette fois-ci on choisit une guest-house à l'intérieur de la citadelle, histoire d'avoir le meilleur contact avec la vieille pierre. On se la re-coule douce dans les ruelles encombrées de vaches, et sur les terrasses de restos tibétains. Et puis Max fait un peu mieux connaissance avec l'un des gitans qui est là tous les jours, au pied d'un arbre sacré, à jouer quelques airs de ravahttha et tenter de vendre son instrument à quelque touriste en short, de passage. On se fait inviter pour le soir chez lui, pour voir d'un peu plus près ces musiciens gitans du Rajasthan.


Chez les gitans de Jazailmer

A ce moment, l’Inde se laisse enfin approcher... Loin de la folle citadelle qui souffre de surexploitation touristique chronique, dans l'ombre imposante de ses 99 tours, un village, appendice pauvre de la cité fortifiée, construit à flanc de colline, et en bouse de vache. L'odeur de la cuisine au feu de bois qui chauffe un peu partout brûle un peu les narines. Des gamins, nus et couverts de poussière, nous observent avec des yeux gourmands, tout ronds et tout noirs. Nul ne tend la main ou ne se précipite en apercevant ces étrangers qui, une fois n'est pas coutume, se rendent dans ce quartier, dans ce bas-fond comme diraient sans doute ceux qui n'iront jamais. Pendant que des tuniques brillantes s'agitent autour des feux ou vont, pieds nus, dans les allées sableuses, les hommes font de la musique, jouent avec les mômes ou réparent quelque mur fragilisé en y plâtrant de la bouse fraîche. Et oui ! Les gitans du Rajasthan sont definitely des musiciens... A l'image de Jagdish, notre hôte, qui au Pakistan porterait le titre de "Khan", professeur et expert de la musique reconnu par ses pères et adorés par ses élèves. En Inde, le mot "adorer" convient d'autant mieux que les musiciens doués et inspirés sont considérés comme des demi-dieux, voire comme des divinités à part entière pour un ancêtre particulièrement réputé. Jagdish est donc tout naturellement entouré de quelques élèves, musiciens, tablaïstes, chanteurs, et autres. La maison de notre hôte est des plus sommaires, vu qu'elle comporte en tout et pour tout deux murs et un toit Mais qu'est ce que le confort matériel lorsque l'on a l'amour de son art ? Le soleil se couche en musique, et nous écoutons avidement ces sons d'ici, ces sons d'ailleurs, le talent intemporel d'un homme et de la mémoire musicale de son peuple.

...

Finalement, Maxime achète des Tablas, les percutions symboles et indispensables de la musique du sous-continent, moi j'achète des Cartall, qui ressemblent a des castagnettes sommaires, ainsi que plusieurs guimbardes et un Ravatha. On quitte ce lieu un peu fabuleux juste à temps pour choper le train. Dans 36 heures, nous seront 1.200 km plus à l'est, dans la folle cité religieuse de Bénarès.

Nous dormons plus de trente heurs sur les trente-six.

Pendant ce temps -à, la mousson, qui pour l'instant était encore un peu hésitante et jouait au jeu du j'y vais j'y vais pas, a fini par se décider et commence à décharger sa fureur aqueuse sur le Nord de l'Inde...

Et puis Varanasi (ou Bénarès : les deux noms désignent la même ville)... Varanasi, c'est l'Inde extrême, dans ce qu'elle a de meilleur comme de pire. Sans doute la ville la plus religieuse de l'inde, et aussi la plus touristique. Ouh, la, la... Vous vous dites que je vais pas aimer, que je vais encore m'embrouiller bêtement et prendre pour des attaques personnelles ce que je pourrais ignorer royalement. J'ai lu maintes fois "l'Inde, soit tu adores, soit tu détestes..." Alors sans doute aurais-je détesté, si les choses étaient aussi bêtement manichéennes. Heureusement, cette phrase ne veut rien dire du tout. L'inde est à la fois éprouvante et enrichissante au plus haut degré. La preuve.

Learning is to never finish in India...

Learning is to never finish in India... D'abord, tu apprends sur l'autre. Le pouvoir de l'argent et la faiblesse des hommes, prêts à concéder jusqu'au dernier degré de dignité pour quelques roupies te saute à la gueule. J'apprends la méfiance, j'apprends à désapprendre, à remballer la confiance directe, sorte de relation humaine naturelle que j'ai découverte au Pakistan.

Is to never finish... De là, tu commences à apprendre sur toi. Introspection... Un postulat, une conviction. Garder l'esprit ouvert, n'est-ce-pas ? Aware... Sinon autant rentrer au bercail right now, et devenir chauvin (En même temps, la France est quand même la reine des fromages...) Après avoir été dur avec un type, je me demande si celui-ci le méritait vraiment ?

To never finish... Un esprit sain dans un corps sain ?? Les chaleurs inhumaines, suivies d'atmosphères ultra humides, le tout cumulé au manque d'hygiène affaiblissent considérablement le corps du blanc (bec) que je suis, qui ne parvient plus ni à assimiler les nutriments proposés, pas plus qu'à se reconstituer lors de sommeils trop légers. Cela affecte considérablement le mental, et la lutte pour maintenir une certaine intégrité, une cohérence du jugement, devient continue. Pas de repos...

Never finish... Plus encore que la souffrance physique, c'est la colère que tu dois contrôler, quoi que cela coûte. La colère qui détruit toute possibilité de respect mutuel, et qui détruirait, finalement, le respect que tu t'accordes, laissant la bêtise infiltrer la lucidité, acceptant l'ignorance et les certitudes. Tu dormiras demain... finish... Sûr de l'autre, confiant en l'être humain de manière quasi-romantique, voici la seule certitude dont j'accepte la séduction, la seule croyance que je juge digne de ma raison. Sûr de moi, un peu moins, maîtriser les émotions d'un coco émotif comme moi, c'est pas de la tarte à la framboise. Mais je ne vois aucun choix. Alors, écoutant alternativement ma conscience et mon coeur, je suis prêt à aborder ce monde de la meilleur manière, celle que j'ai choisie, Mais, après chaque rencontre, chaque événement, chaque seconde, chaque minute et chaque heure, cette approche doit s'adapter, pour percer le masque que chacun porte dans ce monde si différent. ... never....

Vous avez dit Varanasi ?

L'histoire commence comme d'habitude, à savoir : a peine sortis du train, les chauffeurs de ricshaw nous tombent dessus avec des "come with me my best friend I will give you the very best rate, show you the very best place, et patati patata", à gerber. Maintenant ça ne dure plus très longtemps, et on a même pas besoin de s'énerver : nos mines fermées et emplies de dédain, et les regards noirs que nous leur jetons se passent de mots. Un gars, plus persévérant et largement plus poli, attend que ces guêpes aient déguerpi pour nous proposer de lui même la course au tarif normal. Même de ça, je m'en méfie maintenant. Surtout que l'hôtel qu'on avait visé est en travaux, et qu'il nous conduit dans la guest-house de son "close friend". Depuis l'épisode de la mafia jaipurienne, je ne suis plus dupe...
Et bien j'ai tort ! Une fois n'est pas coutume, ce chauffeur est love, sa guesthouse est love, les prix sont love, la bouffe est love, la vue est love, bref, c'est plutôt love. Et puis, en se baladant dans les ruelles l'après-midi, Maxime qui souhaite prendre des cours de tabla tombe justement sur une famille de musiciens love, qui font aussi des prix love, etc.... Les mecs qui me "Hello please come in my shop for buy one t-shirt", je ne les vois même plus ! Du coup, je vois autre chose. Et c'est fantastique.

Je ne saurais dire exactement la nature de ce petit quelque chose qui se sent dans l'air, et qui fait que Varanasi est une ville à part, une ville de passion palpable. Serait-ce le mélange des communautés indu et musulmane ? La quantité et la diversité des animaux qui cohabitent avec les humains ? Ou bien les milliers de temples colorés, d'effigies de dieux inconnus, la diversité des rituels ? Ou peut-être les Hazan qui se mêlent aux mantras à toutes les heures du jour et de la nuit? Les micro-ruelles de la vieille ville, encombrées de vaches énormes et étrangement calmes au lever du jour ? Ou peut-être les Gaths, ces terrasses qui bordent le Gange et dont les majestueux bâtiments, petits palais ou temples sacré la font ressembler dans les brumes matinales, je ne saurais dire pourquoi, à un port ou tout autre chose....

La mousson bat son plein désormais, et déverse des trombes d'eau du matin jusqu'au soir, et même toute la nuit. L'eau s'infiltre partout, et une rivière coule en continue dans notre chambre d'hôtel. Ca limite un peu les possibilités.

Je vous l'ai dit, j'ai une affinité particulière avec cette ville, sans pour autant l'avoir encore vraiment visitée... Trop de temps passé dans ce café-net ! Ce matin, au lever du jour (déjà levé ou pas encore couché ?? Hum, hum...) j'ai quand même arpenté la (très) vieille ville jusqu'aux Gaths, avec mon Minolta que j'ai scotché dans des sacs en plastique pour tenter de l'étanchéifier un peu. Et puis, depuis la fenêtre de notre chambre, on prend du temps pour observer les singes.

Urban monkeys

Les singes vont, de toits en toits.

Ils évoluent selon des mouvements à la fois souples et marqués, pas vraiment gracieux, quelque chose entre le chat et l'homme. Ils marchent, bien en appui sur leur quatre mains ou, bandant subitement tous leurs muscles, se projettent dans une détente parfaite jusqu'au toit voisin, une gouttière, un gros fil électrique. Sur le dos des femelles, pas encore aguerris à cette voltige urbaine, les petits se cramponnent...

Des colonies passent... Le plus souvent, un groupe de femelles et leurs petits, accompagné d'un énorme mâle. Ils ont l'air de se balader, comme le feraient les humains et vont, sans ne jamais descendre au dessous du deuxième étage des constructions, débonnaires, à travers les ruelles tortueuses de Varanasi. D'ailleurs, ici toutes les fenêtres sont protégées par des barreaux, pour éviter toute intrusion de ces quasi-concitoyens indésirables et turbulents. Ce qui ne les empêche nullement de s'agripper aux barreaux, et même d'aller de fenêtres en fenêtres. Alors, on peut les voir, convoiter d'un regard amer les vivres de leurs grands cousins hominidés, chiper une banane qui aurait été oubliée à portée de bras de singe, ou encore faire d'horribles grimaces pour effrayer les gamins.

Pendant ce temps, deux niveaux plus bas, parmi la foule chaotique d'individus, de motos rafistolées et de rickshaws klaxonnant à tout va, imperturbables, les vaches s'avancent en tout sens, de ce même pas nonchalant.

...

Et voilou, et voilà ! Mesdames et messieurs, ce sera tout pour aujourd'hui, et c'est déjà pas mal... Ca vous fera un peu de lecture à imprimer et à lire sur la plage, sa changera du polar de mauvaise qualité que vous ne parvenez pas à finir...





mercredi 27 juin 2007, New Delhi
Un ptit coucou de New Delhi

 

Salut à tous (comme on dit) !


Pour un p’tit coucou, c'est vraiment juste un p’tit coucou...

A, quel plaisir, l'Internet haut débit, les PC modernes, les cafés-nets qui font fi des coupures de courant... J'en ai justement profité pour vous poster les premières (magnifiques, comme toujours) photos de l'Inde... PROFITEZ-EN !

Bon, et bien c'était le but de cet article, de vous annoncer une nouvelle vague de photos.... A part ça, nous faisons une courte escale a New Delhi, sur la route Rishikesh - Jaipur. En effet, la saison touristique a commencé, et les rues de Delhi sont pleines d'occidentaux tout blancs, tout contents d'être en vacances. Lorsque nos regards se croisent, nous échangeons implicitement le fait que l'on aimerait bien ne pas se voir, justement... Et oui ! Chacun voudrait son Inde authentique, pour lui tout seul ! Donc, on ne reste pas très longtemps. À vrai dire, on aurait même préféré faire Rishikesh-Jaipur d'une seule traite, sans escale dans la capitale-megalopole de 13 millions d'habitants. Le problème, en Inde, c'est la surpopulation... A moins de réserver son billet de train des semaines à l'avance, il faut ruser pour aller d'un point A à un point B en ayant une place dans le train, une vraie, une réservation. Et puis, je vous raconte même pas la queue insensée (parce que c'est démoralisant) dans les booking-offices des railway-stations... Fort heureusement, le pays étant incontestablement sur la voie de la modernité, une connexion Internet et une carte bleue Visa permettent d'éviter les 5 a 6 heures de queue, merci les tuyaux de routards échangés au Pakistan !

A part ça, les grosses chaleurs sont désormais derrière nous, les températures à peu près stabilisées autours des 40 degrés avec, une ou deux fois par jours, une bonne douche rafraîchissante sous forme de mousson. Et puis, on acquiert aussi progressivement la technique pour faire fuir les indiens qui nous accostent comme on prend un ticket pour le loto : Chelo, CHELO !! (dégage, dégage...). On s'habitue également à ne plus voir ses Indus un peu trop convaincus de leur supériorité raciale sur des étrangers moins que rien, hors-caste, qui ne croient même pas que le ciel est la demeure de quelques millions de dieux. En gros, après un petit temps d'adaptation, nous commençons à apprécier l'Inde à sa juste valeur, dans ce qu'elle a de radicalement diffèrent, d'exubérant, de mystique.

Les adieux avec Balak -das furent déchirants, as expected, et notre ''père spirituel indien'' nous manque déjà à tous les trois. A ce sujet, une qui sera obligée de refaire un crochet par Rishikesh avant son retour en France, c'est MaximE, vu qu'elle a oublié ses chaussures de marche en cuir - gore-tex - semelles Vibram dans le Balak-Das Ashram... Etait-ce un prétexte pour retourner voir notre ami une dernière fois ? Le coeur des femmes est identique aux voies du Seigneur (imperméables). Nan, je dis ça parce qu'il y a trois jours, lorsque nous quittions Rishikesh, après une demi-heure de Rikshaw en direction de Hardiwar (d'ou nous devions prendre notre train (réservé sur Internet) pour N.Delhi)), MaximE se rend compte qu'elle a oublié l'un de ses sacs, contenant notamment son appareil photo... Demi-tour! retour chez Balak... Du coup, oeufs corsés, on rate notre train... On monte dans le premier train suivant en direction de Delhi... Malheureusement, c'est un train de luxe pour indiens-pélerins fortunés, et le contrôleur nous propose donc de soit régler la modique somme de Exhorbitant, soit de ''chelo'' du train à la gare suivante, ce que nous faisons à Rourkie, un petit village insignifiant de trois ou quatre cent mille habitants comme l'inde en compte sans doute plusieurs milliers. On passe la nuit dans cette étrange localité, ou la communauté musulmane nous propose un accueil digne de ce nom, de la VIANDE (!), et des tarifs honnêtes... L'espace d'un instant, on se croirait de retour au Pakistan, c'est reposant !

Le lendemain, pour acquérir des trin-tickets, j'obtempère pour la méthode Indienne, à savoir : je passe devant tout le monde dans la queue du booking office, gueule plus fort que les autres, un billet de 500 à la main que je glisse à travers les grilles du guichet... Et ça marche ! en cinq minutes (au lieu des trois heures nécessaires avec la méthode honnête), on a des billets pour New Delhi, en troisième classe, un euro par personne pour faire 250 bornes.... Sauf que... Sauf que, je ne sais pas trop comment ça arrive, mais je perds le ticket au fond de la poche ! (ça n'étonnera pas outre mesure ceux qui connaissent mon organisation légendaire, n'est-ce pas ?)
Je vois Maxim qui commence à saturer (en silence : mais vu que ça peau prend une inquiétante teinte verte, à ce moment, je me dis qu'il doit un tout p’tit peu saturer) de ce couple de distraits... Finalement on grimpe quand même dans le train, sans ticket, je promet de payer l'amende qui s'en suivra. Le train est over-bondé, la troisième classe ça dépasse l'entendement... Du coup, les contrôleurs sélectionnent, ne pouvant cheker les milliers de pelos qui ont pris place à bord du train, dans les couloirs, entre les wagons, sur le toit, sur les plates-formes de la loco... Ils sélectionnent ceux qui ont l'air pauvres, les Sadhu, ceux qui n'ont pas de chaussures, ceux qui n'ont pas de T-shirt. Donc, personne ne nous contrôle, tous les étrangers occidentaux sont richissimes c'est bien connu et généralement admis dans ce pays. Ouf...

Voilà pour les péripéties récentes, pas si intéressantes, je sais, mais que voulez vous ? On fait ce qu'on peut...

Dans deux heures, on prend (normalement...) un autre train pour Jaipur, première étape de notre visite du Rajasthan, le pays des cent royaumes, où nous devrions normalement nous extasier devant l'architecture exubérante des temples et des palais qui se comptent par centaines... De belles cartes postales pour alimenter la photo-gallery en perspective ! Le Rajasthan, ça devrait nous occuper une bonne quinzaine, puis nous mettrons le cap sur Varanassi, puis Darjeeling, et enfin le Sikkim, un petit royaume Himalayen intègré a l'Inde. Voilà pour le programme !

Aller, sur ce, je voudrais bien éviter de rater le train, donc je vous fais de grosses bises à tous, et vous dit à bientôt !

Ciao...

Audoin.

(et n'oubliez surtout pas de jeter un oeil aux nouvelles photos !)

Hello to all (like one says)!

For a small hello, it is really just a small Hello … Woahhh …, what a pleasure, the high-speed Internet, modern PC, the coffee-Nets which despize power disruptions… I precisely profited from it to post the first (splendid, like always) photographs from India… TAKE ADVANTAGE !

Good, and well it was the goal of this article, to announce a new wave of photographs to you…. Besides, we make a short stopover at New Delhi, on the way to Rishikesh - Jaipur. Indeed, the tourist season started, and the streets of Delhi are full with very white Westerners, very glad to be on holiday. When our glances cross, we exchange the fact implicitly that one would like not to see oneself, precisely… And yes! Each one would like its India authentic, for him all alone! Therefore, one does not remain very a long time. To tell the truth, one would have even preferred to make Rishikesh-Jaipur of only one draft, without stopover in the capital-megalopolis of 13 million inhabitants. The problem, in India, it is overpopulation… Unless holding his train ticket weeks in advance, one needs to be clever to go from point A to point B by having a place in the train, a true one, a reservation. And then, I do not even tell you the foolish tail (because it is demoralizing) in the booking-offices of the railway-stations… Extremely fortunately, the country being incontestably on the way of modernity, an Internet connection and a blue VisaCard makes it possible to avoid the 5 to 6 hours of tail, thank you the informations exchanged in Pakistan with trekkers! Besides, the hot temperatures are from now on behind us, about stabilized temperatures around of the 40 degrees Celsius with, one or twice per days, a good refreshing shower in the form of monsoon. And then, one also gradually acquires the technique to frighten the Indians who accost us as one takes a ticket for the lotto: Chelo, CHELO!! (get away, get away, …). One is also accustomed not to see the Indus more a little too convinced of their racial superiority on foreigners less but nothing, outcasts, which do not even believe that the sky is the residence of a few million gods. Approximately, after a small time of adaptation, we start to appreciate India with its right value, in what it has of radically differ, of exuberant, of mystic. Good-byes with Balak - das were tearing, as expected, and our Indian spiritual father already miss to all the three. On this matter, one which will be obliged to remake a tour by Rishikesh before her return in France, it is Maxime, considering whom she forgot her trekking shoes out of leather - gore-tex - Vibram soles in Balak-Das Ashram… Was this a pretext to turn over to see our friend last once? The heart of the women is identical to the ways of the Lord (impermeable). Nan, I say that because three days ago, when we leave Rishikesh, after half an hour of Rikshaw in direction of Hardiwar (frm where we had to travel by our train (booked via Internet) for N.Delhi)), Maxime realizes that she forgot one of her bags, containing her camera in particular… Half-turn! return to Balak…

Blow, hard time, our train is missed… One gets into the first train following for Delhi… Unfortunately, it is a pullman-car express for fortunate Indians-pilgrims, and the controller thus proposes to us either to regulate the moderate amount of Exhorbitant, or of '' chelo '' of the train to the following station, which we did in Rourkie, a small unimportant village of three or four hundred and thousand inhabitants like India in account undoubtedly several thousands. We spent the night in this strange locality, or the muslim community proposes to us a reception worthy of this name, MEAT (!), and of the honest tariffs… The one moment space, one would be believed of return to Pakistan, it is resting! The following day, to acquire train-tickets, I adopt the Indian method, namely: I pass in front of everyone in the tail of the booking office, mouth stronger than the others, a ticket of 500 in the hand which I slip through the grids of the counter… And it goes! in five minutes (instead of the three hours necessary with the honest method), there are tickets for New Delhi, in third class, one euro per anybody to make 180 miles…. Except that… Except that, I do not know too much how that arrives, but I lose the ticket at the bottom of my pocket! (that will not astonish too much those which know my legendary organization, isn't?) I see Maxim who starts to saturate (with silence: but considering that skin takes worrying dyed green, at this time, I think that he is over-saturated) with this couple of inattentive… Finally we go nevertheless in the train, without ticket, I promises to pay the fine which will be followed from there. The train is overcrowded, the third classe that exceeds the understanding… Finally, the controllers select, not being able to check the thousands of guys which took seat on train, in the corridors, between the coaches, on the roof, the platforms of the loco… They select those who have the appearance of the poor, Sadhu, those who do not have shoes, those who do not have a Tee-shirt. Therefore, nobody controls us, all the Western foreigners are so rich, they are well-known and generally allowed in this country.

Ouf… Here are the recent adventures, not so interesting, I know, but what do you want? One does what one can… In two hours, we will catch (obviously …) another train to Jaipur, first step of our visit of the Rajasthan, country of the hundred kingdoms, where we should normally fall in extase in front of the exuberant architecture of the temples and the palates which count per hundreds… Beautiful postcards to feed the photo-gallery in perspective ! The Rajasthan, that should occupy us a good fortnight, then we will put the target on Varanassi, then Darjeeling, and finally Sikkim, a small Himalayan kingdom integrated as part of India. Here is for the program!

To go, on this, I would like to avoid missing the train, therefore I give love and kisses with all to you, and says to you “so long”!

(and please, don't forget to look at the photo-gallery, my new pictures are absolutely fantastic !!!)

 

 





lundi 25 juin 2007, Badrīnāth
Pélerinage - paisa - ...

Namaste !


C'est de Rishikesh, la "capitale mondiale du yoga" que je vous écris ! La classe, non ? Une telle appellation a évidemment eu l'effet escompté : attirer la foule des touristes aisés à la recherche de détente et de spiritualité, dans la suite de John Lenon et de ses acolytes qui sont venus faire un petit tour il y a plus de trente ans. Du coup, les Ashrams pour touristes, où des "professionnels" vous dispensent des cours de yoga dans "un cadre propice à la méditation", bourgeonnent... Traditionnellement, l'Ashram est une maison d'hôte qui accueille gratuitement les pèlerins en chemin jusqu'à trois nuits. Inutile de vous préciser que ceux dont je vous parle n'ont vraiment rien de gratuit, et j'ai du mal à envisager la relaxation dans un lieu qui fait de la pub et est rempli de touristes...

Fort heureusement, tous ces établissements se concentrent dans une partie seulement de la ville, que nous ne fréquentons justement pas. Au fait, le "nous" désormais, c'est une paire de Maximes, un authentique Indian baba sadhu, et votre petit cheminot préféré ... La belle équipe ! Pour une fois, tout s'est passé comme prévu, comme je vous l'avais annoncé, à savoir que nous avons effectivement rejoint Maxime le Sublastarteux chez son hôte Balak Das à Rishikesh. Et vous pouvez me croire, cela valait le coup !
Un Sadhu, c'est quoi ? Visuellement : Il va nu-pieds, s'habille uniquement en orange, a le ventre à l'air, exhibe une barbe broussailleuse et des dread-locks à faire frémir de jalousie tous les rastafari en herbe de ma connaissance. A part ça, le dit Sadhu est un homme de religion, qui a renoncé aux plaisirs matériels, au sexe et à sa famille pour se consacrer à la méditation et à la prière. Le plus souvent les Sadhu sont mendiants et n'ont pas de maison, ils peuvent dormir sur les Gathes (sortes de tribunes au bord du Gange) ou n'importe où. Notre Baba Sadhu, lui, dispose d'une petite chambre dans un Ashram mis à sa disposition. C'est là que nous vivons tous les quatre depuis une dizaine de jours maintenant. Les Sadhu sont aussi un peu sorcier (le notre aurait le pouvoir d'arrêter la pluie, mais jusqu'à maintenant ça n'a pas vraiment marché, ou plutôt il n'avait pas envie), et ils connaissent donc la "science des plantes et des racines", ce qui fait que l'on boit tout plein de décoctions magiques à base de racines, sensées nous transformer en "sactiman" ("full-power people"...) Est-ce que ça marche, est-ce que ça ne marche pas ? Le tout est d'y croire, et d'avaler lesdits bouillons et mixtures en faisant abstraction du goût, souvent très très amer, toujours nauséabond... Maxim, lui, semble s'y être fait, et boirait presque ses tisanes avec plaisir. L'autre Maxime et moi-même n'en sommes pas encore là, mais nous n'avons pas passé un mois en compagnie du cher homme, n'est ce pas ? Parce que Maxim (ouh la la, c'est compliqué tous ces maximes, donc on va établir un code simple : Maxim au masculin et Maxime au féminin, OK ?), lui, l'a fait ! un mois seul avec Balak Das. Il ne s'est pas sadhufie pour autant ; par contre, à ma grande surprise, je retrouve mon vieux pote parlant pratiquement l'Indu, ayant adopté la position yoga-dos-droit, et soucieux de ce qu'il se met dans le bide... Wouahou ! Un mois en compagnie d'un sorcier, ça te change un homme !
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(je me permets de vous raconter la rencontre entre Maxim et Balack-das : Maxim se promène gentiment sur la Gathe, au milieu des sadhus allongés. Soudain, Balak-das surgit juste en face de lui et lui fait "namaste" avec un grand sourire, en lui ouvrant ses bras, comme s'ils se connaissaient de longue date. Puis le Sadhu invite Max chez lui. pour manger et fumer des bidies. Ils ne se racontent pas grand-chose, Max n'en étant qu'au tout début de son apprentissage de l'indu. Le lendemain, Maxim prend toutes ces affaires et s'installe chez Baba-ji, a sa demande. Max achète un réchaud à gaz et un peu de vaisselle, histoire de fournir au vieil homme un minimum de confort, en échange de son hospitalité... Cool, nan ? )
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Maxime et moi adoptons nous aussi de bonne grâce, pour un temps ce mode de vie sommaire (on dort par terre sur le toit sauf quand il pleut, on bouffe tous les jours le "thali", à savoir du riz et des lentilles, on boit le lassi, yaourt coupé avec de l'eau, et les "jalibouti", immonde jus de racines extrêmement amer ; et tous les soirs on va dire bonne nuit au Ganje avant de se coucher).
Pour ce qui est de mode de vie sommaire, après notre séjour en vallée Kalash, on ne craint plus rien ! L'avantage, aussi, de vivre "comme les sadhu", c'est que tu fais des économies... A part un coca cola et un paquet de chips par jour (en cachette parce que sinon Baba Ji nous bouderait), la vie à Rishikesh ne coûte pas trop cher.

Toutes ces petites précisions nécessaires à votre compréhension du récit étant faites, c'est parti !
Bon, je vous avais laissés à Amritsar, la ville sacrée des Sikhs qui abrite le Golden Temple. Les Sikhs, adeptes du Guru Namak, qui, il y a 600 ans créait une religion qui prenait un peu de l'Islam, un peu de l'Indouisme, et un peu du reste, pour aboutir à une spiritualité originale, pacifique et égalitaire. Les Sikhs d'aujourd'hui se reconnaissent facilement à leur turban impeccable, qui cache leur chevelure sacrée, qu’ils ne couperont pas toute leur vie durant (de même que leur barbe)! Autre signe distinctif : le poignard ou le sabre porté à la ceinture. Et oui, car à force d'être persécutés, les Sikhs originellement pacifistes se sont changés au cours des siècles en de valeureux guerriers... Enfin bon, les sabres, ça reste moins impressionnant que les kalashnikov, petit accessoire de mode indispensable au Pakistan.
Pour les photos, il faudra encore attendre une prochaine escale à Delhi, et donc en attendant il vous faudra me croire sur parole : Le golden-temple, ça fait partie des trucs à voir dans une vie... Imaginer un temple recouvert de feuilles d'or qui a l'air de flotter au milieu d'une piscine, elle-même encadrée par une sorte de palais qui abrite notamment un réfectoire où les repas sont servis gratuitement (a raison de 10 000 par jour, oui, oui !), ainsi que des dortoirs eux aussi gratuits. La nuit, le lieu révélé toute sa splendeur et dégage une atmosphère mystique et apaisante. Autour de la piscine, sur les allées de marbre, de nombreux Sikhs s'installent pour dormir, en prenant bien garde de ne pas s'allonger les pieds dirigés vers le temple d'or. Tous ces corps au repos,  disposés en tous sens forment un tableau original et coloré. Nous déambulons à travers ce peuple en sommeil, très étrange. Certains se baignent dans l'eau sacrée, immobiles (j'aurais bien voulu faire de même vu qu'il fait toujours plus de 45 degrés, mais c'est strictement réservé aux Sikhs), tandis que d'autres prient en regardant fixement le sanctuaire brillant de milles feux dorés qui se reflètent dans les eaux calmes du bassin... Avouez... ça a l'air cool, non? On serait bien restés un peu plus longtemps si il ne faisait pas aussi chaud ! D'ailleurs, c'est au petit matin, avant que le soleil ne nous agresse complètement que nous prenons un velo-rickshaw en direction de la gare. Au revoir le Penjab ! Sympa, l'accueil gratuit et chaleureux au Golden Temple... On saute dans un train qui doit nous conduire à Haridwar, juste à côté de Rishikesh.
Je me réveille en gare d'Haridwar. Il semble qu'il fait un peu moins chaud, non ? En effet, un épais manteau nuageux nous prodigue une ombre bienfaitrice. C'est en taxi que l'on parcourt les trente bornes qui séparent Haridwar de Rishikesh. En arrivant, je me plie aux instructions que Maxim m'a fournies par mail, à savoir des trucs du genre "Tu vas sur la gate, sorte de plage où les gens squattent au bord du Gange ... après les arbres à Sadhu, tu tournes à gauche ... Tu laisses sur ta droite la statue ultra-kitch de Shiva sur un char ailé ... encore un arbre-temple squate par des sadhu ... au début d'une ruelle étroite, la porte métallique avec des Ohm dessinés " ... Pas de doute, on est bien en Inde!! Finalement, on frappe à la bonne porte, et du premier coup, s'il vous plait ! Évidemment, les retrouvailles avec Maxim, c’est super- émouvant, vu que c'est la seule tête (blonde) connue que j'ai croisée depuis le début de ces tribulations, et pour lui de même ! On fait connaissance avec Baba Balak Das (à propos Baba Ji ça veut dire "monsieur barbu", c'est une sorte de titre respectueux donné aux Sadhu), notre hôte, qui n'est pas très bavard... Et pour cause : Il ne parle que l'hindi, et nous que le français et l'anglais ! Comme je vous l'ai dit, Maxim qui vient de passer un mois, seul en sa compagnie a appris l'hindi. J'en reste bouche bée lorsque je l'entends formuler pour la première fois des phrases dans cette langue barbare, que Baba Ji a l'air de parfaitement comprendre, qui plus est !
Le lendemain, pour fêter notre arrivée, Balak Das propose de se rendre au Military Camp pour nous dégotter une bonne bouteille, ce qu'il fait effectivement. Du coup, après une journée à faire connaissance, à s'observer un peu et à échanger des sourires polis l'atmosphère se détend et l'ambiance change radicalement. Le sobre sorcier que je contemple depuis hier se change le temps d'une soirée en Baba au Rhum dévergondé ! (celle-là, elle est de Maxim, je rends à César patata...). Notre ami s'endort sur le toit de la maisonnette, après une démonstration de yoga ayant tourne au fou rire général. Heureusement, Maxim et moi ne dormons pas encore, on fume un dernier bidi en se racontant nos aventures et notre émerveillement respectif. Je dis heureusement, parce que... Flic floc... La mousson, ça commence tout doux. Shanti, shanti, comme on dit en Hindi. Et puis, les flics-flocs flics-flocs se font plus cadences, et on décide de réveiller les deux dormeurs et d'effectuer une retraite à l'intérieur du Balak-Das Ashram. Juste à temps, juste avant que les shanti gouttes de pluie se transforment en baout garam, la grosse grosse pluie, quoi !
Après une quinzaine de torpeur, depuis Peshawar, j'attends impatiemment un truc du genre. En quelques secondes, je suis à poil, un sourire beat au coin des lèvres et tout seul sur le toit, profitant de cette douche fraîche des plus naturelles. Ca fait un bien fou ! Pour l'instant, je dis : Vive la mousson ! Vive la fraîcheur !

Ceux qui suivent ce voyage pour de vrai se rappellent sûrement que nous étions attendus à Rishikesh pour un départ en pèlerinage aux sources du Gange; et bien pour une fois tout se passe comme prévu ! Après trois jours à se familiariser un peu avec ce nouveau pays, nous prenons la route de Badrinath, un village bâti à plus de 3000 m d'altitude, à quelques kilomètres de l'une des sources du Gange. Autant vous dire que l'endroit est sacré, et ce sont des milliers de Yatis, les pèlerins Indus, et de Sadhus qui s'y rendent chaque semaine d'avril à Octobre, lorsque les routes sont dégagées de la neige hivernale. Notre bus part de Rishikesh à l'heure, c’est-à-dire à quatre heures et demi du matin.
Dés le début, la route est époustouflante, creusée dans la vallée du Gange. Le Gange, au petit matin, apparaît bien mystérieux sous des halots de brumes. Des nuages se forment et s'accrochent sur les premiers contreforts de l'Himalaya. Les paysages sont bien différents de ce que nous avons pu observer dans les Karakoram, les "montagnes noires" de l'Himalaya pakistanais. Le massif est totalement vert, et même verdoyant. Des terrasses très étroites sont accrochées pratiquement jusque sur les sommets. Ici, pas besoin de construire des canaux d'irrigation suspendus, la nature est clémente, et généreuse en eau. Durant les quatorze heures à arpenter la route sinueuse, nous admirons ce paysage sublime, quasi-mystique, où se succèdent les vallées et les cols d'altitude, le long du Gange qui mincit de plus en plus, pour n'être plus, à quelques heures de l'arrivée, qu'un étroit et puissant torrent glaciaire. Enfin, après une éprouvante journée de bus, nous touchons au but : Badrinath, au coeur de l'Uttarkhand, les "montagnes du Nord", ou la "maison des dieux" pour les religieux Indus.

Et là, c'est le drame...
C'est là que tout bascule ! Cruelle désillusion... Nous cherchons un Ashram pour dormir, ou une guesthouse, un hôtel, n'importe quoi ! Les prix que l'on nous propose sont exorbitants, insensés. Durant trois heures (je dis bien !), on fait le tour du village à la recherche de quelque chose de correct. Les ruelles sont pleines de marchands de souvenirs, on se croirait sous la tour Eiffel, alors que nous sommes dans l'un des lieux les plus sacrés de l'Indouisme ! Finalement, au terme de ces trois heures de recherche, on accepte une chambre à un prix catastrophique, mais quel choix avons-nous ? A trois mille mètres d'altitude, il faut un minimum d'équipement pour dormir dehors, et justement nous n'en sommes pas tous équipés. Dans la chambre, l'ambiance est pourrie, balak-das a l'air infiniment triste.
Le lendemain matin, Baba Ji et Maxim partent en mission pour tenter de trouver quelque chose de plus convenable. Ils reviennent au bout d'un moment avec la satisfaction du devoir accompli, on plie bagages et on se rend à notre nouvel Ashram. Lorsque le gars avec qui Max et Balak ont négocié quelques minutes plus tôt nous voit arriver, le prix a grimpé de 200 roupies... Pour de l'inflation, c'est de l'inflation, non ? Je perd patience, et m'énerve fortement contre ce sale type, qui finalement accepte de nous céder la chambre au prix précédemment négocié. Sauf que... Sauf qu'il fait celui qui n'a rien compris, et lorsqu'il nous voit rentrer tous dans une seule chambre, nous demande de foutre le camp d'une manière tout à fait brutale et irrespectueuse. S'en est trop, je craque ! Il faudra une paire de Maxime et un vieux sage Indien pour me retenir de foutre une paire de baffe à ce connard, histoire de le faire revenir à la réalité. Le pire est que ce type arbore un point rouge au milieu du front, ce qui signifie qu'il va au temple, et que donc il devrait être un "bon Indu", pas un escroc du dimanche ! Je vous passe les détails de notre recherche. Finalement on atterrit dans une piaule pourrie au prix disproportionné, mais un peu moins qu'ailleurs. Badrinath, c'était très joli. D'ailleurs, vous le verrez sur les photos. Mais je ne vais pas vous en raconter beaucoup plus, tellement je suis écœuré... Nulle part je n'ai été traité de la sorte depuis 5 mois. Et, je le répète, nous sommes aux sources du Gange, dans un lieu sacré, au coeur de l'Himalaya, dans un endroit paradisiaque, qui devrait être un des temples de la spiritualité du sous-continent. Mon c... ! Le business a tout pourri, circulez, y'a plus grand chose à voir. Balak-das est horrifié par ce qu'il voit. Les repas dix fois plus chers qu'ailleurs, l'hospitalité nulle, l'agressivité envers les étrangers.
Notre pauvre Sadhu est si triste qu'il veut repartir deux jours après notre arrivée ! Il répète sans cesse "paisa, paisa, paisa", ce qui signifie "argent, argent, argent", et ce qui résume on ne peut mieux la situation. Nous essayons quand même une balade à la vraie source du Gange. Normalement, les quatre premiers kilomètres se font en voiture, mais pour des occidentaux, impossible de monter dans une bagnole sans s'alléger de 1000 roupies (20 euros) Pour 4 kil, en Inde, c'est un peu fort, non ? On y va à pattes. Au bout de deux heures de marche, on fait une p’tite pause. Et là, c'est le comble... Deux policiers en civil surgissent, et accusent notre ami d'être un faux Sadhu en train d'arnaquer des étrangers ! Ils oublient totalement le respect qu'ils doivent à un Baba d'une part, et à un vieil homme d'autre part, et le malmène brutalement. C'en est trop ! Le lendemain, effectivement, on lève le camp. Encore une dernière arnaque (pour la route) avec les tickets de bus, à laquelle on ne comprend rien du tout, si ce n'est que l'on nous demande de dégager de nos places... Finalement, on se serre à 6 sur une banquette pour trois, avec un connard qui va rester assis en tailleur durant tout le trajet, occupant la place de deux paires de fesses à lui tout seul ! Ca paraît impossible, hein ? Et pourtant tout est vrai !

Finalement, avec le recul et quelques journées de repos dans la torpeur relative de Rishikesh, Badrinath restera un bon souvenir, parce que c'était vraiment, vraiment très beau, et puis une étape de plus dans la découverte du massif Himalayen. Je comprends que pour apprécier ce pays, il va falloir faire abstraction de beaucoup de choses, et faire preuve d'une grande patience (ma principale qualité, c'est de notoriété publique...)

Et ensuite ?
Et ensuite, quelques jours de repos bien mérités dans la lenteur rishikeshienne, à observer cet univers complètement différent et mystique qu'est l'Inde avec ses temples, ses Gaths, le fleuve sacré, le toit de l'ashram, la bouffe un peu degueu de Baba Ji, la ganja, les Sadhu à moitie à poil, les gamins chevauchant des motos au milieu de la foule, les odeurs d'encens, la mousson qui se déchaîne et s'arrête aussi brusquement, les statuettes de Shiva et de Ganesh , les lessives, cet Internet café et tout ce que j'oublie...
Aujourd'hui, j'ai ouvert un compte sur le site des chemins de fer indiens, histoire d'esquiver les monstres queues des railways stations du plus grand réseau ferré au monde (à ce propos, avec 3,5 millions d'employés, les chemins de fer indiens constituent la plus grosse boite de la planète, non ?). Si on avait pas trop réalisé ce que signifiait plus d'un milliard d'habitants, la tentative de réservation des billets nous le fait comprendre... Y'a du monde sur l'affaire ! Pour réserver un billet de train, il faut s'y prendre minimum une semaine en avance ! Plutôt incompatible avec notre mode de voyage...
Du coup, il faut ruser et faire des correspondances excentriques pour arriver à destination ! On a décidé de visiter le Rajastan, le coeur culturel et historique du pays. Pour cela, nous décidons de commencer par Jaipur. Sauf que les trains pour Jaipur sont complets pour les quinze jours à venir ! Du coup, on part demain pour Delhi, puis trois jours plus tard on a une resa sur un Delhi-Jaipur. On aura donc trois jours pour visiter un peu la folle mégalopole. Demain, on part... Les adieux avec Balak-das vont être déchirants, c'est sûr ! Pour lui comme pour nous, et surtout pour Maxim, qui a passé un mois complet en sa compagnie.
Pour ma part, je n'oublierai pas cette expérience aux côtés d'un vrai Sadhu, pas plus que son "enseignement" d'harmonie du corps et de l'esprit. De plus, ce contact estompe un peu les préjugés que j'ai sur le pays, me prouvant qu'ici comme ailleurs il est encore possible de trouver des personnes parfaitement désintéressées, friands de contact humain et ouverts d'esprit...
Allez, zou !

Bye - bye Rishikesh !
Ram-ram, Baba Balak Das !
Salut, vous !

 





samedi 9 juin 2007, Amritsar
Ce n'est qu'un au revoir...

... douloureux certes, mais provisoire, sans doute !


Salut à vous tous ! D'abord, je présente mes excuses à ceux qui s'inquiètent de mon (notre) silence, et aux accros qui m'envoient des mails pour que j'écrive plus, à ceux qui auraient souhaité en savoir plus sur le monde Kalash et ce qui "va changer ma vie..." (à ce sujet je pense que c'est le voyage en général qui permet d'accéder a une nouvelle vision de la vie, avec des moments vraiment forts, des pics, comme notre séjour dans cette famille Kalash).

Pour ma défense : Il fait trop chaud !! Beaucoup trop chaud... Plus chaud que je ne pouvais l'imaginer. Et puis l'Internet pakistanais à 12kb/s et une coupure de courant toutes les trente minutes, c'était plus tenable ! D'ailleurs j'ai bien essayé de vous envoyer un post depuis Peshawar, mais la fameuse coupure a réduit mon travail à néant (si j'ose dire). Bon c'est pas tout ça, mais malgré l'air conditionné Indien, il fait quand même chaud à Amritsar, donc on va passer aux choses sérieuses, au résumé des derniers jours au Pakistan (bouh...)

CHITRAL TO PESHAWAR

On s'était laissés à Chitral, n'est-ce pas ? Durant notre séjour en vallée Kalash, on a dû faire un saut à Chitral pour aller dans une clinique, les boutons ayant envahi la plus grande partie de nos deux corps (ça faisait peur), et les démangeaisons devenant intolérables (impossible de dormir). Heureusement, tout ceci est fini ! Enfin bref...
Lors de ce séjour à Chitral on rencontre Zar, un chauffeur de taxi rigolo, hyper-sympa (mais un tout petit peu collant). Il nous fait découvrir à l'aide de son tacot les hauteurs de Chitral, magnifique, nous propose, lors de notre prochain retour de Birir valley, de nous héberger at home. Ma foi, why not ?
Donc, trois jours plus tard, après des au-revoir-à-bientôt-inch-allah déchirants avec notre kalash-famille d'accueil, on se rend au taxi-stand de Chitral où comme prévu on tombe sur notre nouvel ami Zar qui nous conduit chez lui, un peu à l'extérieur de la ville, le long de la rivière. Zar fait honneur à la tradition d'hospitalité de la contrée, et nous offre gîte et couvert (si j'ose dire puisqu'au Pakpak on bouffe avec les doigts), déplacements à volonté, visite de la "fish-farm", et encore mille autre chose, en refusant obstinément tout dédommagement de notre part... Du coup, vu qu'il est grand amateur de musique, on lui offre plein de cassettes... Il est trop content, le sourire bloqué au coin des lèvres, à essayer toutes ses nouvelles K7, on dirait un gamin !!

Le temps passe... Maxime vient de faire étendre son visa qui était déjà périmé, les doigts dans le nez. La fin de mon temps dans le pays approche, et je suis déjà sur l'extension. Il est donc grand temps de quitter les montagnes et de reprendre la route vers le Sud, même si le coeur n'y est pas forcément...
Prochaine étape logique sur notre route : Peshawar... Ce qui aurait dû être un simple voyage en bus de 12h va finalement offrir son lot d'imprévus et de rebondissements. Maxime n'est pas très bien dans le bus... Un mal de ventre qui, au bout de 2h30 de route devient insurmontable et nous oblige à quitter le bus. Sur la route entre Chitral et Peshawar, il y a le Lowari-pass, à trois mille deux cent mètres d'altitude, si bien qu'en hiver il n'est possible d'accéder à Chitral que par la voie des airs, quand la météo le permet. Du coup, ils sont en train de construire un tunnel (ferroviaire !) de huit km de long, qui permettra d'éviter le délicat franchissement du lowari-pass. Et, fort heureusement pour nous (et surtout pour Maxime), le colossal chantier de percement du tunnel dispose d'un hôpital de campagne, ou Maxime va être gavée (comme une oie) de medocs en tous genres...
Les infirmiers Pakistanais et les toubibs coréens veulent absolument profiter du sommeil de ma compagnone pour lui faire d'obscures injections ou perfusions, ce qu'évidemment je refuse catégoriquement... Du coup, je ne peux pas m'éloigner de son chevet, de peur de la retrouver avec plein de petits trous dans les bras et de produits bizarres dans le sang... Les pauvres infirmiers avec leurs seringues sont tout déçus de ne pas pouvoir essayer leur "science" sur une belle petite française, mais je ne lâche pas le morceau. Un peu vexés, aussi, du manque de confiance que je leur témoigne. Au bout de deux heures de sommeil de Maxime, les militaires me demandent de la réveiller, nous devons partir.
Le chantier est strictement encadré par l'armée, les ingénieurs coréens (pas sympas du tout) et australiens (un peu mieux). J'explique à un caporal que je veux bien que nous déguerpissions (Le sommeil de Maxime a été réparateur), mais que pour cela il nous faudrait un véhicule. "don't worry, I will organize everything for you..." Méthode "armée pakistanaise" : Un minibus passe, il me demande si ça me plait, je lui répond que non. Un landcruiser dernière génération, banco ! Le militaire se plante au beau milieu de la route et arrête le véhicule d'autorité, en expliquant à son chauffeur que les deux sièges avant de son véhicule viennent d'être réquisitionnés (pour nous, la classe !)... Du coup, les deux passagers qui s'y trouvaient (et qui avaient paye le supplément "front-seat") sont refoulés à l'arrière... Incroyablement confortable, les sièges avant d'un land-cruiser dernière génération ! Surtout que la montée du col sur route non goudronnée et boueuse est pire que tout. Sur le flanc gauche de la vallée, on aperçoit les restes d'avalanche - dont vous ne pouvez même pas imaginer la taille (sauf quand j'aurais mis les photos) - qui furent apparemment meurtrières et ont emporté cet hiver des villages entiers.... Nous doublons des minibus qui patinent dans la boue, avec tous les passagers qui poussent ou tirent... Bien heureux d'être dans un super 4X4 dernier cri. 
Je vous ai déjà raconté pas mal d' "aventures routières", celle-ci est sans doute la plus folle, la plus insensée.
D'énormes camions pakistanais la parcourent, puisqu'elle est le seul accès à Chitral... De fantastiques pelles mécaniques tentent de couper un passage plus large à travers des avalanches plus hautes que les engins de chantiers, leurs bras déployés vers le haut ! De l'autre côté du col et quelques trois heures plus tard, on aperçoit l'autre trou, l'autre extrémité du futur tunnel. Je réalise alors que l'on vient de parcourir seulement 8km à vol d'oiseau !! Encore deux heures plus tard, on arrive à Dir, ou l'on décide finalement de passer la nuit, Maxime n'étant vraiment pas au meilleur de sa forme. Dir, c'est pas la ville touristique... Les rues sont pleines de ces bourkas lugubres. On nous regarde comme des extra-terrestres... Un premier commerçant, qui pense que comme dans la légende tous les touristes sont richissime, me demande 20 dollars pour une bouteille d'eau et un paquet de clopes ! Le shop suivant, plus modéré, se contente de dix fois le prix habituel... Le lendemain matin, on se chope un minibus pour Peshawar. Le bazar est lugubre, pour moi c'est terrifiant toutes ces vagues silhouettes de tissus qui sont, parait-il, des femmes...

Le propriétaire du minibus va un peu trop loin dans l'escroquerie. Je veux dire : nous sommes sept sur une banquette prévue pour trois !! Trop c'est trop (comme on dit). Au premier arrêt -prière, je passe mes nerfs sur lui et lui ordonne de descendre nos sacs du toit et de nous rembourser les tickets séance tenante. Il accepte de nous rendre nos affaires, mais pour mon pognon, fume ! Du coup, je le vois charger deux nouvelles personnes dans son bus. No complex ! Nous, on prend notre temps, et on fait du stop jusqu'à la prochaine localité un peu importante, d'où on prend un bus, un vrai, un gros, avec une personne par siège, air conditionné, déjeuner et boissons incluses. Cool...

 

PESHAWAR

 

On arrive à Peshawar de nuit, le choc thermique n'en est pas moins conséquent. Il doit faire dans les 35 degrés, alors que de nuit dans les montagnes la température descendait habituellement au dessous des 25.

De retour dans le chaud... Instantanément, je me sens envahi d'une flemme considérable... Ca me rappelle Lahore, le moindre mouvement est un effort, les activités quotidiennes sont limitées à quelques heures. Le Tourist Inn Motel de Peshawar est un repère de français en tout genre. La plupart des Français qui font escale à Peshawar recherchent le "grand frisson"... A savoir : visite des tribal areas, et trip to the Khyber-pass. Les tribals areas, ce sont des zones ou les lois pakistanaises n'ont pas cours, et où,  par conséquent la loi tribale s'applique. Au programme : visite des ateliers de kalachnikovs, des shops d'héroïne, d'opium ou de hashish. Pour se rendre là-bas il faut demander une escorte policière. Votre escorte se fera une joie de vous faire essayer son fusil d'assaut pendant qu'il vous prend en photo... très peu pour Maxime, très peu pour moi. On esquive, malgré les tentatives acharnées de guides qui nous assurent qu'une journée en zone tribale est une expérience inoubliable. Apparemment, les français (plus cons que la moyenne ??) sont friands de ce genre d' "expérience".

Le Khyber-pass, c'est la frontière avec l'Afghanistan. Historiquement, la porte du sous-continent indien. Les conquérants de tous poils du genre Alexander the great l'ont emprunté avec leurs armées. Aujourd'hui, on s'y rend "to feel the special atmosphere", et pour aller visiter les camps de réfugiés afghans, appareil photo en main, exactement comme au zoo de Vincennes. Re- très peu pour Max, re-très peu pour moi... Mais qu'est ce qu'on fout à Peshawar, alors ?? Des français de la guest-house me posent cette question lorsque je leur exprime mon point de vue sur ce mode de tourisme ou l'on vient admirer les horreurs de la guerre et se "mettre en danger" (pour pouvoir dire "je l'ai fait", monumental trip de l'ego, non?).
Bof... On visite la vieille ville, le bazar aux légumes. On boit des thés dans les shops afghans de tapis et de cailloux. Peshawar accueille des réfugiés afghans depuis trente ans, depuis la guerre contre les soviétiques, si bien qu'une petite moitié de la population de la ville en est composée, ce qui crée, effectivement, une atmosphère vraiment particulière. Il faut reconnaître que les tribals areas constituent une terre de refuge sans égale pour les Afghans. En effet, la première règle du code d'honneur des Pachtounes est l'accueil à tout étranger quel qu'il soit, que l'hôte devra traiter mieux que lui-même et sa propre famille. Par contre, et ça,  c'est beaucoup, beaucoup moins love, la deuxième loi qui régit la vie clanique est le devoir de vengeance envers quiconque a porté atteinte à l'honneur de l'un des membres de la famille. Ce qui provoque (évidemment) des vendettas qui s'éternisent dans le temps, et surtout, mixé avec   des préceptes de l'Islam, cela conduit à cacher les femmes. En effet, adresser la parole à une femme pouvant être pris pour une offense par certains religieux fanatiques, il y aurait des milliers de morts si celles-ci ne se cachaient pas intégralement derrière ces fichus bourkas... Bref, les tensions sont palpables à Peshawar, ville entre modernité et traditions, où les talibans ont de nombreux adeptes comme de nombreux ennemis... Le patron de la guest-house, un Pachtoune, reflète exactement cette ambiguïté. Il ne se cache pas d'une certaine sympathie pour les Talibs, affirmant que nombre d'entre eux sont des gens très biens (...).
Il raconte pourtant qu'en 2001, juste après l'invasion ricaine en Afghanistan, trois talibans sont arrivés devant le portail blindé de la guest-house, promettant qu'ils ne tueraient que les touristes américains, et ne feraient aucun mal aux autres... Au bout de trois heures de négociations, et de quelques chargeurs de kalash vidés vers le ciel pour intimidation d'un côté comme de l'autre, les talibs sont finalement partis pour ne jamais revenir...

A Pecshawar, dans le Tourist Inn motel, nous faisons également la connaissance d'un couple d'Ambert, Puy-de-dôme (coooool... Mon prochain voyage ?), qui se baladent en camping-car depuis la France suivant grosso-modo le même itinéraire que moi, avec deux de leurs filles de 2 et 9 ans. Depuis bien longtemps déjà, ils parcourent le monde... Pae est un dessinateur hors pair, tandis que Céline rédige de petits textes, qu'ils assemblent pour éditer (by themselves) des bouquins de voyage, ce qui leur permet de vivre. On accroche beaucoup avec cette famille, avec qui nous partageons une certaine vision de la vie. Mon cher Colas de Sublastart, Paname, si tu lis ces lignes, ce couple devrait t'évoquer quelque chose...

 

DERNIERS JOURS AU PAKISTAN

 

Au bout d'une semaine à flemmarder (rien qu'un peu) à Peshawar, on se dit qu'il est temps de décoller pour Islamabad, où je dois normalement récupérer my passeport with its indian visa. On se tape le trajet en bus climatisé, et on arrive à Islamabad vers 11h du soir. Au camping, où nous nous étions précédemment arrêtés, on repère illico le Bedford, le camping-car de Pae et sa joyeuse family.... et tout un tas d'autres camions de routards, tous des frenchies ! Ca cause français au Pakistan. Je vous avais déjà parlé d'Islamabad lors de notre précèdent passage. Il fait plus chaud maintenant, autours de 45 degrés. Le chanvre qui pousse partout dans la ville est en pleine période de floraison, l'odeur est incroyable, et ce particulièrement dans la Diplomatic Enclave, le quartier des ambassades sous haute sécurité. Je récupère mon visa sans problème. Vers 17h, on quitte la capitale pakistanaise par le train, direction Lahore.

Ah, ah , ah...... Certains d'entre vous, je pense notamment à ceux qui connaissent l'Afrique, savent ce que signifie une température extérieure de 50 degrés... J'ai bien dit ! Dans un endroit à l'ombre et ventile, ça fait entre 42 et 45. A l'extérieur, la chaleur est insupportable, l'air vous brûle les poumons et le visage... Je découvre qu'il est parfaitement possible de descendre une bouteille d'eau minérale standard en une seule fois. Dans ces conditions, ça va pas être de la tarte de se motiver pour aller jusqu'à la frontière...
On voudrait écourter le séjour, mais c'est impossible. Il fait trop chaud pour se presser, trop chaud pour prendre des décisions en toute lucidité.
A 9h30 du mat’ la température est déjà de 48 degrés... Ce qui n'empêche pas les avocats pakistanais et leurs partisans de demander la démission de Mousharaf via une monstre manifestation qui paralyse the Mall Road, artère principale de la ville moderne de Lahore, sur laquelle se trouve le Regale Internet Inn que vous connaissez dorénavant presque aussi bien que moi.
Vu qu'on est jeudi, LE jour du Sufisme et de la musique, on passe notre dernier après-midi pakistanaise (bouh...) à écouter des chants cawaleri au temple du Sufisme (qui est climatisé, youpi !). Et puis, le lendemain, il va être temps d'aller jusqu'a Wagha Border, le seul point frontière ouvert entre l'Inde et le Pakistan... Avant de vous raconter ça, je voudrais faire une petite parenthèse sur l'Inde.

 

Petite parenthèse sur l'inde....

 

Je sais que j'ai des lecteurs indiens, ou amoureux de l'Inde, qui seront peut-être vexés par les propos qui vont suivre. D'avance, milles excuses...

L'Inde constituait, dans le projet de ce voyage, l'un des deux grands buts, avec la Mongolie. Je comptais y passer au minimum trois mois, comme en témoigne l'itinéraire prévisionnel que je vous présente sur le lien "where am I".
Le Pakistan, je comptais juste traverser, le plus rapidement possible, ne surtout pas m'attarder dans ce que les saloperies de mass-media présentent comme une terre inhospitalière (Islam) et dangereuse (Talibans), voir dépourvue d'intérêt ( pourquoi aller au Pakistan si l'on peut aller en Inde ?), les enfoirés ! (!!!!!). Sauf que...

Sauf que depuis la Turquie, je rencontre des routards qui font la route dans l'autre sens, et qui sont (malheureusement) unanimes. Il y a ceux, anciens amoureux de l'Inde, qui expliquent que le pays a trop changé en 10 ans, que ce n'est plus la même chose, plus du tout authentique. Ceux qui s'y rendaient pour la première fois et qui en attendait beaucoup (comme moi), et qui sont tous déçus... L'inde est sans doute l'un des pays les plus touristiques du monde, et les Indiens ont appris à nous considérer (les voyageurs occidentaux ou japonais) comme des tas de billets verts. Le harcèlement est constant, impossible de se déplacer sans être harcelé par un gamin qui veut te vendre une connerie en plastique; la gentillesse serait (très) intéressée, systématiquement.
Les mauvaises surprises sont fréquentes (du genre : tu te fais inviter à manger par un indien, qui, à la fin du repas va te demander 10 euros...) En outre, le développement économique mixé à l'hindouisme aurait également conduit à une société de plus en plus individualiste, le summum de l'individualisme parait-il (pire que chez nous c'est vraiment possible ?). Enfin, les prix ne sont jamais les mêmes pour les touristes et les locaux, notamment pour les temples et autres sites touristiques, où les étrangers peuvent payer 10 ou 100 fois le prix... Don,c tous les voyageurs que j'ai pu rencontrer en Turquie et en Iran  m'ont conseillé avec insistance (comme Anita la suisse qui a passé 7 mois au Pakistan) de prendre du temps pour visiter le Pakistan, l'alternative, le "petit paradis" du sous-continent, et surtout, surtout, d'arriver en Inde sans illusions, parce que ce que je cherchais là-bas n'existe plus. Moi, je suis borné, mais jusqu’à un certain point : après avoir entendu dix ou quinze fois ce discours, et pas un seul témoignage de voyageur ayant préféré l'Inde au Pakistan, et bien j'ai changé mes plans :  au lieu de passer une semaine au Pakistan je suis resté deux mois, et au lieu de passer trois mois en Inde ce ne sera sans doute qu'un mois et demi... Tout ça pour vous dire qu'en cette (chaude) journée du 8 Juin, je suis empli d'une certaine appréhension à l'idée de me retrouver chez les "adorateurs de vaches"

 

 - Fermez la parenthèse -

 

WAGHA BORDER

 

On se prend donc un taxi, qui apparemment n'attendait que nous, juste devant l'hôtel. Il est onze heure du mat, il fait 51 degrés, je propose au chauffeur mes dernières 500 roupies pakistanaises pour nous déposer à Wagha-border, à trente kilomètres de Lahore. Mi-figue, mi-raisin... Je suis empli d'une nostalgie précoce de ce pays que j'aime et que je quitte,  et plein d'appréhension quant à la toute prochaine suite du voyage. Maxime elle, plus posée, qui pourtant a comme moi entendu les témoignages de voyageurs au Pakistan en provenance d'Inde, n'en démord pas : l'Inde, c'est l'Inde... Ce qui ne l'empêche pas d'éprouver une certaine tristesse à quitter ce pays de rêve. La route qui conduit à Wagha longe un canal à l'eau boueuse. Je contemple la jeunesse pakistanaise qui se rafraîchit en tentant des sauts de l'ange et autres acrobaties dans le canal. L'air brûlant qui entre dans la voiture est en train de nous cuire. Le chauffeur m'explique que tout un côté du canal est miné par l'armée, et prêt à sauter pour défendre Lahore, et paré à une éventuelle invasion Indienne. Et puis, enfin, la frontière.

Le franchissement de la frontière entre l'Inde et le Pakistan est interdit à tout véhicule, si bien que de nombreux porteurs parcourent les 200m de corridor avec des tonnes de marchandises sur la tête, déchargeant les camions d'un côté pour les recharger de l'autre. Les Pakistanais sont en vert, les Indiens en orange. On est pas sortis du taxi que déjà une tunique orange se propose de porter nos sacs pour passer la frontière. Je dis que non, qu'on n’a pas de sous. Il me traite de menteur, me dit que si j'ai payé 500 roupettes de taxi c'est que je peux me permettre de payer un porteur 50 roupies (ce qui, je dois le reconnaître, et bien raisonné) ! Max qui voit que je suis à deux doigts de péter un plomb pour cause de chaleur et d'agressivité mercantile m'exhorte au calme, je. (heureusement qu'elle est là ...) Le type en orange continue de nous suivre, en espérant que la chaleur nous fera changer d'avis, nous l'ignorons du mieux possible... Premier contact avec l'Inde, qui n'est pas pour faire baisser mon appréhension...  La frontière entre le Pakistan et l'Inde a quelque chose de surréaliste... Un couloir que l'on doit franchir à pieds, sous le soleil qui crache toute la chaleur possible, avec, de chaque côté, de grandes tribunes.
Du côté pakistanais, une grosse mosquée très jolie avec plein de fioritures et d'énormes hauts parleurs tournés vers l'Inde. Du côté Indien, une espèce de gros bloc de béton tout moche (sensé être beau j'imagine, l'oeuvre d'un sculpteur contemporain renommé peut-être ?), et des gradins encore plus grands. On franchit la frontière aux côtés de deux népalais étudiants à la Penjab University de Lahore, rentrant dans leurs montagnes pour les vacances. Du côté Indien, les formalités se passent bien, RAS. Le local des douanes a même l'air conditionné !
On remarque immédiatement que le pays est à un autre stade de développement : ordinateurs, scanners et plein de matos du genre dans les bureaux (à la poste centrale de Lahore, il faut se munir d'une photocopie du passeport pour les envois internationaux, it means qu'il n'y a pas une photocopieuse dans la poste !!!), l'air conditionné, des signes qui ne trompent pas. On sort du local, et là, c'est parti ! En dix secondes, on a quinze vendeurs autour de nous qui nous tirent par le bras l'un à gauche, l'un à droite, en nous proposant : des drapeaux en plastique de l'inde, des élastiques à cheveux, de l'eau fraîche, de l'eau moins fraîche, des gâteaux, des journaux, des taxis, des rickshaws, des vélos, etc... Maxime, qui d'un oeil averti surveille mon taux de saturation comprend que la limite est toute proche, et, très fine d'esprit, dit oui pour moi à un type qui n'a qu'un mot à la bouche : "Beer ? Beer ?"... On se pose à la terrasse de son échoppe. Sous les 50 degrés, la bière me calme instantanément (comme prévu). L'un de nos pote népalais organise le transport pour Amritsar, à 30 bornes de là. On voulait rester pour la "border closing ceremony", sorte de défilé militaire assez reputé, mais la chaleur et la foule des indiens qui arrivent pour assister à la cérémonie nous en dissuade. On en voit un bout à la TV, sur un DVD qu'un mec essaie désespérément de me vendre pendant que je me calme à la bière.

 

GOLDEN TEMPLE SIKH


Amritsar, c'est la ville sainte des Sikhs. Le sikhisme est une religion apparue sur le tard, et qui prend à la fois de l'hindouisme et de l'islam. Les sikhs portent tous un turban impeccable autour de la tête, bleu ou orange, et vont se recueillir au Golden Temple, monument recouvert de feuilles d'or se tenant sur une plate-forme au milieu d'un grand bassin. Les sikhs sont hospitaliers, c'est un euphémisme de première classe. Jugez plutôt : au golden temple on peut dormir et manger gratuitement aussi souvent qu'on le souhaite. Pas mal, non ? Du coup, je décolère un peu sur l'Inde... Et puis, le Golden Temple, c'est vraiment très très très beau, et  ça change des mosquées que j'ai visitées par dizaine durant ces quatre derniers mois passes en terre d'Islam.

Voila !

Demain on prend un train ( à mettre du côté des trucs ultra -positifs du pays : le réseau ferroviaire historique est démesuré, youpi !!) pour Rishikesh, la capitale mondiale du Yoga (une touriste chinoise m'a dit hier qu'elle en venait et qu'il n'y avait plus de vrais yogis, ayant fui la folie touristique, et que ceux-ci ont été remplacés par des gourous à la recherche de voyageurs crédules et fortunés...). Là-bas, nous devons rejoindre Maxime Marouani, mon poto sublastartien - parisien, actuellement hébergé par un vieux Sadu, qui parait-il nous attend avec impatience (le Sadu) pour partir tous les quatre (Max, MaxE, le Sadu et bibi) en pèlerinage sur les sources du Gange.

Coooooool... Ca a l'air chouette, nan ? Je vous raconterai ça... Bientôt !

Salut à toutes et à tous !

Au fait, je vous ai pas raconte les Kalash, comme je ne vous ai pas raconté le Balouchistan Express, qui sont pourtant les deux temps forts depuis le début de ce voyage... J'ai rédigé des brouillons sur le blog, mais qui sont loin d'être satisfaisants.
N'attendez pas ces articles, ils viendront sans doute plus tard, lorsqu'un temps mort dans une contrée à la fois relativement fraîche et disposant d'une connexion Internet décente me laissera tout le loisir de vous exprimer ma nostalgie pour le Pakistan...

C'est dit !

 





mercredi 30 mai 2007, Chitrāl District
LOST IN MYSTIC KALASHA TIME...

Chose promie chose due ! Un article pour vous en dire un peu plus sur un des temps marquant de cette excursion en contree Pakistannaise, je parle de cette escale d'une semaine dans le village de Guru, Birir (kalash) valley, near Chitral town.

L'arrivee a Birir Valley

A vrai dire, en arrivant a Chitral, on ne sait pas grand-chose de ces Kallash valleys. Le lonely-planet consacre trois pages au lieu, et dit que c'est very nice. De nombreux pakistannais nous conseillent egalement de nous y rendre because it IS very nice. En gros, on sait que les Kallash ne sont pas musulmans, qu'ils font de temps en temps des festochs, et que les femmes portent ce chapeau bizarre avec un ornement colore qui descend jusqu'au milieu du dos (en Kalash Kupas)... ''In a sea of Muslim streching from Turkey to Kashmir, the people of Rumbur, bumboret and Birir valleys are a cconspicuously non-muslim tribe'', dixit L-P. C'est vrai que ca intrigue...Les vallees kalash sont aux nombre de trois : Rumbur, la plus proche de Chitral, Bumboret, la ''touristique'' (avec sa route goudronnée, sa post-office, ses 15 guesthouses and other facilities), et enfin Birir, la plus petite ''sauvage'' et traditionnelle.

On pensait arriver a Chitral pour le début du festival de printemps (par recoupement de rumeurs zet on-dit), le Joshi, mais on apprend que celui-ci est d'ores et déjà terminé à Bumboret et à Rumbur. Du coup on opte pour la vallée de Birir, ou les festivités doivent avoir lieu le lendemain. Premiere surprise : Le ''taxi'' que nous empruntons depuis Chitral s'arrete au milleu d'une route en nous expliquant qu'il lui est impossible d'aller plus loin because pas de route. OK, OK... Du coup on continue a pied sur la jeep-road, qui effectivement portes des cicatrices de l'hiver dernier la rendant impraticable. D'ailleurs, un peu plus loin, des habitants s'activent a boucher les plus gros trous, a remblayer, a elargir le chemin a l'aide d'un tracteur agricole. Le passage doit etre rendu possible en Jeep pour le festival du lendemain. C'est en quelque sorte le dernier jour de l'hiver et de l'isolement consecutif, le festival marquant le debut d'une nouvelle saison agricole, et la reparation de la route va permetre un acces plus aise a la vallee.

Un acces plus aise, c'est pas du luxe... Parce que depuis le dernier point accessible en bagnolle, on marche bien deux heures avant d'atteindre atteindre Guru, principal village de la vallee... Sur le chemin on croise quelques habitants et habitantes, et c'est bon de voir des femmes dans les champs et sur les sentiers, qui plus est souriantes et au visage decouvert... Surtout en arrivant de Chitral ou il n'y a pas moyen d'appercevoir  un membre de la gente feminine dans l'espace public (je dis bien pas une, on a pas vu une seule femme dans la rue en ayant passe plus de 6 jours a Chitral !!...). Et puis on se dit qu'on ne va jamais arriver, car le chemin s'enfonce toujours plus profond dans la vallee a travers des cultures en terrasse, mais sans que le moindre village soit en vue. Et puis, au detour d'un bourelet arbore sur le flanc gauche de la vallee, apparait un bourg compose de batisses rustiques construites simplement de pierres et de bois brut, et empillees les unes sur les autres. La couleur generale du village se confond avec celle de la falaise juste en contrebas, si bien que celui-ci n'est visible qu'a courte distance. De loin, meme le pont se fond dans la nature. De pret, ca a son charme, et c'est plutot innatendu. (je voudrais vous mettre la photo correspondante mais ya un bug avc le navigateur, donc cliquez sur le lien : http://blog.uniterre.com/uploads/d/dxontheearth/61415.jpg ). On traverse donc ce pont, en se disant l'une comme l'autre que celui-ci est sans doute le seuil d'un univers special, a part.

La deuxieme maison-perchee est la Guest-house de la vallee, On y accede par une echelle de menier vertigineuse. Le patron est sympa et tres acceuillant, mais nous explique tres gene que son modeste etablissement est full... of policemen ! Effectivement, l'unique ''chambre'' est occuppee par les 8 represantant des forces de l'ordre pakistanaise, qui arrivent tout frais de Chitral pour ''encadrer'' le festival du lendemain (parce qu'en tant normal il n'y a pas de poulet dans la vallee). Enfin... Je dis tous frais, abus de language ! Pour les flics de Chitral, l'expedition en Kallash valley, c'est une aubaine ! On en profite pour picoler le vin local et fumer du Hashish du matin au soir, degages qu'il sont du regard de leur voisin et de la bonne morale musulmane... Bref, la guesthouse est pleine, son proprietaire nous propose de nous loger dans une famille en attendant, si on accepte, et comment ! En attendant, on se boit un milkchay sur le sol de la cuisine-terasse ouverte sur la vallee, en compagnie de quelques femmes kallashs qui font cuire des chapatis sur le feu, des gamins, une chevre attachee, une poule. Une fois le Chay fini, on nous conduit ''chez nous'', de l'autre cote du pont (sur l'autre versant de la vallee). Les maisons kallash sont toutes construites a peu pres de la meme facon : une terrasse en terre battue abritee par un toit de bois, qui fait aussi office de cuisine, puisque dans un coin il y a l'espace reserve au feu a meme le sol, ou sont cuits les chapatis (pain en galette). Ensuite il y a une piece ou sont entreposes les reserves de farine et de vin, ainsi que quelques elements de vaisselle. Une ou deux autres pieces sont les ''chambres'', ou les grands parents, parents et enfants peuvent dormir ensemble a meme le sol, sur des tapis. A cote de la maison, une cabane, la ''piece d'eau'', avec ses chiottes a la turque, et quelques fois un tuyau suspendu imitation douche. La famille qui va nous heberger durant une semaine est tres heureuse de nous voir debarquer ! (Il y a le grand pere et sa femme Sainosa, un fils instituteur (qui est absent lors de notre arrivee), sa soeur et ses deux petites filles, ainsi que d'autres marmots et bebes moins bien identifies... Le hic, c'est que ca ne parle pas trop Anglais dans la famille du bonheur (il sont le plus souvent en train de jouer ou de se marrer), hormis l'instit qui n'est pas la, et sa jeune soeur qui a appris les bases a l'ecole mais qui est trop timide pour s'exprimer dans la langue de vous-savez-qui. Donc, apres nous etre installes dans l'une des chambre recouverte de tapis (et de guirlandes electriques -surprenant dans un coin ou la fourniture d'electricite reste anecdotique - on tente de noter et d'apprendre quelques useful phrases of kallash language, d'apres un oncle de passage qui connait un peu d'anglais.

Kalash festival

Les festivals sont les temps forts de la vie culturelle et religieuse des vallees Kalash. Tous les membres de la communautes participent. Il y a quatres festivals annuels, qui correspondent chacun a un rendez-vous religieux, toujours en rapport avec la nature, la vie agricole. On se fait lever au petit-matin par les enfants de la maison, qui se preparent pour cette journee speciale, et souhaitent nous voir en faire autant. D'ailleurs pendant le petit-dej (milk-chay, chapatis et fromage frais) les femmes s'agitent autour de Max, qui a accepter d'adopter le style Kallash-girl si particulier le temps d'une journee. Ses cheveux sont nattés, et on lui fournit une de ces robes bariollees, les quelques kilos de colliers en bouts d'os polis et peints, ainsi que la fameuse coiffe decoree de coquillages, perles en tous genres, boutons de chemises... Je ne reconnais quasi-plus ma ptite Max, qui ainsi vetue et kallashifiee se fond parfaitement dans la population feminine. On se met en route pour le lieu sacre ou ont lieu les festivites, sorte de terrasse rectangulaire naturelle qui surplombe tous les villages depuis le fond de la vallee. En chemin notre famille se joint a d'autres, et au bout d'une demi-heure un groupe de femmes et d'enfants s'est forme. Maxime est la guest-star, Kalash inconnue au sein de ce monde ferme et familial. Les femmes la gratifie de nombreux Ispatha, e Baba ! (salut ma soeur !), ''Bo prusht'' (tres bien, tres jolie), tandis que les gamins lui ajuste sa robe ou sa Cupa. Plus on avance aussi, plus les touristes pakistannais arrivant de Chitral ou de Peshawar se font nombreux, appareil photo a la main. Da'illeurs, tout comme une majorite de Kallash, j'ai un mauvais filling avec ces touristes pakistannais... Ceux-ci sont le plus souvent issus de la bourgeoisie locale, et se croient tout permis au sein de cette peuplade que l'on considere comme une curiosite (et comme inferieure puisque non-musulmane et politheiste) pittoresque, et dont on vient photographier les femmes-indigenes en train de danser, a quelques centimetres, au mepris des coutumes et traditions locales et en faisant souvent preuve de dedain. Fort heureusement, l'acces a la vallee est fastidieux, si bien que Birir est quelque peu preserve de cet afflux de touristes locaux et internationaux, en comparaison a Rumbur et surtout a Bumboret. Il y a plusieurs temps dans le festival. Tout d'abord une danse tres triste, ou les femmes marchent lentement autours des hommes qui ont forme un groupe compact au centre du plateau. Dans un coin, les plus anciens de la vallee debite d'un ton monotones des trucs sombres (on rappelle les morts de l'hiver, on envisage les pires recoltes ou maladies contagieuses, etc), ce qui fait pleurer les femmes. Les lugubres poemes sont improvises de facon rituels, tres peu d'hommes possedent se savoir. C'est tres impressionant de voir toutes ces femmes pleurer. Ensuite il y a comme un defile auquel toutes les femmes vont participer, a tour de role, pendant que deux ou trois hommes tirent de percutions un rythme lent. Apres que notre famille d'accueil soit passée, on est invites a quelques metres de la a boire le the dans un pre parfaitement tondu par les vaches et les chevres, avec deux autres familles au complet. Le festival est assurement une occasion pour tous les Kallashs de se retrouver, et de visiter des membres plus eloignes de la famille, que l'on voit un peu moins souvent. Ensuite, vient une priere que semble diriger un tres vieil holy man vetu d'une tunique doree et appuye sur une canne toute aussi brillante. Le festival se termine par une danse joyeuse a laquelle tout le monde participe, en agitant des feuilles d'arbre qui ont ete jetees dans la foule. Ce sont les enfants qui chantent.

Rencontres.

Pendant le festival, et pendant que Maxime ''danse'', je fais la connaissance d'un instituteur de la vallee, Sir Alan Khan, ainsi que de l'instit de la governement school de Bumboret. Ils apprecient enormement que Maxime soit habillee de la sorte et se disent tres touches. Debute alors une longue conversation sur la culture Kallash et sa disparition quasi-programmee. Une culture orale dont il est impossible de determiner precisement les origines,





vendredi 25 mai 2007, Hunza
Trecks and road-trip in northern areas

Ishpata baba, Ishpata Baya !!



Et bien, il s'en est passé des trucs depuis la dernière fois que j'ai déposé quelques mots sur cette page... Depuis Karimabad on a fait un saut à Passu, un village haut perché sur la Karakoram highway, à 30 km de la frontière chinoise. De là, retour à Gilgit via Karimabad, où l'on s'est degotté une jeep pour faire la route qui relie Gilgit à Chitral, via le Shandur pass. Puis, après trois jours à Mastuj dans la Guesthouse de notre pote Khalid, on a passè une grosse semaine dans une famille Kalash à Guru, Birir Valley... Allez, je vous raconte tout ça...


PASSU

Nous sommes les deux seuls "clients" de la guesthouse... Celle-ci est très charmante, en contrebas du glacier géant de Passu. Maxime qui n'est pas encore hyper-familière avec la haute montagne me demande, inquiète, si le monumental bloc de glace ne risque pas de se décrocher et d'aplatir la modeste bâtisse... Le cadre est magnifique... Des glaciers en vue à quelques heures de marche, et, plus près, des énormes massifs couleur caramel qui se finissent en d'innombrables pointes, comme de la dentelle de pierre (ou des cathédrales naturelles - dixit Lonely-planet. En arrivant, on se fait une petite ballade dans le lit de la rivière, histoire de s'extasier un peu sur les cailloux multicolores et autres pierres précieuses...

Le lendemain. on a prévu une marche, de l'autre côté de la Passu river. Une journée de marche qui nous amène à découvrir un "village d'été", accessible uniquement à pieds. Pendant que les hommes s'activent aux travaux des champs, les femmes portent sur leur dos d'énormes fardeaux, les vivres et l'outillage nécessaires à leurs maris. Pour atteindre Zarabad depuis Passu ou Hussaini (le village d'hiver), il n'existe que deux ponts... Si on peut appeler ces câbles tendus et comportant une planchette tous les mètres cinquante un pont ! Feel like Indiana-jones - dixit toujours le Lonely Planet... Je dois dire qu'il y a de ça ! Le moindre coup de vent transforme la structure en balançoire géante, à quelques dizaines de mètres au dessus du torrent qui gronde toute la puissance de ses remous et rapides... Moi, je ne suis pas non plus hyper à l'aise là-dessus... Maxime un peu plus, et les locaux te traversent ça comme s'il s'agissait du passage clouté en bas de chez toi... Il faut voir ces femmes traverser les ponts et progresser avec agilité sur le chemin creusé à même la falaise qui ne fait pas quarante cm de large, toutes chargées qu'elles sont de leur fardeau qui fait  vingt kg au bas mot... Après sept heures de marche, on se pose le long de la KKH pour faire en stop les 10 bornes qui nous séparent de la Guest.

Le lendemain, une autre ballade doit nous faire découvrir de près le glacier qui brille au dessus de nos têtes... Sauf qu'à cinq heures du mat, Max n'a pas la motiv de sortir du plumard, et moi pas celle d'insister, je me lance donc tout seul sur ce que les guides décrivent comme une ballade éprouvante mais sans difficulté majeure. Le glacier qui avait l'air si près ne l'est pas, en fait... Après trois heures de marche, je m'approche juste des premiers seracs. Ce truc là est monumental, rien de comparable en taille en Europe... A un endroit je me plante de chemin, et me retrouve en face d'une moraine glaciaire qui descend à pic sur des centaines de mètres : Pas moyen d'aller plus en avant ! Une vingtaine de mètres plus haut, je vois le chemin, et je pars à l'assaut d'une coulée basaltique qui n'est pas vraiment verticale et offre de nombreuses prises faciles. J'en suis là de mon "ascension" de fortune lorsqu'il se met à neiger... Flûte et reflûte... D'habitude, j'aime bien la neige qui tombe, mais là, je suis pas dans une position des plus confortable, bloqué sur un rocher, à quelques mètres en dessous du chemin... Heureusement, un berger redescend de la montagne pour cause de mauvais temps, me jette un bout de corde et me hisse. Nous redescendons ensemble...

Nos vivres sont épuisées, et vu que sur place il n'y a rien, ciao Passu ! On fait du stop sur la pluie le long de la Karakoram Highway... Une heure plus tard, premier véhicule dans le sens de la descente, une sorte de fourgonnette chargée de ferraille, on prend ! À vrai dire on est pas trop fiers, tassés sur le plateau du tacot avec les tiges et plaques de fer... Surtout qu'avec la pluie, la route se change en torrent en de nombreux endroits, et bien que le conducteur soit prudent, la route a l'air glissante... Et puis la montagne qui, par endroit n'est qu'amas de sable et de cailloux semble fondre sur la chaussée. Et puis, évidemment, la crevaison, youpi ! Roue de secours, mais pas de cric dispo... Donc on soulève le machin à bras d'homme en callant sous les lames d'amortisseurs de gros blocs de quartz... Pas trop étonnant, le petit incident, la route n'étant bien souvent pas goudronnée. Et puis, il y a ces énormes avalanches de l'hiver qui font des dizaines de mètres d'épaisseur... En attendant que les travaux de déblaiement soient achevés, une "route secondaire" est creusée jusque dans le lit de la rivière pour les contourner. Tout ceci met les véhicules à rude épreuve !

 

ETAPE A GILGIT

Le plan, c'est de trouver à Gilgit un transport pour rejoindre Mastuj puis Chitral via le Shandur Pass... En gros, une traversée est-ouest du massif Karakoram, jusqu'à l'indukush, par une route qui ne descend guère au dessous des 2500m d'altitude. Nous avons eu des échos de voyageurs qui affirment que la route est ouverte, que les neiges se sont retirées du col, le Shandur pass, à 4000m d'alt. Lors de notre précèdent séjour à Gilgit, nous avons fait la connaissance de Kayun, un personnage haut en couleur qui m'avait été recommande par Adrien, mon ami French routard... Le monsieur qui a une cinquantaine d'années tient un petit magasin de bijoux, possède une Jeep et une guest-house pour VIP, dont il ne propose les trois ou quatre chambres qu'à ses amis. Alors qu'il avait 16 ans, un touriste espagnol lui a proposé de le suivre en Europe et de bosser pour lui comme cuistot, dans un petit resto sur les plages d'Ibisa. Et puis il a fait des affaires en assemblant des bijoux fantaisies qui ont plu au public. Enfin bref, toute une histoire... Toujours est-il qu'il nous propose de se poser dans sa guest-house, qui ressemble bien à un petit coin de paradis... Jardin fleuri, piscine, toit panoramique (pour observer les étoiles), grande cuisine... Comme vous vous l'imaginez, on se la coule douce une petite journée, avec le pote français Gildas qu'on a rencontré lors de notre précèdent passage à Gilgit.

Le lendemain, on se fait une ballade de 5h sur un waterchannel creusé à même la falaise (encore !), chemin aérien qui offre une vue fabuleuse sur la large vallée. Vu qu'on nous a d'abord envoyés dans une mauvaise direction et qu'on a perdu une heure et demi à escalader en montant puis en descendant un horrible pierrier, on assiste au coucher du soleil depuis le canal (en construction-inachevée-en ruine donc... financé par le gouvernement !). Tout simplement splendide. On the way back, on croise Yacub of Gupis, le chauffeur de jeep qui nous avait précédemment conduits à Boudah. Il part justement le lendemain pour Mastuj,via le shandur pass ! La classe... La location de la jeep+Yacub, c'est 10 000 roupies, à partager entre 4 passagers, ça fait 2500 chacun (soit 30 euros). La somme est exorbitante pour un transport au Pakistan, pourtant on se laisse séduire. D'abord, parce que pour deux photographes amateurs, la location d'une jeep dans un décor hallucinant, c'est le pied. Ensuite, parce que le personnage de Yacub me plait. Ce monsieur de 55ans ultra-dynamique ( en montagne on dirait une chèvre...) qui parle un nombre terrifiant de langues (le China de Gilgit, le Chitrali de chitral, un peu de Kalash, le Pashto d'Afghanistan, le Farsi d'Iran, un Hourdou parfait et un Anglais des plus honorable !!!!!) croit au tourisme de montagne au Pakistan sans en démordre depuis plus de vingt ans. Le prix est élevé, mais ce n'est pas une arnaque. L'essence coûte un euro du litre au Pakistan et la jeep est un gouffre à pétrole. L'affaire est réglée !

 

GILGIT TO MASTUJ VIA SHANDUR PASS

 

On ne part pas à l'aube, parce qu'avec Maxime y'a des matins où on n'est pas hyper-reactifs...

La première journée, la route est goudronnée, et va de vallées en vallées à travers de pittoresques villages. A la nuit tombée, on passe la nuit dans une guest-house horrible, d'une saleté inimaginables et aux prix élevés. L'arnaque pure et simple... A part ça on apprend aussi à jouer au Bazar avec Yacub, un jeu de carte avec beaucoup de hasard et un peu de stratégie qui va nous occuper pas mal (trop) de temps dans les jours qui vont suivre. Le lendemain, c'est la fin de la route goudronnée (que l'on ne reverra plus avant une dizaine de jours), et le début de la jeep-road, improbable sentier qui va à travers les restes d'avalanche et les éboulis de pierre, le plus souvent à flanc de falaise bien entendu. On croise des troupeaux de yacks. Il fait froid ! Et oui, c'est la montagne... A part ça je suis malade toute la journée à cause du poulet de cette satanée guest-house... Bref.

Je dois passer un coup de fil, pour m'assurer que la guest-house où nous comptons nous rendre est bien ouverte. Seul téléphone public disponible : le central téléphonique, installation ingénieuse du siècle dernier où l'opérateur demande la ligne à l'huile de coude en actionnant une manivelle, et se connecte à l'autre central en plantant des fiches jacks dans un tableau perforé...

L'arrivée au shandur pass est un instant pictural mémorable... Imaginez les montagnes encore chargées de quelques névés de neige ça et là qui se reflètent dans les eaux calmes d'un lac dont une bonne moitié est recouverte par les glaces. Et à côté du lac, un espace parfaitement plat et herbeux de la taille de trois ou quatre terrains de foot : le mythique terrain de polo où s'affrontent en juillet les meilleurs cavaliers de Gilgit et Chitral devant les dizaines de milliers de pakistanais passionnés par l'événement. Dans deux mois, les cavaliers des deux villes rivales entameront l'ascension du col, de leur côté respectif, pour une semaine de tournoi. Fantastique...

La route qui redescend côté Chitral est vraiment, VRAIMENT défoncée... Ca fait très très peur, j'en oublie mon mal de bide et me cramponne comme les autres aux arceaux de la jeep, qui va, slowly slowly, cahotant sur les cailloux, traversant des avalanches, contournant des énormes rochers qui sont tombés sur la route. Je vous garantis qu'une journée de jeep dans ces conditions est bien plus fatigantes qu'une journée de marche, because les vibrations incessantes, coups de frein, etc... Yacub est extrêmement prudent, et de temps à autres, doit descendre du véhicule pour mettre des cailloux devant la jeep, histoire de stabiliser la route qui a tendance à foutre le camp avec la neige qui fond. Au fait, quand je dit JEEP, il ne s'agit pas d'un abus de langage, mais bel et bien de la bagnole de campagne de l'armée ricaine, modèle seconde guerre mondiale, suspensions à lames, pas de portes, pas de fenêtres... Évidemment le moteur a été changé (et le châssis rallongé), mais la charrette a quand même quelques millions de km dans les essieux...

On finit par arriver à Mastuj, après une dernière montée sur un chemin pire encore que les autres. En haut de la montée, la surprise ! Khalid est là à nous attendre, la clope au bec et sourire-jusqu'aux-oreilles-de--cérémonie. Khalid, ça vous cause ? C'était l'employé du Regale Internet Inn à Lahore, qui bosse toute la saison dans sa gest-house familiale. Retrouvailles chaleureuses... On est VIP... Comme à la maison! A Mastuj, on va passer trois jours a pas faire grand chose, flâner dans les allées du village, jouer au Bazar à l'ombre des abricotiers, et se la couler douce avec Khalid, pakistani's flemme of life. C'est pas si mal... Et puis il faut ca pour se remettre de la Jeep On dit au revoir à notre chauffeur et ami Yacub of Gupi. A propos, un peu plus tard je me rendrai compte que l'homme est cité dans la bible-Lonely-planet comme étant un excellent driver parlant plein de langues et connu dans tous les Northern areas...

 

KALASH VALLEYS

 

On passe une grosse semaine dans une valle kalash, Birir, et plus précisément dans le village de Guru. Kalash, c'est quoi ? Un peuple de culture non musulmane, qui vit dans ces montagnes depuis plusieurs milliers d'années (je dis bien), et dont on ignore comment ils sont arrivés là. Certains historiens avancent l'hypothèse de descendants d'une armée mutine d'Alexandre le Grand. Ce qui est sûr, c'est que ces gens ressemblent beaucoup à des européens (yeux clairs, grande taille, teint clair), et que leur langue, le kalash, a une construction de base latine.

Désolé, le temps me manque et je ne peux vous en dire beaucoup plus. Pourtant cette semaine Kalash est bel et bien ce que nous ayons vécu de plus atypique Maxime et moi, et prend dans mon voyage la pole-position des trucs les plus extraordinaires, devançant le train du désert, Baloutchistan Express. C'est pourquoi dans deux-trois jours, je vous ponds un article entièrement consacré à ces kalash valleys et à notre aventure (car c'en est une...) en famille, au bout du monde, au-delà de toutes routes ... Un article pour vous expliquer pourquoi et comment cette semaine va probablement changer toute ma vie (oui, oui...). Pour les impatients d'entre vous, un avant-goût est disponible sous forme de quelques photos (que maxime saisit avec courage au rythme d'une toute les trois minutes -vive l'adsl- pendant que je m'acharne sur ce trop vieux clavier), ainsi que quelques autres images qui témoignent de tout ce que je viens de vous raconter...

 

Sur cette promesse, je vous laisse, demain nous quittons les montagnes (bouh...) direction Islamabad via un arrêt aussi bref que possible à Peshawar. Mon visa se finit bientôt, quant à celui de Max nous nous sommes rendus compte qu'il était d'ores et déjà périmé ! Mais vu que les pakpak sont plus sympas les uns que les autres, on lui a fait une belle extension sans aucun problème. Donc, après cette semaine entre ailleurs et nulle part, nous voila  revenus à la civilisation (relative), aux routes goudronnées, et aux ordinateurs connectés au Net...

Donc, donc, des newz kalash très bientôt !





vendredi 4 mai 2007, Gilgit
Comme un rêve de gamin II...


...qui se réalise !

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Pakistan tient ses promesses. Au delà de toutes espérances, même ! J'ai presque envie de dire : Je n'en attendais pas tant. Si ça continue je vais devenir adictive !


D'abord, cet insensé train du désert, qui me plongea d'amblée dans une sorte de conte fantastique, au milieu du désert... Le long de la voie vieille de plus de cent ans, et au gré des arrêts dans des oasis-gares construites en torchis, je découvrais tout un peuple du désert, toute une vie organisée pour survivre envers et contre tout au milieu de cet environnement hostile. A bord du Baloutchistan express, les rencontres cheminotes vont bon train (...) Je garderai un souvenir ému de cette image, du coucher du soleil sur le désert, en train de siroter un Thcai depuis la cabine de la vieille locomotive diesel pakistano-americaine...

Ensuite, Lahore. Urban pakistan ! Maxime, mon poto qui fait grosso-modo le même trajet que moi depuis Paris, a ressenti la même chose : C'est au Pakistan que l'on se rend compte à quel point l'espace urbain est organisé et réglé dans nos contrées occidentales, ou même en Turquie ou en Iran. Ici, plus de règles. Of course, il fait chaud. Trop chaud, même. 45 degrés s'il n'y a pas eu de vent depuis plusieurs jours... Du coup, la ville et la vie sont au ralenti. N'imaginez surtout pas qu'il ne se passe rien, bien au contraire ! Les rues sont grouillantes d'activités, il y a des gens partout, des vendeurs de tout et surtout n'importe quoi. Les activités les plus variées et les plus impromptues sont effectuées dans les ruelles étroites et crasseuses du vieux Lahore. Seulement, on ne court pas, tout se fait, mais tranquillement, et de préférence sous un ventilateur ! Et puis Lahore c'est vivant la nuit... Surtout pendant le Sufi festival ! La musique ici a une place de choix. Surtout lorsqu'il s'agit de musique sacrée ! La musique et percussions Sufis, ainsi que les chants cavaleris sont l'expression du Sufisme, un mysticisme islamique. Donc, une place de choix dans la société lahorienne. D'ailleurs les "concerts" ont le plus souvent lieu dans des lieux sacrés ou mauso

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:-(

:-(

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Une mini-coupure de courant qui détruit deux heures de frappe acharnée, ça met les nerfs à vif, mine de rien, et même au milieu de l'Himalaya ! Un ohhhhhhhhhhhhh général qui retentit dans la cyber-pièce... Surtout qu'Internet n'est plus available jusqu'au lendemain... Enfin BREF, j'ai une demi-heure de garantie jusqu'à la prochaine coupure de courant... Donc vous l'aurez compris, Lahore c'était génial à de nombreux égards, et surtout, surtout pour la musique.

Le Pakistan tient ses promesses, volume trois : Bienvenue dans l'Himalaya ! Le rêve de gamin, c'est les hautes montagnes, les plus hautes, même, donc les plus folles aussi... La classe...

Finalement (juste) après la dernière sufi-night on a décollé, Max et moi, après le concert, à 2h du mat dans un bus climatisé. Direction Rawalpidi-Islamabad, qu'on atteint à 8h du mat. Je demande mon visa Indien dans le Diplomatic Enclave, lieu fermé et protégé par des militaires. Après une fouille (un peu trop) minutieuse, il me faut acheter un ticket de Diplomatic Bus pour Indian Embassy station... Le lieu est très joli, plein de fleurs et tout vert. Et puis un peu partout, et en grandes quantités sur les terrains vagues (qui sont des ambassades en construction), il y a la mauvaise herbe locale, à savoir le chanvre... Le parfum des arbustes en fleurs se diffuse insidieusement jusque dans les salles d'attentes des ambassies. Je laisse mon passeport entre les mains de l'administration indienne à Islamabad.

Le soir on dort sur le Tourist camp site, camping calme-arbore-quasi familial protégé par des militaires-campeurs, aux sanitaires impensables dans lesquelles des familles nombreuses d'insectes de tout poils ont élu domicile il y a des décennies...

Apres cet arrêt-express administratif à Islamabad, on se prend un bus pour Gilgit, chef-lieu du Gilgit district dans les Karakoram, montagnes noires du Pakistan du nord. 20h de trajet... Inoubliable ! Le pire comme le meilleur. La Karakoram Highway (KKH), cette route surréaliste qui relie Islamabad à la chine en traversant l'Himalaya est appelée localement la "8 éme merveille du monde, en toute modestie... Bien force d'avouer qu'il y a un peu de ça... Une oeuvre titanesque, monumentale ! Une route, le plus souvent carrossable, construite à flanc de montagne, allant de cols en cols rarement en dessous des 3500m d'altitude, franchissant des torrents, passant sous des cascades, à travers des éboulis et des avalanches, franchissant des vallées sur des ponts suspendus... Ce qui donne, visuellement : A gauche un précipice de plusieurs centaines de mètres, dont il est le plus souvent impossible de voir le fond par manque de recul ; à droite, un mur de rocaille dont il est le plus souvent impossible d'apercevoir le sommet, par manque de recul. De temps en temps on aperçoit des sommets blancs, bien plus hauts que les autres, qui ont l'air d'être à quelques kilomètres alors qu'ils sont à 100 bornes de là... La route est perpétuellement en travaux, tantôt il faut dégager une avalanche, tantôt il faut refaire la revêtement que le torrent charge de la dernière pluie a emporté. Au delà de l'imaginaire... On se demande comment l'homme a pu construire un truc pareil, sans l'aide de trolls ou autre (grosse) bêtes fantastique du genre...

On arrive à Gilgit, quelques dizaines de milliers d'hab et 1500 m d'alt. Hormis le fond de vallée verdoyant qui entoure la ville, le paysage n'est que rocaille, des gros cailloux qui pointent à plus de 3000m. On se fait d'abord une p’tite balade avec un vieux guide sympa qui a une jeep, pour aller voir un bouddha sculpté dans une falaise. Le coin est vraiment sympa... Petites pâtures ombragées par des arbres fruitiers, un meunier qui nous fait visiter son tout petit moulin actionné par l'eau d'une petite dérivation. Charmant... Le monsieur nous invite tous les trois (Max, Audoin et Joseph le guide) à boire le thé dans son humble et peacefull maisonnette à côté du ruisseau. Il s'avère qu'il a un très bon anglais (prétend le contraire par humilité), et qu'en plus d'être meunier il est étudiant assidu de la prestigieuse Gilgit University. Il s'empresse de montrer fièrement un bouquin de Sociologie à Maxime, qui confirme que cela correspond à la première année de fac en France, émotion. Bref, des trucs d'étudiants.

On se fait aussi une grosse balade, en partant à pied de la Guesthouse, à l'assaut du premier sommet en vue, qui doit bien faire ses 3500m. Mais vu qu'il n'y a pas vraiment de chemin, qu'on est partis trop tard et que le soleil nous crame la couenne, que l'on a pas pris assez d'eau, pas assez de vivres, que le sport n'est pas vraiment une activité familière pour Max, je n'irai pas jusqu'à dire que c'était une expérience montagne fantastique... Enfin on aperçoit quand même quelques beaux sommets, et on ramasse quelques beaux cailloux du coin, c'est déjà ça... Belle balade mine de rien, 10 heures en tout et 800m de dénivelés au bas mot, pour finir à quelques dizaines de mètres du sommet, face quasi verticale inaccessible sans équipement adéquat et avec une soif de loup...

Apres ce premier trek, on reprend la Karakoram Highway à destination d'un bled du nom de Karimabad, plus au nord...

Cette fois ci, la montagne se fait réellement sentir. Des avalanches de l'hiver dernier, qui ont été sciées pour le passage de la route, font deux murs blancs verticaux d'une dizaine de mètres à droite et à gauche. Karimabad, chef lieu historique et culturel d' Hunza valley, est construite au pied du fort de Baltit, qui protége la vallée encaissée d'Ultar. Depuis près de 800ans, les habitants d' Unza valley ont tiré richesse et puissance d'un savoir-faire exceptionnel : Les canaux de montagne. L'eau est captée très haut dans des vallées aux pieds des glaciers, et va à travers des canaux construits à même la falaise ! Absolument incroyable ! On s'est fait un bon trek pour aller jusqu'aux pieds de ces glaciers d'Ultar. La ballade commence par une demi-heure de marche dans le vieux Karimabad et ces jardins. Les canaux sont délimités par deux murs de pierres de 50 cm, que longent systématiquement un chemin... Les jardins sont verdoyants, avec des arbres fruitiers, des arbres très longs et droits pour la construction, des potagers, et des pâtures pour les chèvres qui vivent en liberté dans les jardins et les ruelles du village... Comme un air de paradis... D'ailleurs, depuis la terrasse de notre Guest-house, la vue sur la vallée est hallucinante... Des terrasses vert-clair délimitées en leur partie basse par la falaise qu'a creusé le torrent, en leur partie haute par la pente qui devient trop forte. En haut, la limite de la verdure est linéaire, et correspond au canal le plus haut perché. Nous empruntons ce canal qui mène logiquement haut dans la haute vallée d'ultar, à la source ! Je ne sais pas comment vous décrire cette marche... Le chemin est quasi-plat, en pente très douce, puisqu'il surplombe le canal. Le dit-canal est creusé à même la falaise, qui plonge verticalement de plus de trois cent mètres par endroits ! Aérien... Il faut imaginer un p’tit chemin en pente douce un peu herbeux, suffisamment large pour marcher à deux de front, longeant un canal creusé à même la falaise... Les photos j'espère, vous laisseront aussi incrédules que moi quant à ce canal... Surtout que celui-ci a été construit il y a plusieurs siècles, sans explosifs ! Du coup, pour la 8 eme merveille du monde, j'hésite entre la KKH et le système d'irrigation d'Unza Valley...

La ballade nous conduit dans un "impressionnant amphithéâtre de pics", dixit lonely planet, au pied d'un glacier noir, de quelques névés de neige et d'une cascade vertigineuse, Ultar Waterfalls. Il y a Lady Finger, un sommet en forme de doigt, si escarpé que la neige ne peut s'y accrocher... 6000m et des poussières, jamais grimpè à ce jour.

Dans le fond de vallée, des bergers dérivent des torrents en des centaines de mini-canaux creusés à la pelle dans la morène glaciaire pour créer un alpage. Tous les deux jours, deux hommes du village montent et se relayent pour garder les bêtes de toutes les familles. Bel exemple d'autogestion traditionnelle. Nous redescendons de la montagne avec l'un de ces berger qui connaît le meilleur chemin de descente. Ballade mémorable, j'espère que les photos seront à la hauteur !

Demi-heure largement écoulée, le risque de coupure s'accroît, s'accroît de minute en minute... Je n'insiste pas... déjà beau que je puisse vous écrire du fond d'une vallée au fin fond de l'Himalaya ! J'aurais mille autres choses à vous raconter, je pense vous avoir fait partager les plus merveilleuses. Demain nous quittons Karimabad pour Passu, un autre village plus au nord coincé entre deux glaciers, de beaux treks en perspective. Après, après... On commencera tout doucement à redescendre de la montagne en marquant quelques étapes dans quelques lieux "touristiques", bien balisés par le Lonely Planet, présentant un intérêt montagne ou culturel, et bien équipés en infrastructures touristiques.

Ca sert à quoi cette phrase ?

Pour rassurer ceux d'entre vous qui s'inquiètent de nous savoir au Pakistan. La KKH est très touristique, du moins l'était avant le 11 sept 2001 et la dabeuliou propagande. Peut-être même est-ce une des principales ressources des endroits que nous traversons ! Je ne nie pas qu'il y a quelques talibans qui traînent dans le pays, mais certainement pas dans les lieux que nous fréquentons ! D'ailleurs, ceux d'entre vous qui me connaissent savent que si j'ai le goût de l'aventure, je ne suis pas pour autant un intrépide, loin de là !
Les professionnels de l'hôtellerie, guides, marchands de souvenirs (incroyablement nombreux) nous accueillent comme des princes. Dans ces villages des Northern Areas de la karakoram Highway, ceux qui pourraient être titillés par des positions extrêmes ou talibanisantes serait sans doute lynchés par la population qui, comme je vous l'ai dit, a bâti depuis plus de vingt ans toute une économie de tourisme, et en vit (ou en crève depuis 7 ans). Et puis, les talibans en herbes tentés par l'enlèvement de touristes ne vont pas se donner la peine de se risquer en des endroit où la population leur est fortement opposée, puisque les "voyageurs" qui recherchent "le grand frisson" sont également légions, et se pressent dans les endroits dont tout le monde dit qu'il sont dangereux, comme ces Tribes Areas à l'ouest de Peshawar, zone de non droit quasi hors-Etat. Très peu pour moi... Nous rencontrons avec Max plein de jeunes qui sont là pour ça, pour se faire peur, et qui rapportent des histoires VRAIMENT effrayantes des Tribes Areas. Impossible d'arriver là par hasard, il faut en avoir envie, les locaux chercheront systématiquement à vous dissuader de vous y rendre. Hormis ça, il y a quelques zones où la probabilité d'attentats suicides est élevée, et où donc, il vaut mieux éviter de s'attarder, ce que nous ferons.
En respectant quelques règles de base et de bon sens, voyager au Pakistan n'est pas beaucoup plus dangereux qu'ailleurs. Le pays n'est pas très sûr, c'est un fait. Mais les medias occidentaux présentent la chose de manière grossière, alors que la société pakistanaise est infiniment complexe et variée.
Les gens de Peshawar et de Lahore, par exemple, sont culturellement très différents. Quant aux montagnes... Ici de nombreuses vallées sont Ismaelli, une branche très, très relax du shiisme, où la mosquée n'existe pas , l'habillement n'est pas contraignant, et on produit de l'alcool ! D'autres vallées sont Kallash, une religion des montagnes qui précède l'Islam. La population locale ne supporte pas l'intégrisme, contraire en tout point à leurs precepts religieux... ...et tellement nuisible à leur activité commerciale !!

Donc, c'est dit, je suis prudent au Pakistan !

Salut la compagnie !

Au fait, j'oubliais : y a quelques rares photos du Pakistan grâce à l'appareil numérique de Max... En attendant du LOURD quand les moyens techniques seront suffisants !





dimanche 22 avril 2007, Lâhore
Toujours au Regale, mais plus pour très longtemps...


Salut à vous tous !!

Je sais la déception de certains... Je vous avais habitués à plus de mouvement, Audoin-la-bougeotte... Jusqu'à maintenant je ne m'étais pas attardé plus de 10 jours au même endroit, et en voilà dejà15àa squatter le toit du Regale internet Inn de Lahore... Ah ah, mais demain, il y a du changement ! Nous mettons le cap au Nord, dans cette zone montagneuse la plus haute du monde (45 des 100 plus hautes montagnes se trouvent au Pakistan, et l'altitude moyenne de cette région est plus élevée que celle du Népal !).

Nous ??

Maxime, vous vous souvenez ? Nous nous sommes rencontrés à Istanbul, en Février. Après dix jours de vacances dans la cité merveilleuse, elle est rentrée chez elle, dans les Yvelines. Par la suite, l'idée de se joindre pour un temps à mes (trépidantes) aventures sur terre a fait son chemin, d'abord par mail, puis par la voie des airs pour un aller simple Paris-Lahore. La classe !

Paris-Lahore, un choc brutal ? Je l'aurais cru, mais Maxime observe les choses avec un certain recul, et tolére plutôt bien ce qui m'a mis mal à l'aise au début : la pauvreté, le manque d'hygiène, les rues grouillantes, la pollution acre. Tout ceci ne l'émeut pas outre-mesure, contrairement à cette mystique musique Sufi, et ce "Pakistani way of life", tellement relax et peaceful, que nous adoptons de bonne grâce... Adoptée avec la même facilité, la tenue vestimentaire féminine locale ! Il faut dire que dans les rues il n'y a pas une femme vêtue à l'occidentale. Certains hommes ont abandonné l'espèce de pyjama traditionnel (qui est sans doute très léger et confortable mais que je ne parviens pas à trouver esthétique) pour un Jean-tee-shirt-basket-fausses-Ray-bann bien de chez nous ; alors les femmes, elles, sont sans exception vêtues de ces longues robes très colorées que je vous ai décrit précédemment, avec un long voile tout aussi coloré. D'ailleurs, je signale au passage que nombre de femmes portent le voile sur les épaules, à la manière d'un châle, avec leurs cheveux découverts. Apparemment cela est typique de Lahore, mais précisons quand même qu'au Pakistan le port du voile n'est pas obligatoire au regard de la loi. Enfin bref, je vous disais que la petite Maxime est toute mimi dans ces couleurs pakistanaises, qu'elle porte avec plaisir (l'hôtel met des vêtements à dispo des voyageuses), à l'exception peut-être du voile, qui tient un tout petit peu chaud quand il fait déjà plus de 45 degrés...

Donc, pour un temps certain, j'ai une compagnone de voyage attitrée (et par extrapolation un appareil photo numérique, quelques kilos de médicaments et un téléphone portable...).

Le deuxième événement travelistique de ce passage à Lahore fut cette jonction opérée avec l'autre Maxime, mon poto Parisien-sublastartien. Pour ceux qui ne le connaissent pas et qui n'ont pas la chance de recevoir ses mails collectifs, Maxime a quitté la France en direction de I'Inde mi-mars, et a suivi grosso-modo la même route que moi. Donc, depuis un mois et demi, nous échangeons des mails où je lui file quelques tuyaux qu'il reçoit toujours trop tard, et nous planifions (si j'ose dire) cette rencontre, qui devait avoir lieu inévitablement, vu qu'il est plus rapide que moi. Grand moment d'émotion que celui où je le vois pénétrer dans l'accueil du Regale Inn... Première tête (blonde) connue que je vois depuis 3 mois ! Le Maxime est tout bronzé, a les yeux pétillants, et une allure qui en dit long sur le bien-être que lui procure ce voyage. C'est vraiment génial de retrouver un poto radieux, en pleine forme à l'autre bout du monde. On prévoit de se faire tous les trois (les deux Max et moi) le Nord, mais malheureusement il sera impossible à mon cher ami de faire étendre son visa de transit, même appuyé par Malik le patron de l'hôtel, qui est pourtant un ami du chef du bureau des passeports de Lahore... Max nous a donc quitté aujourd'hui, reprenant son sac à dos et la route en direction de la frontière Indienne à 30km de là avec Amritzar et le Golden Temple Sickh. Bye mon pote, bonne route, take care et à bientôt ! (et aussi un clin d'oeil à ta sympathique maman que je sais lectrice fidèle de cette page web...)

Dernière raison (je veux dire : autre que la musique et les deux Maximes) qui me cloueàa Lahore depuis plus de deux semaines maintenant : Je suis malade comme un chien. La diarrhée, comme je ne l'ai jamais eue de ma vie. À vrai dire j'ai l'impression que mon corps se vide de son eau. J'ai dû perdre au mois 5 kg en 10 jours ! J'ai tout essayé : le régime alimentaire à base de riz, de carottes et de pommes (berk), les médecines locales (une sorte d'écorce de graine que l'on mélange avec de l'eau et qui donne une pâte gluante re-berk), le magik-tea-qui-guerit-tout, et même des trucs bien plus chimiques tels qu'immodium, etc... Rien n’y fait ! J'entends jusqu'ici les plus futés d'entre vous qui se demandent pourquoi je ne vais pas voir un toubib... Je dois reconnaître que c'est bien raisonné, et demain peut-être bien que je vais passer un coup de bigot à l'alliance française locale pour leur demander l'adresse d'un doc francophone à Islamabad. Quoi qu'il en soit, demain nous quittons cette ville-fournaise qu'est Lahore, direction Rawalpindi.

Rawalpindi, c'est la vraie ville d'Islamabad. En effet, la capitale, centre d'affaires et politique du pays n'est qu'un quartier neuf construit à la périphérie de Pindi. Demain nous prenons donc le train à destination de Rawalpindi. Il me faut faire ma demande pour le visa Indien, et le seul endroit possible est Islamabad. Une fois cette formalité accomplie, et après peut-être une ou deux journées de tourisme dans la vieille ville, nous mettrons le cap vers le Nord. Le "circuit" n'est pas encore établi, mais je peux avancer quelques noms pour les accros des cartes. De Pindi nous prendrons un bus vers Gilgit. De là, nous poursuivrons plus au Nord sur la Karakoram Highway, cette route la plus haute du monde, en direction de Karimabad, et de la frontière avec la Chine. Puis, de retour à Gilgit, nous mettrons le cap à l'ouest, vers Chitral. La route qui relie Gilgit à Chitral comporte un col à 5500 m d'alt, si bien qu'aujourd'hui elle est toujours fermée, obstruée par des mètres de neige. Mais de source sûre les bulldozers sont à la tache dans la région, et dans une dizaine de jours la route qui traverse cette partie de l'Himalaya devrait être re-ouverte pour les mois d'été. Ca va faire un bien fou, un peu de fraîcheur... Nous allons également essayer un ou deux petit treks de quatre à cinq jours en "moyenne montagne", c'est à dire entre 3000 et 5000 m pour la région... La formule n'est pas encore décidée : prendre un porteur qui connaît le coin et les villages, ou bien un âne pour porter nos affaires et la bouffe, ou encore se faire ça à l'ancienne, à deux. On verra en fonction des conseils avisés que sans doute nous obtiendrons sur place. Ensuite de Chitral, retour plus au sud avec une escale à Peshawar. De là, sans doute me faudra-t-il retourner à Islamabad pour récupérer mon visa, puis de nouveau Lahore, et enfin la frontière avec l'inde et Amritsar, sur les traces de Max (au masculin). Vaste programme... Cela devrait prendre de trois semaines à un mois. Ceux qui connaissent un peu mon "planning prévisionnel (lien "ou suis-je/ where am I") ne manquerons pas de noter que le retard par rapport à ce plan initial n'en finit pas de s'accumuler... Mais les plans sont fait pour être modifiés, non ? À vrai dire, je n'avais absolument pas prévu de m'attarder au Pakistan. Mais un grand nombre de voyageurs(euses) rencontrés en Turquie, en Iran et au Pakistan m'ayant affirmé que ce pays était LE pays de cette route de la soie, cela a évidemment éveillé ma curiosité et mon appétit de découverte et de différence. Et puis j'ai pu me rendre compte qu'en effet, la population n'est absolument pas hostile aux voyageurs occidentaux, bien au contraire ! Les gens nous adorent... Et, à la difference de ce que l'on raconte sur l’Inde, les autochtones ne nous voient pas comme un billet vert, mais bel et bien comme un invité de marque, voir pour certain un cadeau du ciel... Le summum de la désinformation est incarné par la situation au Pakistan. Certes, il y a des bombes qui pètent régulièrement, mais celles-ci ne sont jamais dirigées contre des occidentaux, elles sont le résultat d'incidents internes entre Sunnites et Chiites. Autre fait intéressant à signaler : La semaine dernière, une manifestation a rassemblé 100 000 personnes à Karachi, autant à Lahore et Islamabad. Et bien figurez-vous que ces gens manifestaient pour que le gouvernement interdise un cercle de religieux proches des talibans, que la population juge extrémistes. Il est vrai que les gens ici sont très religieux, souvent même à la limite du mysticisme. Pourtant, ils manifestent bruyamment et sans complexe leur refus d'un Islam "bête et méchant", préférant retenir les valeurs pacifiques et de tolérance que propose aussi (et surtout) la religion musulmane. Tout ceci est extrêmement positif !

Bon, et bien je vais vous laisser... Surtout ne soyez pas impatients, Lahore c'est ce qu'il y a de mieux au Pakistan pour Internet, et on ne peut pas dire que ce soit au top-niveau... En gros je suis en train de vous dire qu'il ne faudra pas trop attendre de nouvelles de notre part pour les trois semaines à venir.... Je passerai sans doute de temps en temps un coup de fil à l'un de mes parents pour dire "tout va bien", le-dit parent se chargera sans doute de vous transmettre ces trois mots sur ce site. Et puis, il y a aussi deux articles sur l'Iran qui sont en préparation (mais ça se fait attendre puisque  j'ai perdu toutes mes notes sur le pays, il faut que je les recompose), sans doute l'un d'entre eux viendra dans ce laps de temps. Quant aux photos... Pour ça il faudra sans doute être encore plus patient, et attendre l'Inde !

Plein de bonnes choses...





vendredi 13 avril 2007,
EN VACANCES (pour quelques jours) AU REGALE INTERNET INN HOTEL, LAHORE (!)

 

Ben oui, quoi ! Je m'accorde quelques jours de vacances... Quelques jours sans trop bouger, dans un endroit qui dispose de toutes les commodités, douches, ventilateurs et cette quasi-machine à faire la lessive. Je passe sur la p’tite cuisine bien sympatoche, la TV-DVD, avec des documentaires sur les Sufis fait par le patron de l'hôtel, jeux d'echec, l'eau filtrée gratuitavolonté, et tout le reste (comme le supermarché, camerastreet et foodstreet à deux pas).

Il fait trop chaud pour pratiquer une activité digne de ce nom... Je déambule parfois dans les rues, histoire de promener un peu my nice camera, à la vitesse Pakistanaise que j'ai adoptée sans sourciller... Une "activité" par jour, c'est le bon rythme... Les pakistanais te disent toujours "my fliend (accent), five minutes..." Ne jamais oublier de demander s'ils parlent en temps universel ou minutes pakistanaises...


Et puis, le patron de l'hôtel nous propose de l'accompagner à chaque fois qu'il y a un concert, ou une activité culturelle. Hier soir, j'ai assisté à ma première "Sufi night". Le "sufisme", c'est un genre de mix entre Islam, et traditions ancestrales des montagnes du nord. Ils sont très très très très cool (étant donné qu'ils fument du hashish toute la journée, avec en plus ce soleil qui vous ralentit considérablement la pensarde, je les imagine mal autrement que cools...) Et leur musique est très intéressante, avec une base rythmique complexe et différente de tout ce que je connais (je vais acheter des CD sans doute). Il y a un tambour qui ressemble à un gros tonneau, porté sur le ventre en bandoulière, et dont chaque extrémité comporte une peau. L'instrument est frappé par des crochets en bois. De la main droite, les sons graves. Au centre de cette peau il y a une surface d'une nature différente, plus souple et qui permet d'obtenir un son encore plus grave, et un peu liquide. De la main gauche, le crochet frappe sur une peau plus tendue, émettant un son aigu très sec. A noter que la percussion est accordée avant chaque morceau, en tirant sur de petits filins ou encore en frappant les bords de la caisse avec un marteau. Le volume sonore produit par cette percussion est hallucinant ! (J'ai aussi assisté à une représentation dans un lieu exigu, j'ai pensé que mes tympans allaient éclater sous les coups secs de la "caisse claire"...) La percu est accompagnée par une sorte d'harmonium. L'instrument est posé à même la scène, le musicien joue assis en tailleur, la main droite qui galope sur le clavier, la main gauche effectuant des va et viens pour actionner le soufflet, compris dans le dos de l'instrument. Et puis il y a d'autres percu un peu secondaires, maracas divers pour poignets et chevilles. Par ailleurs, la "sufi night" est une sorte de Jam session, donc les musiciens enchaînent les morceaux, au rythme du "mastacalendar" (ou un truc du genre), typiquement Sufi. Certains d'entre eux s'essaient aussi à des rythmes plus exotiques (pour eux), en provenance de l'Inde, ou du Bengladesh... Et, au rythme de ces percussions, ivre de ce hashish que tout le monde (sauf les femmes) consomme, la foule, assise en tailleur avec 3,57 cm2 par paire de fesses, entre en transe au fur et à mesure. Certains agitent leurs têtes dans un mouvement horizontal, sans discontinuer. Il y a des phases où le rythme s'accélere, et le tambourin-man frappe son tonneau plus violemment. Il s'installe au centre de l'espace consacré aux artistes, et ses collègues musiciens s’écartent, lui laissant du champ. Il ferme les yeux, se met à tourner sur lui-même, d'abord lentement puis en accélérant progressivement le mouvement, tout en accelerant le rythme, en ajustant la vitesse de frappe à la vitesse rotative de son corps. (!!) L'assistance se fait silencieuse, tout le monde observe. Le musicien a toujours les yeux fermés, et tourne sur lui-même, balance par son tambour-tonneau (ce truc là pèse au bas mot 20 Kg), jusqu'à la limite de la perte d'équilibre. Et, à l'ultime moment, il stoppe net. Le tonneau (suivant les lois de Newton et les règles de l'inertie) lui, prolonge son mouvement circulaire. retenu par une énorme sangle en cuir (appelee courament bandouliére). Le musicien, d'un mouvement habile, la fait passer autour de son cou, le tambour se retrouvant à l'horizontal, à un mètre cinquante du sol, et tournoyant autour de ce cou musclé. Le percussionniste  entretetient le mouvement d'un habile hochement  de tête (ou d'epaule peut-être, je sais pas bien), à la maniere d'une danseuse qui fait rouler un cerceau autour de sa taille  La première fois que j'assiste à ça, j'ai un mouvement de recul... ce tambour est vraiment très très gros, et tu te dis que si tu le reçois sur le coin de la figure, t'as gagné ta journée... Ces rythmes énergiques et un peu durs sont entrecoupés par d'autres beaucoup plus "sweet" et lents, un peu genre reggae... Après la tension créée par l'accélération, la transe du musicien et le vol du tambour, la transition est saisissante, j'ai ressenti une émotion corporelle intense, du genre soulagement immédiat et inattendu de tous les muscles... (!) La foule des jeunes fumeurs de Hashish de Lahore crie alors des "joulelal" (It means: go in trans and peace like Sufi people), et autres "mastacalandar"...

Des p’tits concerts comme on les aime quand on est en vacances, quoi !

A part ça (flûte et reflûte), j'ai bêtement laissé sur la banquette d'un autorikshaw mon dernier cahier presque fini, celui qui a traversé l’Iran, avec plein de contacts, de nices anecdotes, textes, stuffs... Heureusement je suis au Pakistan et il fait trop chaud, beaucoup trop chaud pour gaspiller de l'énergie à se prendre le chou, mais cette amputation me pése quand même un chouilla... C'est arrivé le jour où j'ai reçu mon extension de visa. Enfin, certains penseront que c'est toujours mieux que d'avoir perdu son appareil photo ou passeport...

Voilà, voilà...  Donc comme je vous le disais, je reste au Regale Internet Inn pour quelques jours encore... Si vous voulez m'appeler y a un numéro :00 - 92 - 42- 7311987 ou 7321049. Il faut marquer un temps d'arrêt (genre une seconde) entre le 92 et le 42, et entre le 42 et le reste du numéro. N'oubliez pas le decalage horaire : vous pouvez m'appeler entre 12h et 22h heure locale, ce qui signifie entre 8h et 18h en France. Pour les photos, je pense que les ordis sont réellement trop pourris, donc on oublie pour un bon bout de temps... Par contre p’tet' bientôt le "récit" de mes aventures dans le Baloutchistan - Express ?

En attendant Ghoda Hafez my fliends and take cade, comme on dit en Anglais moyen-orienteux...

JULELAL !!


Oh yes, what! I agree with myself for few days of holidays… A few days without moving too much, in a place which has all the conveniences, showers, ventilators and this quasi-washing machine. I pass on the small kitchen very nicy, the TV-DVD with the comments on Sufis made by the owner of the hotel, chess players, free filtered water as much as you want, and all the remainder (like the supermarket, Camerastreet and Foodstreet so close).

 It is too hot to practise any true activity … I saunter sometimes in the streets, a way of walking a little bit my nice camera, at the Pakistanese speed which I adopted without batting an eyelid … One “activity” per day, it is the good rhythm… The Pakistani always tell you “my fliend (accent), five minutes…” Never forget to ask whether they speak in universal time or Pakistani minutes…

And then, the owner of the hotel proposes to us to come with him each time there is a concert, or a cultural activity. Yesterday evening, I attended my first “Sufi night”. The “sufism”, it is a kind of mix between Islam, and ancestral traditions of the mountains of north. They are very very very very cool (since they smoke all the day, in addition to this sun which slows down you considerably the brain, I can’t imagine them differently than cool…) And their music is very interesting, with a rhythmic base complexes and different from all that I know (I undoubtedly will buy some CDs). There is a drum which looks like a large barrel, carried as a shoulder bag on the stomach, and of which  each end comprises a drum skin. The instrument is struck by hooks out of wooden. Right hand, deep sounds. In the center of this skin there is a surface of a different nature, more flexible and which makes possible to obtain a sound even deeper, and a little bit liquid. Left hand, the hook strikes more tended skin, emitting a very dry acute sound. It should be noticed that the percussion is tuned before each song, while drawing on small ropes or by striking the edges of the cylinder with a hammer. The sound volume produced by this percussion is incredible! (I also attended a representation in an exiguous place, I thought my tympanums were going to burst under the dry blows of the “clear drum”…) The percussion is accompanied by a kind of harmonium. The instrument is posed right on the scene, the musician plays sitted as a tailor, the right hand which gallops on the keyboard, the left hand carrying out of goes and come to manage the bellows, included in the back of the instrument. And then there are other percussions a little secondary, various maracas for wrists and ankles. In addition, the “sufi night” is a kind of Jam session, therefore the musicians link up the songs, at the rhythm of the “mastacalendar” (or a trick of that kind), typically Sufi. Some of them are also tested at more exotic intervals (for them), coming from India, or of Bengladesh… And, at the rhythm of these percussions, drunk of this smoke that everyone (except the women) smokes, the crowd, sit as a tailor with 3,57 cm2 per pair of buttocks, enters in fright progressively. Some agitate their heads in a horizontal movement, without stopping. There are phases where the rhythm accelerates, and the tambourine-man strikes his barrel more violently. It settles in the center of the space devoted to the artists, and his musicians colleagues deviate, leaving him alone. He closes the eyes, starts to turn on himself, initially slowly then by accelerating the movement gradually, while accelerating the rhythm, by adjusting the keying speed at the rotary speed of his body. (!!) The assistance is done quiet, everyone observes. The musician always has the closed eyes, and turns on himself, balances by his drum-barrel (this trick weighs at least 20 kg), until the limit of the loss of balance. And, at the ultimate time, he stops dead. The barrel (according to the Newton’s laws and the rules of inertia), prolongs its circular motion. Retained by an enormous leather strap (just called shoulder strap). The musician, with a skilful movement, makes it passing around his neck, the drum finding itself horizontal, one fifty meter above the ground, and whirling around this robust neck. The percussionnist maintains the movement with a skilful shaking of head (or shoulder perhaps, I do not know well), with the manner of a dancer who makes roll a hoop around his size. The first time that I attend that, I have a movement of retreat… this drum is really very very large, and you think that if you receive it on the corner of the face, you won your reward… These energetic and a little hard rhythms are intersected by others much more “sweet” and slow, a little reggae kind… After the tension created by acceleration, the fright of the musician and the flight of the drum, the transition is seizing, I felt an intense body emotion, immediate and unexpected relief kind of all the muscles… (!) The crowd of the young smokers of Lahore shout then the “joulelal” (It means: go in trans and peace like Sufi people), and others “mastacalandar”…

 Small concerts as we like them when we are on holidays, what!

Besides (drat and redrat), I stupidly left on the bench of a autorikshaw my last book almost finished, that which crossed Iran, with full of contacts, of nices anecdotes, texts, stuffs… Fortunately I am in Pakistan and it makes too hot, too much hot to waste energy to be caught cabbage, but this amputation pains me nevertheless a little bit… It arrived the day when I received my extension of visa. Lastly, some of you will think that it is always better than to loose my camera or my passport…

 Hey, hey… Thus as I said to you, I stay at Regale Internet Inn for a few days… If you want to call me there, the phone number is : 00 - 92 - 42 - 7311987 or 7321049. Do not forget the time shift: you can call me between 12h and 22h standard time, which means between 8h and 18h in France. For the pictures, I think that the PCs are rotted really too much, therefore we forget them for a good end of time… On the other hand may be soon the “story” of my adventures in Baloutchistan - Express train?

 While waiting for Ghoda Hafez my “fliends” and take cade, like one says in ancient English …

JULELAL !!





lundi 9 avril 2007,
From the Regale internet Inn Hotel, Lahore

Concours blog, bof ...

English is available at the end of the french part !
16:40, jeudi 12 avril 2007 .. Publié par dxontheearth .. Modifier .. Supprimer

Salut à tous... C'est moi ! J'ajoute un ptiti commentaire pour réagir (avant qu'il ne soit trop tard ) au commentaire de ma chére soeur (à qui je fais un gros bisous au passage !) Le concours de blog... Euh... Concours c'est de la même famille que competition, non ? Pourquoi ? Hey people je suis au Pakistan, koi ! Il fait trop chaud pour faire la course (et c'est tres bien comme ça). Et puis dans tous les cas, je ne veux pas qu'on vote pour moi ou pour mon blog je trouve ça stupide les jeux où il faut voter pour savoir qui est le meilleur (!) Je sais que ça partait d'une bonne intention, mais on oublie... D'ailleurs si je pouvais enlever ce bouton je le ferais, mais le bandeau du haut est independant de mon blog, je n'y ai pas accés. Sinon, moi ça roule, toujours dans cet hôtel de routard à Lahore. J'ai perdu un cahier, c'est un peu frustrant, plein de contacts et de trucs à voir, des gros bouts de carnets de voyage qui sont bêtement restés sur une banquette de Rickshaud... Je me dis : C'est pas grave, mec, t'es au Pakistan ! Et puis il fait trop chaud pour se prendre le chou... J'ai obtenu mon extension de visa, je peux rester jusqu'à deux mois dans le pays. Sans doute ne resterai-je pas aussi longtemps, mais cela me laisse sufisamment de marge pour prendre mon temps dans les régions montagneuses du Nord du pays, et ça, ça va être classe ! Et puis, desolé (encore et toujours), mais Internet au Pakistan, faut oublier... Donc pour l'instant je vais pas trop pouvoir vous ajouter de photos ou nices articles... Ca viendra sans doute plus tard...
Salut les cocos !!


Salut à tous !



Les ordis du Pakistan dans les rares cafés-net sont (très très) loin d'être au top. Un texte que je venais de composer vient d'être perdu après deux heures de frappe acharnée par une petite, so small coupure de courant... Donc, j'abrége ! (note : finalement j'ai tapé cet article en deux fois, donc j'abrége pas tant que ça...)

Je viens de faire Zahedan - Lahore par le rail... Aventure ferroviaire haute en couleurs, riche en rencontres et en découvertes. La moyenne n'est pas au top-niveau, vu qu'il faut 5j pour parcourir les 1800km... Une première tranche de Zahedan (Iran) à Quetta, 700 km toujours plus à l'est dans le désert du Baloutchistan. Puis après une nuit passée dans la salle d'attente de la gare de Quetta, une nouvelle tranche de 24h et 1200 km du Sud au Nord du Pakistan....

Vraiment génial, un des very best-of moment de ce voyage que j'ai entamé il y a deux mois et des poussières. Surtout la première partie, dans le Baloutchistan Express, ce train du désert. Super contact avec tous ces collègues cheminots du désert (dont la plupart maîtrisent parfaitement l'anglais, vu que c'est la langue officielle de la compagnie nationale des chemins de fer pakistanais). Et puis, la découverte visuelle de ces immensités désertiques; assis sur le seuil d'une des portes de la "voiture voyageur", ou bien depuis la cabine de la locomotive... Sans oublier toutes les péripéties qui accompagnent la marche du train, et la petite vie à bord (Nous n'étions que quatre passagers, mais l'équipage du train se compose d'une quinzaine de personnes, au moins).

Promis, je vous raconterai ça en détail, c'est écrit... Tout comme les derniers dix jours que j'ai passés dans l'Est de l'Iran, et l'arrivée à Zahedan. On ne peut plus cocasse, je suis sûr que ça vous plaira ! Comme toutes les photos que je vous ai faites et qui viendront au fur et à mesure, je vous le signalerai.

Donc, j'ai découvert le Pakistan comme une image, une carte postale révélée à la vitesse (modique) de la marche du train. Je découvre cette vie grouillante qui vient s'échouer jusqu'à quelques centimètres des voies... Je contemple la différence, d’abord comme une émotion picturale forte.

Mais le vrai choc, parce qu'il y en a un, a lieu une fois arrivé à Lahore, où je me mêle enfin à la population locale... Cette première marche dans les rues est bouleversante. Malgré l'approche assez progressive de mon parcours, le Pakistan est enfin un endroit réellement différent... Je ne suis pas à l'aise lors de ma première "excursion" dans la ville, lorsque avec quelques autres pensionnaires du Regale Internet Inn de Lahore, nous allons dîner dans un resto à une demi-heure de marche, dans foodstreet. Et puis, je me détends... Le Pakistan, c'est quand même vraiment le bordel, à tous niveaux, mais un bordel peacefull. La chaleur trouble la perception. La pollution dégagée par les véhicules est inconcevable... Je pense à ces quatre millions de Pakistanais qui s'intoxiquent  en respirant cet air toxique au quotidien.

Depuis le 11 septembre 2001, la fréquentation touristique au Pakistan a chuté de 80 %, donc on est bien content quand on voit un étranger, nombreux sont ceux qui veulent tester un peu leur anglais sur vous... (même un peu trop des fois, hello, hello, toutes les dix secondes, ça peut être fatiguant à la longue...). Franchement, je ne ressens pas d'insécurité générale, même après la tombée du jour. l'ambiance générale est très sympathique, c'en est presque troublant. d'autant plus étrange qu'il y a des gens armés partout. Quand je dis armés, il s'agit de la bonne vieille Kalachnikov, pas le p’tit pétard à la ceinture... Certaines personnes se baladent également avec un fusil en bandoulière (tressée main avec  des motifs très mignons) ou à la main, sans uniforme. Sans doute une sorte de milice. J'insiste, tout ce petit monde, et même les innombrables policiers et militaires, ne nous sont pas du tout hostiles, et sont même particulièrement heureux de pouvoir nous aider...

Bref, le Pakistan, super bon feeling... C'est complètement différent de l'Iran, différent de tout. À vrai dire je m'étais fait une image du pays, à force d'y penser et d'écouter les aventures d'autres travellers, mais cet endroit est inimaginable... D'abord, les gens sont très religieux. Ce matin je marchais derrière un type qui subitement s'arrête, dépose son tapis par terre et se met à prier. Il y a aussi  des tapis publics : si tu veux, tu en déroules un bout et pries, où ça te chante quand ça te chante, pratique ! les passants qui t'abordent te demande dans l'ordre : "What's your country ? What's your name ? What's your religion ?" !  (la religion est mentionnée sur les passeports pakistanais, re-!) . Je réponds toujours "christian" à cette question... Suite du dialogue : Catholic ? Protestant ? ... Et le p’tit rituel : Un grand sourire sincère, un signe de croix (je m'exécute également), et mon interlocuteur de me répondre "I love chritians, I love god and all the people of god", ou un truc du genre... Je ne me risque plus à dire que je suis athée, ce qui déclenche une grosse discussion pseudo philosophique en anglais-charabia, beaucoup de parlote et de temps gaspillé à mon humble avis. Donc, Christian, un p’tit signe de croix, ça fait plaisir à tout le monde, et c'est bien pratique. De très nombreux véhicules exhibés, des fanions ou peintures à la gloire de Dieu, ou bien des trucs du genre "Peace and God". Tout ceci est inimaginable en Iran. même dans les cités les plus religieuses comme Machhad, je n'ai pas tant senti le poids de la foi... Je réalise un peu mieux pourquoi Reza me disait que l'Iran n'est pas un peuple religieux... Plus étonnant : le Pakistan est à la fois plus conservateur et plus tolérant : par exemple aucune loi n'oblige les femmes à se couvrir les cheveux (et quelques-unes d'entre elles profitent de ce droit), l'alcool , bien que difficile à se procurer, n'est pas interdit (par la loi).

Lahore, c'est très varié, tout en extrêmes... Mon hôtel est du côté le moins classe de la rue la plus classe de la ville. Pour aller à foodstreet (la bien nommée), ou encore à Camerastreet (...), je traverse un quartier un peu glauque... Du moins c'est ce que je me suis dit la première fois que je l'ai arpenté. L'éclairage public est quasi inexistant, heureusement qu'il y a les phares des bagnoles qui tracent dans l'épaisse fumée environnante des sillons lumineux. Ici, aucun bâtiment n'est fini. Il manque toujours un bout de façade, un toit, une porte, deux mille huit cent quatre-vingts briques ou une arrivée d'eau. Le sol est jonché de déchets... Mais quand je dis jonché, ça fait partie des trucs qu'il faut voir pour imaginer. Il n'y a aucune poubelle dans les rues, et les gens balancent tout par terre. Et puis, dans ces amas de déchets, des gamins crasseux à quatre pattes et la gueule à raz du sol, qui cherchent des trucs auxquels je ne veux même pas penser... Ca me remue jusqu'aux tripes d'assister à ça, of course. Je me sens sincèrement obligé soit de tout plaquer pour me donner corps et âme dans une organisation humanitaire, ou bien décider de faire abstraction, tant bien que mal. J'opte pour la deuxième solution, du moins pour le moment. Y a rien à voir, on regarde ailleurs. La circulation est totalement anarchique dans ces rues-là, les autorickshaus (sorte de petits taxi à trois roues) et motos transportant parfois quatre personnes (sans compter les enfants) se croisent par la gauche ou par la droite, suivant le feeling de l'instant, no rule available. Beaucoup de gens dans les rues, hommes et femmes qui marchent d'un pas très lent (il fait chaud !!) en jetant des coups d'oeils aux étalages de vêtements ou de lunettes de soleil installés au milieu de la chaussée et de son lot d'ordures. Et puis, subitement, foodstreet apparaît sous mes yeux (ébahis si vous voulez). Ultra clean (je veux dire : pas un mégot par terre), immeubles quasi-rutilants mis en valeur par des jeux de lumière, avec des restaurants proprets, et une foule calme aux terrasses, qui profitent de la relative douceur qu'offre la nuit.

Le Pakistan, c'est relax-atmosphère.... Pas trop vite, pas trop fort... Un mode de vie du genre encore une p’tite prière, et après on verra...

Lahore est aussi magnifique et surprenante par certains aspects. Alors qu'en Iran le tchador noir semble donner un rôle bien sombre aux femmes, ici les longues robes aux multiples motifs et couleurs éclatantes attirent le regard et les font rayonner de leur présence. J'ai en tête cette image  déjà vue à maintes reprises : une moto pilotée par un homme enturbanné, avec deux passagères, qui montent en amazone, leurs vêtements flottants diffusant une traînée de couleurs dans l'axe de la chaussée. Tout ici est sujet à décoration. Il n'y a pas deux rickshauds identiques. Les petits véhicules sont sculptés et peints avec le souci du détail... Comme les camions, et même les tracteurs agricoles ! chacun de ces véhicules est une fête de formes et de couleurs, pièce unique. C'est plutôt gai, non ? Il y a aussi, du côté plus classe de la rue de l'hôtel, un zoo, et un immense et magnifique parc plein de fleurs exotiques, de palmiers et autres arbres, avec de belles pelouses bien vertes sur lesquelles on peut s'avachir tranquillement, à l'ombre de quelques branches. Le contraste est frappant : tout est taillé au millimètre, il n'y a pas un papier qui traîne, et l'air est presque respirable.

Pour les jours à venir... Je stationne un peu à Lahore, histoire de me poser un peu. La saison a changé, et moi j'ai rien vu venir ! les trois quart du volume de mon sac sont occupés par des super vêtements techniques de montagnes, ultra performants, capable de vous offrir confort et sécurité jusqu'à des températures de je ne sais combien en deçà de 0. Par 40 degrés à l'ombre, dans la chaleur humide et poisseuse de Lahore, je suis super content. Paré ! Donc, hier je me suis acheté des fringues couleur locale. J'ai pas dit un déguisement ! Sandales, p’tite chemise et pantalon balouch-best-fasion, c'est pas du luxe. L'hôtel est des plus sympathiques, avec toutes facilités (dont une machine à aider à faire la lessive, je dis bien !), et est très bon marché (deux euros la nuit en dortoir). Je rencontre de nombreux étrangers, entre vingt et trente ans... L'ambiance peace (un peu trop peut-être ?) en a scotché quelques uns, qui sont là depuis des mois... Ca joue de la musique, ça écrit des diaries, ça se défie aux échecs... Il y a régulièrement des concerts de musique traditionnelle pakistanaise, comme hier soir. C'était un truc de ouf ! très rythmé, avec des percutions qu'il faut accorder pendant des heures, et des mélodies simples. Le chant est poignant.
Un truc marrant : l'hôtel propose une garde-robe composée de vêtements féminins pakistanais pour les clientes désireuses de passer plus inaperçues (enfin manière de parler vu que les dits-vêtements sont oranges, violets ou jaunes) dans le décor...

Et après ? après, il va falloir que je fasse un tour à Islamabad, pour choper mon visa Indien, qui s'obtient normalement en cinq jours. Islamabad, y a rien à voir, par contre celle-ci fut construite dans le prolongement de la vieille ville, Rawalpindi. C'est sans doute là que j'irai. Et puis je vais passer du temps dans le nord du pays, pour aller me balader dans ses montagnes, qui sont les plus hautes de cette planète. Mais avant tout, je fais étendre mon visa pakistanais qui expire dans deux jours, ici à Lahore, puisque avec la carte de l'hôtel c'est très rapide et très facile (ça j'aime). Justement, je m'en suis occupé aujourd'hui, en expérimentant les transports locaux...

Une demi-heure de Rickshaw avec un crasy-driver, croyez-moi les montagnes russes à côté de ça,  ça remue pas des masses... Les véhicules, ces mobylettes bricolées propulsées par un mélange de gaz émanant d'une grosse bouteille type camping-gaz (!), et d'un mélange d'essence et de kerozen se faufilent au milieu des piétons, vélos, calèches, motos, ânes, grosses japonaises tout-terrain (pas si bête vu l'état de la chaussée), et en évitant les trous non signalés, pierres, pièces détachées s'étant détachées des autres rickshaws, chiens. Avec un peu de chance (comme j'en ai eue) le pilote se prend pour Schumarrer, et la caisse à savon va chasser de l'arrière, en perte d'adhérence sur la route poussiéreuse dans les virages serrés. Aucune suspension disponible, du coup il faut se dresser sur ses bras à chaque fois que l'engin franchit un dos d’âne ou autre aspérité de l'asphalte. Cela demande concentration et observation continues de la route, au risque de se tasser une vertèbre pour de bon....

Bon, ben j’ vais aller me reposer un peu, moi... Parce qu'il fait bien chaud !

A bientôt all of you... Ca fait plaisir de "parler" un peu, parce qu'en prendre plein la vue tous les jours, ça finit par être éprouvant... Comme une envie de décrire passionnément, de partager l'émerveillement. (MDR)

 

AUDOIN

Hello everybody ! The PCs of Pakistan in the rare coffee-Nets are (very very) far from top quality. A text that I had just written has been lost after two hours because of a small, so small interruption of electric power … Therefore, I shortened! (note: finally I typed this article twice, therefore I shortened not as much as that…)  I have just been from  Zahedan to Lahore by the rail… High railway adventure colors, rich in meetings and discoveries. The average speed is not on the top, considering it took me 5j to travel 1800km… A first section of Zahedan (Iran) with Quetta, 700 km always more in the east in the desert of Baloutchistan. Then after one night spent in the waiting room of the station of Quetta, a new section of 24h and 1200 km of the South in the North of Pakistan… Really brilliant, one of the very best-of moment of this travel which I started two months ago. Especially the first part, in Baloutchistan Express train, this train of the desert ! Super contact with all these colleagues railwaymen of the desert (of which the majority have a perfect knowledge of English, considering it is the official language of the national company of the Pakistani railroads). And then, the visual discovery of these desert vastnesses; sat on the threshold of one of the doors of the “car traveller”, or since the cabin of the engine… Without forgetting all the adventures which come with the train ride, and the small life on board (we were only four passengers, but the crew of the train is composed of about fifteen people, at least). Promissed, I will tell you that in detail, it is written… Just like the last ten days that I spent in the East of Iran, and the arrival with Zahedan. It can’t be more funny, I am sure that you will like that! As all photographs that I made and which will come progressively, I will announce it to you. Therefore, I discovered Pakistan like an image, a postcard revealed at the speed (moderate) of the walk of the train. I discover this crawling life which comes to be failed until a few centimetres of the ways… I contemplate the difference, initially like a strong pictorial emotion. But the true shock, because there is one of them, takes place once arrived at Lahore, where I mix finally with the local population… This first walk in the streets is upsetting. In spite of the rather progressive approach of my course, Pakistan is finally a really different place… I am not at ease at the time of my first “excursion” in the city, when with some other boarders of Levels Internet Inn de Lahore, we will have dinner in a restaurant at half an hour walk, in Foodstreet. And then, I slackens… Pakistan, it is nevertheless really the mess, on all levels, but a nice and peacefull mess. Heat disturbs perception. The pollution released by the vehicles is inconceivable… I think of these four million Pakistani which are daily by breathing this toxic air. Since September 11, 2001, the tourist frequentation in Pakistan felt by 80%, Therefore one is quite content when a foreigner is seen, many of them want to test a little bit their English with you… (even a little too much, hello, hello, every ten seconds, that can be tiring …). Frankly, I do not feel general insecurity, even in the evening. Environment is very sympathetic, it is almost disconcerting. The most strange are there are people with weapons everywhere. When I say armed, it is about a good and old Kalachnikov, not the small colt with the belt… Some people also walk with a rifle in shoulder-belt (braided hand with very nice reasons) or at the hand, without uniform. Undoubtedly a kind of militia. I insist, all this small world, and even the innumerable police officers and soldiers, are not at all hostile for us, and are even particularly happy of being able to help us… In short, about Pakistan : super good feeling… It is completely different from Iran, different for everything. To tell the truth I had had an image of the country, by thinking of it and by listening to the adventures of others travellers, but this place is unimaginable… Initially, people are very religious. This morning I walked behind a man who suddenly stops, deposits his carpet on the ground and starts to pray. There are also public carpets: if you want you take one of them and pray, where you want, when you want, very practical ! People who come to you require as follows : “What's your country? What's your name? What's your religion?” ! (the religion is mentioned on the passports Pakistani, Re!). I always answer “Christian” to this question… Continuation of the dialogue: Catholic? Protesting? … And small habit : A great sincere smile, a sign of cross (I am also carried out), and my interlocutor to answer me “I love christians, I love god and all the people of god”, or a trick of that kind… I do not risk myself any more to say that I am atheistic, which starts a gross discuss pseudo philosophical in English-nonsense, much of chitchat and wasted time to my humble opinion. Therefore, Christian, a small sign of cross, that gives pleasure to everyone, and it is quite practical. Very many vehicles, flags or paintings with glory of god, or many tricks of the kind “Peace and God”. All this is unimaginable in Iran. even in quote most religious like Machhad, I did not smell the weight of the faith so much… I realize a little better why Reza said to me that Iran is not religious people… More astonishing: Pakistan is at the same time more preserving and more tolerant: for example no law constrains the women to cover their hair (and some of them benefit from this right), alcohol, although difficult to get, is not prohibited (by the law). Lahore, it is very mixed, all in the extremes… My hotel is on the less classified street more than the top class of the city. To go to Foodstreet (well named), or in Camerastreet (...), I cross a a little glaucous district… At least it is what I said myself the first time that I surveyed it. The street lighting is quasi non-existent, fortunately there are the headlights of the motors which trace in the thick surrounding smoke of the luminous furrows. Here, no building is finished. It always misses an end of frontage, a roof, a door, two thousand eight hundred and eighty bricks or an arrival of water. The ground is strewn with waste… But when I say strewn, that belonged to the tricks that it is necessary to see to imagine. There is no dustbin in the streets, and people throw everything on the ground. And then, in these clusters of waste, of the filthy kids with four legs and the mouth on the ground, who seek tricks of which I do not want to even think… That stirs me up to the tripe to attend that, of course. I feel me sincerely obliged either all to plate to give my body and heart in a humane organization, or to decide to make abstraction, more or less. I choose the second option, at least for the time being. Nothing to see, one looks at elsewhere. Trafic is completely anarchistic in these streets, the rickshaws (kind of small taxi with three wheels) and motor bikes driving four people together (without counting children) cross by the left or the right-hand side, according to the feeling of the moment, No rule available. Many people in the streets, men and women who walk of a very slow step (it is hot!!) by throwing eyes to the displays of clothing or installed in the middle of the roadway and its batch sunglasses. And then, suddenly, Foodstreet appears in front of my eyes (amazed if you want). Ultra clean (I want to say: not a cigarette on the ground), quasi-glowing buildings emphasized by plays of light, with vain restaurants, and a calm crowd with the terraces, which benefit from relative softness that offers the night. Pakistan, it is relaxed-atmosphere…. Not too quick, not too extreme … A way of life such as still a small prayer, and after one will see… Lahore is also splendid and surprising by some aspects. Whereas in Iran the black chador seems to give a quite dark role to the women, here the long dresses with the multiple reasons and bright colors attract the eyes and make them radiate with their presence. I have in mind this image already seen on several occasions: a motor bike driven by a turbanned man, with two ladies on board, who ride side-saddle, their floating clothes diffusing a trail of colors in the axis of the carriageway. All here is prone to decoration. There are not two identical rickshaws. The small vehicles are carved and painted with the concern of the detail… And what about trucks, and even farm tractors! each one of these vehicles is a festival of forms and colors, single model. It is rather merry, is not it ? There is also, on the side more class of the street of the hotel, a zoo, and an immense and splendid park with exotic flowers, palm trees and other trees, with beautiful green lawns on which one can lose shape quietly, in the shade of some branches. Contrast is striking: all is cut very sharp, there is not a paper which trails, and the air is almost healthy. For the days to come… I stay a little bit in Lahore, to rest a little. The season has changed, and I have not anticipated anything ! The three quarter of the volume of my bag are occupied by super technical clothing for mountains, ultra powerful, able to offer comfort to you and safety until negative temperatures. By 40 degrees in the shade, in the wet and sticky heat of Lahore, I am super happy. Avoid! Therefore, yesterday I bought local clothes. I did not say a disguise! Sandals, small shirt and trousers balouch-best-fashion, it is not luxury. The hotel is more sympathetic nerves, with all facilitations (of which a washing machine , and yes, I say well !), and is very cheap (two euros per night in dormitory). I meet many foreigners, between twenty and thirty years old.  Environment is peaceful (a little bit too much perhaps?), some are stuck for months… They play music, they write diaries, they play chess… There are regularly concerts of Pakistani traditional music, like yesterday evening. It was a trick of “fool”! A lot of rythm, with struck that it is necessary to grant during hours, and simple melodies. The song is poignant. A funny trick: the hotel offers a garde-robe made up of ladies' garments Pakistani for the customers eager to be more unperceived (finally manner of speaking, considering that clothes are orange, purple or yellow) in the environment … And afterwards? afterwards, it will be necessary that I make a turn to Islamabad, to get my Indian visa, which is obtained normally in five days. Islamabad, has nothing there to see, on the other hand this one was built in the prolongation of the old city, Rawalpindi. It is undoubtedly there that I will go. And then I will spend time in the north of the country, to go and to walk in the  mountains, which are the highest of this planet. But above all, I need to extend my Pakistani visa which expires in two days, here in Lahore, since with the chart of the hotel it is very fast and very easy (that I like). Precisely, I am today busy, by trying out local transport…  Half an hour in a rickshaw with a crazy driver, believe me : the russian mountains are smooth compared to that … The vehicles, these motorbikes, driven by a mix of gaz coming out of a big bootle (a kind of Campin-gaz bottle) ( !) and with fuel and kerozen move in the middle of people, bikes, motorbikes, calash, donkeys, big 4 wheel drive Japanese cars, (not stupid according to the road), avoiding all the holes (not mentioned), stones, spare parts coming from other rickshaws, dogs. With some luck (as I had), the driver believes he is Schumacher, and the richshaw skids from the back, loosing adherence on the dusty road. No suspension is available, therefore you need to get on your arms each time the rickshaw is coming to a humpback or any other obstacle on the asphalt. This requires continuous concentration and observation  of the road, if not you have a chance to leave  a vertebra … OK, then now I need some rest, me … because it is very hot ! See you soon, all of you .. I am happy to « speak » a little bit, because, at the end, it is a little bit stressfull to see so many things everyday …  Such as an evy to share with passion, to share the wonderment. AUDOIN

 





lundi 9 avril 2007, Quetta
BALOUCHISTAN EXPRESS

Nous venons de passer trois jours dans un "hôtel" de Zahedan, trois jours durant lesquels il nous etait interdit de poser un pied hors de cet hôtel à moins d'être accompagné d'une escorte militaire, au moins cinq gus equipés de leur petard grand format....Pourquoi passer trois jours à Zahedan ? Dans cette cité que les lonely planet et autres decrivent comme dangeureuse et à eviter ? Parce qu'un ami d'Amelie nous avait conseillé de nous pointer trois jours plus tôt pour prendre un ticket, des fois que le train (periodicité : deux par mois) soit bondé... En arrivant à l'hôtel, nous faisons immediatement un aller-retour pour la gare, accompagnés par nos quatres gentils poulets, pour nous faire dire que nous devons acheter ces fameux tickets le matin du depart... Et puis, le matin du depart justement, le chef de gare nous apprend que le tain est un peu retardé. Au lieu des 8h du mat initialement prevu, le train partira au mieux à 16h30...

 

Et justement, il est déjà 16h30. La salle d'attente est toujours deserte. Du moins, presque déserte : A priori seuls quatre passagers attendent pour embarquer dans les voitures du Balouchistan-Express, et franchir la frontiere entre l'Iran et le Pakistan. Il y a Amin, cet ambitieux biznesman de la pistache, un iranien de 25 balais tres souriant, english speaking, et vetu de sa merveilleuse tunique balouche blanche. Julien et Amelie (ou Amelie et julien, au choix), mes deux bretons des alpages (it means: originaires de bretagne ayant fait ce choix très personnel d'être les bergers de ces verdoyantes patures des hautes-alpes), compagnons de route et de jeux de cartes depuis quelques jours. Le quatriéme passager, c'est moi.

Donc, pas trop de mouvements de foule dams le hall de la gare internationnale de Zahedan, far-Est Iran... C'est plutôt pratique pour jouer au ping-pong. Quelle bonne idée, la table de ping-pong dans le hall de gare, avec raquettes mises à disposition des voyageurs ! C'est au poil pour patienter, notamment quand le train a at least dix heurs de retard.... Et puis, ça permet de faire connaissance, aussi. Amin parle plutôt bien anglais, il fait donc office (entre autres) de traducteur entre nous et l'équipe de manoeuvres, qui ne sont pas des manches de la petite raquette, vous pouvez me croire ! Evidemment, je me présente comme cheminot, ça fait son petit effet (of course pas autant que si j'etais le roi des belges, mais c'est déjà mieux que rien.). Le chef de manoeuvre m'invite à découvrir ses installations : quelques aiguilles actionnés à pieds d'oeuvre, sur un vieux chantier de  trois ou quatre voies de service. Petit détail assez nouveau auquel mon oeil (averti) de cheminot est sensible : la gare n'a pas de quai. Je ne vois aucune voiture voyageur, mais j'imagine que monter dans la cabine depuis le niveau du sol doit être un petit exploit sportif. Après cette petite marche entre les citernes rouillées, mon cheminot iranien sympa insiste pour faire les photos-souvenir qui vont de soi : Lui devant le levier de l'aiguille et moi devant le levier de l'aiguille. Le chef de gare se pointe au pas de course, en vociférant... Il est mignon, dans son beau costume gris... Je devine, plus que ne comprend ce qu'il cherche à me dire (ce qui n'est pas commode étant donné qu'il m'apostrophe en Pers) : interdit de faire des photos dans les gares. Je OK, OK, et vais pour ranger le Minolta prohibe, mais mon pote chef de manoeuvre repond des trucs à son superieur en gesticulant, et surtout sur un ton que je n'emploierai pas pour engueuler un cabot. Le supeéieur hierarchique en question retourne à son bureau à la même allure qu'il en etait sorti, et le manoeuvre, me declare fiérement dans son meilleur anglais :"today, photos ok !" avec un sourire jusqu'aux oreilles. Je me confonds en politesses (tenkiou, melci melci, muchakarne) pour célèbrer cette autorisation officielle, obtenue de maniére tellement diplomatique...

Vers 17h30, le train se faisant toujours attendre, nous nous faisons inviter tous les quatre par l'équipe des manoeuvres au grand complet, pour prendre le thé dans leur local technique-salle de priére. Ils doivent être une demi-douzaine, prêts à faire feu dès que le train montrera le bout de sa locomotive. Ils ont l'air usés, les pauvres. La peau tannée par le soleil, et battue par le vent incessant qui fait continuellement voler la poussiére dans les rues de Zahedan. Pour tout équipement de securité relatif à leur metier, ils ont des lunettes en plastique transparent, pour se proteger de la poussiére. Ils sont tous vêtus de la tunique balouche, chemise et pantalon très légers et amples avec de grands plis, toujours de couleur claire. Et les chaussures de protection les plus efficaces qui soit : j'ai nommé la paire de sandales... Tout se passe dans la meilleure ambiance-thé possible, Amin fait toujours l'interpréte, et ça papote un peu boulot. Julien et Amelie expliquent qu'ils sont fermier et berger. Les autochtones sont toujours surpris par l'annonce de cette profession, parfois même incredules. Et puis, entre cheminots, on parle aussi un peu boulot, et je questionne sur la frequence des marchandises (en moyenne un par jour au depart ou à l'arrivée), j'ose une question sur la marchandise transportée, et là ça fait comme un pavé dans la marre... Poinoinoin... Ils sortent du petit local les uns après les autres en donnant des réponses évasives : souffre, pommes de terre, et je sais pas quoi... Desolé, c'etait une innocente question, juste pour causer et parce que je suis curieux.

Ca tombe bien que l'équipe ait achevé le praying and/or the-time break, puisque enfin, le train (arrive).

Je n'ai jamais vu un train pareil... Pour la bonne raison que je n'ai jamais vu un train avec des wagons de marchandise, puis des voitures voyageurs, puis de nouveau des wagons et en queue un coupet de service ! Ca promet de la manoeuvre a n'en plus finir, une composition pareille ! D'ailleur, on ne perd pas de temps (le train a deja un chouilla de retard au depart) : Le train n'est pas arrete que dèjà les manoeuvres penetrent entre les wagons, et s'activent à oter des tubes-raccords en plastique, utiliser pour faire freiner la rame. Et puis, par la même occasion, ça aide à arreter le train, des fois que le conducteur dorme, ce qui est très utile vu que Zahedan Railway station est un terminus. Mon poto le chef de manoeuvre s'est accroché à la loco à son passage, et guide le conducteur avec ses deux drapeaux, un rouge et un vert. Moi, je rode à pied le long le long de la rame qui s'est immobilisée, appareil photo à la main. Les trieurs du wagon postal transportent, à la chaîne jusqu'à un camion, le courrier international, et recoivent en échange de gros sacs noirs, remplis de mots doux (et autre) en route vers le Pakistan.





mardi 3 avril 2007,
Un p'tit coucou planqué de Zahedan...

SALUT LA COMPAGNIE !!Ah... je vois que mon cher Papa a bien retranscrit mes propos ... Merci a toi !Comment allez vous tous ? Parce que moi, je viens de me faire une petite cure de repos forcée dans mon hotel-prison... Nous devions prendre le train ce matin pour QUETTA (nous, c'est Amélie et Julien, les Bretons des alpages, et moi), mais un petit retard (de 7h30) nous a permis de déjouer la surveillance rapprochée, d'esquiver l'escorte de police, et de lire les 35 mails qui squattaient dans ma boite de réception... Départ pour QUETTA a 16h30 dans le meilleur des cas. Le chef de gare annonce avec une fierté non dissimulée que le trajet s'effectue en 24h... Mais les récits de voyage en annoncent le double, et encore dans le cas ou la tempête de sable ne vient pas caresser de trop près le convoi. Et justement, une tempête a fait rage cette nuit, donc je préfère ne pas faire trop de pronostics quant à mon arrivée effective au Pakistan !J'ai un retard monstre dans les récit et les photos, je m'en excuse. Je ne me doutais pas que ZAHEDAN nous serait a ce point fermée... Enfin, je préfère voir le cocasse de tout ça, et il y en a, comme vous le constaterez dans quelques jours. Ah, oui, parce que, effectivement, je vais jouer contre la montre au Pakistan, du moins dans un premier temps... Je dois rejoindre PESHAWAR pour faire prolonger ce satané visa qui ne m'autorise que dix jours dans le pays, ce qui est insuffisant, en comprenant tout, pour faire établir mon visa indien, formalité s'effectuant uniquement a ISLAMABAD. Il parait qu'a PESHAWAR, l'extension du visa s'obtient en une journée, et est gratuite. Mais vu le bordel actuel dans le pays, peut être les autorités sont elles un chouya réticente a prolonger le séjour des occidentaux ?? Un contact devrait m'aider a trouver le bureau adéquat, qui n'est mentionné dans aucun guide...Ouh là là, No stress ! Et pis si ça marche pas, et ben... on verra bien ! Inch Allah, comme on dit dans la contrée !!

Alors, à dans quelques jours mes amis et autres... 





samedi 31 mars 2007, Zahedan
De la part de MonPapa! From my father !

 

Audoin vient de me passer un coup de fil qu'il m'a chargé de transcrire sur son blog à votre intention.

Notre Terrien est arrivé à ZAHEDAN où sa liberté de mouvement s'est tout d'un coup considérablement restreinte en fonction de l'insécurité ambiante. En effet, les autorités locales demandent aux étrangers de rester à leur hôtel et, si ces derniers sont néanmoins dans l'obligation de sortir, leur fournissent une escorte imposante. Audoin passera donc les deux jours qui viennent à méditer et à écrire en attendant le train qui, Mardi 3, devrait l'emmener à QUETTA au Pakistan. N'ayant à ce jour qu'un visa de transit de dix jours, il prendra immédiatement le chemin de LAHORE puis PESCHAWAR (à moins que ce ne soit l'inverse) où il espère obtenir un visa un peu plus long, en tout cas suffisant pour obtenir le suivant vers l'Inde.

En l'absence de connexion Internet sur son lieu de résidence actuel, ne vous attendez donc pas à de nouveaux articles dans l'immédiat. Mais il prépare au brouillon, ses prochaines livraisons ! Ensuite, ce seront sans doute plusieurs journées de train et/ou bus ...

Il faut maintenant laisser au Voyageur le temps ... de voyager !

Sur ce, je vous souhaite un bon week end en vous laissant sur cette citation de Kahlil Gilbran : "the appearance of things change according to the emotions and thus we see magic and beauty in them, while the magic and beauty are really in ourselves".

 

 

Audoin just gave me a phone call that he asked me to transcribe on his blog for you. Our Groundman arrived at ZAHEDAN where his freedom of movement is considerably restricted according to the ambient insecurity. Indeed, the local authorities require the foreigners to remain within their hotel and, if they are obliged nevertheless to leave, provide them an imposing escort. Audoin will thus spend the next two days to meditate and to write while waiting for the train which, Tuesday 3, should take him along to QUETTA in Pakistan. Having to date only one transit visa for ten days, he will take immediately the way of PESCHAWAR then LAHORE where he hopes to get  a longer visa, in any case sufficient to obtain the following one towards India. In the absence of Internet connection on his current place of residence, you thus do not wait in new articles in the immediate future. But he prepares the draft of his next deliveries! Then, it will be several days of train and/or bus… It is now necessary to leave the Traveller time… to travel! On this, I wish you a good week end while leaving you on this quotation of Kahlil Gilbran : "the appearance of things change according to the emotions and thus we see magic and beauty in them, while the magic and beauty are really in ourselves".





mercredi 28 mars 2007, Zahedan
From Shiraz to Zahedan (Part1/2)

(...) Shiraz, ville en ebullition depuis le debut de Norooze, que je quitte l'esprit libre, mon extention de visa en poche, et la satisfaction du devoir du voyageur en régle accompli. Au terminal routier, le sort m'offre de croiser une dernier fois Sahand et sa famille; ils me gavent de sandwichs et de boissons, et me font cadeau d'une boîte géante de patisseries locales que je case tant bien que mal dans mon barda déjà surchargé...

Et oui ! Nous sommes en Iran, début avril 2007, et j'entame la traversée du pays vers l'Est, vers le Pakistan. Je griffonais tous ces évenements une première fois dans un cahier que j'allais perdre quinze jours plus tard à Lahore. A ce moment, plutot que de me décourager, je décidais de sacrifier une après-midi dans un Internet-café, pour vous écrire mon article. Malheureusement, une bête coupure de courant devait réduire à néant des heures de frappe acharnée sur un clavier déglingué, suintant dans l'atmosphère brulante et poisseuse de Lahore... 

Et bien c'est en France, a mes heures perdues entre Villeneuve Triage et Bourg-la-reine, que je l'ai écrit, cet article !  en deux parites (parce que c'était trop long). La seconde partie, l'arrivée a Zahédan, viendra d'ici deux semaines

 

 

Tiens ! Je vais profiter de ce début d'article pour mettre un truc au clair : les noms de certaines personnes dont je parle dans mes billets sont changés. Ben oui ! Il faut dire que j'évolue dans des pays qui ne sont pas toujours folichons-folichons au niveau des droits de l'homme. Des pays où le régime en place, se sentant continuellement menacé (serait-ce dû a l'évidence de leur illégitimité ? Allez savoir...) exerce un contrôle de l'information et des individus assez poussé, si j'ose l'euphémisme. Donc, il m'a semblé assez naturel de brouiller un minimum les pistes, en modifiant non seulement les noms, mais parfois même des détails, que je change complètement (je déborde d' imagination) s'ils me semblent constituer des évidences flagrantes pouvant mettre en cause les gens que je croise sur mon chemin, et que je raconte.

C'est dit !

 

Yazd est l'une des plus vieilles villes du monde, berceau du zoroastrisme, la plus ancienne religion monothéiste de la planète, celle du grand empire Perse d'avant l'invasion Arabe, et de Cirus le Grand. J'arrive en ville sur les coups de 23h, après quelques heures de bus durant lesquelles j'ai eu l'occasion de bien sympathiser avec l'équipage. Le chauffeur parlait parfaitement bien l'anglais (il l'aurait appris lors de sa captivité en Irak durant la guerre avec l'Iran, une histoire étrange qu'il me racontait alors que nous dînions dans la salle des équipages).

Me voici donc dans la rue, je dispose d'un numéro de téléphone pour un hôtel (relevé précédemment dans le Lonely Planet auprès de quelque voyageur), un passager du car m'offre d'appeler avec son mobile. Malheureusement l'établissement est complet et me propose un autre numéro. Entre temps, un chauffeur de taxi m'a repéré, je le fais appeler pour moi. Ça négocie les prix pour la nuit à coup de chiffres tracés dans la poussière du capot de la 405... Apparemment il y a eu mésentente, ou alors c'est le chauffeur de tacot qui m'a baladé, toujours est-il que lorsque j'arrive dans ledit hôtel on m'annonce qu'il n'y a plus aucun lit disponible. Typiquement, c'est l'effet Norouze. Du coup, je vais passer là ma toute première nuit de ce périple à la belle étoile, sur le toit de l'hôtel. Le ciel est rempli d'étoiles, et je m'endors à même le sol, bien au chaud dans mon sac de couchage, veillé dans mon sommeil par la douce lumière bleutée qui enveloppe une grande mosquée à deux pas de là.

La clarté rose de l'aube d'une matinée fraiche me réveille La mosquée me fait l'effet d'un décor de cinéma, puisqu'il s'agit d'une façade imposante, pur style Mille-et-Une-nuits, mais sans aucun bâtiment derrière. A l'intérieur de l'hôtel, je tombe nez-a-nez avec Chris - un voyageur polonais rencontré quelques jours plus tôt, avec qui j'ai visité Persépolis et partagé brièvement une chambre d'hôtel miteux. Nous échangeons quelques propos éloquents sur le hasard des choses, et décidons d'aller prendre un breakfast au Silk-road hôtel tout proche, expressément recommandé par le LP pour sa convivialité. Sur place nous tombons sur Nana, la fameuse suissesse que je rencontrais tantôt à Isphahan et qui me fit un éloge du Pakistan qui, assurément, allait constituer les prémices d'une histoire passionelle avec ce pays. Décidemment, j'en finirai par admettre que le monde is so small, mais je vous dispense du couplet-banalité, parce que ces rencontres à répétitions sont le résultat de l' "effet Lonely-Planet", la bible du voyageur autonome. Dans un pays peu fréquenté par les étrangers et où les infrastructures conçus pour eux sont en conséquence plutôt rar(issim)es, c'est toujours sympathique de retrouver "par hasard" les mêmes personnes, mais de là a disserter sur les "coïncidences" de la vie, il y a un pas qu'il faudrait veiller à ne pas franchir. Bref !

Petit déj' mémorable, donc, avec toujours ce fameux fromage blanc, frais et crémeux que les Iraniens aiment à consommer au petit matin. Nana, Lonely-Planet en main, nous propose - alors que je me gave de fromage- une excursion pour Chack-Chack.

 

 

Chack-chack est au Zoroastrisme ce que La Mecque est à l'Islam. Par ailleurs, il s'agit du plus ancien lieu de pèlerinage et de culte de toutes les religions monothéistes, même si aujourd'hui celle-ci peut-être considérée comme anecdotique au regard du nombre de ses fidèles, vivant majoritairement en Iran et dans l'ouest de l'Inde. Les pratiques témoignent d'un profond respect pour notre mère Nature, si bien que les corps des fidèles morts ne sont ni enterrés, ni incinérés mais offerts à l'appétit des vautours au sommet d'emblématiques "tours du silence".

On se loue un chauffeur de taxi pour la journée, à un tarif à la fois intéressant tant pour lui que pour nous, et hop, c'est parti! Après quelques minutes de route hors de Yazd, nous quittons la chaussée goudronnée pour une piste qui s'enfonce dans le désert. La bagnole n'est pas tout-terrain, ça secoue pas mal, je crains un peu pour le véhicule, mais son propriétaire n'a pas l'air de s'en soucier, et nous avançons donc assez rapidement en soulevant derrière nous un nuage de poussière. Nous évoluons dans un décor aride et assez spectaculaire, genre Far West, pas de dunes de sables mais un milieu très sec sur lequel s'épanouit difficilement une végétation anecdotique, et ça et là, des montagnes de rocaille qui rompent la monotonie du paysage. Finalement, au terme d'une petite heure dans la poussière, nous atteignons notre destination. Le tacot se gare au pied d'une imposante falaise, dans laquelle sont taillés des escaliers qui conduisent aux différents étages du temple, bâtiments à l'allure relativement récente construits sur des terrasses également creusées a même la roche. Nous ne sommes pas les seuls, dans cet endroit pourtant réputé peu touristique. Mais, du fait de Norouze, les vacances nationales iraniennes, ce sont des familles entières que nous trouvons au pied de la montagne. Les vacanciers se détournent pour un moment de leur activité du jour à notre profit : ce n'est pas tous les jours que l'on rencontre un groupe d'étrangers dans ce pays. Ainsi chacun souhaite être photographié à nos côtés, la séance dure un certain temps... Puis, avec notre chauffeur qui semble également profiter agréablement de cette petite sortie en notre compagnie, nous gravissons les marches. Il règne ici une atmosphère de paix profonde que je rencontrerai finalement peu de fois durant tout ce voyage. Les touristes sont très respectueux et relativement discrets, tandis que les fidèles se consacrent à leur mystérieux culte. Il y a des feux qui brûlent dans des cheminées de pierres, closes. Au dernier niveau du temple, un belvédère couvert de tentes à la mode iranienne, offre aux fidèles ou touristes une vue grandiose sur les immensités désertiques, panorama propice a la méditation. D'un point de vue strictement architectural, le complexe n'a rien d'extraordinaire et ne semble pas très ancien. C'est davantage de son histoire et de son implantation au cœur du désert, caché dans une falaise de roche orangée, que le site tire son caractère particulier. Nous ne pénétrerons pas dans les chapelles, mais passerons une bonne heure sur l'une des plates-formes, assis en tailleur sur un tapis, à contempler le désert et déguster quelques tasses de thé que nous offrent des résidents du temple. L'ambiance est guillerette, chacun y va de sa petite plaisanterie ou commentaire malgré l'indigence de l'anglais de nos interlocuteurs... Mais ne dit-on pas que l'important est de participer ?! Nous passons donc tous les quatre, Nana, Chris, le chauffeur et moi, un moment à savourer ce petit air de sérénité qui s'impose ici, et regrettons de ne point avoir prévu quelques vivres et vêtements chauds pour passer la nuit ici, en compagnie des autres campeurs et familles de fidèles.

 

Nous quitterons l'endroit à regret, pressés par notre taxi. Curieusement, le ciel du désert s'est chargé d'épais nuages gris, une averse semble imminente et le chauffeur un peu préoccupé. Sur le chemin du retour, Nana exige une pause pour aller batifoler au milieu d'un troupeau de chèvres broutant du sable. Quant à moi, je dégaine le Minolta et tire quelques portraits du berger-motard. Quand les premières gouttes se font sentir, le driver s'affole brusquement et se met à houspiller Nana qui a pris le large, courant au milieu du troupeau et dispersant les bêtes dans toutes les directions... En une petite demi-heure, le ciel a complètement changé d'aspect, et le désert qui avait l'air si paisible apparaît maintenant hostile, prêt à se refermer à tout moment sur notre petit groupe. Les massifs rocheux ont pris des allures fantomatiques et dessinent dans la brume un horizon ultra-terrifiant, tandis que des éclairs déchirent les nuages et que le tonnerre s'adresse à nous d'une voix quelque peu enrouée. A l'instant même où Nana regagne le véhicule, le ciel se déchaîne pour de bon : début de l'orage de grêle. Sur fond de désert, cette manifestation de la nature toute-puissante a quelque chose de fantasmagorique. Malgré l'essuie-glace qui tourne à pleine vitesse, le chauffeur a bien du mal à suivre la piste, tandis que dans la voiture, nous sommes tous silencieux, hypnotisés par cette démonstration de puissance que nous offrent les forces de la terre.

L'orage se calme alors que nous gagnons la route carrossable, comme pour approuver le fait que nous, profanes, nous soyons éclipsés de ce sol sacré, interdit aux étrangers. De retour à Yazd, nous invitons notre chauffeur dans le restaurant de son choix, en guise de remerciement. Mais, au moment de l'addition, Nana flaire (à tort) une arnaque, et à sa demande nous recomptons à plusieurs reprises à la calculatrice. Notre taxi excédé fini par payer lui-même sa part, déçu du manque de confiance que nous accordons à ses concitoyens. Du coup, sur un malentendu, nous nous quittons un peu "en froid".

Nous arrivons à l'hôtel, Chris et moi, et sommes accueillis par un réceptionniste qui a l'air surexcité et me saute dessus avec un "squiouse me sir, are you sir Pavillet ?», auquel je "Yes sir, I am" avec intérêt ; que me veut ce type ? Il me glisse une mystérieuse enveloppe dans les mains, en s'excusant de ne l'avoir pas fait la veille, lors de mon arrivée, par oubli. Curieux que je suis, j'ouvre le pli sur-le-champ et file directement en bas-de-page : C'est signé "Julien et Amélie les Bretons des Alpages" : mes amis rencontrés à Téhéran ! Ils ont quitté la ville la veille, en direction de Kerman, et me proposent de les rejoindre sur place en me laissant une adresse recommandée (encore et toujours) par le Lonely Planet... Cool !

 

***

 

A Kerman, c'est un agent des chemins de fer qui me réveille. Le train a quitté Yazd vers 5h du matin, et je profitais de la matinée pour en écraser un peu. L'esprit un peu embrumé, je grimpe dans un taxi-Peykan et lance d'une voix volontaire mon adresse au chauffeur, qui m'annonce en langage des signes, au point qu'il en lâche son volant, que l'hôtel qui m'intéresse n'est pas à la hauteur d'un étranger de ma qualité. J'en prends note avec intérêt et lui demande de poursuivre la course.

Effectivement conforme au standard local, à savoir un tantinet crasseux, le petit hôtel est géré par une fratrie ; le manager, cadet de la famille, a l'air d'entamer sa quatorzième année avec une certaine détermination. Évidemment, l'anglais ne fait pas (ou si peu) partie de ses compétences, mais on se débrouille quand même, ainsi j'obtiens après quelques instants un petit mot que les bretons-voyageurs ont laissé a mon attention, et je dépose mon barda dans la chambre méticuleusement rangée qu'ils occupent. Moment d'émotion discret : mes amis sont sortis, mais en pénétrant dans leur chambre, je me rends compte qu'une jonction vient de s'opérer, et que le groupe de ceux, ambitieux, qui ont pour idée d'emprunter le "Balouchistan Express" sont dorénavant réunis pour entamer la phase finale du projet : rejoindre Zahedan... Cool !

Je prends mon après-midi pour découvrir un peu Kerman, une ville encore plus ancienne que Yazd, mais d'importance moindre. Les deux villes ont un peu la même allure, celle des cités du désert aux toits plats et inondées d'une lumière jaune-orangée, couleur du sable et du torchis dont sont construites les habitations basses, serrées le long de ruelles étroites qui prolongent anarchiquement une étoile centrée sur le bazar couvert du centre-ville. Quelques bâtiments plus élevés, en béton et structure IPS peu gracieux, témoignent de la volonté de modernisation des années 70. Et, comme toutes les autres villes d'Iran que j'ai eu le privilège de découvrir, Kerman dispose de son "Azadi Square ", Liberté en Farsi, sorte de rond-point géant en plein centre-ville (rappelons qu'en Iran l'automobile est a l'honneur, carrément un phénomène de société), ici ornementé d'un magnifique globe terrestre que picorent trois colombes. De la paix, of course. Ben voyons !

 

Le soir, je retrouve enfin Julien et Amélie, nous échangeons nos aventures récentes devant un fast-food dégueulos à la mode iranienne. De retour à l'hôtel, nous tombons nez à nez sur Karl, un Allemand chercheur en chimie à l'université de Téhéran et présentement en vacances. Il se trouve que j'ai déjà rencontré Karl quelques jours plus tôt à Yazd. Nous planifions pour le lendemain une excursion pour le désert tout proche.

Comme à Yazd, nous optons pour la location d'un taxi pour nous rendre dans une oasis, à une heure de route. La météo n'est pas très bonne, mais les routes mouillées ne semblent pas impressionner le driver outre mesure. A la sortie de Yazd, nous quittons la route principale au profit d'une plus étroite qui, au loin, s'évanouit dans une barrière montagneuse. Nous avons le loisir d'observer des couches rocheuses multicolores, très jolies, mais rien en comparaison du trésor, véritable joyau minéral que nous découvrirons quelques jours plus tard, juste avant d'atteindre Zahedan. Une fois l'obstacle franchi, la route s'allonge de nouveau dans le désert. Au loin, un îlot de verdure émerge de cette mer de sable : nous voici à destination.

 

On ne peut pas dire que la population locale nous réserve un accueil princier. Nous sommes dévisagés dès notre arrivée, par des groupes d'hommes désœuvrés. Les femmes sont toutes cachées sous leur tchador et feignent de nous ignorer. Karl, qui a quelques notions de Farsi, tente de négocier la location d'une autre voiture avec chauffeur pour la demi-journée, mais impossible de tomber d'accord sur un prix. Pendant ce temps, d'autres hommes arrivent et nous observent du même air un peu hostile. Amélie n'est pas très à son aise dans ce village qui semble vraiment coupé de la civilisation, sous contrôle plus ou moins mafieux et où le poids de la tradition semble oppresser les individus, plus spécialement les femmes. Même accueil glacial dans le petit marché où nous achetons de quoi grignoter pour la journée : nans, fromage, fruits.

 

Heureusement Karl et Julien finissent par tomber d'accord avec un jeune-homme-à-Peykan. Ouf ! Nous allons pouvoir nous éloigner quelque peu de ce qui a tout l'air d'un nid de couleuvres. Avec le recul, les palmiers et le village forment une tache vert sombre sur le désert lumineux, on dirait une photo surexposée. Après quelques minutes, nous atteignons un caravansérail abandonné qui a été partiellement restauré. Quelques jeunes profitent du petit canal qui traverse l'ouvrage fortifié. Jadis, ce lieu servait à abreuver les bêtes et les hommes qui composaient de grandes caravanes, s'arrêtant pour la nuit dans leur long voyage, pour se mettre à l'abri des brigands et autres tempêtes de sable. Aujourd'hui l'endroit est des plus paisibles, et nous passons un petit moment à explorer les différentes ailes de la structure. Puis, notre jeune chauffeur - à l'égard duquel nous restons assez méfiants - nous drive un peu plus loin dans le désert, où nous pouvons contempler et photographier à loisir l'immensité et le vide. Sur le chemin du retour, il nous invite à prendre le thé dans la ferme familiale. Trois générations cohabitent dans cette petite masure d'un étage, couleur sable et à peine meublée. L'accueil est très chaleureux. Une fois à l'intérieur, nous prenons place sur des tapis, tout autour de la pièce. Il y a trois sœurs, qui ne portent pas de tchador. Deux mondes se rencontrent ici : le vieux monde rural traditionnel, familial, où tous vivent sous le même toit et participent aux travaux des champs éreintants d'une agriculture à faible rendement, et le monde du "progrès", qui habille les femmes presque à la dernière mode de Téhéran, et met à leurs lèvres quelques mots d'anglais. Car deux des trois sœurs ont étudié, et toute la marmaille est scolarisée. Dans le coin de la pièce, un ordinateur qui diffuse des clips vidéo témoigne d'une ouverture sur le monde occidental, et d'un accès à la modernité qui contraste fortement avec l'apparence de la ferme et son isolement géographique. Car nous sommes au beau milieu du désert.

Ces dames nous invitent à manger, mais étant au fait d'une ancestrale coutume perse, nous refusons comme il se doit. Pas sur que ces gens aient de quoi nous nourrir sans puiser dans des réserves alimentaires qui leur sont peut-être cruciales. La proposition est réitérée, nous refusons une seconde fois. Si cette famille avait réellement disposé de suffisamment de nourriture pour nous offrir le repas sans se priver, alors les femmes auraient formulé leur proposition une troisième fois, et dans ce cas seulement, comme l'exige la tradition, nous aurions accepté.

Après avoir bu en thé en écoutant le dernier tube de pop iranienne à la mode, et en essayant de communiquer avec la famille - car il ne semble pas y avoir d'opposition particulière a ce que nous parlions avec les femmes, qui, seules, comprennent un peu d'anglais- nous sortons sur l'arrière de la ferme, pour faire une belle photo avec les nombreux enfants, entre les bananiers, en souvenir de cette heureuse rencontre...

La journée se déroule tranquillement. De retour à l'oasis, nous flânons un peu dans l'ancien bazar, qui fut détruit il y a quelques années par une secousse sismique, nous explique un passant à grands renforts de mîmes explicites. Puis nous déjeunons à l'ombre de la végétation abondante et colorée d'un parc, à la mode iranienne : nan et fromage frais. Visiblement, le fromage et l'estomac tombent en désaccord structurel, à moins que ce ne soit l'effet du soleil qui tape dur sur une digestion précoce, toujours est-il que notre ami accuse le coup, étendu sur le banc, incapable de quoi que ce soit. Karl, pendant ce temps négocie un autre taxi pour notre retour à Kerman. Depuis quelques temps, je surveille le ciel qui s'assombrit rapidement. Sur le chemin du retour, celui-ci se fait plus menaçant, de grosses masses sombres se forment rapidement , ce qui a pour effet de faire varier tout aussi rapidement les couleurs excentriques du petit massif que nous traversons, au gré des variations de l'éclairage. Le spectacle est splendide, et offre des tonalités si subtiles qu'aucun appareil photo ne peut les capter.

La route, après une gentille ascension dans un paysage rocailleux, arrive à un petit col et débouche dans une vallée vert fluo cachée au beau du massif aride. La vallée abrite un village de paysans, des champs en terrasse, et des arbres fruitiers. L'agriculture semble bien prospérer, malgré l'exiguïté des terrains fertiles arrachés aux cailloux... Au passage, je me demande d'où provient toute cette eau, où est la source de toute cette vie. Puis la route remonte, et derrière un nouveau col, nous retrouvons la montagne lunaire, aux couleurs plus sobres cette fois. C'est à ce moment que l'orage éclate. Contrairement à l'orage du désert de Chak-chak, qui se déchaînait violemment et crachait de la grêle dès les premiers instants, le ciel semble plus clément : quelques gouttes de pluie et, au loin, des éclairs. Néanmoins, le ciel continue à s'assombrir et la pluie semble aller croissant ... Pour devenir, finalement la manifestation climatique la plus violente qu'il m'ait été donnée d'observer jusqu'à ce jour. Les balais d'essuie-glaces tournent à plein régime, ce qui est loin d'être suffisant pour garder une visibilité convenable, si bien que c'est au pas que nous pénétrons dans Kerman. Très impressionnant. Les rues sont désormais des fleuves, et les piétons qui doivent traverser ceux-ci en sont quitte pour s'immerger jusqu'aux genoux. L'eau de ces fleuves est terreuse, de couleur orange. Je comprends vite d'où provient cette coloration : sous les assauts du ciel, c'est toute la ville qui est en train de fondre... En effet, les murs des bâtiments, composés d'un mélange de sable et de paille, sont littéralement dissous par la pluie diluvienne qui grave sur les murs des sillons verticaux, arrondit les angles et charrie le sable qui s'accumule en petites digues sur les trottoirs. Les parapluies semblent de bien piètres protections contre une telle violence, et les piétons sont nombreux à trouver refuge dans le renfoncement d'une entrée d'immeuble ou l'entrée d'un commerce, tandis que les bagnoles ressemblent à des hors-bords, soulevant sur leurs passages des vagues de part et d'autre, que quelques courageux piétons tentent d'éviter tant bien que mal. Karl, Julien, Amélie et moi restons ainsi un moment, dans l'entrée d'un magasin, à observer silencieusement ce tableau de fin du monde provoqué par le déluge. Et puis, la pluie ne faiblissant pas, mes compères se décident à affronter la cataracte pour s'en retourner à l'hôtel, tandis que je m'en vais de mon côté car il me faut récupérer des négatifs avant de partir le lendemain pour un petit village où nous ferons étape pour finalement atteindre Zahedan.

 

Je ne vous raconterai pas dans quelles circonstances cela a eu lieu, mais il me faut à ce moment rencontrer quelqu'un à Kerman, rencontre qui va s'avérer fort instructive, au moins concernant une frange de la population Iranienne. L'homme qui m'invite à ce moment à grimper dans sa voiture est un dandy, le fils d'un riche marchand, l'une des plus grosses fortunes nationales. A plusieurs reprises, je vais pouvoir me rendre compte que certaines personnes sont au dessus des lois dans ce pays. A peine à bord de la petite voiture japonaise toute neuve, Rahid me propose un "petit verre", et me montre un gobelet pour me signifier qu'il a déjà entamé l'apéro. Évidemment, je commence par refuser la boisson alcoolisée, nous sommes en Iran et pour le voyageur que je suis, la méfiance demeure de mise, même si l'apéro me fait de l'œil ... "Persian Vodka"... D'après mon interlocuteur, l'un des plus vieux breuvages alcoolisé de la planète, celui-là même qui fut le favori de Cirus-le-grand au temps de la Perse antique. Un alcool distillé agrémenté de graisse animale, qui aurait pratiquement disparu à cause des «régimes stupides" au pouvoir depuis des décennies, toujours selon Rahid. Régime qui, apparemment serait plutôt clément avec certaines personnes. A un moment, Rahid me désigne un officier de police et m'explique que cet homme est le chef de la police de Kerman, un ami de son père par ailleurs... Sur ce, il gare la voiture, finit son gobelet et sort pour embrasser, avec son haleine alcoolisée, cet "ami de la famille". En remontant dans la voiture, il se ressert un petit gobelet, et cette fois-ci j'accepte ma ration, pour "finir la bouteille" ... Premier verre d'une longue série qui me conduira jusque tard dans la nuit. En Iran, les jeunes habitent souvent avec leur famille, si bien que tout ce qui est prohibé par la loi (boire de l'alcool, fumer du cannabis ou de l'opium, flirter) se fait "en voiture" ... Donc, nous écumons des bouteilles dans la voiture, tout en écoutant de la pop iranienne et en échangeant quelques propos sur la vie en général... Rahid est très moderne dans sa pensée et son mode de vie, sa petite amie est polonaise. Il pense que les religieux ne devraient jamais se mêler de politique et répète sans cesse "my stupid government" ou encore "this fucking president". Croyant en Dieu mais non pratiquant, il est, comme nombre de ses compatriotes, dingue de culture américaine et fait complètement la distinction entre le belliqueux gouvernement américain (il hait Bush au même titre qu'Ahmadinejad ) et le peuple des États-Unis qui, pour lui, représente l'évolution suprême de la société ... Un discours qui recoupe de nombreux autres que j'ai pu avoir lors de rencontres avec les classes moyennes Iraniennes... Très intéressant. Rahid souhaite rencontrer mes amis Julien et Amélie, mais Julien est toujours malade et mes bretons des alpages déclinent l'invitation pour la soirée. Rahid me guide donc jusque tard dans la nuit, à la découverte des shisha-bar branchés (clandestins ?) de la ville, et de la "demeure" de ses parents, un grand manoir en marbre blanc, cours intérieures, fontaines ... Le garage abrite des véhicules que l'on ne rencontre guère en Iran, petites sportives ou 4X4 de luxe achetés à Dubaï... Tout ceci ressemble très fortement à une mafia, mais je dois reconnaître que je suis traité comme un prince : Rahid, en plus de me payer à boire,et les cigarettes, m'offre le tirage de mes photos, ainsi que des CD de pop iranienne, m'invite au restaurant et me promène dans toute la ville. La grande classe ! Je me couche avec un bon mal de crâne, évidemment.

Le lendemain, Julien est sur pieds, et Rahid nous propose une petite excursion sur les hauteurs de Kerman où nous observons des familles entières pique-niquer et profiter du soleil du printemps. Nous croisons une nouvelle fois le chef de la police, nouvelle embrassade. Puis Rahid tient à nous emmener, à bord de son 4X4 jusqu'à la lisière du désert, là où la végétation cède la place aux immensités sableuses. Le ciel est d'une clarté exceptionnelle. Rahid me demande à intervalles réguliers de lui servir un nouveau verre, lâche un "bless you" tonitruant vide le godet cul-sec et appuie sur le champignon, à 160 sur la file de gauche en obligeant les autres voitures à se rabattre. Mes amis ne sont pas plus rassurés que moi, et m'exhortent de servir à notre Dandy des doses raisonnables, ce à quoi je m'applique... Puis nous sommes invités dans un restaurant de gastronomie iranienne tenue par l'un de ses "amis". Une chance : depuis la Révolution, les restaurants dignes de ce nom ont fermé les uns après les autres, ce qui est bien compréhensible étant donné que tout est interdit en public. Les gens ont finalement arrêté de fréquenter les lieux de convivialité, et la plupart des établissements qui restent sont d'horribles fast-food proposant des hamburgers ou d'abominables pizzas, que l'on mangera accompagnés d'un soda des plus chimiques, le plus connu étant le "thumbs-up", une imitation écœurante du Coca-Cola. Ainsi, la cuisine traditionnelle perse, pourtant réputée, a disparu du domaine public, et subsiste uniquement aux tables privées de ménagères gastronomes. La découverte de cette cuisine dans un vrai restaurant est donc un moment exceptionnel pour les trois français amateurs de bonne bouffe que nous sommes, et nous savourons les mets, à base de riz, épinards, pommes de terre et agneau en sauce. Un régal !

 

Et puis il est temps de laisser là notre Dandy, et de continuer notre route plus à l'Est. Mon ami n'est pas rassuré en apprenant que nous nous rendons à Zahedan, et tente de nous en dissuader. La ville a très mauvaise réputation. Évidemment, je ne l'ignore pas, et avant même d'entreprendre ce voyage j'avais déterminé que cet endroit serait le vrai point chaud ... Néanmoins, nous n'avons pas vraiment le choix ! Nous quitterons ce pays à l'Est, comme prévu. Avant de nous séparer, Rahid inscrit dans mon carnet le numéro de téléphone de gens "influents" que nous pourrions contacter sur place "en cas de problème". Alors que nous grimpons dans le bus et quittons cette ville et notre ami qui semble triste de nous voir partir si tôt, l'orage du jour se déclenche.

 

Toujours plus à l'Est

 

Notre étape du soir est un charmant petit village situé entre Kerman et Bam. Pour une fois, le Lonely-Planet ne préconise aucun hôtel dans la bourgade, pour la bonne raison qu'il n'en existe aucun ! L'un des membres d'équipage de l'autocar nous conduit dans un restaurant qui, selon lui, accepte généralement d'héberger des étrangers sur des tapis pour une nuit. Bizarrement, le brave restaurateur n'a pas l'air chaud-chaud pour nous recevoir cette nuit, mais accepte néanmoins de garder nos sacs, le temps que nous nous baladions dans les ruelles du village et que nous trouvions une autre solution pour la nuit. Justement, alors que nous nous baladons, nous éveillons la curiosité d'un groupe en vacance dans cette partie du pays. Petit détail amusant : à ce moment du voyage, je n'ai plus un seul pantalon digne de ce nom, et faute de mieux, je suis vêtu d'une membrane goretex étanche qui me sert normalement pour faire du ski ou d'autres excursions montagne. Plusieurs membres du groupe ne manquent pas de remarquer la chose, et pour cause : il s'agit de "mountain-climbers", la randonnée étant une activité des plus populaires en Iran. Car, si certains d'entre eux se trouvent être des alpinistes chevronnés, la plupart se contentent de quelques ballades "au vert" pendant les vacances de Norouze. Quelques uns pratiquent l'anglais, mais avant même d'engager la conversation, nous sommes déjà des bêtes de foire à prendre en photo, et notamment Amélie... Néanmoins l'ambiance est plutôt bon enfant et nous ne nous sentons pas agressés par les nombreux objectifs pointés sur nous... Au bout de quelques minutes, nous sommes invités à partager le dîner et avons trouvé un abri pour la nuit. En effet, le gouvernement met les écoles primaires à disposition des associations durant les vacances scolaires pour héberger les groupes de touristes en vadrouille. Plutôt love, non ? Anyway ...

A la nuit tombée, nous sommes donc installés dans l'école avec le groupe qui nous a d'ores et déjà adoptés et entamons le dîner, tous alignés et assis en tailleur le long d'un grand tapis dans le couloir, dans la bonne humeur générale Après le dîner, nous investissons une salle de classe, et à tour de rôle des membres du groupe nous présentent des chants et danses traditionnelles, tandis que Julien interprète un "Dans les prisons de Nantes". Grandiose. Là encore, l'alcool est au rendez-vous, il y a de quoi saouler un régiment russe et même si le breuvage est de qualité très moyenne, tout le monde savoure ce moment de convivialité, dans une joyeuse illégalité de circonstance... Alors que je suis là à contempler le spectacle réjouissant qu'offre ces joyeux perses, je suis entraîné à l'écart dans une autre salle de classe par une certaine Yalda.

Non, ne croyez surtout pas que ça va tourner à la cochonnerie, l'instant est en fait plutôt sérieux... Dans ce pays que je ne fais que traverser avec curiosité, et en essayant de saisir cette merveilleuse joie de vivre malgré le contexte politique bien peu favorable, je vais être confronté à la dureté du régime et la difficulté de vivre sa jeunesse dans l'Iran d'aujourd'hui. Assis en tailleur à même le sol, près de l'estrade, il y a l'un des jeunes du groupe, dont j'avais déjà remarqué l'air un peu triste. Appelons-le Salim. Il ne parle pas anglais, mais Yalda fait la traductrice, et commence par me raconter un peu sa vie, celle d'un étudiant à Téhéran, et l'un des espoirs de l'alpinisme iranien. Malheureusement pour lui, Salim a eu la mauvaise idée d'animer un site Internet politique contestataire, à ce titre il fut arrêté, "jugé" et condamné à plusieurs années de prison ferme. Heureusement pour lui, les prisons sont pleines et archipleines, et il est donc "en attente", en liberté provisoire. Voilà tout du moins ce que j'ai compris de ce récit. Soudainement, je comprends qu'en tant que voyageur, je suis à mille lieux des soucis réels de la vie d'une population bridée par un état totalitaire. J'explique à Yalda que je suis touché par ce récit, mais que je vois mal ce que je pourrais faire pour aider Salim. Ce dernier a pour projet de quitter clandestinement le pays pour se rendre en Allemagne, où il serait sûr d'obtenir l'asile politique : ceci lui a été promis par une ONG. Pour Salim, pas question de passer les plus belles années de sa vie derrière les barreaux. Il est prêt à prendre tous les risques, à mettre sa vie en jeu pour éviter cela. Le projet de passer clandestinement, de nuit, d'Iran en Turquie par les cols d'altitude ou les sommets me paraît un peu ambitieux. Qu'ai-je à voir là-dedans ? Salim attend de moi que je lui fournisse des renseignements sur la frontière. A ce moment, je me sens tout petit. De tout mon cœur, j'aimerais pouvoir aider ce garçon, qui sensiblement a le même âge que moi, et dont l'avenir semble condamné. Mais quels "renseignements" pourrais-je bien lui fournir ? D'autant plus que ladite frontière, je l'ai franchie en train, de nuit, je n'ai rien vu, si ce n'est l'ombre de massifs montagneux que je devinais très hauts, et les nombreuses tours de guet de part et d'autre de la voie ferrée. J'aimerais pouvoir l'aider ... Je me rappelle que j'ai toujours ma carte de la Turquie. J'ai pesté contre cette carte, que j'ai achetée trop précise, et qui par conséquent n'était pas très pratique pour me repérer sur de longues distances. En outre, la dite carte comporte les renseignements topographiques des zones montagneuses. Je lui donne la carte de bon cœur, il la saisit et la manipule comme un trésor, me propose de me dédommager, ce que je refuse évidemment. Nous commençons à l'étudier immédiatement et je fais quelques commentaires sur les régions que j'ai traversées. Le plan est de traverser toute la Turquie à la force des mollets. Il me semble que le projet a peu de chances d'aboutir, tant la distance à parcourir est grande et les embûches nombreuses et probables. Mais Salim n'envisage pas d'autres choix, cette longue marche jusqu'à Istanbul est celle du désespoir, celle de la dernière chance.

Je rejoins le groupe le cœur gros, laissant Salim rêveur, fasciné par cette simple carte qui pour lui symbolise la liberté, la seule voie possible.

 

Tout le monde a l'air de s'amuser, les chants et danses vont bon train, le rythme de la soirée s'accélère à mesure que les bouteilles se vident. Seuls Salim et Yalda ne parviennent pas à être gais. Ou plutôt Salim, Yalda et moi qui à présent partage également ce terrible secret, pourtant presque banal dans ce pays. Du coup, à défaut de participer activement aux festivités, je me concentre sur le vidage de bouteilles. A l'heure du coucher, je prends mon sac de couchage et m'installe à l'extérieur malgré le froid, sur une table de ping-pong. Me voici ivre, pour la deuxième nuit consécutive, en Iran ! Qui l'eut cru ?

 

Zahedan, nous voici !

 





dimanche 25 mars 2007, Ispahan
Comme sur des roulettes ! To go like clockwork !

NOUVEAU DANS L'ALBUM PHOTO : LES PHOTOS D'ABADEH, LES PREMIERES PHOTOS DE SHIRAZ !! Allez donc y jeter un coup d'oeil...

Salut à tous, amis lecteurs, vous qui participez de loin et par web interposé à ma petite vie en Iran... Il est vrai que les articles se font de plus en plus espacés. Ce qui signifie que mes journées sont de plus en plus remplies ! Oh, je ne vous oublie pas pour autant, mais il est vrai que ça devient compliqué de trouver un créneau pour vous transmettre mes impressions.

"Oh !! Audoin ! Ça alors ! Encore toi ??"... Vous devinez ? Bien vu ! Et oui, il s'agit bien du cri (de joie, j'espère) qu'a poussé Adrien (le french routard) en entrant dans ce café net, il y a quelques jours à Esfahan... Plutôt amusant, non ? Pourtant, l'Iran est un grand pays. A croire que nous sommes connectés de manière céleste, disposés à nous retrouver inéluctablement... Et, vu que l'on s'apprécie plutôt bien, nous passons cette dernière journée à Esfahan ensemble. A priori, ce sera la dernière fois que vous entendrez parler de mon pote Adrien sur ce blog, vu que son extension de visa a été refusée par les autorités (in)compétentes, et que par conséquent, il a dû filer straight right d'Esfahan à Zahedan, tandis que je compte bien m'attarder encore quelques jours en Iran. Alors ciao l'Adrien, et à la revoyure !

Le dernier article s'appelait "1386 : l'année du rire et de la bonne humeur perse". Vous l'aurez compris (j'espère), 1386, c'est la nouvelle année, entamée depuis Norooze, soit le 21 mars a 3h du mat. Attention, ne confondez pas avec les années arabes (ils en sont autour de 1600 et quelque, je crois), dont le calendrier est basé sur les cycles de la lune, et non du soleil comme le nôtre ou le calendrier persan. Soit dit en passant, les Perses détestent que l'on confonde leur culture ou leur langue avec la culture ou langue arabe. Ils ont toujours su résister à cette assimilation, qui fut jadis imposée par la violence des guerres, aujourd'hui par un gouvernement extrêmement pro-arabe. Pourquoi l'année du rire et de la bonne humeur ? Parce que celle-ci a débuté avec de joyeux éclats de voix qui ont retenti du côté d'Abadeh, petite cité de quelques milliers d'âmes entre Isfahan et Shiraz, dans le sud de l'Iran. Il faut dire que dans la famille de Samaneh, on aime bien rigoler... J'irai même jusqu'à dire que c'est un mode de vie !

Samaneh, vous vous rappelez ? Je l'ai rencontrée pour la première fois en visitant un château à Téhéran. Puis nous avons dîné ensemble, et elle m'a proposé de m'accueillir dans sa famille. Donc, la veille du Norouse, je la préviens du matin pour l'après-midi que si sa proposition tient toujours, je débarque avec grand plaisir dans son logis. Yes, ça marche! Je saute dans un bus, et rencontre Sahand et sa famille, forts sympathiques habitants d'Esfahan, en route pour passer le Norooze à Chiraz. Notre véhicule évolue dans un environnement que j'ose qualifier de semi désertique. Effectivement, la végétation n'existe que sur quelques parcelles parfaitement carrées, alimentées en eau par des canaux d'irrigation. Quand Dieu ou je ne sais qui, a créé la terre, il ne devait lui rester pour cet endroit qu'un pot de peinture jaune, et quelques nuances de cette couleur... Ainsi sont peints les montagnes et vastes espaces plats ou rien ne semble pouvoir pousser, que quadrillent des routes parfaitement longilignes et des lignes électriques jusqu'à l'horizon. Les constructions, villages, fermes ou forteresses en ruines sont faites de terre sèche ou encore de briques jaunes orange. Les seules exceptions, taches de couleur dans cet univers doré sont les hauts sommets blanchis par la neige, et, de loin en loin, une parcelle irriguée, vie fragile au coeur de cette contrée inerte, et dont le vert intense a quelque chose d'émouvant...

Mon voisin met fin à ce délire poétique d'un coup d'épaule pour me signaler que nous sommes à Abadeh, et que je dois descendre. Samaneh, sa soeur et son père m'attendent dans une Peykan, chouette ! Après les "hello, Salam", nous traversons Abadeh, direction la maison de cette petite famille. Tout le monde est ravi d'avoir un hôte étranger... J'imagine que dans ce village paumé au coeur de l'Iran, et pauvre de toute attraction ou curiosité, "l'Etranger" est une denrée rare, et donc précieuse. Je suis accueilli en conséquence... La maison est, pour l'idée que je m'en fais, quelque chose de typiquement perse. Peu de mobilier, et dans chaque pièce un grand tapis qui recouvre intégralement le sol. Très pratique pour la sieste d'après midi, lorsque, après manger, ceux qui ne fument pas le Narghileh s'allongent a même le sol pour un petit somme... Sur la table basse, il y a les "6 S". Traditionnellement, pour le Norouze, on orne la table de 6 aliments dont le nom commence par un S. Le seul que j'ai retenu est Seed, qui signifie pomme de terre... A part ça il y a une assiette dans laquelle est plantée de l'herbe (ciboulette ??), des graines de je ne sais quoi (Seed in english ??), plus des verres contenant des breuvages non identifiés. A tout ceci, la tradition a ajouté un bocal avec des poissons rouges. Quand je demande pourquoi des poissons rouges, est-ce que ça commence par S, on me répond que non, mais que c'est très joli (dans les rues d'Abadeh, il y a partout des vendeurs de poissons rouges, un peu comme nos vendeurs de muguet le 1er mai). Quelques minutes après moi débarque une autre famille, les cousins, avec oncle et tante... Hormis la petite dernière qui ne doit guère avoir plus de 6 ou 7 printemps, et les parents de Samaneh, tout ce petit monde parle anglais, ce qui est plutôt pratique pour communiquer... Comme toujours, les mêmes questions reviennent : "Est ce que tu te plais en Iran ?" et "quelle image avais-tu de ce pays avant de venir ?" et "que pense tu des iraniens ?" et "tu les trouves jolies les petites iraniennes ?" et "pourquoi avoir choisi ce pays ? et quel autre pays as tu visité ?", et j'en passe...

Il y a l'Oncle, ancien pilote militaire, qui parle évidemment anglais du fait de sa profession, mais qui manifestement préfère m'écouter, du moins pour le moment. Et, de temps en temps, il sort quelques mots en farsi et en me regardant droit dans les yeux, ce qui déclenche une tempête de rire... Sa femme se sent obligée d'ajouter, pour me rassurer "don't worry, he is joking...". Ça, j'ai bien compris que ce monsieur était un grand joker... La soirée va, comme ça, de fous rire en éclats de rire, plutôt joyeux, non ? A vrai dire, dans cette famille on aime se fendre la poire, et même : on le revendique ! Tout est prétexte a se bidonner, et spécialement ce soir de Norouze. Je ne vous ai pas présenté Siavash : c'est le cousin de Samaneh et de sa petite soeur Shaini, et donc le frère de Ghazal et de Shain, la petite dernière. Bref : le fils d'Iman et Abollah, le pilote en retraite... Ouh la, hou la... Don't panic ! Ce sera plus clair avec les photos. Et même : ceci n'a aucune importance...

Donc, pour en revenir, Siavash est étudiant en mécanique ou un truc du genre, mais ce qui le passionne, c'est le cinéma, la musique, le théâtre, le monde occidental... Comme sa soeur et ses cousines, il n'a qu'une idée en tête : pouvoir quitter l'Iran pour venir habiter en France ou en Suisse. Je leur promets, en toute sincérité, de faire mon possible pour les aider dans leur démarche après mon retour en France. Vers onze heures, voila un peu la tournure que prend la conversation, ça devient plus sérieux, on parle de la difficulté de vivre en Iran, de religion, d'oppression. Mais la vie, c'est fait pour se marrer, dixit Siavash ! Donc, le couz' cherche une idée pour se fendre la poire, et il trouve ! Un défilé de mode... Les uns après les autres, le père de Samaneh et celui de Siavash, puis ce dernier et moi même, nous défilons... Les téléphones portables et appareils photo immortalisent ces instants de poilade ultime... Tout ceci peut vous sembler un peu "bon enfant", et c'est vrai que ça l'est. Mais je vous assure que j'ai vraiment bien rigolé... Et puis, sans alcool, on fait ce qu'on peut ! Tout le monde semble s'entendre vraiment bien dans cette famille, et cela participe sans doute à ce fou rire qui semble ne jamais pouvoir s'arrêter... A minuit, le chef de famille décrète le couvre-feu, avec réveil a trois heures pour fêter le Norouze. Les cousins restent pour la nuit. L'avantage de dormir par terre n'importe ou sur des tapis, c'est que l'on peut loger un régiment (ou une famille nombreuse dans le cas présent) sans se soucier des couchages... Dans mon sommeil, il me semble encore entendre résonner ces rires. C'est bon... Et ce ne sont pas des rêves ! Car, à trois heures, ils ne m'ont pas réveillé les bougres !

Le lendemain, Abdollah nous drive, les quatre jeunes filles et moi, a la découverte (pour moi seulement) des quelques attraits touristiques du pays. Je découvre un impressionnant "frigo" antique, sorte de pyramide aux murs très épais dans lequel on entassait jadis de la glace en hiver, qui tenait toute l'année. Un arbre vieux de 4500 ans (vous ne me croyez pas ? Heureusement, j'ai fait des photos !). De vieilles mosquées, encore. De vieux tombeaux, toujours...

Au retour de cette promenade, nous nous rendons dans le village de famille de la famille, et tout d'abord dans la maison de vacance d'Abdullah et Iman, pour le déjeuner. Chicken kebab, puis narghileh et sieste. Après ça, nous, les jeunes, partons pour une petite promenade dans les jardins du village. Puis c'est la tournée des familles, où chacun a à coeur de me recevoir avec chaleur, thé, fruits et friandises. Le soir, tout le monde se retrouve chez les parents de Samaneh, et là, il y a vraiment beaucoup de monde... Donc, de quoi vraiment bien se marrer ! La soirée se finit en beauté par un défilé de mode général, mémorable...

Et puis, au matin, je dois partir... Il y a comme de la tristesse dans l'air. Moi, je viens de passer l'un des meilleurs moments de mon voyage. Eux, un Norouze mémorable, avec un étranger sympathique. Je réalise a ce moment à quel point cette notion d'hospitalité est un échange. Et puis, j'apprends. Et oui, recevoir l'hospitalité, c'est aussi quelque chose qui s'apprend ! Savoir donner le meilleur de soi-même, être joyeux et ouvert, découvrir les usages et les adopter. Echange général d'e-mails, avec la promesse de s'écrire, et peut être de se voir bientôt a Paris ? Sur le quai de la gare routière d'Abadeh, on aimerait bien tous s'embrasser, mais c'est interdit... Donc, on se dit au revoir comme ça, à travers les fenêtres dégueulasses de ce vieux bus Mercedes.

J'arrive à Shiraz. Il y a un monde terrible ! Des tentes (en Farsi : Tchador) partout, même sur le bord de l'autoroute ! Ah, oui, j'ai failli oublier ce petit détail marrant : sur le bord de l'autoroute, il y a aussi des vendeurs de tout et n'importe quoi, qui présentent leurs articles à bout de bras, à quelques centimètres des véhicules qui les dépassent a grande vitesse. Ce pays est quand même étonnant... Tout est interdit, réprimé, mais pendant Norouze, c'est la grande semaine du n'importe quoi... Les gens dorment dans des tentes, au bord de l'autoroute ou carrément dans les rues de la ville. En arrivant, j'appelle Sahand, qui m'a proposé trois jours plus tôt de me faire visiter la ville, ou de m'aider le cas échéant. Donc, on fait ensemble la tournée des hôtels. Au bout du dixième, on en trouve enfin un qui a une chambre qui n'attendait qu'un touriste français. C'est crade, c'est glauque c'est plein de moustiques (et moi je suis plein de boutons, maintenant !). Mais c'est pas cher ! Je me couche direct. Le lendemain, Sahand, son frère et sa mère me font visiter la ville, comme promis. Encore des mosquées et des tombeaux antiques, les vielles ruelles couvertes du bazar, et les magnifiques jardins d'Eram. Une fois encore, je tombe sur des gens vraiment super. Comme tous ceux que j'ai rencontrés, ils ne supportent pas le régime en place. Et pour cause. Le petit frère de la mère de Sahand a été arrêté, emprisonné puis torturé et pendu après la révolution parce qu'il était communiste. Difficile à entendre... Mais je comprends qu'elle veut que je sache ce que sont la vie et la douleur de nombre de familles iraniennes. Le soir, je repère dans la rue un jeune avec sac a dos et trépied en bandoulière, et pour une fois, je me décide a l'aborder... C'est Chris, un hongrois routard. On se tape un thé ensemble. Il a réservé pour le lendemain un tour organisé à la découverte de Persépolis et des environs ; je décide de l'accompagner.

Persépolis, je ne vous raconte pas. Scusez ! Une fois encore, le temps de manque, je vais rater mon bus pour Yazd si je continue a vous raconter les détails de ma vie ! Les photos viendront bientôt, ainsi que celles d'Abadeh et environs, et celles de Shiraz. Et oui, désolé, mais je suis obligé de sélectionner... Et puis, ça ajoute une dose de réalisme : si j'avais le temps de tout vous dire, cela signifierait que j'ai du temps a volonté, et donc que je suis un gros glandeur, alors que je ne suis qu'un semi glandeur !! Aujourd'hui, j'ai eu mon extension de visa, sans aucune difficulté, les gens du bureau des étrangers étaient vraiment sympas et accommodants. Comme sur des roulettes ! Donc, je vais pouvoir prendre ce fameux train du désert entre Zahedan et Quetta, avec mes amis Julien et Amélie.

La classe !

 

 

J'ai une pensée toute particulière pour Margot, Juliette et leur maman Fabienne, ainsi que pour Nicole et Marcel. Je pense à vous tous, même à des milliers de kilomètres de là.  Je vous souhaite plein de courage,  malgré les épreuves que la vie vous impose.

Audoin.

NEW IN the PHOTO ALBUM: Pictures of ABADEH, the first pictures of SHIRAZ!! Let’s have a glance at them … (translation is not rigorous)Hello to  all of you, friendly readers, you who take part by far and by Web interposed with my small life in Iran… It is true that the articles are done more and more spaced. What means that my days are filled more and more! Oh, I do not forget you therefore, but it is true that it becomes complicated to find a crenel to transmit my impressions to you. “Oh!! Audoin! Still you?? ”… You guess? Well considering! And yes, it is indeed the cry (of joy, I hope) that Adrien (the french routard) pushed while entering this cybercoffee, a few days ago at Esfahan… Rather amusing, not? However, Iran is a large country. To believe that we are connected in a celestial way, laid out to find us ineluctably… And, considering one appreciates oneself rather well, we spend this last day to Esfahan together. A priori, it will be the last time that you will hear me speaking about my friend Adrien  on this blog, considering his extension of visa was refused by the authorities (in) proper, and that consequently, he had to spin straight right of Esfahan in Zahedan, while I hope well to be still delayed a few days in Iran. Then ciao Adrien, and see you soon ! The last article was called “1386: the year of the laughter and the good Persian mood”. You will have included/understood it (I hope), 1386, it is the new year, started since Norooze, that is to say on March 21 at 3 a.m. Caution, don’t confuse with Arab years (they are around 1600 and some, I believe), whose calendar is based on the cycles of the moon, and not of the sun like ours or the Persan calendar. It should be said, the Persians hate that one confuses their culture or their language with the culture or the Arabic language. They always knew how to resist to this assimilation, which was formerly imposed by the violence of the wars. Why the year of the laughter and the good mood? Because this one began with merry shouts which resounded on the side of Abadeh, small city of a few thousands of hearts between Isfahan and Shiraz, in the South of Iran. It should be said that in the family of Samaneh, one likes to laugh … I will go even until saying that it is a way of life! Samaneh, do you remember? I met her for the first time by visiting a castle in Teheran. Then we had diner together, and she proposed to me to be accommodated in her family. Therefore, the day before Norouse, I informed her in the morning that I will arrive in the afternoon if her proposal was still valid. Yes, it goes! I jumped into a bus, and met Sahand and his family, strong sympathetic nerves inhabitants of Esfahan, on the way to spend Norooze at Chiraz. Our vehicle evolves/moves in an environment which I dare to describe as semi desert. Indeed, the vegetation exists only on some perfectly square pieces, fed out of water by irrigation canals. When God or I do not know whom created the ground, it was to remain to him for this place only one pot of yellow painting, and some nuances of this color… Thus the mountains are painted and vast flat spaces or nothing seems to be able to push, that roads straight forward and powerlines square perfectly to the horizon. Constructions, villages, farms or fortresses in ruins are made of dry ground or of orange yellow bricks. The only exceptions, spots of color in this gilded universe are the high tops bleached by snow, and, by far in far, an irrigated piece, fragile life in the middle of this inert region, and whose intense green has something of moving… My neighbour puts an end to this frenzy poetic with a blow of shoulder to announce me that we are in Abadeh, and that I must go down. Samaneh, her sister and her father wait for me with a Peykan, owl! After the “hello, Salam”, we cross Abadeh, direction to the house of this small family. Everyone is charmed to have a foreign host… I imagine that in this village lost in the middle of Iran, and poor of any attraction or curiosity, “the Foreigner” is a rare food product, and thus invaluable. I am hosted consequently… The house is, for as I can imagine, something of typically Persian. Little furniture, and in each part a large carpet which covers the ground completely. Very practical for the nap according to midday, when, after eating, those which do not smoke Narghileh lengthen on the ground for a small nap… On the coffee table, there are the “6 S”. Traditionally, for Norouze, one decorates the table of 6 food whose name begins with S. The only one that I remember is Seed, which means potato… Besides there is a plate in which is planted grass (chive??), of seeds of I do not know what, more of glasses containing of not identified beverages. In addition, the tradition added a bowl with red fishes. When I ask why red fish, does it start with S ?, they answered me that not, but that it is very pretty (in the streets of Abadeh, there are red fish salesmen everywhere, a little like our salesmen of May lily on May 1st). A few minutes after me another family, the cousins with uncle and aunt… Except the young last one who should hardly have more than 6 or 7 springs, and the parents of Samaneh, all this small world speaks English, which is rather practical to communicate… As always, the same questions : “Do you enjoy being in Iran?” and “which image did have you of this country before coming?” and “what do you think about Iranian?” and “ do you find the small Iranian pretty women ?” and “why did you choose this country? and which other country did you visited? ”, and I pass from there… There is the Uncle, old pilot, who speaks obviously English because of his profession, but which obviously prefers to listen to me, at least for the moment. And, from time to time, it leaves some words in farsi and looking at me right in the eyes, which starts a storm of laughter… His wife feels obliged to add, to reassure me “don't worry, He is joking…”. That, I understood well that this Mister was a large joker… Does the evening go, like that, of insane laughter in bursts of laughter, rather merry, not? To tell the truth, in this family one likes to split pear, and even: it is asserted! All is pretext to laugh, and especially this evening of Norouze. I did not present Siavash to you: he is the cousin of Samaneh and her small Shaini sister, and thus the brother of Ghazal and Shain, the young last one. In short: the son of Iman and Abollah, the pilot in retirement… Ouh, hou… Don't panic! It will be clearer with the pictures. And even: this does not have any importance… Therefore, to come back to the topic, Siavash is student in mechanics or a trick of this kind, but what impassions him is the cinema, the music, the theatre, the Western world… I promised to them, in all sincerity, to make my possible to help them in their step after my return in France. Around eleven hours, veiled a little the turning which the conversation takes, that becomes more serious. But the life is made for laugh, dixit Siavash! Therefore, the couz' seeks an idea to split pear, and he found it! A fashion parade… The ones after the others, the father of Samaneh and that of Siavash, then this last and me even, we ravel… The portable telephones and cameras immortalized these moments of being full of the joy of spring … Really fantastic ! All this can seem to you a little “good child”, and it is true that it is. But I ensure you that I laughed really well… And then, without alcohol, one does what one can! Everyone seems to get along really well in this family, and that undoubtedly takes part in this insane laughter which never seems to be able to stop… At midnight, the head of household issues the curfew, with alarm clock at 3am to celebrate Norouze. The cousins stays for the night. The advantage of sleeping on the ground is not essential or on carpets, it is that one can place a regiment (or a large family in this case) without worrying about the beds… In my sleep, it still seems to me to hear to resound this laughter. It is good… And they are not dreams! Because, at 3 am, they did not awake me the guys! The following day, Abdollah drives us, four girls and me, to discover (for me only) some tourist attractions of the country. I discover impressive an ancient “refrigerator”, kind of pyramid to the very thick walls in which one piled up formerly ice in winter, which held all the year. An old tree of 4500 years (you believe me? Fortunately, I made photographs!). Old mosques, still. Of old tombs, always… To the return of this walk, we go in the family village of the family, and first of all in the holidays house of Abdullah and Iman, for the lunch. Chicken kebab, then narghileh and nap. After that, us, the young people, went for a small walk in the gardens the village. Then it is the visit of the families, where each one has in heart to receive me with human warmth, tea, fruits and delicacies. The evening, everyone met with the parents of Samaneh, and there, there are really many people… Therefore, of what really well marrer! The evening is finished in beauty by a fashion parade general, memorable… And then, in the morning, I must leave… There is like sadness in the air. Me, I have just passed one of the best moments of my voyage. Them, memorable Norouze, with a foreigner sympathetic nerve. I realize at this time at which point this concept of hospitality is an exchange. And then, I learn. And yes, to receive hospitality, it is also something which is learned! To know how to give the best of oneself, merry and to be opened, to discover the uses and to adopt them. Then it is a  general exchange of e-mail, with the promise to writte each other, and to meet soon in Paris? On the road station platform of Abadeh, one would like all to embrace oneself, but it is prohibited… Therefore, one says oneself goodbye like that, through the disgusting windows of this old bus Mercedes. I arrive at Shiraz. There is a terrible world! Tents (in Farsi: Tchador) everywhere, even on the edge of the motorway! Ah, yes, I failed to forget this small funny detail: on the edge of the motorway, there are also salesmen of all and anything, which present their articles at end of arm, with a few centimetres of the vehicles which exceed them at high speed. This country is nevertheless astonishing… All is prohibited, repressed, but during Norouze, it is the great week of anything… People sleep in tents, at the edge of the motorway or straightforwardly in the streets of the city. While arriving, I call Sahand, who proposed three days to me earlier to make me visit the city, or to help me if necessary. Therefore, the round of the hotels together is made. At the end of the tenth, we found finally one which has a room which awaited only one French tourist. It is crade, it is glaucous, it is full with mosquitos (and me I am full with pimples, now!). But it is not expensive! I lie down direct. The following day, Sahand, its brother and his mother make me visit the city, as promised. Still ancient mosques and tombs, the hurdy-gurdies lanes covered with the bazaar, and splendid gardens of Eram. Once again, I met people who are really super. As all those which I met, they do not support the mode in place. The evening, I locate in the street a young person with bag and tripod in shoulder-belt, and for once, I decide has to approach it… It is Chris, Hungarian routard. We had tea together. He booked for the following day a turn organized for the discovery of Persépolis and surroundings; I decide to accompany it. Persépolis, I do not tell you. Scuza! Once again, lack of time, I will miss my bus for Yazd if I continue to tell you the details of my life! The pictures will come soon, like those of Abadeh and surroundings, and those of Shiraz. And yes, afflicted, but I am obliged to select… And then, that adds an amount of realism: if I had the time of all to say to you, that would mean that I have time at will, and thus that I am a lazy person, whereas I am only a one semi lazy!! Today, I had my extension of visa, without any difficulty, people of the office from abroad were really nice and accommodating. How on casters! Therefore, I will be able to take this famous train of the desert between Zahedan and Quetta, with my friends Julien and Amélie. The great class!



jeudi 22 mars 2007,
1386 l'annee du rire et de la bonne humeur perse !

دوستای من سلام.به سال 1386 (شمسی) خوش آمدید

 

Ah, ah !! mystere, mystere... Bof, ce n'est pas bien complique, ca coule de source !

Voila une petite enigme en Farsi pour vous faire patienter jusqu'a un message plus consequent...

Pour l'instant c'est un peu galere Internet et les photoshop (ainsi que les hotels, les tickets de car, les restaurants, les magasins de farce et attrapes), because Norouse... Donc je fais court !

Pour vous mettre un peu l'eau a la bouche

(puisque l'alcool est prohibe rappelons-le), j'ai quitte Esfahan, qui est une ville geniale (et tres belle : visez un peu ces CLICHES), direction Abadeh, un petit village ou j'ai retrouve Samaneh et son incroyable famille, deux jours qui furent incontestablement parmi les meilleurs de ce debut de voyage.

Et, pour finir je viens d'arriver a Shiraz, capitale de la perse antique (et reputee so open-minded), a 60 bornes de la mythique Persepolis... ca promet !

Bien le bonsoir dans les chaumieres...





dimanche 18 mars 2007, Mashhad
Norooze J - 3

Nouveau ! L'album photo de Mashhad

TRES NOUVEAU : Prenez un bain de soleil dans les ruelles d' Esphahan  

Salut les amis, la famille, et les autres...

Le norooze, qu'est ce que c'est ? Je vous en ai déjà parlé, sauf que j'avais appelé ça "no rules" parce que ça sonne à peu près pareil et que c'est marrant... Et un peu vrai aussi ! Parce que, pour les jeunesses opprimées d'Iran, et principalement à Téhéran, toutes les fêtes n'étant pas à caractère religieux sont sujettes à démonstration de résistance. Par exemple, l'année dernière, le Tchahar-Chanbeh-Souri (la fête où l'on saute par-dessus les feux) a été l'occasion de faire partir en fumée les immenses posters des leaders de la révolution. Il y avait eu de nombreux échanges de cocktails Molotov et coups de feu, avec officiellement 8 morts du côté des flics. Quant au nombre de manifestants tués et emprisonnés, on ne l'a jamais trop su. A la télévision, cette année là, on avait pu voir des militants islamiques brûler des drapeaux américains, alors que les émeutes contre le pouvoir en place avaient été énormes... En ce qui concerne cette année, on ne sait pas encore, vu que les nouvelles réalistes, celles qui n'émanent pas du pouvoir, n'arrivent que quelque temps après les faits, publiées sur Internet et hors de l'Iran. Mais, apparemment les flics ont dispersé les joyeux participants assez tôt...

Donc, tout ça pour dire que le Norooze, tout le monde en parle, et tout le monde se prépare pour la grande fête. La tradition perse étant décidément tournée vers l'hospitalité, celle-ci veut que les jours qui encadrent le moment précis (qui correspond exactement au solstice de printemps ; soit cette année le 21 mars à 3h du mat), les gens soient dans la rue et suivant le cas, distribuent et reçoivent du thé et de la nourriture gratuite. Trop cool, non ?

La dernière fois que je vous ai écrit, j’étais toujours à Téhéran, il me semble ? Ah, oui, à courir après un train... A cause du trafic anarchique de la capitale, j'ai bien failli le rater, celui-là encore ! Donc, nous voilà en route, mes trois compères et moi, en direction de Meshhed ou Mashad ou ce que vous voudrez, merci de ne pas m'importuner avec l'orthographe des ville d'Iran vu que ce sont des traductions du Farsi écrit avec des lettres arabes, donc chacun l'écrit un peu à sa sauce. Pour moi ce sera Mashad, parce que ça correspond plus à ma manière de le prononcer. Accompagné de mes trois compères, Merdhad, Reza et Sara, nous prenons donc le train, en première classe siouplait, direction Mashad. Eux continueront leur route vers l'Afghanistan ; je les aurais bien suivis mais j'imagine déjà la tête de mes parents si je leur annonce que je vais faire un p'tit tour dans ce pays, pour admirer le paysage... Et puis c'est pas sûr que je trouve quelque part dans le monde une ambassade de France qui accepterait de me faire la précieuse lettre de recommandation. En arrivant, mes amis Iraniens décident de passer une journée dans la cité, histoire de faire un peu de tourisme national (pour eux). Donc, méthode Iranienne : on loue un taxi avec chauffeur à l'heure, on négocie à deux euros de l'heure, notre chauffeur a l'air très satisfait de son salaire...

Je remarque tout de suite que la bourgade est très différente de Téhéran, et même de Tabriz. A vrai dire, ça n'a même pas grand chose à voir, on se croirait dans un autre pays. Je pense, d'ailleurs, que Mashad correspond plus à la vision que l'on peut avoir de l'Iran, en tant qu'occidental n'ayant jamais mis les pieds dans ce pays. Les femmes portent à 98% le sombre Tchador. Les hommes sont pour la plupart barbus. Les habitats sont plus bas, et délabrés, hormis autour du Holly Shrine. Le Holly Shrine, c'est le coeur de Mashad. Le mausolée de l'Imam Reza, sur qui, une fois de plus, je ne pourrai pas vous raconter grand chose. Moi, vous me connaissez ? La religion, ce n'est pas mon truc... Donc j'ai tendance à m'y désintéresser par principe. Je peux simplement vous dire, à la taille du Holly Shrine et à ce que j'ai vu là-dedans, que ce doit être un type important. A vrai dire, je n'ai (une fois de plus) jamais vu un endroit pareil. Il y a au centre, une mosquée (dans laquelle je ne suis pas entré), majestueuse, au toit recouvert de feuilles d'or. Et autour, de nombreuses cours, décorées magnifiquement de faïences et de dorures. Le sol de ces cours est de marbre blanc, et au centre il y a systématiquement une fontaine, avec des lavabos pour se laver les mains et les pieds avant d'aller prier. Dans quelques jours il y a une cérémonie spéciale en l'honneur de cet Imam Reza (si quelqu'un a l'amabilité de faire ce dont j'ai la flemme, à savoir en chercher un peu plus sur le net concernant cet illustre membre du clergé islamique, ce serait génial !), c'est pourquoi la ville regorge de pèlerins, et à l'intérieur du Holly Shrine, je ne vous raconte pas le monde... Et puis les gens n'ont pas vraiment la ferveur discrète, si j'ose dire... Nombre d'entre eux pleurent, embrassent les énormes portes, ou prient. Il y a aussi des armées de fauteuils roulants, attendant là un miracle. Et puis, il y a ces étranges cortèges, qui avancent lentement et se flagellent en rythme, avec une sorte de martinet où les lanières de cuir sont devenues des chaînes de métal... Le geste n'est pas extrêmement violent, mais j'imagine qu'après une journée d'un tel auto traitement, les épaules doivent cuire... Bref, je ne suis pas vraiment à l'aise dans cet endroit certes intéressant mais très étrange. 

Nous continuons notre visite par le mausolée du poète persan Ferdowsi, que Merdhad et Reza aiment beaucoup. Ce personnage n'ayant rien à voir avec la religion, son mausolée est relativement sobre. L'illustre personnage a versifié le "livre des rois", appelé le Shahnama, qui englobe plus de 60 000 vers racontant  la mythologie perse. Pas mal, non? Plus qu'un poète, Ferdowsi symbolise à lui tout seul l'identité perse pour nombre d'Iraniens, puisque de nombreuses personnes considèrent que le Shahnama a sauvé le Farsi, la langue perse, ainsi que cette mythologie millénaire après l'invasion arabe. L'alphabet a disparu, mais la langue est restée, ce qui en fait l'une des plus vielle du monde, plus de 5000 ans !

Bref, on passe la journée à sillonner les environs, voir des mosquées et des châteaux, des choses et d'autres, mais je ne profite pas beaucoup parce que je suis crevé, la vie bien agitée et nocturne aux côtés de Merdhad m'ont refait flirter avec le manque de sommeil, je ne suis plus habitué, et je m'endors à chaque fois que l'on remonte dans le taxi... Merdhad a eu l'excellente idée de contacter un membre d'hospitality-club, une certaine Blackbanana, que nous rencontrons. Banafshhe nous invite pour une petite promenade sur un énorme rocher au centre de la ville, avec un ami à elle et son frère. Nous faisons quelques photos nocturnes, très sympas (que vous aurez peut-être l'immense privilège de découvrir bientôt sur cette adresse de choix si je trouve un photographe qui veuille bien me les numériser) et Banafshhe nous offre l'hospitalité chez ses parents pour la nuit. Banafshhe est prof d'anglais, comme son père qui est un retired english teacher, si bien que tout le monde parle anglais dans cette maison, et ça, ça fait du bien... Parce qu'à vrai dire si je m'endormais dans le taxi, c'est aussi parce que les trois amis ont parlé Farsi toute la journée, sans se soucier vraiment de moi. Et puis Banafshhe, qui fait partie d'un "panel" féministe, organise des discussions chez elle, en anglais.  Ce soir, c'est sur les droits de la femme. Malheureusement ce n'est pas très intéressant car Merdhad et Reza accaparent la conversation, allant jusqu'à en changer le thème et même décider qui doit parler ou non ! Drôle d'attitude pour des invités, j'ai l'impression de ne plus reconnaître mes amis... Et surtout je suis déçu, j'étais à l'affût de cette conversation dans ce salon, mon cahier à la main, mais il n'en est rien sorti de bon. Bref...

Le lendemain, les trois téhéranais quittent la ville pour l'Afghanistan, et moi je passe ma journée en ville, à flâner dans les rues et les café-net. Mais comme je vous l'ai dit, cet endroit ne m'inspire pas spécialement, et je tue le temps plus que je n'en profite. Ben oui, qu'est ce que vous croyez ? Evidemment qu'il y a aussi des moments comme ça. Il y a des moments où il me semble me réveiller un peu de ce rêve permanent dans lequel je vis depuis bientôt deux mois. Je rencontre Rassool, autre prof d'anglais à la retraite, qui me fait re-visiter un peu la ville, dans sa voiture, et qui évidemment me demande de l'argent à la fin. Du coup, vu qu'il joue les chauffeurs de taxi, je lui demande de me reconduire chez Bannafshhe, qui accepte de m'offrir l'hospitalité une nuit de plus.

Là, je fais vraiment connaissance avec son père, qui est vraiment un des personnages les plus intéressants que j'ai rencontrés depuis que je suis en Iran. Et puis, fondamentalement, nous partageons les mêmes idées dans la vie. Il est antireligieux, provocateur et anarchiste, du haut de ses 60 et quelques printemps ! Convaincu que le cerveau humain suit une lente évolution qui, à terme, devrait rendre l'être humain capable de vivre sans nécessité de lois, comme Kant (et moi)! Et, comme moi aussi, il pense que la violence est un élément qui retarde cette évolution. Tout ça dans un anglais absolument parfait, puisque l'homme a étudié en Grande Bretagne, avec, quand même, un délicieux accent Farsi. Je me prends d'affection, et je crois que c'est réciproque. Il faut dire que la veille, lors de la discussion il s'est sans cesse fait couper la parole, dans sa propre maison, donc il est bien content de pouvoir exposer ses points de vue. Nous parlerons très longtemps, de philosophie, de nos pays respectifs, de la scandaleuse condition des femmes en Iran justement, de son chien (je vous dis que c'est un provocateur : les chiens sont interdits en Iran, puisque considérés comme animaux impurs), de ses poules (il n'en revient pas que le coq soit l'emblème de la France), et du reste. Je suis un peu étonné que sa femme porte un petit voile sur la tête, qu'elle réajuste en ma présence. Je comprends que cela représente pour elle plus une forme de politesse à mon égard qu'une conviction religieuse. Quel étrange pays, tout de même ! Visionnez quelques images de Masshad

Le jour suivant, je vais de déconvenues téléphoniques en déconvenues... Je devais passer le réveillon avec Shabi, qui m'avait invité dans le Nord du pays, mais celle-ci, après m'avoir fait poireauter toute la journée, me donne finalement un drôle de prétexte, c'est plus possible... Et pour moi, ce n'est pas possible de passer une journée de plus dans cette ville de fanatiques, les Tchadors et barbes polluent mon espace visuel... Finalement, un peu au hasard, je prends un billet de car pour Esfahan (que certains écrivent Isfahan), la ville ayant plutôt bonne réputation, me voyant mieux passer le Norooze là-bas que dans cette ville sombre....

Dans le car, je regrette tellement que mon Minolta soit bêtement dans la soute ! Le coucher et lever de soleil sur le désert sont de purs délices visuels, ça tient de la magie, quelque chose d'aussi beau. Si vous voulez vraiment voir ça, il ne vous reste plus qu’à aller faire un tour en Iran... Comme vous le voyez, ce n’est pas dangereux et ça vaut la peine. Par contre évitez Mashad, si vous n'avez pas de pèlerinage à y faire.

Effectivement, dès mes premières minutes à Esfahan, je me rends compte que l'ambiance n'a rien à voir. Les Tchadors ont été avantageusement remplacés par des tenues plus agréables pour celles qui les portent et ceux qui les regardent. La ville est moins religieuse et plus touristique. Il y a même une auberge de jeunesse... Dans le livre, à l'accueil, je repère les noms de Julien et Amélie ! Super, je me dis, car j'apprécie particulièrement ces deux français. Malheureusement, ils ont checked out this morning, donc à priori, à moins d'un autre hasard, nous nous retrouverons début avril à Zahedan, pour prendre le train jusqu'à Quetta. Par contre, un autre français est là, et vous ne devinerez jamais... C'est un cheminot ! Et aiguilleur qui plus est ! Comme moi, il fait un tour d'un an en routard, sauf que lui, un peu à la mode d'Adrien, fait sont extrème-routard, à savoir autostop et hospitality-club, quand il ne va pas directement frapper a la porte des gens pour leur demander en live l'hospitalité... Le bonhomme est très sympa, nous passons la journée ensemble, et ne trouvons ni le temps ni l'envie de parler boulot !

Encore heureux !

Salut les terriens, et spéciale dédicace aux cheminots d'entre eux !





mercredi 14 mars 2007, Téhéran
Fire jumping, fireworks and funny molotov cocktails

 
Salem...
Allez, je vous écris un tout petit mot pour vous raconter deux trois trucs intéressants (du moins je trouve), et vous expliquer un tout petit peu ce que j'envisage pour la suite en Iran.

D'abord, je ne vous en ai encore rien dit, mais en ce moment c'est une période un peu spéciale dans tout le pays. Les Iraniens fêtent prochainement la nouvelle année, qui commence avec le printemps, c’est-à-dire le 21 mars (on sera alors en 1300 et quelques...). Une semaine avant cette nouvelle année, une fête un peu spéciale a lieu. C'était hier soir. La tradition, Perse, qui n'a donc rien à voir avec l'Islam (et qui remonte à plus de 4000 ans parait-il), veut qu'avant le début de la nouvelle année, on passe beaucoup de temps à nettoyer son logis, et on se débarrasse des vieilleries. Autrefois, ces vieilleries étaient brûlées dans la rue, justement une semaine avant la nouvelle année. Tous les gens, des vieillards aux nouveau-nés descendaient alors dans la rue pour sauter par-dessus ces feux, en prononçant quelques mots, comme une formule magique, pour éloigner le mauvais sort j'imagine.  - vous allez noter que tout ceci est très imprécis, je ne sais ni les paroles, ni le nom de cette fête, etc... C'est parce que j'apprends de mes rencontres, je n'ai pas toujours un cahier avec moi pour noter, et ma mémoire auditive est malheureusement défaillante... Donc, si vous voulez en savoir plus utilisez Internet, OK ?- 
Aujourd'hui ce ne sont plus des vieilleries que l'on brûle dans les rues, mais des cageots et des cartons. Et à cela, la modernité a ajouté des pétards, feux d'artifices ; et vu que nous sommes au pays de tous les extrêmes et du pétrole bon marché, des cocktails Molotov, c'est plus bruyant et plus chaleureux... Tout le monde est dans la rue, et croyez-moi qu'à Téhéran, ça fait du monde !! Les gens sautent par-dessus les feux, même les mamies, et les bébés sur les épaules de leur papas. Au beau milieu de tous les explosifs sympas que j'ai énumérés plus haut, et des voitures qui slaloment entre ces feux... En gros c'est un mix entre nos feux de la saint Jean et le 14 juillet en mode hard-core... Évidemment, vu que tout ça n'a rien à voir avec l'Islam, c'est interdit. Mais tout le monde s'en fout ! C'est un peu, aussi, le grand jour de la provocation nationale ... Dans toute la ville,  ça sent le brûlé et la poudre, et des détonations vous font vibrer les tympans en continu... Des gens courent partout, pour sauter des feux et retournent se mettre à l'abri des pétards ou des feux d'artifice que l'on tire à l'horizontal en visant son voisin de palier, c'est bien plus marrant... ça ressemble à la guerre, vraiment (même si je n’ai,  par chance jamais vu la guerre, je m'imagine arriver à Téhéran ce soir là en avion sans n'être au courant de quoi que ce soit, je remonte fissa dans un autre aircraft !), mais la guerre avec le sourire...
Évidemment, tout ceci est aussi dangereux que ça en a l'air, donc on se marre bien mais il faut quand même faire super gaffe, surveiller les fenêtres où des garnement se prennent pour des snipers, et de temps en temps se planquer un peu derrière une bagnole en attendant que ça se passe... Nous sommes allés dans une première rue, avec Adrien, Merdhad, Boris (un ami Russe de Merdhad qui vivait à Paris et parle le farsi !!), et sa femme, à la rencontre d'une première famille, très sympa. Très sympa notamment, Shabnam, une jeune pianiste qui parle le français parfaitement, et qui est vraiment provoc... La preuve : ce soir, elle saute par-dessus les feux dans la rue sans voile, et c'est la première fois que je vois une nana sans voile en Iran, hormis à Dizin... Une grand-mère de la famille enjambe également les flammes, tous cheveux au vent !! C'est pas génial, ça ? Shabman me raconte des horreurs de la vie quotidienne en Iran, que je vous répèterai peut-être plus tard (si tu m'y autorises ??). Je me dis un peu qu'il fait bon vivre en France...

La soirée s'enchaîne en banlieue de Téhéran, où l'ambiance est moins familiale, plus extrême... La rue ressemble vraiment à une scène de guerre, il y a trois énormes feux, des pétards dans tous les sens, les gens se cachent lorsqu'ils ne sont pas en train de balancer des bombes! Grâce à Merdhad, nous nous joignons à une soirée privée...

Depuis que je suis en Iran, j'entends parler de soirées arrosées dansantes et débridées. Mais je finissais par croire que c'était une légende ! Et bien non, effectivement, les gens, dans leur espace privé, se lâchent !! Le revers de la médaille est plutôt hot... En gros, minijupes et alcools sont au rendez-vous.
Il y a : du vrai whisky, du vin fait maison, et de la vodka à base d'alcool à brûler, mélangé avec de l'eau... Je dois dire que ça fait du bien, de ressentir un peu l'ivresse, danser, sans timidité. Surtout qu'évidemment, mais dorénavant je ne le dis plus ça va de soit, nous sommes Adrien et moi special guests...
Je fais la rencontre de Shabi, très mignonne et gentille mais qui boit un peu vite, qui m'invite chez elle dans le nord de l'Iran pour le nouvel an... Je vous en raconterai bien plus, mais encore une fois je cours après un train qui ne m'attendra sans doute pas... Une fois n'est pas coutume, comme on dit (bêtement).

Je vais donc faire un tour à Mashad, petite ville à l'extrême nord-est du pays, une cinquantaine de kilomètres de la frontière afghane. Quelques jours pour tâter l'ambiance, qui devrait être fort différente de celle Teherannaise. En effet, cette ville est la plus religieuse du pays, un très grand centre de pèlerinage. Là-bas, je compte également faire prolonger mon visa iranien. Je reviendrai par petits sauts de puces, le long de la mer Caspienne jusqu'à Téhéran, pour visiter ensuite le sud du pays. Au programme in the south: Kazan, Estahan, Chiraz (persepolis),  Yazd, Kermân, et enfin Zahedan. Il faut absolument que je sois à Zahedan, près de la frontière pakistanaise, le 1er avril. En effet je compte y prendre un train pour Quetta, Pakistan. Un train qui traverse le désert du Baloutchistan, deux fois par mois, le 3 et le 14... ça devrait donner du beau paysage ferroviaire atypique et pittoresque...

Voilà ! Consultez la carte d'Iran pour les détails de ce parcours... Ah, oui, j'allais oublier : le nouvel an (je  ne sais pas comment ça s'écrit en Farsi, mais ça se prononce "no rules"-  plutôt marrant!), c'est une grosse chouille, avec dix jours de vacances nationales... À la fois cool puisque je suis invité par plein de gens que j'ai rencontrés à Téhéran et qui fêtent le "no rules" dans le pays, et un peu contraignant aussi : Il n'y a plus aucun billet de train dispo, et surtout le pays est pratiquement à l'arrêt pendant cette période... Enfin, on improvisera et tout devrait bien se passer, comme d'hab ! Vive le Jazz ! Bizz...
Et Consultez le Deuxieme album photo de Teheran




lundi 12 mars 2007, Téhéran
Extreme Tehran !

Et bien Salem, salut, what's up ? Tout va bien la vie est belle ? C'est vrai, c'est vrai, ça fait un tout petit peu de temps que je ne vous ai pas donné de nouvelles, mais c'est pour vous habituer : Je ne compte pas poursuivre éternellement ce voyage à travers les grandes villes, avec café-net et toutes les commodités de la vie moderne... Sinon je serais resté à Paris à faire rouler des trains, et mon ADSL 8MB à Barbes, c'est bien plus rapide... Et puis, ça a du bon la patience : Si j'avais écrit trop tôt sur Téhéran, je n'aurais fait que critiquer, évoquer seulement les très mauvais côtés. Par la suite, avec du temps et en rencontrant les bonnes personnes, j'ai pu me rendre compte que cette ville a également son côté un peu magique...


Il faut dire que dès mon arrivée, la couleur était annoncée... Un immense tableau lumineux, juste à la sortie de la gare annonce, polluant par polluant, leur concentration dans l'atmosphère... Plutôt effrayant, comme accueil... Néanmoins il est 6h du matin, donc l'air est encore tout à fait respirable. Le soleil se lève et tire dans ce réveil un drap aux dégradés de couleurs de l'orange au rose, et au pourpre C'est vraiment magnifique, il n'y  pas un nuage dans le ciel, et les couleurs du ciel ne sont pas encore cachées par le voile gris qui va tout endeuiller dans une heure à peine.

Pour ne pas reproduire mes maladresses administratives d'Istanbul, je décide de sauter dans un taxi pour filer directement à l'ambassade de France, me faire faire une lettre de recommandation pour l'obtention de mon visa pakistanais. Le taxi se dirige vers le nord de la ville, et entre les buildings j'aperçois pour la première (et pratiquement la dernière aussi) fois les énormes montagnes, recouvertes d'un manteau neigeux qui semble très épais, nulle part on ne voit la moindre trace grise de terre ou de roche. Les couleurs du lever du soleil se reflètent sur les flancs Est du massif, c'est tout simplement sublime, je suis hypnotisé. A cette heure-ci je n'ai pas encore conscience de l'immensité de cette cite. Pour moi c'est encore "juste" une grande ville, peut-être un petit peu plus petit que Paris ? ... Le taxi roule une bonne demi-heure, plein nord. Je regarde le petit plan que j'ai et constate que cette distance représente un tout petit centimètre sur la carte ! Le trafic se fait plus dense, et mon chauffeur plus audacieux. Il n'est que 6 heures et demi, et déjà les chaussées commencent à s'encombrer de vielles bagnoles et de motos, que chevauchent d'intrépides pilotes sans casques.

Le chauffeur me dépose devant l'ambassade où un gentil gendarme bien français m'indique que j'ai trois heures d'avance... Trois heures à tuer. Tout est ferme, si bien que je me demande où peuvent bien se rendre tous ces véhicules. Aux alentours de sept heures, le trafic est déjà insensé, le concert de klaxons ininterrompu, et l'air difficilement respirable. Je suis toujours dans la rue, tout est toujours fermé, mon pied me fait souffrir, je me trouve un coin peinard pour me crémer ce panard endolori.

Je suis toujours dans la rue, tout est toujours ferme, il est maintenant huit heures... Et là, je navigue en plein cauchemar... Vous vous rappelez quand je vous ai parlé des embouteillages et de la pollution d'Ankara ? Ah, ah, ah... Ou plutôt : AH ! AH! AH!!! Mais Ankara à côté de ça, c'est un petit coin de campagne et d'air pur ! Je cherche des yeux, pour me rassurer un peu, les montagnes si belles. Disparues. Je jete mon regard plus haut, histoire de me refugier dans le bleu du ciel. Disparu, le ciel. A la place, un gros nuage gris parfaitement opaque. Je n'ai d'autres choix que d'affronter cette monstrueuse réalité faite de moteurs à combustions, de chauffards pressés et de piétons indisciplinés. Nombre de gens portent un truc sur le museau, genre masque à gaz vous voyez ? Alors qu'à Paris je les trouve parfaitement ridicules, subitement je les jalouse énormément... Et puis, la conduite Teherane est proprement anarchique. Les feux rouges et les sens interdits sont plus à prendre comme de bons conseils d'amis que comme des messages à caractère impératif. D'ailleurs, la plupart des conducteurs ne se gênent absolument pas pour en griller un p'tit au nez et à la barbe (bien fournie) des policemen. Et les traversées de piétons ! En gros un piéton ou un véhicule c'est exactement pareil. Aucune voiture ne va s'arrêter pour en laisser passer un. Non, il faut s'insérer entre les files de guimbardes, qui vont chercher à vous contourner au même titre qu'un vieux déchet qui encombrerait la chaussée. Croyez-moi, j'ai observé les gens traverser une bonne demi-heure avant de me lancer, et cette première fois fut réellement éprouvante. Enfin, je n'allais tout de même pas prendre un taxi pour rejoindre l'autre rive de ce fleuve de bagnoles ! Finalement, une fois que l'on en a prit l'habitude, ça devient plutôt amusant, de zigzaguer entre les voitures, les forcer à ralentir ou a vous contourner. Et surtout très pratique : Pas besoin de faire 300 m pour trouver un passage clouté ! De la petite rue à l'autoroute urbaine, pas de problème : le plus dur est de se lancer. Tout petit point positif au milieu de cette jungle urbaine empoisonnée au CO2 : En Iran la plupart des voitures de particuliers font office de taxis. Aux carrefours majeurs, les gens s'agglutinent, la plupart des voitures ralentissent, vitres baissées. Chacun crie sa destination. Si une voiture s'y rend, hop ! un petit coup de klaxon, et c'est parti ! Nombre de voitures se remplissent complètement à chaque grand carrefour, pour se décharger au suivant et se remplir de nouveau. C'est très sympa, convivial, et surtout extrêmement bon marché. En gros, les Iraniens sont les grands champions du co-voiturage, qu'ils pratiquent évidemment par nécessité économique plus que par conviction écologique !

A l'ambassade de France, je retrouve la célébrissime lenteur caractéristique de l'administration française... ça papote, ça prend le café, ça râle, ça rigole, ça se maquille, ça joue au solitaire, et surtout ça m'ignore, moi qui patiente dans la salle d'attente (car sans doute je represente a leur yeux une quantite de travail ouille !!)Pas de doute, je me sens comme à la maison ! ça respire l'inefficacité relative ! Amis de l'administratif I apologize but voyez-vous, je suis un tout petit peu fâché. Deux jours pour obtenir une lettre, qui plus est erronée, et qui aurait pu être faite en cinq minutes chrono, je le sais ça se fait ailleurs. Enfin bref, c'est quand même marrant ces ambassades, c'est comme un p’tit bout de la France, y'a comme une odeur de paperasse bien familière, on se sent vraiment au bled ! Si à un moment de mon voyage j'ai vraiment la nostalgie franchouillarde, je viendrai faire la sieste dans une salle d'attente d'ambassade tricolore. Enfin bref, je dois reconnaître que tout ceci n'est rien compare à la catastrophique désorganisation de l'ambassade indienne, et l'ultime manque de courtoisie de celle Pakistanaise.

C'est mon premier jour à Téhéran, je cours à toutes les administrations, j'ai un sac de 20kg sur le dos, et je m'empoisonne gentiment... J'ai prévenu Reza de l'hospitallity-club que j'arrivais ce soir là, il m'a indiqué un train pour Karaj, et fourni son numéro de téléphone... Je me rends à la station de métro la plus proche (une demi-heure de marche), et là je me plante au milieu, et j'imite a la perfection le gars paume... Je compte bien me faire assister gentiment, comme un pauvre foreigner égaré, vous voyez ? ça ne manque pas, tout se déroule comme prévu, depuis le type qui me guide pour acheter un ticket, qui passe le relais à un autre gentil Iranien qui monte dans le bon train... Vu que c'est bondé deux personnes descendent pour laisser la place à ... mon sac à dos. Là, un autre mec qui prend la même correspondance que moi me prend en charge, appelle mon ami Reza depuis son portable...

Et puis c'est l'arrivée à Karaj. Cette ville est l'extrémité ouest de la mégalopole Téhéran. On y respire un tout petit peu mieux, l'horizon est un poil plus dégagé. Là je suis immédiatement repéré comme touriste avec mon sweet orange à capuche orange, mon énorme sac orangeet mes chaussures glacieres oranges... A la sortie de la gare il y a des gens, sans doute pas des plus fortunés, qui vendent des fruits secs ou bien s'improvisent chauffeurs de taxi avec leurs voitures personnelles. Quel accueil, mes amis ! Evidemment, j'ai droit à toutes sortes de fruits, confits et gratuits. Ils souhaitent tous que j'utilise LEUR téléphone, pour rappeler mon ami Reza, et veulent tous leur photo avec ma pomme a leur côté ! Je suis une nouvelle fois l'attraction du jour, cela finira par me rendre encore plus égocentrique que je ne le suis déjà ! Un cahier tombe de mon sac, et là c'est la grosse cohue, ils se ruent dessus, je crains pour sa santé... Il ne s'agit pas de le voler ; bien au contraire, c'est pour être celui qui va me le rendre qu'ils se disputent... J'ai un peu honte, j'essaye de faire en sorte que tous ces braves gens se comportent le plus dignement possible, car j'ai la nette impression qu'ils sont prêts à faire n'importe quoi pour que je m'intéresse à eux.

Heureusement, je vois une veste colorée et des chaussures de montagne qui s'approchent. Ce doit être lui. C'est lui. Reza, que j'ai rencontré sur Hospitality-club, mais que je n'ai jamais vu... En trois coups de volants on est chez lui en train de manger des pizzas fast-food, nickel. Reza, c'est plutôt le mec accueillant et pas compliqué, du genre this house is your home, tu peux étaler ton bordel un peu partout I don't mind about this... Moi, vous me connaissez ? ça me va plutôt pas mal. On passera la soirée à papoter gentiment, on ne se couche pas tard parce que monsieur est ingénieur aérospatial, et ses heures de travail sont de 7h du mat à 6h du soir, un seul jour de repos par semaine... Le lendemain à Téhéran, que je rejoins grâce au train de banlieue, c'est vraiment infecte, je n'ai même pas envie de vous raconter ça, que ça pourrait bien vous rendre malade a votre tour. En gros j'embassade de nouveau à tout va, je marche beaucoup, je me teste un petit tour de moto-taxi histoire de s'offrir quelques sensations fortes (oh yearh...), et je sens comme une boule qui se forme progressivement sous mon crâne, et qui grossit, jusqu'à ce que la douleur devienne vraiment intense, puis intolérable. Je n'ai pas d'aspirine à disposition. Je me réfugie (un peu bêtement) dans un internet-café, mais rassurez-vous : je n'allume même pas l'ordinateur, je me prends la tête dans les mains et au bout d'une heure, peut-être, je m'endors. Le café-net owner me réveille d'une secousse, je jette un coup d'oeil à ma montre. Flûte et reflûte ! D'une je devrais deja être chez Reza ; de deux mon mal de tête a clairement empiré, le réveil est atroce ... Je parviens tout de même chez mon hote, qui était très inquiet pour moi, je lui raconte mes mésaventures. Il connaît le topo, cela arrive à la plupart des touristes lors de leurs premiers jours à Téhéran : Vieux moteurs à la combustion plus qu'approximative et atmosphère charge en monoxyde de carbone, lorsqu'on n’est pas habitué le résultat est sans appel : migraine extrêmement douloureuse. Deux grammes d'aspirine auront finalement raison de ces maux en une demi-heure. Reza est contrarié car il voulait me faire une surprise : Un autre membre de HC (once and for all Hospitality club) passionné de ski et habitant au centre de Téhéran accepte de m'héberger, et sans doute irons-nous skier ensemble ! Youpi !! ça pour de la surprise,ça vaut son pesant de neige poudreuse... Et en plus parait-il, il héberge actuellement un français, qui quitte le pays le lendemain.  Mais j'arrive trop tard because of my sieste de l'après-midi, donc je ne rencontrerai Merdhad que le lendemain, et croiserai peut-être ce français pour le petit déjeuner ?

Le lendemain puisqu'on en parle, Reza m'a commandé un taxi pour me conduire chez Merdhad, qui est au bas de l'immeuble à 6h30 précises. Le lever de soleil est magnifique de nouveau, l'astre se cache encore derrière ces majestuex massifs, projettent dans le ciel des reflets toujours aussi impressionnants. (Soit dit en passant : j'ai vu sur Téhéran trois levers de soleil vraiment exceptionnels, mais impossibles à photographier... Par moi tout au moins ! Toutes en subtilités, les couleurs pâles des montagnes neigeuses et celles du ciel du petit matin se confondant presque, il n'y pas assez de contraste pour impressionner mon capteur argentique. Je ne peux m'empêcher de penser à cette beauté, ces couleurs comme nulles autres, que je ne peux vous faire partager ni par la description, ni par des photos que je n'ai pas réussies... Comme quoi plein de choses de ce voyage restent extrêmement personnelles, malgré les récits relativement précis (et de qualité) que je vous propose. Que ceux qui en doutent se rassurent ! L'air est frais, et nous évoluons pour l'instant sur une petite route de campagne nidepoulée à l'extrême, donc plutôt lentement. Le chauffeur du (vrai) taxi, après m'avoir demandé "Made in USA ?", et moi de lui avoir répondu que "nono made in Fransa", me propose quatre petits mots qui collent exactement avec ce que j'attends, dans cette voiture par cette fraîche et belle matinée : "Pink floyd the Wall ?" ! Oh, que yes...

A la fin de l'album, le charme est rompu, nous sommes dans les monstrueux bouchons des autoroutes de Téhéran.... Trois heures en tout pour faire les 60km qui séparent les habitations respectives des deux membres de l'HC... J'arrive enfin devant chez Merdhad, paye le taxi et lui offre un vrai bakchish pour avoir permis cette parfaite osmose entre sensations visuelles et auditive, et je tombe sur le petit mot de Merdhad, celui-çi. Je monte l'escalier, la porte est ouverte, et qui est là ? Vous ne devinerez jamais...

Adrien, le french routard !! Rencontré à Ankara une quinzaine de jours plus tôt, vous vous rappelez, j'espère ? C'est un choc, et la tentation de le prendre comme un signe est grande ... Le hasard nous fait une faveur, nous décidons de la saisir, mais pour un peu plus tard. A priori, nous ferons la partie Baloutchistan (Zahedan, Iran to Quetta, Pakistan), réputée comme la plus dangereuse de la route de la soie, ensemble ! Plutôt cool, non ? Pour l'heure, il part pour Dubaï pour visiter une amie, et devrait être de retour en Iran quelques jours plus tard. Nous ne nous parlons qu'un petit quart d'heure; mais avec cette promesse de nous retrouver un peu plus tard dans la grande Perse... Sur ce, il décolle tandis que moi, je vais faire connaissance avec Merdhad...

Avant toutes choses, Merdhad est architecte d'intérieur et designer de meubles, donc vous pouvez imaginer que son logis n'est pas celui de monsieur tout le monde... Le moindre petit détail a été minutieusement travaillé, des couleurs à l'espace en passant par les meubles et les textures, et... Des pinces à linge colorées partout ! Ben oui, "it's like a signature"... A part ça c'est aussi un grand voyageur, il a fait de nombreux pays dont tous ceux de mon trip à l'exception de la Bulgarie; il y a un mur recouvert des photos du Népal, son dernier voyage, et il part dans une dizaine de jours en Afghanistan et au Pakistan... C'est également un très bon skieur, technique à l’ancienne bien sûr mais parfaite ! Il a des centaines d'amis, ce qui fait qu'il est buzy tous les soirs, et m’en fait bien profiter ... Qu'est ce que j'oublie encore ? Il y a tant à dire sur cet homme, qui doit avoir une petite quarantaine d'année... Fan de Manu Ciao, nous partageons aussi les goûts musicaux. Il faut savoir qu'en Iran, la musique n'est pas si facile d'accès, pourtant il a cinq ou dix disques durs externes remplis de musiques. Et de ses photos, aussi, il ne se sépare jamais de son appareil et prend en moyenne une centaine de photos par jour... Petit point négatif : C'est un craqzy driver, je n'ai jamais vu ça de ma vie... Les Iraniens sont fous au volant en moyenne, et bien Merdhad est largement au dessus de la moyenne ! Pas de problème pour se taper un p’tit 120 sur la bande d'arrêt d'urgence alors que toutes les filles de voitures sont à l'arrêt...

Il faut du temps pour connaître et apprécier Merdhad, car il est un tout petit peu froid au premier abord... Sur son profil dans Hopitality club, il est écrit un truc du genre "si, au niveau organisation, vous n'êtes pas au moins à 6 sur une échelle de 10, merci de ne pas me déranger... Effectivement il est TRÈS organisé, parfois même carrément maniaque... Pourquoi pas. Et moi, vous savez, hein ? L'organisation on peut pas vraiment dire que ce soit mon super point fort dans la vie. D'une manière générale je suis sans doute plutôt à trois ou quatre sur son échelle. Enfin bref, je fais de véritables efforts pour ne pas pourrir son espace, être à l'heure, etc, que la complicité et la confiance s'installe petit à petit entre nous.

J'allais oublier un point essentiel : C'est aussi un cuisinier de choc ! Le premier soir, il invite une de ses amies, Vishe, qui en plus d'être très mignonne est spécialement sympa, réellement ouverte à la discussion, et... surfeuse ! Évidemment, en Iran l'espace privé est très différent de la rue. Le voile tombe dès la cage d'escalier, et les discussions, les ambiances sont les même que l'on pourrait trouver chez nous ! Bref, tout est normal, comme je l'ai déjà dit ! De toutes façons, pour éviter les problèmes, il suffit d'ouvrir les yeux : les filles à qui il n'est pas forcément utile d'adresser la parole ou de regarder sont recouvertes d'un voile noir qui leur tombe jusqu'aux chevilles. Choix ou pression familiale ? sans doute un peu des deux. Mais voilà : le fait est qu'à Téhéran, elles représentent peut-être, au grand maximum, trois pour cent de la population féminine ! Et, comme je l'ai déjà dit, la plupart des filles ici sont très coquettes, se maquillent beaucoup (trop même, mais comment le reprocher ? Comme dit Reza l'ingénieur aérospatial, voilà leur seule marge de manœuvrabilité dans la coquetterie!) Les vêtements sont choisis avec choix, d'ailleurs il y a des boutiques de fringues partout, et le voile porté de manière à laisser dépasser le plus de cheveux possible, en haut, en bas... Ne pensez pas qu'un policier puisse arriver et dire quelque chose, je ne l'ai jamais vu... même la règle de la séparation des hommes et des femmes dans les bus, métros, queues de télésièges n'est pas toujours scrupuleusement respectée.

Le fait est qu'à mon avis, à leur manière, les iraniens sont de grands anarchistes. Tout leur est interdit, et pourtant pour eux ces interdictions ne sont que des mots. Par exemple, ce dîner avec Vishe, chez Merdhad, c'est interdit par la loi ! Même loi, hébergé chez lui, c'est illégal... Un autre exemple : la conduite, dont je vous ai déjà parlé, où les règles sont si fréquemment enfreintes sous les yeux des policiers que "l'impunité" comme dirait l'autre est le cas général. La prière, vous savez quoi ? Je connais beaucoup, mais alors beaucoup plus de gens qui prient 5 fois par jour à Paris, parmi mes collègues ou mes amis, que je n'en ai rencontré depuis que je suis en Iran. À vrai dire, pas un seul. Evidemment, cela ne veut pas dire que personne ne suit la loi islamique à la lettre, mais je pense qu'au mois 80% des gens de Téhéran ne mettent jamais un pied dans une mosquée, sauf pour les grandes occasions (moi, j'y vais pour les toilettes, parce que c'est rare dans Téhéran. Le problème,  c'est que dans cette ville, dans de nombreux quartiers, les mosquées aussi sont rares !) La loi oblige tous les bureaux à disposer d'une salle de prière. Et bien vous savez quoi ? Toutes celles que j'ai vues sont soit encombrées de photocopies, soit de frites surgelées suivant l'activité... Ou encore l'alcool. Merdhad m'expliquait qu'il y a, à Téhéran, un énorme problème de conduite en état d'ivresse ! C'est pas incroyable, ça ? Je faisais rire les gens au début quand je leur demandais s'ils avaient déjà goûté de l'alcool. Bien sûr, c'est interdit, et pourtant très facile à obtenir, tout le monde le sait et l'Etat ne réagit pas. C'est un peu comparable avec le phénomène du cannabis en France. Et même pire, au vu des quantités, il est à priori difficile d'imaginer que le gouvernement ne participe pas à l'importation d'alcool. La société Iranienne a énormément évolué depuis 15 ans, et sans doute plus à Téhéran qu'ailleurs. Je pense que les gens cherchent à vivre leur vie le plus normalement possible, sans faire de bruit mais sans pour autant s'enterrer. Et il est évident que le fossé entre le discours officiel et le mode de vie des gens est phénoménal et n'a de cesse de se creuser!

 

Merdhad fréquente un institut culturel, où un lecteur parle de littérature, j'ai pas trop bien compris (normal, c'est du Farsi !) En gros je pense que c'est un peu comme une université pour adultes. Pendant qu'il est en "conf", moi je me fais ma p’tite sortie touristique, à savoir la visite du palais de l'ancien Chah, le Niyavaran Palace qui se trouve à quelques mètres de là. La, je rencontre Salameh, une jeune étudiante en architecture de 24 ans qui me fait la traduction (apparemment la guide officielle parle Anglais mais elle a pas trop envie, j'insiste pas). Ensuite nous allons nous balader dans le parc tout proche. Je ne sais pas trop comment me comporter avec elle, puisque c'est la première rencontre féminine que je fais par moi-même, et qui va un peu plus loin que where do you come from. Samaneh doit me sentir un tout petit peu stressé, et se moque un peu. Bref la conversation se détend très franchement, si bien qu'elle m'apprend qu'elle est en vacances dans quelques jours et que ce serait un plaisir pour elle et sa famille de m'héberger, dans une petite ville du sud de l'Iran ! Encore une occasion pour moi de me rapprocher de la VRAIE vie des gens de ce pays, donc, affaire à suivre.

Dans ce centre culturel, il y a aussi une galerie de peintures, où sont exposées les oeuvres de trois générations d'artistes, art contemporain, figuratif ou non. Je me régale... Je suis loin d'être un grand connaisseur de peintures mais cette expo me plait beaucoup, d'ailleurs je vous ai fait quelques photos. Ce soir-là, Merdhad est invité à une soirée d'anniversaire chez une amie, Poone. Je suis le bienvenu... L'ambiance est très sympathique, l'assemblée est composée en partie de famille et d'amis. Et ça danse, et ça se goinfre, et ça fait des photos, et ça chante le joyeux anniversaire local, en Farsi. Il n'y a que le champagne qui fait défaut... Une fois de plus je suis extrêmement bien accueilli, en special guest. Je me régale, tout le monde essaye de me parler, c'est vraiment génial d'être l'hôte de Merhdad ! Je fais la connaissance de Ava, une amie de Poone, qui veut absolument que nous dînions ensemble avant que je ne quitte Téhéran...Et, de retour at home, c'est là que j'apprends la big surprise : le lendemain matin, on se lève at 6 pour aller prendre un peu le grand air : direction Dizin ski resort ! Yearhh !!

Dizin,c'est une heure de route de Téhéran, sans doute la plus belle station de ski du pays. Vishe, avec qui nous avons diné le premier soir, nous accompagne. Merdhad a un appartement là-haut, évidemment magnifique et très original. Je me prends les meilleurs skis dispo dans le chop : des vieux equipés 3V ultra schwimm-gum, qui devait être excellent il y a cinq ans, Les prix sont scandaleux, mais Merhdad arrive à me négocier ce matos de chois pour 20 euros la journée, ce qui reste vraiment abusé. Enfin passons. Surtout que le forfait journée n'est qu'à 8 euros, ça compense. Vous avez regardé l'album de Dizin ? Au tons verdâtres de votre peau, on dirait bien que oui ! Ouh, que c'est vilain, la jalousie... Remarquez, je comprends : 12m de neige au sommet (3900m), dont trois fraîchement tombés les jours précédents, avec pas un nuage dans le ciel, neige vierge à profusion, ça fait rêver ! Là, c'est le moment où je dis merci à mon couz le Lio, pour avoir grandement participé à améliorer ma technique dans la neige poudreuse, puisque même avec un matériel inadapté au possible, je prends un pied d'enfer... Toute la journée je fais de la trace... Merdhad et Vishe en font autant. Mes amis, du grand ski ! sans doute une des plus belle journée de ski de toute ma vie, et pourtant j'en ai vu ! Apres tant d'années à rider les Alpes et le massif central, trouver de telles conditions pour pratiquer la glisse au Moyen-Orient, c'est plutôt inattendu, non ? Unlucky boy with turkish mountains... Voilà un point d'arrêt, en toute beauté, ha cette malédiction ! Et puis, Dizin, c'est vraiment un endroit spécial en Iran. Nous ne sommes pas Vendredi, donc pas trop de monde, ambiance détendue, il y a même des gonzesses qui glissent tous cheveux au vent, oui  oui ! Et puis, souvenez vous que j'étais assez critique vis-à-vis du niveau des skieurs Bulgares et Turques. Croyez-moi, la donne est bien différente en Iran. Le niveau moyen est très, très élevé ! Je vois des gens avec des vieux skis bien droits, style à l'ancienne mais parfait. D'autres sont à fond dans le carving, sur pistes, tandis que les freeriders font des traces régulières sur tout le massif. D'ailleurs, à la fin de la journée, il n'y a plus un centimètre de neige vierge. Allez, je n'insiste pas plus, vous avez compris l'esprit : cette journée c'était de la BALLE ATOMIQUE !!! (et moi, depuis, j'ai la peau ultra-cramoisie... Of course !)

J'ai rencontré deux français sympas à l'ambassade du Pakistan (où je me rends TOUS LES JOURS depuis mon arrivée dans cette ville), Amélie et Julien. Ils sont tous deux ingénieurs agricoles, Amélie est bergère et julien employé de ferme... Sympa, non ? Je vous parle d'eux parce qu'on envisage sérieusement de se faire une petite rando de 7 jours dans les montagnes, en gros rejoindre la mer Caspienne depuis Téhéran by foot. Cela devrait me procurer une autre approche de ces montagnes magnifiques, moins à fond les ballons et plus proche de la nature.


Bon, ben voilà... J'ai pas vraiment fait le tour, il se passe vraiment beaucoup de choses, mais j'espère vous avoir donné une bonne vue d'ensemble.... Je passe sur le dîner avec Vishe, sur les teenagers ultra-collants que j'ai dû semer (j'ai honte, ils étaient gentils), la visite d'Azadi, le monument le plus connu de Téhéran, le petit bazar si joli, le petit-déjeuner traditionnel Iranien composé de farine, huile de tournesol, dinde et sucre... Je laisse un peu de place pour votre imagination, quoi !

Aller Rodda ofis, à bientôt, take care...

Ciao !


 





samedi 3 mars 2007, Tabriz
Premier pas en Iran : meet people in Tabriz

Les photos de Tabriz

Salam...

Tout est à peu près normal, finalement...

Mon voyage de Van - Turquie à Tabriz - Iran s'est déroulé on ne peut mieux, si l'on exclut cette chaleur infernale dans mon compartiment première classe, including télé, radio, thé gratuit ; tout le confort, quoi ! Je suis réveillé au milieu de la nuit par des policiers qui doivent faire leur boulot avec mon passeport. Vers 5 heures du matin, je ne sais pas trop pourquoi at first, le train s'arrête dans une sorte de gare au milieu de nulle part. Je vois tout le monde descendre du train, donc je suis, en bon mouton. Le cortège m'entraîne jusqu'aux lavabos, puis dans une salle de prière. Bon. Je ne sais pas trop comment me comporter. Faire semblant ? Heureusement mon voisin de compart me repère et me prend par la main pour me guider jusqu'à une salle d'attente. Aussitôt un soldat m'aboie dessus, et d'un geste sans équivoque me désigne la salle de prière. Toujours avec ma laine sur le dos, je rejoins la Mescit. Mon voisin de compart, toujours lui, me re-prend par le bras, me conduit vers le soldat. Je ne comprends rien, sauf ce mot : Catholique... Bon, j'ai le droit de squatter un peu le hall en attendant que ces messieurs exécutent leurs devoirs religieux. A la télé Iranienne, un match de base-ball opposant Détroit à San Fransisco...

Le train arrive à Tabriz. La descente n'est pas libre, nous sommes encadrés par trois soldats qui nous guident jusqu'à une petite salle meublée de trois tables. La fouille... Et minutieuse qui plus est ! Je vois les fonctionnaires ouvrir les tubes de dentifrice pour les sentir, renverser le contenu des valises et observer celles-ci pour s'assurer qu'elle ne contiennent pas de double fond. Un gars a dans sa valise une boîte de capotes. Il est écarté de la queue pour passer dans une petite salle à côté, où je pourrai voir qu'il est interrogé une heure avant de pouvoir repartir. Moi aussi, j'en ai une dans mon sac. Je suis trop fatigué pour paniquer. Et puis, je ris intérieurement en pensant que mon sac de 20 et quelques kilos avec 10 poches et mille bricoles va donner du fil à retordre aux préposés à la fouille. Je suis dernier de la queue, voilà déjà une bonne heure que je patiente, j'observe... Un petit butin s'amasse progressivement sur les tables : couteaux, crèmes pour visage, peignes, magazines et plein d'autres objets hétéroclites. Ce n'est pas encore mon tour, mais un des flics vient me chercher, me conduit devant une table. Il ouvre mon sac. Un fromage que j'ai acheté à Van et qui a (très) mal supporté les quarante degrés du compart diffuse instantanément une odeur que je m'abstiens de qualifier ; mon fouilleur le flanque direct à la poubelle, sans m'avoir demandé mon avis. Il défait la fermeture éclair de mon sac, et je peux voir une grande flemme se dessiner sur son visage. Il me regarde, je retiens du mieux possible un sourire. "tourist ?", me lâche t-il. Je yes. Il fait OK, OK, referme la fermeture de mon sac, me voilà libre ! Il y a un bureau de change, j'y cours. Je suis assez étonné, tout le monde ici a l'air de parler anglais. Cela facilitera les choses administratives. Je donne au "change man" sept biftons de 50 euros, et j'obtiens en retour un bon demi kilo de papier ! En quittant la gare, je peux voir l'un des préposés à la fouille en train d'astiquer sa 405 rutilante, musique techno à fond ; et sur le siège passager certains articles du fameux butin...

Un chauffeur de taxi me trouve un very cheap hotel, le Darya guesthouse, et c'est tant mieux.

Le vieux patron est très sympa, il me montre d'emblée qu'il a été en son temps un grand voyageur, en me proposant un album photo où il apparaît, dans la fleur de l'age, posant devant des monuments caractéristiques des grandes villes européennes. Comme d'hab cette première journée est consacrée à ne rien faire, juste marcher dans les rues pour voir un peu à quoi ressemble ce nouveau pays sur mon chemin. Et comme je l'ai dit, tout a l'air à peu près normal... Peut-être un peu plus de soldats dans les rues ? Les femmes sont toutes voilées of course, mais on s'habitue vite et cela ne choque pas. A ce propos je peux distinguer deux catégories parmi la gente féminine : celles qui sont vêtues de noir de la tête aux pieds et qui justement les regardent (leurs pieds). Et puis, les autres, qui sont quasi vêtues a l'européenne, djean et veste en cuir par exemple, avec tout de même une petite jupe par dessus le djean histoire que les formes ne soient pas trop apparentes, et foulard islamique fantaisie. Il y aussi les voitures qui, comme je m'en doutais, m'offrent un voyage dans le temps au fur et à mesure que je m'éloigne vers l'est.

Je passerai une partie de la matinée dans une ruelle qui est intégralement occupée par des ateliers ou des hommes s'activent à travailler le métal. C'est très impressionnant de les voir meuler, souder, couper au milieu de la rue, et très joli aussi, toutes ces gerbes d'étincelles au milieu de la chaussée. Et quand je dis au milieu c'est au sens propre : d'immenses poutrelles ou grillages dépassent des workshops, et les soudures et autres travaux métallurgiques ont lieu presque sous les roues des voitures. Je note également que toutes les chaussées sont délimitées par deux petits ruisseaux de chaque côté, avec des petits ponts au niveau des passages piétons, ce qui n'empêche pas le stationnement sauvage, mais le reporte au milieu de la route... Je me pose pas mal de questions là dessus, vu que ça pourrait être des égouts mais que je n'y vois aucune immondice, et ils n'ont pas spécialement d'odeur non plus. Bref...

Je passe mon premier après midi dans un café-net, à vous recopier l'article synthèse sur la Turquie, et c'est là que je fais la connaissance de Mohammed, le gérant du cyber établissement, un type super (c'est lui qui a inauguré mon tout nouveau guestbook avec ce commentaire si flatteur, vous avez vu ?). Dès ce premier jour nous aurons une conversation passionnante et très pointue, qui pratiquement ne cessera qu'avec mon départ de Tabriz...

Le lendemain matin, je rencontre Ali, le fils du gérant du Darya Guesthouse. Et après les what's your name How are you, Do you enjoy Iran, Nice to meet you de circonstance, le jeune homme (je me permets vu qu'il a 21 ans et que j'en ai 24) me propose d'aller faire un tour dans un café Narghileh. Et comment !

Le narghileh, que je croyais tant apprécier, et bien... On va dire que j'ai changé d'avis sur la question. Parce que le VRAI narghileh, pas celui saveur pomme ou abricot ou je ne sais quoi, celui saveur tabac brin bien sec, et bien en gros vous mettez simultanément un paquet de gauloise sans filtre, plus un autre de gitane mais dans le bec, vous allumez le tout ça fait à peu près le même résultat. Je comprends pourquoi Ali avait l'air étonné quand je lui ai dit que j'adorais le water-pipe... Dans ce café nous rencontrons deux potes d'Ali, l'un dont j'ai oublié le nom, et l'autre, Arach, le bien nommé... Arach est un fan de Métal, death-Metal, etc. Petite surprise du hasard, nous arrivons au moment ou celui-ci écoute depuis son MP3 la chanson to die is to live de Metallica, ma préférée ! Nous sympathisons immédiatement. Arach a des opinions catégoriques sur l'Iran, pour lui ce pays is only a big piece of shit, et il ne se gêne pas pour s'exprimer à voix haute ! Il faut dire qu'ici le métal est interdit, comme la musique Perse et la musique Turque. Il a des bagues en forme de tête de mort, des cheveux crépus et une paire de Ray-ban qui lui donnent un look qui me fait trop kiffer... Nous discutons beaucoup. De musique, des nanas, de la vie. Il n'a qu'une chose en tête : économiser suffisamment d'argent (mais ça ne va pas très vite vu qu'il ne travaille pas) pour partir en Europe et ne plus jamais revenir. Je lui promets l'hospitalité à Pantruche si un jour il parvient à obtenir un visa... Partir, partir, to leave, il n'a que ce mot à la bouche.

Et puis nous nous rendons chez Arach, qui a très envie de me faire visiter son "appartement", qu'il m'a décrit comme une infamie insalubre telle qu'il est sûr que je n'en ai jamais vu. Ali n'est jamais allé chez son pote non plus, et il est assez curieux. Dans la rue, je me rends compte que les gens le prennent pour un touriste, avec son look de rockeur trash ! Il m'explique que c'est toujours comme ça, et que quelque part ça, le fait voyager un peu. Donc, nous arrivons à la "cave" d'Arach, ça ressemble assez à l'appart de nombre de mes potes, finalement, avec deux piranhas dans un aquarium en plus... Les murs sont recouverts de posters de métal, il y a des piles de CD, une guitare électrique, une chaîne hi-fi et un frigo. Le minimum vital, quoi ! Il m'exhibe fièrement une bouteille de whisky, vide. Je ne vous l'ai pas précisé, mais vous vous en doutez : l'alcool est totalement prohibé dans le pays. (A ce propos, l'Iran produit du vin, mais uniquement pour l'exportation !! Hypocrisie gouvernementale que je trouve de toute beauté, quasi artistique, c'est pourquoi je vous la propose, même un peu hors contexte, tant que j'y pense...). Arach est très fier de nous montrer un concert de métal de Pantera (oui oui !), interdit lui aussi. A un moment du concert, il y a, dans le public, une nana qui montre ses seins à la caméra, et là, je remarque pour la première fois qu'Arach et Ali sont très différents. Alors que le métaleux me fait un petit sourire approbateur et satisfait (auquel je réponds discrètement), je vois qu'Ali est profondément choqué par cette image de l'Occident décadent. Il a même du mal à s'en remettre, le pauvre ! Et, enfin, Arach choppe sa guitare électrique et nous improvise une petite prestation ; c'est qu'il se débrouille pas mal du tout le bougre ! Pour un qui a appris tout seul à jouer de la musique interdite (le volume de l'ampli est a fond malgré tout, mais sinon ce ne serait pas du métal !), ça se gère pas mal, je trouve.

De retour de cette cave, je fais un arrêt qui aurait dû être court au café-net de mon nouvel ami Mohamed. Et je tape des e-mails, et je fais des trucs et d'autres, et le temps passe, finalement. Mohamed ferme carrément l'établissement pour que nous ayons tout le loisir de bavarder, devant un café, qu'il tente de faire ressembler tant bien que mal à un expresso, avec les moyens du bord. Pas mal du tout... Et puis, voila sa femme et ses deux enfants qui arrivent. Mohammed m'annonce fièrement que sa femme a un double diplôme de traductrice Anglais/Persian et d'infirmière. Anglais ? Pourtant elle est en retrait, elle ne parle pas un mot... Ca y est je me dis que tout est vrai, que les iraniens sont sympas mais de grands machos qui oppressent leurs femmes, la télévision a raison ! Mohammed doit lire dans mes pensées, puisqu'il me dit avec un sourire que sa femme est simplement très timide... Et, à elle, de parler, de dire quelque chose ! "Nice to meet you..." Ensuite mon ami me propose de faire  le tour de la ville en voiture, avec sa femme et ses deux enfants, cool ! Je peux remarquer que les gamins sont partout pareils, Iran compris : Quand ils pensent qu'ils rentrent à la maison pour dormir ils se mettent à hurler, et les parents ne sont guère plus différents : ils s'arrêtent pour leur acheter des bonbons ! Donc finalement les marmots braillards finissent par s'endormir, et nous passons un excellent moment. La femme de Mohammed ne parle que pour lui souffler les mots d'anglais qui lui manquent, et c'est bien dommage car j'aurais bien aimé pouvoir discuter avec une iranienne. Mais bon, sans doute y aura t'il d'autres occasions !

Le lendemain c'est Friday, et comme chacun sait le vendredi en terre musulmane c'est l'équivalent de notre dimanche. Sauf que les commerces sont quand même ouverts jusqu'à 15 ou 16 heures, et les rues sont blindées de monde. Enormément de soldats en permission du vendredi, mais dans leur uniforme bleu avec casquette de base-ball quand même. Et puis, ce vendredi, il y a une coupure d'électricité géante qui paralyse le tiers de la ville. Les commerçants sont furieux... Tous ont l'air de dire "si j'aurais su j'aurais pas v'nu"; et la venue d'un touriste français tombe à pic pour détendre un peu l'atmosphère. A propos d'atmosphère, le moins que l'on puisse dire est qu'elle est clairement surchargée de dioxyde de carbone, (ce qui la trouble) because of autoproduction d'électricité... Les coupures de jus doivent être fréquentes, parce qu'une boutique sur deux est équipée d'un groupe électrogène. Dans un centre commercial, en intérieur, je vous laisse imaginer le bruit et l'odeur, comme dirait l'autre...  Je passe donc un petit moment avec ces marchands de tout et n'importe quoi, au quasi-chômage technique. Ils se lâchent vraiment sur leur gouvernement ; une bande d'incapable, des voleurs, des lâches etc. Enfin bon je vous raconterai tout ça plus tard... 

Le lendemain, c'est Saturday si vous avez suivi, et c'est le jour où je prends mon train pour Téhran, en fin d'après-midi. Donc une fois de plus, je ne fais pas grand chose, je vais voir Mohammed dans son nice office en attendant que le temps veuille bien se passer...

En arrivant à la gare, cinq minutes avant le départ, évidemment que j'ai perdu mon billet ! Qu'est ce que vous croyez, que je vais gentiment glisser ma main dans ma poche, et hop ! mon billet ? Ce serait trop beau et ça manquerait de piquant... Flûte et reflûte... Je cherche et je cherche et je vois le train qui ne part pas alors que l'heure est dépassée, et je vois au moins dix paires d'yeux rivées sur moi, me pressant  du regard, alors que je déballe et étale tout mon fatras au seuil de la salle d'embarquement, à la recherche de ce maudit bout de papier a 5 euros... Finalement un des contrôleurs s'approche (parce que la montée dans le train n'est pas libre; le sac passe au rayons X et le billet est poinçonné une première fois a l'entrée d'une salle d'embarquement qui précède le quai), me prend par la main, oui, oui, et en courant me conduit vers un bureau, tandis que me retournant dans cette course j'en vois un autre qui range minutieusement tout le bordel dans mon sac. Dans le bureau, le fonctionnaire me demande mon nom. Fort heureusement j'ai eu l'excellente idée d'apprendre à écrire mon nom en écriture persane, ce que je m'applique à faire sur un bout de papier et lui tend :

"- paouilette ? Me fait-il un peu hésitant

- yes !" je répond très déterminé. Je n'en reviens pas qu'il ait réussi à lire mes lettres arabes !

Du coup je suis fier comme un pacha...

Donc il tape Paouilette sur son p'tit PC, et hop, c'est OK, on me reprend par la main, re-course jusqu'à un autre guichet où je dois m'acquitter d'une surtaxe de 10% du prix dérisoire du billet. Et puis retour à la salle d'embarquement, mon sac a disparu... Le problème étant que le gars qui me tient par la main ne me lâche pas, et me jette dans le train avant que je n'ai eu le temps de protester ! Je monte, une main ferme la "porte donnant sur la voie", le train s'ébranle... Oups ! j'ai comme l'impression que les choses sont allées un tout petit peu vite pour moi, la...

Mais non ! Mon sac est là, juste à côté de moi, tenu par un homme au sourire bienveillant... M'ont-ils attendu pour faire partir le train ? Je l'ignore... Ca parait invraisemblable, mais je ne peux m'empêcher d'imaginer que si...

Le gars qui a mon sac, c'est le stewart du wagon. Je lui montre mon billet parce que j'ai encore un peu de mal avec les chiffres arabes à ce moment là. Il me pousse jusqu'à un compart qui est déjà occupé par deux charmantes jeunes filles. Au début c'est le silence de mort, mais au bout d'environ trois minutes et peut-être quarante-huit secondes, la grande conversation est lancée... Quand je vous avais dit qu'il y aurait d'autres occas !

Sauf que, encore dix minutes plut tard, un type à l'air pas commode, à l'uniforme plein de bandes dorées se pointe et me demande mon billet, un peu sèchement, bien que poliment, dans un Anglais parfait. Il m'explique que je ne suis pas dans le bon wagon, que je dois le suivre, tout ça. En chemin (le train a au bas mot une vingtaine de wagons), on fait un peu connaissance, et il me pose la question que j'attendais de tout coeur:

"-What's your occupation in France, Sir ?

-oh, you know...sur un air innocent; I'm a railway trafic officer...", et de lui déballer ma carte SNCF...

Et me voilà avec un nouvel ami... Il se retourne, je vois son regard pétiller sur ma carte , et il me pose une main sur chaque épaule comme si on était des potos d'enfance !

"Oh, really ? It's crazy ! So it means that you are my very special guest, Sir !"

Je n'en attendais pas tant... Sur ce, on fait demi-tour, il me conduit jusqu'à un compartiment de première classe, qu'il ouvre pour moi. A l'intérieur, télévision, radio, boissons... La classe, quoi ! En prime il ajoute à mon intention :

"I would have enjoy so much to speak with you, but I have a lot of work (il griffonne un truc dans cette écriture qui se répand de droite à gauche sur un bout de papier)  You can go to the restaurant and give them this ticket, so that they will provide you a free diner..."

Je rêve... Vive la mondialisation du sentiment de conscience cheminote, c'est génial ! et attendez, c'est pas tout à fait fini. Je lui demande si je peux faire des photos du train au prochain arrêt, il me répond que normalement c'est défendu mais que pour moi tout est permis ! Il m'écrit un autre mot doux à remettre au photographe qui va tirer mes photos ! Ca si c'est pas du mega super giga privilège, je suis plus fonctionnaire, moi ! ;-)

Hormis tout ça, j'ai contemplé depuis ce train le plus beau coucher de soleil de toute ma vie, je pense. Je ne sais pas si les photos seront belles parce que même en première classe, les vitres du train étaient vraiment super-cradoques... Enfin surveillez quand même l'album des photos ferroviaires dans les jours à venir...

Et voilà ! Elle est pas belle la vie ? Bientôt je vous raconte la suite de mes aventures ultra polluées à Téhran, la mégalopole folle de 20 millions d'habitants... Mais ne vous attendez pas à du surexcitant, parce que moi les villes,  ça commence à me gonfler et me filer mal au crâne plus qu'autre chose !

Salut à tous...

 





lundi 26 février 2007, Van
Far-east Turkey

Et bien, comme on dit par le pays, Merhaba vous tous...
Vous savez quoi ? En fait oui, mais vous vous n'y pensez peut-être pas... Et bien depuis hier j'ai passé le cap du mois. Et oui ! Un mois déjà, ou un mois seulement ? ... J'ai l'impression que ça fait une éternité que j'ai quitté le pays des 1001 fromages! Tant de choses vues, déjà tellement appris sur les autres et sur moi-même... Et pourtant, ce n'est que le début ! Premier mois complet de ma vie passé hors des frontières du pays qui m'a vu naître. Comment je me sens ? Et bien ma fois... Physiquement, je suis quasi au top ! Je mange, (plutôt je dévore) comme jamais. Je rattrape progressivement les centaines d'heures de sommeil que j'ai perdues en ne m'adaptant pas vraiment à mon ex (et futur ???) rythme de vie de cheminot en 3*8, en dépassant allégrement le check out time des hôtels vides que je fréquente. Je fais du sport, marche au moins quatre heures par jour, ce à quoi il faut ajouter de menus exercices physiques auxquels je me plie religieusement et quotidiennement au lever et au coucher, ainsi que quelques journées de ski par-ci par-là. Je dis quasi à cause de mon pied droit qui me lance de temps en temps, quand il fait froid. Ce n'est plus une douleur d'entorse, mais quelque chose de plus diffus... Peut-être le résultat d'une mauvaise position de marche que j'ai adoptée pour ne pas appuyer sur la partie endolorie de ma cheville... Enfin, on verra bien comment ça évolue. Et mentalement, alors ? Au top du top, aussi ; remonté comme une pendule qu'il est, votre petit Terrien sur Terre! Évidemment, c'est plus compliqué à expliquer, je ne m'y risquerai pas trop... Simplement, je me sens un peu libre, super open-minded, j'en prends plein les sens et je lis de la philosophie, douce attention et idée lumineuse d'une jeune personne chère a mon coeur.... "Éloge de la fuite", d'un certain Laborit, biologiste du cerveau humain et des comportements, devenu philosophe, ça vous cause ? En tout cas, il faut admettre que c'est de circonstance...
Bon, mais vu que tout ça vous vous en moquez, que ce qui vous intéresse c'est les paysages, les trains, les rencontres et tout le chmilblic, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. Place aux faits ! Et puis tiens, pour une fois, je vais la jouer de manière bien linéaire, bien classique avec schéma narratif chronologique et tout et tout, d'ac ?

 


CHCHCHCHCHC........

Alors j'en étais où déjà ? Ah oui, le Dogu Ekspressi, (photos)pas fâché de quitter la capitale, tout ça. À propos de ce train, il y aura à posteriori des photos de la ligne dans l'album "un monde de chemins de fer". Il faut patienter le temps que je trouve un tireur noir et blanc sur mon chemin. Téhéran peut-être ?
Donc le train arrive à Erzurum aux alentours de 18h avec seulement une heure de retard. Erzurum c'est une ville moyenne de 400 000 habitants perchée à pratiquement 2000m d'altitude. Donc, en hiver, il y a toujours plus ou moins de neige. Vous ai-je dit qu'en Turquie c'est l'hiver le moins neigeux depuis 25 ans ? Toujours est-il que. Et bien pour le coup, il n'y a pas vraiment de neige en ville, juste suffisamment de glace sur les trottoirs pour qu'un quidam qui porte un sac de 20kg sur le dos évolue précautionneusement, ce que je m'applique à faire. A Kayseri puis à Ankara, j'avais pris un taxi en arrivant en ville. Mais j'en ai un peu marre de payer des taxis hors de prix, et puis à Erzurum la gare est en centre-ville, et de toute façon je n'ai aucune adresse à fournir à un chauffeur de taxi. Sans me poser trop de questions, je trace droit devant moi, et puis on verra bien. À l’instinct, je tourne à droite dans une rue, et bingo, celle-ci est chargée d'hôtels. Avec quelques étoiles disgracieuses dans un premier temps, mais plus je m'enfonce dans la rue plus les étoiles se font rares, jusqu'au Kervansaray otel, à l'apparence modeste si j'ose dire.12 YTL (6 euros) la chambre, banco! Exactement ce qu'il faut pour soulager mon porte-monnaie que je malmène ces derniers temps (il va falloir songer à ralentir sur les kebap...). On me conduit dans mes quartiers de nuit. Je me pose sur mon plumard, et c'est là que ça se produit... Ben oui, parce que si je vous raconte mon arrivée à l'hôtel, c'est quand même qu'il va se passer quelque chose d'intéressant. Une douce mélodie... chchchchch, ou quelque chose comme ça... Est-ce que je rêve ? Je sors dans le couloir, le bruit, léger, semble bien provenir de derrière la porte juste en face. Plein de projets, je regagne ma chambre, en prenant soin de laisser la porte légèrement entrebâillée. Une poignée de minutes later, le bruit cesse, et j'entends la porte couiner. Je passe mon museau par la porte; personne à gauche, personne à droite, la voie est libre, je fonce ! Armé de mon seul savon (d'Alep, bien évidemment) et vêtu de ma serviette de toilette jaune fluo, (mon coeur s'emballe) je traverse d'un seul pas le couloir, la porte est ouverte... Une douche mes amıs, une DOUCHE !!! Je ne vous ai pas dit ? Dans ma quête ininterrompue d'hôtels bon marché, je n'ai pas fréquenté ce genre de lieu de plaisir depuis que j'ai quitté Istanbul. Ce n'est pas pour cela que je sens le fennec, mauvaises langues ! J'ai simplement appris à me comporter comme le faisait nos ancêtres (de temps à autres) : lavabo, bassine, gant de toilette, et puis surtout "aller à l'essentiel"... Bref, j'entre dans la pièce exiguë, elle est encore toute vaporeuse... Quel plaisir ! On ne s'en rend plus compte, habitué qu'on est à sa douche quotidienne, mais voilà bien une des choses les plus merveilleuses que le génie humain ait imaginé. Je me permets même de chantonner ; comme à la maison, quoi ! Après une quinzaine de minutes de cette  douceur brûlante, et avoir regagné ma carrée, je m'endors comme une masse (propre).

PALANDOKEN

Palandoken, c'est la station de ski à proprement parler. Je monte dans un taxi. Avant que celui-ci ne démarre, je demande au chauffeur d'un geste équivoque (je frotte mon pouce contre mon majeur et mon médius) combien va me coûter la course. "ten dollars". Je redescends. On va naviguer à vue, j'imagine que les remontées équipent cette énorme montagne qui obstrue l'horizon et qui n'a pas l'air si loin. Au bout d'une petite demi-heure de marche et après avoir répété un certain nombre de fois "Palandoken ?", et écouté des explications en turc, je sors de l'agglomération. Il y a une route qui se dirige clairement vers la montagne et, sur le trottoir, deux jeunes en combi qui tiennent à la main des paires de ski.

 

A priori, c'est bien ça. Je vais à leur rencontre en douiouspikinglishant, yes ! Donc on fait un peu connaissance. L'un s'appelle Taha, étudie les relations internationales (et l'Anglais depuis un an), tandis que son compagnon s'appelle Jihi (en fait je suis pas trop sûr de ce prénom, mais bon pour la commodité du récit on va dire que), footballeur professionnel de l'équipe locale, et ne parle pas un mot d'anglais. Nous décidons de passer la journée ensemble. Je leur demande s'ils souhaitent prendre le taxi. Trop cher, on est bien d'accord. Le bus ? Inexistant. Un Dolmouch ? Le prochain devrait passer d'ici deux heures. Vu que je ne comprends pas vraiment ce qu'ils attendent, je propose d'y aller à pieds en tentant l'autostop, ce qui les fait bien marrer ! Marcher ?! Ces francais-touristes ont vraiment des idées bizarres... Mais, vingt minutes plus tard, vu qu'évidemment rien ne s'est passé (je vous dis, j'ai pas trop pigé ce qu'ils attendaient), à y réfléchir la suggestion ne leur semble plus si loufoque, et en route mauvaise troupe ! Of course, après 10 min de marche, un inattendu bus nous dépasse... Mes nouveaux compagnons prennent le parti d'en rire, je me confonds déjà en excuses inutiles. Une petite demi-heure plus tard, nous arrivons donc à Palandoken, en sueur. Taha m'offre de m'aider pour la location du matériel, ainsi que pour acheter mon "forfait". Comme à Erciyes Dagy il faut payer pour chaque remontée. Je décide d'acheter dix tickets pour la plus grosse remontée, un télécabine qui conduit au sommet. Mes compagnons se payent 5 tickets.

J'ai failli intituler cet article "unlucky boy with turkish mountains"... Donc, pour mon premier jour de ski à Palandoken, et bien on ne peut pas vraiment dire que la neige soit au rendez-vous, et la météo toujours aussi grisâtre, comme la majorité des journées que j'aurais passées en Turquie. Seules sont ouvertes les pistes pour débutants, équivalentes de nos pistes bleues. Taha a un niveau de ski correct, Jihi lui a un peu moins d'aisance sur les lattes. Il ne pratique le ski que depuis deux ans, et ça reste assez proche du chasse-neige (ce qui est largement suffisant vu le niveau de difficulté des pistes que nous pratiquons). Il y a la "piste la plus pentue du monde", que j'ai pu apercevoir, ce qui me permet de douter de cette affirmation... C'est vrai qu'elle penche, mais sans doute pas plus que la face de Bellegarde à Val d'Isère par exemple. De toute façon, elle est fermée. Je propose à Taha d'aller y faire un petit tour quand même, estimant son enneigement certes un peu juste, mais néanmoins suffisant. Mon nouveau poto est catégorique, c'est hors de question ! Apparemment, c'est interdit de skier sur les pistes fermées (en France ? Je crois que c'est plus ambigu, du genre aux risques et périls du skieur), et ici on ne rigole pas avec ce qui est interdit. La tentation est forte, mais je lis dans les yeux de Taha que si je m'y risque, "tout est fini entre nous...". Et, pour s'assurer que je ne vais pas prendre la tangente, c'est ce moment un peu tendu dans la télécabine qu'il choisit pour me proposer, après la journée sur les planches, un petit tour chez lui, pour rencontrer sa famille, et même dîner...  Or, rien ne peut me faire plus plaisir à ce moment là, étant donné que je n'ai pas encore eu l'occasion de pénétrer un foyer turc, et que je suis toujours aussi curieux. L'hospitalité turque, la VRAIE, celle du logis, c'est clair que ça ne se refuse pas. J'abandonne donc, pris par les sentiments, mes doux projets avec "la piste la plus pentue du monde"... On se tape trois fois de suite la longue piste bleue. Je tente à un moment une petite sortie "hors piste", quelques centaines de mètres d'une belle pente bien enneigée, et, après quelques secondes d'hésitation, mes amis m'y suivent finalement. Catastrophe... Les deux déchaussent à répétition dans la neige poudreuse, tentent quelques plongeons et goûtent la neige la bouche grande ouverte. Moi, j'attends. Je me dis qu'ils vont me maudire. A ma grande surprise, Taha qui se pointe le premier a un sourire jusqu'aux oreilles, et pousse des cris de joie du genre Yahoo!! (mais en turc). On attend un peu Jihi, qui lui aussi a l'air très enthousiaste de "l'aventure". Ils souhaitent absolument recommencer, et c'est tant mieux parce que la piste bleue-mamies commençait à me blaser quelque peu... Il reste deux remontées, on en profite pour "découvrir" de nouveaux passages hors des sentiers battus. Je propose de nouveau la "piste etc. etc.", mais ils sont toujours aussi fermés à cette idée... Ne serait-ce pas la peur de l'angle un peu vif plus que celle de l'interdit qui les retiendrait ? Je m'abstiens de poser cette question, un peu grossière il est vrai. Nous sommes toujours en manque d'un moyen de locomotion pour regagner la ville. Autostop ? Trois gus et deux paires de ski, c'est un peu rebutant pour la plupart des automobilistes. Mais pas pour le chauffeur d'un camion plateau à bestiaux ! Expérience amusante que ce court trajet sur ce plateau qui renifle le mouton, avec panorama imprenable sur les montagnes dans leur manteau de neige et de nuages... On largue Jihi en route, et comme promis Taha réitère la proposition qu'il m'avait faite tantôt.

CHEZ TAHA

 


Enfin, enfin, je vais rentrer dans une maison turque! Un appartement, plus précisément. Sur le chemin qui mène chez lui (Kayak Cadessi, soit "la route du ski"), Taha m'apprend les formules de politesse turques que je connais déjà. Merhaba = bonjour, lutfen = please, Techekur = merci, gulé gulé = bye bye... Soit dit en passant, je viens de vous exprimer en une seule fois le plus gros de mon vocabulaire turc. L'appartement est fastueux. Au premier regard, je comprends que la famille de Taha appartient à la frange aisée de la population. Il y a un vaste salon, dont l'un des coté est entièrement constitué d'une baie vitrée, les trois autres recouverts de tapisseries aux motifs colorés avec, à mı-hauteur, une frise de papier peint. Pour tout meuble, ıl y a une table en bois verni et ses chaises, ainsi qu'un canapé et deux fauteuils dont je ne saurais vous préciser le style, toujours est-il qu'ils sont très beaux et richement décorés. Je suis accueilli par la mère et la soeur de Taha. La mère est voilée, la soeur non, elle peut avoir 25 ans peut-être. Elles me font de grands sourires, on me propose immédiatement le çay (thé), des pantoufles, et de me passer de l'eau sur le visage. Je ouı, oui en bloc. Taha me propose alors de manger un typıcal turkish meal. Evidemment j'accepte. La soeur amène une table très basse qu'elle pose sur un grand tissu rectangulaire. Moi, j'observe. Taha s'assied par terre, glissant les jambes sous le tissu. Très astucieux... À la fois nappe, serviette et ramasse-miettes. Je l'imite. Mon Minolta est malheureusement tout embué du brusque changement de température, dommage, j'aurais bien aimé vous montrer la scène du repas. Nous sommes servis par la soeur de Taha. Au menu : crudités, pains dıvers, piments, riz au yaourt et poulet. En dessert des baklavas. Je suis au début un peu hésitant, un peu timide. Taha le remarque et me dit que cela sera pris comme une offense si je ne mange pas assez. Message reçu, inutile de répéter... Je mange comme quatre. Et, effectivement, cela a l'air de faire extrêmement plaisir à la sister, qui me ressert instantanément dés que mes assiettes sont vides, jusqu'à épuisement total des stocks. Tout doit disparaître ! Tout disparaît. Taha m'explique que sa mère fait toute la cuisine, et que c'est une excellente cuisinière. Je le crois sur parole, et même lui confirme ! Et l'avis d'un  frenchie sur la question de la boustifaille, croyez- moi que c'est pris au sérieux.

 

Après ce repas, impossible de bouger pendant au moins une heure. Affalés sur le canapé, nous nous faisons servir un certain nombre de çay, et Taha est très fier de me montrer son ordinateur portable rien qu'à lui, avec connexion wi-fi et tout ce qui va bien. Les trois petits frères rentrent de l'école, ainsi que le père de son boulot. Je suis un peu intimidé par ce grand monsieur à moustaches impeccables et costume cravate. Il est instituteur, fromager et ébéniste sı j'ai bien compris. Les trois marmots sont très intéressés par le français qui squatte leur canap'... Une heure et une dizaine de thé plus tard, Taha me conduit à l'arrêt de bus le plus proche, avec la promesse de se retrouver sur les pistes le lendemain.
 
ERZURUM (Nord Est de la Turquie, 400 000 hab., alt.1850m)

 

Le lendemain justement, il pleut ou il neige, on ne sait pas trop. En tout cas les nuages sont très bas, et je ne tiens pas spécialement à me refaire un jour blanc, donc j'abandonne à regret l'idée de rejoindre Palandoken. Je me dirige plutôt vers un internet-café où je retrouve Taha sur MSN, qui me propose la visite des historical-backgrounds de sa ville. Why not ? On se fait donc une gentille journée tourisme, Minolta en bandoulière. Je vous passe les détails. (comment ça, ouf ??).  On prend le thé dans la "vieille maison", une espèce de café traditionnel avec serveurs en tenues folkloriques, tables basses, tapisseries, vieilles pierres et lumières tamisées. Très agréable. Taha m'aide ensuite à prendre mon billet de car pour Van, que je réserve pour le lendemain soir. Au retour de l'otogar, nous nous arrêtons dans une petite pâtisserie pour savourer quelques baklavas. Là encore, l'accueil est extraordinaire, on nous oblige quasiment à aller dans l'arrière-boutique pour rencontrer toute la famille, boıre le çay, et discuter un peu. La fille de la pâtissière me dévore des yeux, et vu qu'elle est plutôt chou je lui rends la politesse ; sa mère le remarque et me jugeant bon parti, me suggère de l'épouser sur le champ ! Pour justifier mon refus, je lui sors la petite carte de mon voyage et lui montre qu'il me reste un long chemin à parcourir. L'explication semble lui convenir. Une fois encore, il n'y a pas moyen de payer, thé, baklavas et hospitalıté offerts par la maison. En ressortant je me rends compte que cette fois-ci il neige clairement. S'il fait beau demain, ce s'ra du grand ski, que je me dis...Lorsque je me réveille, il neige toujours, et on n’y voit pas à cent mètres. Il en est tombé au moins cinquante pendant la night. Je décide d'aller à Palandoken malgré le mauvais temps, après tout je suis venu pour skier, et puis il me reste cinq tickets pour la télécabine. Je découvre, dans la rue, le bordel monstre qu'a provoqué la chute de neige. Il y a, devant l'hôtel, une voiture qui a été totalement détruite par la chute d'énormes blocs de neige et de glace des toits. Je remarque que les piétons ou bien rasent les murs, ou bien marchent au milieu de la chaussée entre les voitures, les trottoirs étant devenus extrêmement dangereux. Comme pour me le prouver, à cinq mètres de moi tombe un énorme bloc de glace qui pèse sûrement plusieurs tonnes, et qui fait trembler la chaussée en s'écrasant dans un vacarme impressionnant. OK, avertissement bien reçu, je vais marcher au milieu de la route, comme tout le monde. Je suis un peu perdu à cause du brouillard et de la neige qui modifient complètement la physionomie de la ville. Un jeune homme remarque mon désarroi et vient à mon secours. Il s'appelle Barborossa (orthographe personnelle). Je lui explique que je souhaite me rendre à la station. Il sort son téléphone, et m'apprend quelques instants plus tard qu'il y a des mètres de neige, mais que les remontées sont fermées. Flûte et reflûte ! Unlucky boy with turkish mountains, vous disais-je... Je passerai la journée à flâner et discuter avec Barborossa, élève-pilote, qui est très heureux de pouvoir pratiquer son anglais. Pour la petite histoire, je vais, à un moment, récupérer les tirages de mes photos de la veille. Barborossa repère Taha  sur l'écran et manque de s'étouffer ! "Taha ! You know Taha ? But he is a very good friend to me !". C'est vrai que c'est marrant, ce genre de petits hasards...Mon nouveau pote prétend que les plus belles filles turques sont à Erzurum, sur le campus Atatürk, et il veut absolument me montrer ça. Pourquoi refuserai-je ? En chemin, je constate que la neige atteint maintenant un mètre par endroits...Le campus est vraiment magnifique (les filles, je sais pas, j'en ai pas vu beaucoup finalement), avec de très nombreux arbres, de grandes allées piétonnes et une architecture moderne plutôt esthétique. Il est très agréable de se balader dans cet espace qui fait un peu penser à une grande clairière, en plus animée. J'y resterai jusqu’à la nuit tombante pour admirer le coucher du soleil, qui coïncidera avec la fin des intempéries et une vaste éclaircie à l'horizon...Il est temps pour moi de rejoindre l'otogar d'Erzurum, l'heure du départ pour Van,-dernière ville étape en Turquie- approche. Et approche même un peu vite, puisque je me perds en chemin. Sans doute à force d'avoir les yeux levés vers le ciel ? La nuit est tombée et a chassé les nuages, et hors de l'agglomération et de sa pollution lumineuse, la voûte céleste m'éblouit de sa splendeur... Et me nargue aussi un peu, puisque je quitte Erzurum maintenant que la neige et le beau temps sont arrivés. Juste avant d'atteindre l'otogar (de gentils policiers m'ayant déposé à une centaine de mètres, vu que j'étais en fait parti plein nord et que la gare routière est plein sud, no comment), je traverse un passage à niveau très pittoresque, avec ses vielles lanternes qui furent à pétrole puis électrisées, et ses manivelles pour actionner le mécanisme. Je m'arrête pour sortir mon appareil photo de mon barda. J'entends un bruit de porte. Évidemment, un tel PN est gardé, et c'est la porte de la guérite du garde PN qui s'ouvre, celui-ci ayant remarqué que je m'intéresse à son installation. Vous savez quoi ? Pas très difficile à deviner, il m'invite à boire le ?? le ?? çay ! Bien vu ! Il est très fier de me faire pénétrer dans sa cabane. A coups de mimes et de dessins sur mon cahier de brouillon, j'arrive à lui faire comprendre que je suis aiguilleur. Alors il a une réaction marrante : il se lève et se met au garde-à-vous... J'en déduis que la structure sociale de la TDCC est peut-être plus encore hiérarchisée que celle de la SNCF. Je lui dis "Repos", parce que ça m'amuse. Bizarrement, alors qu'il ne parle pas un mot d'anglais, on arrive très bien à communiquer, toujours à coups de mimes et de dessins. Je regarde ma montre : Mon car part normalement dans sıx minutes. Je décline donc le 5eme thé, et je fille. À vrai dire, j'ai presque envie de rater mon car, histoire de profiter un peu de Palandoken, et de la soi-disant piste tatati tatata...
En arrivant dans le hall de l'otogar, j'use de ma nouvelle technique, à savoir j'ôte ma capuche, laissant ainsi apparaître mon exceptionnelle chevelure châtain (...), et dévoilant ainsi ma qualité d'occidental (les turcs de l'Est ont tous les cheveux courts). Ca ne manque pas, je n'ai plus rien à faire qu'à me laisser guider par un voyageur qui est bien content de pouvoir essayer un peu son Anglais sur moi. Il prend le même car que moi, on embarque in extremis.

 


Nous n'avons pas parcouru un km que nous sommes arrêtés par la police, autoroute impraticable pour cause de neige, etc... Mon traducteur du moment m'explique que nous allons faire demi-tour, que le car ne partira que demain matin, et que je peux dormir dedans si je le souhaite. Effectivement, le car fait demi-tour, puis s'arrête de nouveau. Là, le chauffeur fait une annonce, qui fait rire certains et protester d'autres. Traduction : "Bon, on va mettre les chaînes, on va couper à travers champs pour passer le barrage routier et rejoindre l'autoroute deux kilomètres plus loin" Moi, je me range du cote de ceux que ça fait marrer (à gauche). Effectivement, tout se passe comme le chauffeur a dit. Ils chaussent les chaînes, et on coupe à travers champs, au sens strict du terme, même pas sur des chemins ! Au passage on arrache une ou deux clôtures, et on double un autre bus qui procède de même... Autant vous dire que je suis cramponné au siége de devant... Je vois certains passagers faire des bonds et se cogner la tête tandis que d'autres préfèrent choirent dans l'allée ; et ça crie, ça proteste, le thé se renverse, mais pas le car à ma grande surprise... Encore une péripétie de transport loufoque, digne d'un bon vieux San-antonio à ajouter à la liste. Ayant atteint l'autoroute, le personnel ôte les chaînes, et je me dis qu'ils devraient peut-être bien les laisser vu que ce que j'aperçois à la lumière des phares ressemble plus à une piste de ski qu'à une chaussée carrossable. Je ne pourrai d'ailleurs pas fermer l'oeil de la nuit, tant l'arrivée à Van me parait improbable dans ces conditions... Ca n'arrête pas de partir en dérapages (plus ou moins contrôlés), on est bien souvent du mauvais coté de la chaussée; et surtout, surtout il y a ces incessants amas de glace qui font vibrer la structure du car jusqu'à la limite de sa résistance physique, et crier de terreur des passagers... Mais toutes ces raisons sont clairement insuffisantes pour faire ralentir, même un tout petit peu un chauffeur turc... La preuve : On arrive à Van avec une demi-heure d'avance sur l'horaire !!

 

Ah, et puis en commençant par la fin pour les avoir dans l'ordre, pensez aussi à regarder  l'album photo d'Erzurum. Je sais que ça va en faire rougir de jalousie certains, à cause de la neige... Mais dites-vous que je n'en ai pas profité plus que vous ! Désolé, les photos ne sont pas de très bonnes qualité, à cause de : 1) petites mains turques très intéressées par mon antıc camera ayant modifié à mon insu le réglage de la sensibilité ; 2) un flash un peu défaillant ; 3) une pellicule de (très) mauvaise qualité, périmée et humide ; 4) peut-être, et je dis bien peut-être, du photographe ?? ;-)

VAN (Photos)

Van est une ville située à l'extrême Est de la Turquie (une centaine de kilomètres de la frontière Iranienne), 1750m d'altitude, au bord d'une mer intérieure,  et peuplée d’un million d'habitants, à majorité kurde. Vous n'êtes peut-être pas au courant, mais la minorité Kurde n'est pas très aimée en Turquie. Des attentats perpétrés contre l'armée font chaque année de nombreux morts, handicapés et défigurés, le plus souvent des jeunes au service militaire (d'ou évidemment, un problème de racisme vis à vis de cette population, que j'ai déjà noté plusieurs fois dans le discours des turcs que j'ai rencontrés). En répression, l'armée turque arrête et emprisonne des élites de la société civile Kurde, et procède à des déplacements de population. L'ambiance à Van est donc un peu bizarre, pas terrible je trouve. En tout cas, je n'ai pas un très bon feeling. Il paraît qu'il y a un magnifique château à visiter, mais à cause de mon pied j'évite de marcher, je favorise le repos dans mon hôtel (3€ la nuit!), les Internet cafés. Hier j'ai quand même poussé jusqu'à la gare (qui est vraiment loin du centre :-(),  ce qui m'a permis de constater que la localité est très pauvre, avec des habitats sommaires, voir des bidonvilles. Au centre ville, c'est correct, nombreuses boutiques, chaussées goudronnées et espaces verts en construction. Malgré tout, il y a partout des enfants sur des vélo-camions qui vendent tout et n'importe quoi, principalement des cigarettes. A la gare, c'était très étrange... Tout était ouvert, et vide. Imaginez un immense hall de gare, toutes lumières éteintes (J'ai sorti ma frontale !) totalement vide, guichets ouverts. J'en ai profité pour tester ma voie de basse dans cette gigantesque caisse de résonance. Du coup, j'aı constaté que ce n'était pas tout à fait vide, puisque le chef de gare s'est pointé, attiré par cette voix étrange dans une langue inconnue. Vu qu'il parlait un peu anglais, il a pu me fournir les renseignements que j'étais venu chercher, à savoir que le prochain train pour l'Iran passe le 27.02 à 21h00.

 


Et bien, ça y est, nous y sommes... Demain je quitte la Turquie pour l'Iran, et, dire que je suis impatient est un très bel exemple de ce que les professeurs de français nomment « euphémisme ». Voici donc le dernier article que je vous poste de Turquie. A ce propos, comme je vous  l'ai dit, je ne peux pas bouger à cause de mon pied, donc du coup je n'ai rien de mieux à faire que de vous raconter ma vie. Néanmoins, il va de soi que je ne vais pas vous pondre à chaque fois des romans comme ça, hein !

 


Et bien, comme on dit par le pays, Gulé Gulé, famille, amis, amoureuses et ınconnu(e)s Terrien(ne)s francophones !

 

 



mercredi 21 février 2007, Erzurum
DOGU EKSPRESI, porte moi loin d'ankara !

DOGU EKSPRESSI

Il me semble que c'est la toute première fois de ma vie que je fais un trajet de 24h en train (pour faire 900 bornes). J'ai quitté Ankara hier à 18h, à destination d'Erzurum, ville du nord-est de la Turquie, 402 000 habitants, 1900m d'altitude. J'ai pris à la dernière minute un billet de seconde classe, sans réservation, ce qui ne me garantit pas de place assise. Sur le quai, je retrouve un couple de français, aperçus la veille à l'ambassade d'Iran. Nous nous installons ensemble dans un compartiment. Bien qu'un peu vétustes, les compartiments de seconde classe sont relativement agréables : 6 places seulement, sièges chauffants (un peu trop, même), et surtout possibilité d'ouvrir la fenêtre. Nous nous retrouvons à 7 dans le compartiment, un énorme turc un peu étrange étant venu s'intercaler sur la banquette entre deux places, alors que nombre de compartiments offrent encore des sièges disponibles. Il me regarde dévorer mon sandwich d'un air réprobateur, parce que quelques miettes choient sur le lino... Il va même jusqu'à ramasser les plus grosses pour les mettre dans la poubelle, en poussant des soupirs bien sonores, et me jette des regards noirs... Cela ne l'empêche pas quelques minutes plus tard de s'allumer une clope et de taper ses cendres qui tombent sur le sol. Ma Française de voisine le lui fait remarquer, et le colosse se met à rougir ! Il quitte le compart avec un air tout gêné... Les autres voyageurs de notre cabine descendent au gré des nombreux arrêts, et mes amis français me quittent au petit matin; je continue donc le trajet seul. La nature est grandiose, et la lenteur de la marche me laisse tout le loisir de la contempler...

La voie devenue voie unique depuıs Kayseri suit, comme souvent en montagne, le lit d'une rivière agitée. Les viaducs, remblais, tunnels et tranchées se succèdent, m'offrant des points de vue variés. Tantôt le regard se heurte à des falaises escarpées, tantôt la vallée se fait plus large, et au bénéfice d'un virage j'aperçois l'horizon et ses massifs enneigés. En traversant le train pour rejoindre la voiture-restaurant, je constate que la plupart des Turcs sont également hypnotisés par les paysages que nous offre le parcours de ce tortillard, à travers les vallées anatoliennes. Dans la-dite voiture-restaurant, je rencontre un anglais-belge-photographe-écrivain qui rejoint la Georgie pour trouver l'inspiration, et dérouiller son vieux Leica. On tape le Nescafé et le brin de causette, le temps de trois ou quatre arrêts. Il est comme moi, assez fasciné par les installations ferroviaires, alors je lui raconte ce que je sais sur cette ligne, à savoir qu'elle fut construite par les Allemands à la fin des années trente, moyennant un contrôle militaire sur une bande s'étendant de part et d'autre du tracé sur une distance de 50 km. Il confirme mes dires, affirmant avoir aperçu sur le bord de la voie des tas de rails à peine rouillés marqués KRUPS 1938, et estampillés du lugubre fanion National-Socialiste….

Il y a de très nombreuses gares sur le parcours (d'ailleurs le train devrait plutôt s'appeler Dogu Omnibus il me semble, mais en Turquie tous les trains sont des Express, qui ne dépassent au grand jamais la vitesse de 60km/h...), très pittoresques. Sans doute sont-elles parfois le seul point d'accès de certains villages accrochés dans la montagne inaccessible. A chaque fois des voyageurs descendent, d'autres montent; bien souvent des anciens au dos voûté, et à la démarche hésitante, assistés par leur fils ou petit-fils. Le Dogu Ekspressi, avec charme et lenteur, me semble assurer pleinement son rôle de trait d'union entre quelques ilots de vie, villages à la population vieillissante, perdus dans l'immensité inerte des massifs rocheux de l'Anatolie. 

Mater les incroyables images du Dogu Ekspressi (commencez a la photo intitulee Turquie- Ankara - Gare en marbre blanc , puis cliquer sur la GAUCHE de la photo pour voir la suite)

VISA-SUSPENS
Pas fâché de quitter la capitale ! Et pourtant, tout a bien failli basculer à la suite d'une impromptue question : "Are you Jewish ?"...
Ambassade d'Iran. Mon dossier n'a pas été transmis d'Istanbul, sı bien que je remplis un nouveau formulaıre, dépose deux nouvelles photos, et on m'assure que mon tıcket sera prêt dans une heure ! Comme quoi, ces delais de 10 jours, c'est bıen histoire de faire mariner un peu des occidentaux avides de découvrir la mythique Perse ! Et une heure plus tard, voila la drôle de question que me pose le fonctionnaire diplomatique...
"- No, I'm catholic, je réponds d'une voie franche.
- And... Your father ?
- Also catholic...
- And... your mother ?
- Of course she is catholic !"
Le gars me scrute jusqu'au nerf optique, je ne sourcille pas. Puis, il se retire, sans que je sache ce qu'il en est, m'invitant de fait à patienter de nouveau. Le suspens en est à son comble. Je réalise que c'est sans doute du fait du  prénom de mon père que j'ai droit à l'interrogatoire maison. Le pire, c'est que c'est même pas un prénom Juif. Sûr que, si ma mère avait eu un prénom connote, je me faisais refouler illico-presto... Mais bon, une heure plus tard le poseur-de-questions revient avec mon passeport, estampillé du précieux sésame. Youpi !
Ouf ! Voilà qui me redonne le sourire et la bonne humeur, qui faisait vraiment défaut depuis deux jours, suite à une série de désenchantements et arnaques successives.

ANKARNAQUES
J'ai repéré, dans le quartier de l'hôtel des établissements qui se présentent tous de la même manière : Enseignes très colorées, tarifs des consommations affichées à l'extérieur (et un peu plus élevés qu'ailleurs, deux mastodontes qui gardent l'entrée, et de la musique rythmée qui s'échappe, malgré les portes toujours fermées. Ca m'a tout l'air d'être des discothèques, alors un soir je me dis que je vais aller y faire un tour, histoire de voir un peu comment se trémousse la jeunesse Turque de la capitale. Je passe à l'hôtel pour me débarrasser de mes papiers et de mes sous, ne gardant sur moi que de quoi écluser une bière ou deux, et puis je pénètre dans la première boite venue.
OK,OK... On m'indique une table libre; je commande une mousse et reluque un peu le lieu et l'assistance. Celle-ci se compose en majorité de femmes pas très jolies, et pas très vêtues non plus. Mon esprit affûté, assisté de mon oeil avisé me suggèrent que la vertu de ces dames ne doit pas être beaucoup plus large que le bout de tissu qui leur sert de minijupe. A ce moment-là, et bien j'aurais dû vider et payer mon godet puis déguerpir, n'étant pas fondamentalement intéressé par ce que ce "commerce" a à me proposer... Mais moi, vous me connaissez ? Et bien oui, que voulez-vous, je suis curieux. Je décide donc de ne pas spécialement m'attarder, mais je commande tout de même une autre biére. Au bout d'une minute vingt-sept secondes, j'ai deux voisines de table, qui se commandent chacune un Raki. Je souris poliment, mais comme vous pouvez l'imaginer je n'ai pas grand-chose à raconter à ces "demoiselles". Vu que je les ignore royalement, l'une d'elles prend l'initiative, et me sort en une seule fois tout son vocabulaire anglais : "Sexe ? Hotel?". Je m'empresse de répondre que no sexe et qu'encore moins hôtel, alors elles se lèvent et disparaissent, contrairement au serveur (qui apparaît). Sur le petit bout de papier : Quarante millions ! On m'explique que la "note" inclut les consommations de ces dames, et moi j'explique que j'en ai rien à foutre, que de toutes façons je n'ai que dix millions sur moi, ce qui est déjà bien généreux pour deux bières à quatre millions l'unité. Las de discussions inutiles, je pose mon bifton de dix sur la table et me dirige comme une flèche vers la sortie. Ma course est entravée par une main géante qui me saisit fermement le bras. Cinq messieurs- pas du genre fil de fer- m'invitent à regagner mon « seat ». Le patron de cette maudite taule se pointe. Il a une gueule qui fait peur, genre « Le retour des Vampires » vous voyez ? Il me tend un autre bout de papier, avec inscrit  cent millions. En chiffres : 100 000 000. Ben voyons...  A ce moment-là, j'aime autant vous dire que je ne suis pas fiérot. Je me dis que ma jolie frimousse de french-lover risque fort d'évoluer vers autre chose, plus proche du hachis Parmentier peut-être, et ce, dans un avenir un peu trop proche à mon goût... Bref, ne sachant trop que faire, je tends mon portefeuille au propriétaire de la face aux milles et une cicatrices, soumis. Ce dernier le fouille minutieusement, et, à ma grande surprise, en sort deux billets de vingt millions, que j'avais sans doute cachés là à mon arrivée en Turquie ! Alors, en vertu des vertus pacificatrices de l'argent, ces messieurs fort peu courtois m'escortent jusqu'à la rue. Voilà comment un coq français se fait plumer pour cinquante millions de Liras en dix minutes chrono ! CQFD
Le lendemain, j'ai eu droit a d'autres petits coups de malice, dont je vous (et me) fait grâce, sauf la derniére ankarnaque en date parce qu'elle est trop belle...
Je rentre chez un photographe pour acheter une péloche a 6 millions. Depuis la veille, j'évite de donner plus que je ne dois, certains commerçants se montrant réticents pour rendre la monnaie. Flûte et reflûte, je n'ai qu'un billet de vingt et de la menue monnaie. Je lui tends donc mon billet, la peur au ventre. Le commerçant me ren un billet de 10. Bon. Chez moi, vingt moins six ça fait quatorze, et chez vous aussi j'imagine. Je lui explique notre point de vue. Il fait mine de comprendre, mais au lieu d'ouvrır la caisse, il écrit dix millions sur une étiquette qu'ıl colle par dessus la précédente, sur le présentoir !!! En plus il me nargue d'un petit sourire en coin et d'un hochement d'épaule... Je quitte la boutique, en ayant pris soin de renverser préalablement un présentoir entier de prospectus. Un quart d'heure plus tard, je repasse devant la boutique, le prix de la péloche est retombé a 6 millions...
Entre vous et moi, cette ville commence sérieusement à me taper sur le système !

ANKARA EN (TRES) BREF
Ankara, capitale de la Turquie, 800m d'altitude, 4,5 millions d'habitants, et bien ce n'est pas très joli... En plus, les quartiers que l'on conseille dans les guides et sur Internet ne présentent aucun, mais alors strictement aucun intérêt ! Kizilay par exemple, et bien faîtes moi confiance, autant rester à Pantruche et se payer un ticket de métro pour Montparnasse, ça fait économiser quelques centaines d'euros. Panneaux publicitaires de 15m de côté, circulation insensée et ses rejets dégoûtants, bâtiments modernes abritant boutiques de mode et de téléphone portables, fast-food dégoûtants et hors de prix, voilà tout ce que l'on peut admirer à Kizilay. C'est un centre commercial géant, dans lequel déambulent comme des machines-à-consommer une population occidentalisée jusqu'aux derniers neurones. Non merci, très peu pour moi. Les autres quartiers sont un peu tristes, gris, et toujours aussi pollués. Rien de bien folichon. Il y a, comme dans toutes les capitales le quartier administratif, le quartier des hôtels de luxe, le campus-pour-étudiants-des-provinces. Les gens pressés, le poids du capital sur leurs épaules, et la consommation de masse comme nécessité vitale érigée en certitude absolue, comme dans toutes les grandes villes.
Bref, je n'ai rien à foutre ici. Bon, pour relativiser, pour ne pas passer pour un dictateur de la pensée, je rends à Ankara ses nombreux musées, le mausolée d'Atatürk, ainsi que ses nombreux parcs et espaces verts, entretenus au millimètre par une légion de jardiniers. Une nécessité que ces parcs publics, pour les citadins qui les fréquentent beaucoup, histoire d’offrir un peu de répit a leurs poumons encrassés.
Enfin et surtout, à Ankara il y a le quartier d'ULUS...

ULUS
Si vous avez déjà regardé les photos d'Ankara, vous n'aurez pas manqué de constater que je suis tombé raide-dingue de cet endroit très spécial, de ce village oublié du temps. (mais pour combien de temps encore ?  Il me semble déjà entendre au loin vrombir les bulldozers, qui inéluctablement, et sans doute dans un avenir proche, rempliront leur mission de destruction et d'homogénéisation, imposée par la vision moderne du "progrés" que seuls les fous et les inconscients osent remettre en cause). Ulus est le plus vieux (et de loin le plus beau) quartier d'Ankara. Il inclut la citadelle et son rocher, ainsi que les deux ou trois collines avoisinantes.
A l'ambassade d'Iran, j'ai rencontré Adrien, un "french-hard-routard" (autostop + hoapitality-club) qui est comme moi blasé par Ankara. Nous décidons de passer la journée ensemble, et je lui propose une excursion a Ulus, qu'il n'a pas encore visité. J’ai très envie de retourner là-bas, mais pas forcément tout seul, depuis l'épisode de l'émeute infantile, et celui plus récent du racket dans le café-olé-olé. Vu que le ciel est sans nuages, nous commençons par monter à la citadelle, histoire d'avoir une vue d'ensemble, et de prendre quelques photos. De là-haut, je suis fasciné comme la première fois par la colline très haute et très escarpée, juste en face. Je constate qu'Adrien est aussi attiré que moi, that's why nous redescendons de notre perchoir, direction le point culminant d'Ankara. Durant la montée, nous croisons de nombreux bambinos, le visage et les mains terreuses, qui nous mendient de l'argent, à boire, et insistent toujours autant pour poser devant nos objectifs. Il y a également quelques vieillards, tous très étonnés de voir deux étrangers dans leur quartier-village qui, reconnaissons-le, par certains aspects ressemble à un bidonville. Des jeunes femmes, voilées et habillées traditionnellement s'occupent de tâches ménagères: étendre le linge, ramoner les conduits des poêles à charbon. Elles-aussi sont très surprises de notre visite. Incontestablement, nous sommes l'attraction du jour ! Ca crie,ça rie, ça gesticule. Elles nous demandent de les prendre en photo, découvrent un peu leur visage, puis avant que nous ayons eu le temps d'appuyer sur le déclencheur, elles se ravisent brusquement, nous cachent de nouveau leur lumineuse beauté et s'enfuient en riant... Nous faisons mine de partir, alors comme par magie, elles re-apparaissent et le petit jeu se reproduit... (soit dit en passant, c'est bien dommage pour vous, mais je n'ai pas réussi à faire une photo nette de l'une d’entre elles dans ces conditions). On dirait des enfants ! Il est probable que ces jeunes femmes qui peuvent avoir vingt à vingt-cinq ans n'ont jamais mis un pied hors du petit monde d'Ulus. Leurs pères, puis leurs maris décidant de tout pour elles, gardent jalousement le secret de leur fabuleuse beauté.
Vers quatre heures et demi, alors que nous approchons du sommet, un homme, le premier que nous croisons depuis que nous sillonnons cette colline (mis-à part quelques vieillards dont j'ai parlé) vient à notre rencontre en gesticulant. Il nous explique en mimes que l'endroit est dangereux, que l'on va se faire tabasser et voler notre matériel photo. Sympa de nous prévenir. Et, bien que dans le calme, la paix et le silence qui règnent ici, son discours paniqué semble un peu surréaliste, nous prenons le parti de lui faire confiance. Mais le sommet n'est plus qu'à quelques mètres...Deux ou trois ruines à traverser, un rocher à escalader, et après seulement on redescend, OK ? L'homme bienveillant comprend notre frustration, mais avant de nous laisser, il nous fait promettre de quitter la colline à cinq heures au plus tard. Du coup, après avoir atteint le sommet et pris les photos de circonstance (pas moi parce que j'ai grillé tout mon film de réserve lors de la montée), nous ne nous attardons guère. Les cinq heures approchent, et lors de la descente nous croisons cette fois-ci de nombreux hommes qui eux,  montent, et nous gratifient au passages de regards pas franchement affectifs... En passant devant une maison, un groupe d'hommes sort brusquement et nous encadre. Ce doit être la mafia locale, ils portent tous blousons noirs et lunettes sombres; une bagnole à vingt briques stationne devant la bicoque. Le premier contact avec ces messieurs n'est pas franchement amical... Mais constatant que nous sommes étrangers, et cédant à leur hospitalité génétique, le ton change, et ils nous invitent à prendre le thé ! Je passe la porte, une intense odeur de weed envahit mes narines, et je constate qu'il y a encore trois ou quatre personnes là-dedans. Donc, on tombe d'accord avec Adrien pour dire qu'il est certainement plus sage de boire le thé à l'extérieur, à la vue de tous. Nos hôtes comprennent notre méfiance, sans pour autant l'interpréter comme une insulte, et nous buvons donc notre Turkish tea tous ensemble dans la rue. Ils nous font comprendre que notre place n'est pas ici et qu'il faut qu'on parte. L'un deux mime de manière très réaliste le vol de l'appareil digital qu'Adrien porte en bandoulière. Il y a fort à parier que si nous avions été deux jeunes Turcs, nous laissions notre santé et nos précieuses boites à images dans cette rencontre avec ces gens... D'ailleurs, le soir même,  j'ai discuté avec des étudiants qui m'ont avoué n'avoir jamais osé s'aventurer dans cette partie de leur ville.

Pour en finir avec Ulus, que je quitte avec une certaine tristesse, mais heureux quand même d'y être arrivé avant les bulldozers, je tiens à signaler que le guide du routard, le Lonely-planet et certains touristes sur des forums internetiques affirment qu'il n'y a rien à faire ou à voir sur ces collines, hormis la visite de la citadelle. Ils recommandent par contre de passer du bon temps à Kizilay, pardi... Et bien le guide d'un Terrien sur terre vous certifie qu'hormis quelques muses et le mausolée d'Atatürk, Ulus est le seul et unique intérêt d'Ankara pour un voyageur qui a autre chose à foutre qu'aller claquer du pognon dans un centre commercial sans âme, si tant est qu'effectivement l'on s'y promène de jour, en toute humilité et en respectant ses habitants.

Et bien voilà, ce sera tout pour aujourd'hui... Je vous souhaite à tous une bonne nuit et de faire d'aussi beaux rêves que moi !

 Ah, non, j'allais oublier... Je me permets de signaler qu'un article comme celui-là, c'est au moins six heures de boulot, oui, oui ! Donc, ce qui serait sympa, vous qui me lisez, ce serait de laisser des p’tits commentaires... Ca vous prend une minute cinquante-sept secondes, et moi ça me fait bien plaisir, ça permet d'avoir un p'tit retour, d'ac ? Et puis, à force, je risque de me lasser (meme si j'ai beaucoup de plaisir a ecrire), ce qui risque de se ressentir sur la qualité (et surtout sur la longueur, ex : suis bien arrive a Erzurum STOP Meteo ok, pas facher de quitter ;Ankara STOP Vous recontacte avant quitter Turquie pour Iran STOP) Je vous fait profiter de mon voyage en recopiant une bonne partie de mes carnets sur ce site. J'aimerai bien savoir ce que cela reveille dans vos menages ou vous inspire. Unterriensurterre, c'est FREEDOM n'hesitez pas a raconter tout et nimporte quoi, en rapport ou non avec ce voyage, donnez moi des news de France et de l'actualite si ca vous chante. Dans la vie je prefere le DIALOGUE, normal non ? ATTENTION,  je n'attends pas pour autant de compliments idiots ou autres caresses dans le sens du poil, au contraire critiquez moi vigoureusement, réagissez en contradicteurs, traitez moi de prétentieux, d'ignare de menteur ou d'egocentric man, ça me plait !
D'ailleurs, je n'ai nul besoin de compliments, car je suis convaincu de la qualité de ce blog, de la justesse du ton, de la liberté du style, de l'infinie précision des descriptions, de la richesse et l'originalité de la narration; tout comme vous ne doutez pas des dimensions colossales de mon ego...........
Et merci Papa-Maman de jouer les correcteurs d'orthographe, sans quoi je serai démasqué, et passerai sans doute pour un vulgaire charlatan de la langue française ;-) ...





vendredi 16 février 2007, Ankara
Ankara : Premieres ımpressions (a chaud)


Une fois n'est pas coutume, ce petit article commence par une photo. Parce que le sourire de ce jeune cireur de chaussure m'émeut profondément. Je ne suis à Ankara que depuis quelques heures et cette nouvelle cité sur mon parcours m'a déjà un peu bouleversé...

Je suis arrivé en train. J'ai très mal dormi, il faisait une chaleur atroce dans le wagon, et puis il n'y avait plus de couchettes disponibles. J'ai dû m'endormir vers trois heures et demi du matin, pour me réveiller à sept heures et demi, pour le lever du soleil. Niveau émotions, visuelles au moins, la journée s'annonçait prometteuse. Les vastes plateaux d'Anatolie centrale... Le train serpente, lentement, au fond d'une très large vallée, et bien que la météo ne soit toujours pas très généreuse (il ne pleut pas, c'est toujours ça...), la vue de ces plateaux arrondis qui semblent se chevaucher jusqu’à l'horizon, cette impression d'espace infini et vierge m'emplit d'une joie simple qui ne se raconte pas vraiment. Cela ne fait pas cinq minutes que j'ai entrouvert les paupières, et déjà ma pupille droite est rivée contre le viseur de mon Minolta, tentant au mieux de fixer sur le nitrate d'argent cette émotion picturale, au travers des vitres un peu grisâtres de la voiture Pullman. Je me rendors doucement, cette fois-ci profondément apaise, ne songeant même plus à l'étouffante torpeur environnante. Lorsque, de nouveau je me réveille, c'est l'arrivée a Ankara. Sur des collines aux pentes escarpées sont bâties de petites maisons, très nombreuses et colorées, mais à l'apparence délabrée, ce qui contraste fortement avec l'aspect "tout beau tout propre" des demeures Istanbuliennes.

En sortant de la gare, je suis immédiatement saisi par la lourdeur de l'air, et l'odeur acre d'une combustion incomplète qui me brûlerait presque les poumons. Le ciel déjà nuageux est très obscurci par les gaz d'échappements. La visibilité est étonnamment faible, tout ce qui se trouve à plus de deux cent mètres est un peu trouble. Pollution extrême. Et c'est un parigo (adoptif, certes) et fumeur qui plus est, qui vous parle ! Je décide de me diriger vers le quartier d'Ulum, qui apparemment n'est pas trop cher, pour me trouver un hôtel. A chaque fois qu'un feu passe au vert, et que les automobilistes démarrent, on n’y voit vraiment plus grand chose, comme si on faisait brûler un vieux tas de pneus. Il faut dire que la plupart des voitures et la totalité des autocars ne datent pas d'hier, ni même d'avant-hier... Je suis suffoqué par le manque d'oxygène et le poids de mon sac, si bien que je marquerais deux pauses sur les deux kilomètres de mon parcours, et ce ne sont pas des pauses clope...  Je me trouve un modeste hôtel à 7,5 euros la nuit, sans douche. Je pose mon sac, me munis de mon seul appareil photo avec un seul objectif, et je décide, comme à mon habitude, de passer cette première journée à me laisser guider par mes pas, tout simplement.

J'ai remarqué que j'avais tendance à monter, dans ces cas là. Et à Ankara, ce ne sont pas les côtes qui manquent, puisque la ville est bâtie sur de nombreuses collines. Plus je monte, plus l'architecture se dégrade. Les maisons ressemblent de plus en plus à  des taudis, et les rues sont des chemins de terre, aux nombreux nids de poule. L'avantage, c'est qu'étant donnée la pente et l'absence de revêtement, il n'y a pas trop de véhicules, l'air est un peu plus clair et plus respirable. Les mosquées sont toujours très nombreuses, mais n'ont pas la rutilance de celles d'Istanbul ou de Kayseri. Non. Les lieux de culte à Ulun, ce sont des bâtisses faites de briques et de broque, avec minarets en tôles. Et, fait marquant, les rues sont jonchées d'innombrables déchets de toutes sortes, et une odeur organique a remplacé celle des moteurs à combustion, pas forcément de manière avantageuse.
Plus je m'approche du sommet de cette première colline, plus les rues se font étroites et sombres, les masures délabrées. Certaines n'ont pas de toit, à d'autres il manque un mur; et pourtant tout cela est bel et bien habité. Je croise quelques vieillards voûtés qui marchent très lentement, et me regardent avec une profonde indifférence... Je continue ma marche, très lentement. Arrivé au sommet, il y a une place plus proprette, qui est le parvis d'une mosquée un peu plus riche que celles que j'ai aperçues en montant. La vue est dégagée, et j'ai un premier panorama d'ensemble de la cité. Comme je le disais, il n'y a pas un endroit plat, et jusqu'à l'horizon que l'on distingue vaguement au travers de la brume chargée de carbone, des collines plantées d'habitats divers.
Je peux distinguer différents quartiers. Là il y a des grands ensembles, constructions sans âmes pareilles à celles de toutes les villes du monde je présume; tandis que sur une autre colline, aux pentes plus douces, il y a également des constructions récentes, mais à l'architecture plus stylisée. Sans doute un quartier d'affaire, ou peut-être le centre politique de la capitale. Sur les collines plus proches, très escarpées, des petites maisons colorées disposées anarchiquement, et des ruelles tortueuses complétées par des escaliers qui serpentent. Et en face de moi, perchée sur un rocher qui surplombe toute la ville, une monumentale forteresse, en partie en ruine. Sur les falaises ou les fortes pentes de ce rocher, il y a partout des ruines, de ce qui fut jadis des tours, un chemin de ronde peut-être... Evidemment, c'est là que je vais aller. J'aperçois une route qui monte au sommet, mais bien sûr, j'ai envie de passer entre les falaises, sur ce petit chemin de chèvres que j'ai repéré. Je navigue à vue jusqu'au pied du rocher, en arpentant de nouveau de petites ruelles. Je me sens bien, détendu. Malgré l'odeur nauséabonde et la pauvreté qui me saute à la gueule, ce lieu a quelque chose de magique, d'inattendu et de pittoresque, surtout après l'étalage de luxe et de richesses que j'ai rencontré dans les quartiers touristiques d'Istanbul. Ici ça sent bon la vie simple quelque part, et c'est très silencieux, apaisant. Au bout de vingt minutes, je suis au pied du colossal rocher que des ancêtres Terriens belliqueux ont transformé en forteresse, et les années et les siècles en ruines.

Flûte et reflûte, il y a un mur de trois mètres de haut complété par un grillage agrémenté de barbelés. Dans le langage universel, cela signifie « défense d'entrer ». Et puis, je suis à 20m d'un poste de police, je m'en éloigne un peu. Je réfléchis, les yeux levés vers ces falaises. La route ? Ce grillage ne défend pas des installations militaires, ça j'en suis sûr, tout ceci n'est que ruines,  et pentes herbeuses jonchées de déchets, encore une fois. Ce grillage est là, simplement pour que les intrépides passent leur chemin, donc dans le pire des cas je ne me ferais pas tirer dessus. Je repère un endroit où le grillage a succombé à l'outrage du temps, et je patiente, histoire qu'il y ait un peu moins de monde dans les environs. Lorsque j'estime le moment propice, hop ! En quatre secondes sept dixièmes je suis de l'autre coté (du bon ou du mauvais, histoire de point de vue).
Et je ne le regretterai pas. Cette ascension est un pur régal. Je fais extrêmement attention, mesure chacun de mes pas, car il est clair que l'endroit n'est pas safe . Je chemine sur un petit sentier herbeux qui passe tantôt au pied, tantôt en surplomb de falaises vertigineuses, mais quelle vue mes amis ! Du plaisir à l'état brut. Une fois au sommet, je me pose un peu, et un ou deux chiens errants viennent me tenir compagnie, dans l'espoir d'obtenir de moi quelques subsides alimentaires. Désolé les amis canins, mais j'ai autant la dalle que vous... C'est pourquoi je ne m'attarde pas, et je descendrai par la voie officielle cette fois-ci, qui emprunte un escalier de toute beauté. Je traverse un parc public construit en terrasses, où la jeunesse d'Ankara prend du bon temps, à le perdre (et ils ont bien raison...). Je repère le minaret du sommet de la colline sur laquelle j'étais deux heures plus tôt, et décide de refaire le chemin en sens inverse.

C'est la sortie des classes, et je suis assailli par une armée de marmots... Gentils au début, ils m'entraînent dans une ronde (oui, oui, je fais la ronde !) avec chants que je fais semblant de connaître. Le problème est qu'il y a un but du jeu que je n'ai pas saisi, du coup, ils comprennent que je suis un imposteur... Ce n'est pas grave, ils me font des sourires quand même, et insistent pour que je les prenne en photo. Ils sont habitués aux touristes, puisque après le cliché ils s'approchent pour regarder le résultat sur l'écran (supposé) au dos de l'appareil. Qu’elle n'est pas leur déception en s'apercevant que je suis un vieux croûton avec un appareil pourri... Ils veulent encore et encore que je les photographie, je simule une dizaine de prises de vue. Une des petites a repéré la bouteille de coca qui dépasse de ma poche, et me fait un sourire quémandeur irrésistible. Je vais pour la lui donner, mais l'un de ses petits camarades se précipite entre nous et m’arrache quasiment la bouteille des mains. C'est l'émeute. J'aurais voulu éviter ça. Ca crie dans tous les sens, ça se fout des paires de claques. Je suis désemparé. Je tourne le dos pour m'éclipser, en remettant ma bouteille dans la poche. Je sens un coup de (mini) poing dans mon dos, et une main qui tente d'arracher la bouteille. Toujours le même petit teigneux. Je me mets à sa hauteur, prends mon air le plus méchant, et pousse un monstrueux GGRRRRRR!! Le petit ainsi que la plupart de ces copains prennent la fuite. La première gamine sympa, elle, n'a absolument pas peur, et continue de me supplier du regard. Je sais que si je lui donne la bouteille, exactement sept seconde plus tard elle va se faire massacrer par ses camarades, pour quelques gorgées de soda. Donc, le coeur lourd, je garde ma putain de bouteille et je tourne les talons. C'est alors que l'Emotion m'envahit. Je sens de la chaleur me monter aux tempes, et je fais tout mon possible pour retenir une larme. Je viens de comprendre ce que ça signifie que d'être un nanti de cette planète... Première approche. Je tente de refouler un sentiment de culpabilité bien naturel, mais parfaitement inapproprié... Je pense aux paroles d'IAM  "  La vie est belle, le destin s'en écarte. Personne ne joue avec les mêmes cartes.  Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu'il dévoile.  Tant pis, on n’est pas nés sous la même étoile..."
Certains d'entre vous trouverez peut-être cela un peu leger, mais n'oubliez pas que je suis un grand émotif... Et puis, bien sûr que je réfléchis à tout ça depuis longtemps, avant mon départ même, mais je pense que l'on ne peut jamais être complètement armé psychologiquement pour affronter la vue de la misère de ses semblables Terriens... Et bien voilà une première approche, nécessaire sans doute à la poursuite de mon périple. J'imagine que l'Inde, par exemple, est incomparable avec la Turquie de ce point de vue.
Le chant des Muezzins se met à retentir. Douce musique a mes oreilles, que cet "al-adhân". J'arrive au sommet de la colline en pleine prière. La mosquée est beaucoup trop petite pour le nombre de fidèles, si bien que de nombreux tapis sont disposés sur le parvis, et les Musulmans prient, les pieds nus et le front contre le sol, en murmurant leurs textes sacrés. Ca fait comme un doux bourdonnement. Je range mon appareil photo dans mon sac, je me fais tout petit et me pose dans un coin. Cette ambiance de recueillement me fait vraiment du bien, après l'expérience nouvelle que je viens de vivre. Au bout de cinq minutes, je me sens beaucoup plus détendu, calme et apaisé de nouveau, pour de bon. (Ne panquez pas, je n'ai nullement l'intention de me convertir à l'Islam, ou à quelque religion que ce soit, OK ?). A la fin de la prière, tous se rechaussent en même temps, et c'est là que commencent les "affaires" pour les petits cireurs de chaussures.

Encore une vision dure que ces adultes froids qui viennent, sans un mot, se faire cirer les pompes par des gamins de moins de dix ans, qui sont agenouillés et frottent et frottent de toutes leurs force. Il faut que ça brille, pour recevoir 1 lira (50 eurocent)... Je reste assis sur un muret, sans broncher, à coté de ce charmant gamin qui accepte de bon coeur d'offrir sa charmante frimousse à mon objectif.
On essaye de communiquer, mais c'est dur, alors on se tape un p’tit fou rire express, avec ses potes aussi. Ils achètent, avec l'argent de leur travail, des barquettes de riz qu'ils dévorent trop vite avec leurs mains noires de cirage, si bien qu'ils n'arrivent pas à finir, et balancent la précieuse nourriture ainsi que son contenant sur le sol, qui en est jonché... Je lâche mon coca à mon jeune ami photogénique, qui, bien sûr, le boit d'une traite sans penser une seule seconde à le partager avec ses potos... J'arrive à lui faire comprendre que je vais mettre la photo sur un site Internet, j'aime autant vous dire qu'il est fier comme un pacha ; Il traduit pour ses amis, le torse bombé. Ceux-ci insistent pour que je les prennent également en photo, malheureusement c'est déjà la 36eme pose de la pellicule...

Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui...

A bientôt !

 

D'autres photos d'Ankara...

Photos tardıves de Cappadoce





jeudi 15 février 2007, Kayseri
Jour-blanc sur Erciyes Dagi;

Photos relatives

 

Bonjour les francophones... Je viens de faire un petit tour sur le site de Canal+ pour mater un peu le zapping,  (la seule émission de gauche de la télévision française...). Quelle n'est pas ma surprise en voyant, en énorme la tronche de Hardisson (que je déteste), avec écrit en dessous "Salut les Terriens !" Flûte et reflûte, quelqu'un aurait pu me prévenir ! Vous n'allez quand même pas me dire qu'il n'y a pas un seul lecteur de ce site qui est aussi un accro de la télé et qui savait qu'une émission stupide soi-disant critique et moderne portait ce nom ? Bon, voilà pour le petit coup de gueule pré-carnet de voyage... Et puis, si j’étais tout le temps de bonne humeur, vous finiriez par croire que je ne suis pas l'auteur de cette feuille de choux...

Après ce "full touristic day", je me suis fait une petite journée pépère, à marcher au hasard dans la neige, dans les alentours de Göreme, prendre des photos, essayer de suivre les arrêtes au bord des falaises nombreuses de Cappadoce, à la recherche des meilleurs points de vue. Je n'aurais finalement passé qu'une seule nuit dans ma cave de Göreme, et après m'être sérieusement embrouillé avec le gardien (le bougre voulait me faire payer deux nuits parce que je me suis levé après 10h, le check out time, alors que son hôtel est vide...
Je veux bien jouer les pigeon- migrateurs, mais dans la limite du raisonnable), je reprends la route, direction Kayseri, "petite" bourgade d'un million d'habitants, à quelques kilomètres d'Erciyes Dagi.
En attendant le car qui doit normalement passer sur les coups de 21h, je sympathise avec un américain marrant et profite de son Lonely-planet pour dénicher un hôtel abordable a Kayseri, Internet ne m'ayant fait que des propositions indécentes à 50 euros la nuit. Et bien, mes amis, heureusement ! Il y a des fois où je me dis que je ne doute de rien... Parce qu'arriver à Kayseri à 22h30 sans  savoir où dormir, relève de l'utopie pure et simple... Sans doute aurais-je couru dans le premier hôtel avec ses quelques étoiles plutôt que de traîner trop longtemps du côté de l'autogare. Plutôt lugubre, la banlieue Kayserienne, de nuit... C'est autre chose qu'Istanbul et que la Cappadoce, vous pouvez me croire ! Comme me le dira le surlendemain (donc aujourd'hui) un marchand de tapis, je suis sans aucun doute le seul "touriste" de la ville en cette saison. D'ailleurs, les gens me regardent un peu de travers, un peu l'air de dire "Mais qu'est ce que tu viens foutre ici, toi ?" Ca fait partie du jeu. Moi,  je pensais qu'avec une telle montagne à proximité, la localité était habituée aux étrangers ! Kayseri, c'est l'authentique capitale turque du tapis. Mais personne ne songe à venir affronter les rudeurs de l'hiver en Anatolie centrale pour acheter un tapis, il faut croire! Ni même pour venir visiter le château, ou voir l'une des 370 mosquée.
Donc, en sortant du car, et voyant que les alentours immédiats ne présentent aucun intérêt,  mais pourraient bien me causer des désagréments, je me cherche un taxi. Je suis épaté par la collection de guimbardes que forme la file des taxis... Des authentiques Renault 11, et même des Renault 12 (la fameuse "poire"), des Peugeot 304, oui, oui! D'ailleurs, pour le fun, je choisirai une 304, ça me donne un peu l'impression d'être dans un film des années 60... Lorsque j'ouvre la porte, le chauffeur ne fait même pas l'effort de dissimuler la bouteille de Raki avec laquelle il est presentement en train de jouer à "tu-me-tues-je-te-tue"... Il s'empare de mon sac et le fourre dans la malle, et je vois la bagnole descendre de vingt centimètres. Constatant qu'il oublie de fermer le coffre, je me dirige vers l'arrière de la voiture, mais il me fait comprendre que c'est parfaitement inutile.
Il se marre en voyant ma mine désemparée devant le burlesque de la scène. Je lui tends mon carnet avec l'adresse dessus, il met un certain temps pour la lire (probablement que because of the Raki, il se demande pourquoi j'ai écrit trois fois la même adresse...). Il me dit « 10 liras », je lui réponds 0k. La voiture démarre. Au bout d'une centaine de mètres, le moteur calle. Il redémarre et accélère à fond. Ca fait un vacarme de tous les diables... Dés qu'il lâche l'accélérateur, le moteur calle, si bien qu'il garde en permanence la pédale appuyée au plancher, on se croirait dans un avion... Les gens sur le trottoir nous regardent avec un air un peu incrédule...
Comment ce véhicule qui se meut a la vitesse de 20 km/h grand max peut-il produire un tel boucan ? Voilà un moteur dont le but premier semble être la transformation du gas-oil en décibels. Cinq minutes avant d'arriver à l'hôtel, le capot de la charrette s'ouvre, et occulte parfaitement la visibilite... J'ai un mouvement de recul dû à ma surprise (joli mot pour ne pas dire trouille, n'est ce pas ?), et je lâche un petit Waouh... Le chauffeur pile, me regarde et se marre... Il me demande un truc que je ne comprends pas très bien. Puis, thanks to body-language, Eureka ! Il souhaite que je le remplace pour écraser la pédale d'accélérateur le temps qu'il referme le capot... J'obtempère, et prends le parti de me marrer.
D'abord, parce qu'il serait tout autant saugrenu de m'énerver, mais surtout parce que tout ça c'est quand même vraiment marrant, non ? Quand mon chauffeur de luxe réintègre le véhicule et me voit en train de me bidonner, il fait de même... Et c'est parti pour un ptit fou-rire à la turque, qui crée une drôle de symphonie avec le bruit du moulin qui est toujours à plein régime, et qui va bien finir par nous péter à la gueule à un moment ou à un autre. Le gars me propose un gorgeon de Raki, mais je refuse parce que c'est vraiment dégueulasse ce truc-là. Genre Pastis, mais en pire (excuses aux amateurs de pastis). Quand le gus me dépose devant l'hôtel (il ne descend pas de la voiture because la pédale des gaz), je récupère mon sac qui par miracle n'a pas chut sur le macadam, j'écoute mon taxi du jour s'éloigner.
Quand, au bout de cinq minutes je ne perçois plus le bruit, je me demande si tout cela est vraiment arrivé... Peut-être que j'ai un peu forcé sur les San-antonio il y a quelques années, et que du coup j'ai une tendance au délire hallucinatoire burlesque ? Je repense à l'accident de car, à la marche arrière du train en Bulgarie, ha ça... Ca fait pas un mois que je suis parti, et pourtant il m'en est arrivé des trucs saugrenus... Ce voyage serait-il placé sous le signe de la cocasserie ? Ma foi, espérons-le...
Donc, je rentre dans l'hôtel. Une odeur épouvantable règne là-dedans. La seule chose de vrai sur cet hôtel que j'ai pu lire dans le Lonely Planet est que Ömher, à l'accueil, est fort sympathique. Il me prescrit d'office une chambre double avec toilettes et salle de bain individuelle, à 10 euros la nuit. Ce n'était pas vraiment ce que je souhaitais, mais si en été le dortoir est plein d'occidentaux (et talles) sympathiques, en hiver la clientèle est exclusivement masculine et locale, et c'est vrai que je fais sans doute un peu tache avec ma peau-cachet-d'aspirine et mes fringues européennes au milieu de ces gens qui ont l'air, sans méchanceté aucune, d'être tous les SDF de Kayseri venus trouver refuge dans un hôtel bon marché en cette rude nuit hivernale. Et puis, quand je vois à quoi ressemblent mes sanitaires individuels, je préfère m'abstenir de ne serait-ce qu'imaginer ce que peuvent être les douches collectives. Je vous ai dit que je trouvais ça un peu sale, le Star cave hôtel ? Rectification, c'était le top de l'hygiène comparé a ça.
Je prends le parti d’en faire abstraction, et une nouvelle fois je me glisse dans mon sac de couchage, histoire d'être en super-forme pour ma journée ski et montagne prévue le lendemain.
Le matin com’ d'hab (ou je ne m'appelle plus Audoin), la sonnerie de mon réveil ne me réveille justement pas. Neuf heures moins le quart. Je saute dans ma combi, et me presse à l'accueil pour que l'on me donne des indications sur la manière de joindre Yayltaya (ou un truc du genre), qui est la "station" de ski du coin. Hömher, gentillesse turque oblige, ni ne m'explique ni ne me fait un plan, mais me conduit à la gare d'autobus adéquat, et au pas de course siouplait, malgré ses soixante printemps bien tassés. J'arrive au moment où le bus s'apprête à décoller. Merci Hömher!  Un truc que je n'ai pas trop compris dans le minibus, c'est pourquoi les gens attendent le moment où la route fait des épingles à cheveux pour payer leur trajet, directement au chauffeur qui-plus-est.
Vu que j'ai eu la dernière "place" sur une sorte de boite en bois, à côté du chauffeur, les clients m'utilisent comme intermédiaire pour lui passer leur argent, et ce dernier m'utilise comme intermédiaire pour leur rendre leur monnaie. J'ai des billets et des pièces dans tous les sens, je finis par m'y perdre, très gêné.
Les voyageurs comprennent ma confusion, se foutent gentiment de moi et me font des signes avec leurs doigts pour me dire combien je dois leur rendre. Pour le "service" que j'ai rendu et sans tenir compte de sa qualité plus que médiocre, le chauffeur me fait cadeau du prix du transport. J'arrive à Yayltaya (ou un truc du genre). Je comprends pourquoi l'endroit n'attire pas les fans de glisse nationaux et internationaux, ce n'est pas vraiment le paradis du ski au sens alpin, communément admis du terme. Il y a un télésiège et un téléski, et pas de pistes balisées. Sur le "front de neige", pas d’hôtel, un resto et demi, deux ski shops si j'ose dire, installés dans des préfabriqués. Je vais pour louer le matos. Je m'y attendais, mais pas à ce point là, ce n'est pas vraiment moderne. Les skis dits paraboliques ne sont pas encore parvenus jusqu’à ce volcan. Je me retrouve donc avec une paire de Rossignol 7S (qui fût, pour les connaisseurs, un excellent modèle il y a une quinzaine d'années) de 2m10 de long. Il me faudra bien deux ou trois descentes pour retrouver mes vieux réflexes, le ski en dérapage (et avec des carres usées jusqu'au noyau du ski, c'est pas évident du tout). Surtout que, bien que ma cheville ne me fasse plus vraiment souffrir, je garde à l'esprit que la chute ne fait pas partie du jeu. Ici, il faut payer pour chaque remontée. Je me choppe dix tickets pour les pioches, c'est plus marrant et deux fois moins cher que le télésiège, et puis les deux aboutissent exactement au même point.
Le problème, c'est que c'est jour-blanc, sur Erciyes Dagi…
C’est-à-dire, pour les non-initiés, que la luminosité et les nuages forment un éclairage très blanc et uniforme, ne permettent pas de distinguer les reliefs, ce qui impose une vitesse des plus modestes, et une disponibilité accrue au niveau des cuisses pour être continuellement en mesure d'absorber les irrégularités du terrain (et vu qu'il n'y a pas vraiment de pistes, les dite-irregularités peuvent être des bosses d'un mètre de haut). Ca, c'est la première heure de ski. Mais quelque temps plus tard, les nuages viennent complètement lécher le volcan, et la visibilité se réduit progressivement, pour atteindre un tout petit mètre... Dangereux, et pas très intéressant de skier dans ces conditions. Sur le coup de midi, la visibilité est pour ainsi dire nulle, et mon téléski ferme... Bouh... Je n'ai pas vu grand chose d'Erciyes, moi qui attendais tant de cette rencontre... Autant le burlesque est au rendez-vous, autant point-de-vue montagne je ne suis pas très veinard, je trouve. Je rends le "matériel", récupère mon passeport.
La navette retour pour Kayseri passe à dix-huit heures. Pas question de me les geler pendant 6 heures, je tente l'auto-stop. La première voiture me prend, il s'agit de deux moniteurs de ski dépités comme moi, par la météo capricieuse. Sur le chemin du retour, on stoppe dans une vielle ferme, pour acheter du lait et du yaourt. Ce yaourt est tellement bon ! c'est frais, « c'est goutu, ça fait du bien par où ça passe », comme dirait l'autre. J'en bois (car ici le yaourt est si liquide qu'il se boit dans des verres, comme en Bulgarie d'ailleurs) au moins 300g.
Je me rends compte que mes deux moniteurs de ski font un énorme détour pour me poser à côté de mon hôtel, alors que j'avais justement insisté pour que ce ne soit pas le cas. Encore un exemple de la générosité turque.
Le lendemain (donc aujourd'hui), vu que la météo n'est pas meilleure que la veille, je remballe mes affaires et décide de prendre un train pour Ankara. Sur le chemin de la gare, je me fais accoster par un jeune des plus sympathiques, qui me propose de visiter l'Antique Bazar, construit en 1400 et quelques.
Je yes, why not ?, et lui emboîte le pas. Je découvre ce vieux bâtiment qui fait plus authentique que ce que j'ai pu voir à Istanbul car il n'a pas été (trop) restauré. Les plafonds sont voûtés entre des piliers, et sur chaque voûte sont percées de petites fenêtres rectangulaires qui permettaient autrefois de connaître l'heure en fonction de la luminosité relative de chacune d'elle (qui indique la position du soleil). Très astucieux... Devant tant de connaissances de mon ami, je lui demande s'il est guide touristique. Non, marchand de tapis. D'ailleurs, il est en train de me conduire dans sa boutique, tout naturellement. J'aurais du m'en douter, cela m'est arrivé mille fois depuis mon arrivée en Turquie...
Il veut absolument que je sois son premier client de l'année. A Kayseri, il existe une tradition qui veut que la première vente de tapis de l'année porte bonheur pour tout le bizness à venir, ainsi qu'à l'acheteur. Le tapis porte-bonheur ne doit pas être vendu plus de la moitié de sa valeur estimée. Il paraît que lorsque l'affaire est conclue, il crie je ne sais pas quoi dans tout le bazar, et que les autres marchands doivent lui répondre un autre truc rituel. J'ai un peu de mal à croire qu'il n'a pas vendu une seule carpette depuis plusieurs mois, et pourtant je me rendrai compte par la suite que c'est vrai... Dans sa boutique, il y a son frère, sa femme et son paternel. Evidemment, on me propose immédiatement  le thé, cigarette, gâteaux, et c'est le grand déballage qui commence. Je suis un peu gêné car je n'ai évidemment pas l'intention d'acheter une carpette, ce que je leur dis et répète, mais le vendeur croit en sa bonne étoile et insiste. Et il a raison…
Pourtant, je m'étais juré de traverser la Turquie sans acheter un tapis (ce qui est un défi en soi, il faudrait que je cherche sur Internet si quelqu'un prétend avoir déjà accompli cet exploit). D'ailleurs je n'aime pas tellement les tapis. Mais, dans le déballage, je flashe sur l'un d'eux. Il est fin, très fin, avec des couleurs vives et légèrement brillantes, et des motifs aléatoires. Avant même que je n'ai montré mon intérêt pour celui-ci, il le met à côté d'un autre qui lui ressemble un peu, et ils contrastent réellement avec tous les autres. Il m'explique que ces deux là sont d'une qualité nettement supérieure aux autres, sort un mètre pour me montrer que le nombre de mailles au cm est nettement supérieur à celui des autres tapis. A vrai dire, je me fous que la qualité soit supérieure aux autres; ce qui m'intrigue pour l'instant, c'est que ce tapis me plaît, que je le trouve joli alors que je n'aime habituellement pas les tapis. Je sens que je vais craquer.
Décidément, ils sont trop forts, ces Karpet-sellers. Et puis, dorénavant, lorsque l'un deux m'accostera dans la rue, je pourrai lui répondre que « non merci j'ai déjà donné » avec l'aplomb du mec qui ne ment pas. C'est ça, riez, moquez vous... Ben oui, j'ai acheté un tapis, et alors ? Et même, je ne regrette pas. Le fait est que je suis en train d'exploser mon budget, et qu'il va falloir par la suite faire des économies. Enfin, on verra ça après avoir quitté la Turquie et expédié en France mon beau tapis. Pour en finir, après avoir longuement négocié, vient la poignée de main qui vaut contrat. Mon marchand de tapis sort alors effectivement dans le bazar, avec son grand sourire, et braille un truc qui m'échappe évidemment (car je ne parle pas encore tout à fait couramment le Turc), et effectivement des autres boutiques sortent des vendeurs, qui serrent la main de mon heureux vendeur, et regardent un peu à travers la vitrine quelle tête à cet inespéré client hivernal. Ensuite, il y a comme un air de fête. Je mets quelques mots dans le livre d'or, et je constate en effet que la dernière vente date de Novembre 2006. Et puis, en plus du dixième thé, je me fais carrément offrir le repas, que je partage avec la petite famille. Très sympa. Ces gens sont vraiment très chaleureux. (je vois d'ici la tête de ceux d'entre vous qui pensent que tout ceci est une habile mise en scène qui se répète pour chaque pingouin occidental égaré. Et bien peut-être, mais à vrai dire je m'en fous. je trouve que cette histoire est jolie, un point c'est tout) C'est ma chère maman qui va être contente de pouvoir étaler fièrement dans son salon mon magnifique tapis en attendant mon retour, à la réception du colis...
Et bien voilà. Présentement, nous attendons le train pour Ankara (le tapis et moi, je veux dire), qui passe à minuit. Petite subtilité de l'horaire sur le trajet Kayseri-Ankara : Un train à midi (que j'ai raté puisque j'étais en train d'acheter un tapis), le suivant à minuit, puis un toutes les heures jusqu'à cinq heures du mat ! J'imagine que cela correspond à un besoin de la population, encore qu'après avoir demandé des explications à la famille Tapis, ils trouvent cela aussi farfelu que moi.
Et bien mes amis, ce sera tout pour aujourd'hui. Normalement, prochain message d'Ankara. Plus que trois jours avant la réponse pour mon visa Iranien. J'ai un très mauvais pressentiment... Cette affaire est louche, je dois juste me présenter au consulat avec mon passeport, alors que partout j'ai lu que normalement ils donnent un petit numéro à présenter avec son passeport. Si ça foire, ne vous inquiétez pas : J'ai établi un itinéraire de secours qui promet d'autres palpitantes aventures, les montagnes en moins. Enfin, on verra bien !

 

Bien le bonsoir chers Terriens de Partout et d'ailleurs ...

(et va te faire f....., Hardisson !)





lundi 12 février 2007, Parc national de Göreme et sites rupestres de Capp
Full tourism day in Cappadocia...

Mes photos de la Cappadoce (dommage, le mauvaıs temps...)

Et bien, m'y voilà donc, en Cappadoce !
J'ai bien fait de reprendre la route, j'aurais fini par m'encroûter à Istanbul, en attendant un hypothétique visa Iranien... Je viens de me prendre une petite bouteille de vin blanc de Cappadoce. Il n'est pas à la hauteur des paysages que propose la contrée, vous pouvez me croire.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est pas vraiment bon, surtout à 6 euros la boutanche, mais enfin bon, je fais comme si, sourires, onomatopées et tout, pour ne pas vexer les trois hôtes Turcs qui, pour l'instant, ont les yeux rivés sur moi, vu que je suis leur seul pensionnaire (et, vu l'état de ma chambre, je veux bien croire que je sois le premier depuis longtemps). Je me fume un petit narghileh, histoire de faire passer le "goût" du vin blanc, mais celui-ci n'est pas terrible non plus. La sensation reste plaisante. Je suis engourdi de fatigue, et le poêle qui diffuse une intense chaleur, en partie absorbée, puis généreusement restituée par les nombreux tissus, coussins et tapis qui colorent la pièce contribue à cet engourdissement.
La télé diffuse, elle, un feuilleton débile, dont les Turcs sont apparemment assez fan (on dirait bien que c'est une constante avec la télévision : plus c'est con plus ça plaît), puisque j'ai déjà eu le loisir de faire connaissance avec les protagonistes à deux reprises lors de dîners dans les restos d'Istanbul. En gros, il y a deux personnages masculins qui ont des tronches à faire peur à un soldat Turc, une nana (à forte poitrine bien évidemment) qui s'évanouit lorsqu'elle ne pleure pas à chaudes larmes, et une infirmière à la mine fermée et blouse blanche qui apparaît chaque fois que l'autre tombe dans les pommes. Cet épisode semble raconter exactement la même chose que le précédent (pour le spectateur non averti tel que moi, ils sont exactement identiques, c'est assez bizarre), je me permets donc de me désintéresser du petit écran, surtout que cela ne vous intéresse pas non plus.
Aujourd'hui, j'ai fait du tourisme pour de vrai, avec d'authentiques touristes japonais, LE  programme de la journée à la minute prés, la guide avec son accent anglais à couper au couteau, et LE minibus de circonstance... Si certains d'entre vous ont lu "les Bidochons en vacances", bande dessinée drolissime, et bien c'est à peu près ça. Ca vous étonne de moi ? Pour ma défense, je dirais que... J'ai presque pas eu le choix ! Mais commençons par le commencement.

Hier soir donc, j'ai pris le car régulier de 21h30 qui relie Istanbul à Nevshehir en quelques12h. Neveshir, c'est la grosse bourgade de Cappadoce, et justement je ne suis pas venu ici pour rester en ville, donc ce n'est pas ma destination finale, c'est pourquoi en descendant du car je demande au chauffeur s'il sait où se trouve le bus pour Göreme. Jusque-là, tout va bien. Celui-ci s'empare alors précipitamment de mon sac et m'exhorte à le suivre, ce que je. Le brave homme me conduit tout droit dans l'un des baraquements de la gare routière, qui m'a tout l'air d'être une agence de voyage locale (comme il y en a des milliards à Istanbul, avec toujours la même photo de la Cappadoce et de Pamukkale). Environ 5 secondes plus tard, je suis confortablement installé avec, devant moi, un turkish tea et une Turkish pizza, ainsi qu'un plan de la Cappadoce (pour info : le "red tour"), à ma gauche, la guide qui m'explique des trucs dans une langue qui pourrait bien être l'anglais, en pointant du bout de sa pointe bic des points de la carte (moi je « yes yes », même si je pipe pas un mot, histoire de ne pas la vexer, étant surtout intéressé par la bouffe à cet instant précis), à ma droite un autre gus s'approche avec, à la main, une machine à carte bleue, si bien que l'affaire semble d'ores et déjà conclue... Avant même que je n'ai le temps d'y penser, le thé et la pizza sont au chaud au fond de mon estomac, et ma "plastic money" dans le bidule prévu à cet effet, tandis que la guide continue de m'expliquer le programme de MA journée... À vrai dire, je suis très, très fatigué (ayant fait le voyage au milieu d'un groupe de jeunes-turcs excités qui ont gueulé toute la nuit pour finalement s'endormir à 15mn de l'arrivée comme moi), j'ai très, très faim, et surtout pas envie de réfléchir... Comme si ce voyage où tu ne peux pas dormir était prévu pour qu'à l'arrivée, tu n'aies qu'une envie, c'est de te laisser guider sans réagir...
Donc, me voilà parti pour un full touristic day including lunch, à la découverte de cette merveilleuse région qu'est la Cappadoce. Et c'est vrai que c'est chouette, cet endroit... D'abord, il y a la neige, partout (in english : everywhere), à perte de vue. Ensuite, il y a ces cheminées de fée; pour ceux qui l'ignorent, il s'agit de curiosités géologiques, sortes de tours naturelles hautes et fines coiffées en leur sommet d'un chapeau de roche. C'est très agréable à regarder pour ceux qui, comme moi, aiment à laisser vagabonder leur imagination parce que l'on peut y voir à peu près ce que l'on veut. Et puis, vu que la roche est très tendre, il y a de très nombreux habitats troglodytes (enfin un mode d"urbanisation" qui n'outrage pas le paysage), dont certains datent de plusieurs centaines d'années, là où d'autres sont encore aujourd'hui habités, par des terriens tout à fait normaux comme vous et moi. On a notamment visité un site que les tour-opérateurs appellent "open museum" (classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1984, c'est ma guide qui l'a dit), qui a abrité en son temps des Chrétiens qui y ont inventé la vie monastique, et qui se sont trouvés là jusqu'à 20 000 people en même temps. Le site comporte de nombreuses églises, qui m'ont beaucoup plu car elles comportent une particularité : des fresques représentant des classiques du christianisme tels que la Nativité ou la Cène, mais en faisant intervenir des Musulmans. (exemple : un muslim qui apporte des cadeaux pour la naissance de Jésus au lieu d'un roi mage, c'est pas dingue, ça ?) Bien sûr, cela ne représente aucune réalité historique, et ne correspond à aucun repère religieux, puisque le prophète Mahomet est bien postérieur à la naissance du Christ, mais témoigne d'un profond respect et d'une reconnaissance mutuelle entre ces deux cultes à une certaine époque, l'empereur Constantin ayant accordé refuge et asile à ces Chrétiens à je ne sais quel plus quel siècle. Il fut un temps où les Fidèles n'accordaient aux symboles qu'une valeur symbolique, sans ériger celle-ci en vérité inaliénable, et croyez-moi, ça détend d'apprendre ça. Fort instructif.

Entre autres merveilles, le minibus nous a également portés à la découverte d'une vieille poterie, où les techniques de production n'ont pas évolué depuis plus de 300 ans (le tour est actionné par les jambes du potier). Ca a vraiment quelque chose de magique, ce boudin de terre rouge difforme qui se transforme petit a petit, au contact des mains mouillées et avisées de l'artisan, en une cruche des plus raffinées. Et puis, il y a le regard du potier, fixe et passionné, qui semble plus encore que ces mains, donner une âme à un vulgaire bout de terre. Petit bémol : après chacune de ces mini-visites, le guide et les artisans nous séquestrent dans le "shop" local, jusqu'à ce que l'un des Japonais se dévoue pour acheter un souvenir. Condition sine qua non pour regagner le minibus...
Tourisme culturel extrême, certes, mais moi j'ai autre chose en tête... À chaque fois que nous regagnons notre charrette et que celle-ci nous ballade dans le landscape, je suis hypnotisé par cette masse blanche qui se détache de la brume à l'horizon. Du matin jusqu'au soir, je n'aurai de cesse de la contempler. Erciyes Dagi (Dagi signifie volcan) et ses 3917 m d'altitude. Bien que le temps soit pour le moins nuageux, mon regard ne peut s'en détacher tant il culmine, majestueux. Une sorte de cône parfait tronqué en son sommet. Je passerai ma journée à glaner des informations à son sujet. C'est apparemment, La Mecque des alpinistes Turcs. On me dit aussi que c'est dangereux en hiver, parce que la neige ne s'accroche pas sur la poussière volcanique dont il est formé. J'apprends également que le flanc Sud est garni de quelques remontées mécaniques bon marché... Comment ça, vous me voyez venir ?? Serais-je donc si prévisible ?
Allez, j'avoue, demain soir après une bonne journée de marche, j'ai bien l'intention de filer là-bas... Euh... À vrai dire, j'ai même déjà réservé mon billet d'autocar !

Allez, il est temps pour moi de regagner ma cave. Je ne vous ai pas dit? J'ai déniché un "hôtel" à 5 euros la nuit, le "Star cave pension", qui est creusé à même la roche, comme la plupart des habitations de Göreme. C'est marrant de dormir DANS la montagne, non ? J'ai touché l'un des mur de mon dortoir, et j'ai pu constater à quel point la roche locale est tendre.
Tu touches, ça tombe en poussière, ce qui ne doit pas être très pratique pour le ménage, donnée que je me permets de mettre en corrélation avec l'état de saleté de ce dortoir, de loin le pire que j'ai fréquenté depuis mon départ. D'ailleurs, courageux mais pas téméraire, il est hors de question que je me glisse dans les draps qui me sont proposés, c'est pourquoi je vais étrenner ce soir mon sac de couchage. Alors bonne nuit à tous !





samedi 10 février 2007, Istanbul
Dernière nuit a Istanbul

Toutes mes photos de cette merveilleuse cité


Salut, salut...

Toujours devant l'ordinateur ! Pour vous donner des news, à vous les gens qui  me lisez de temps en temps... À vrai dire, je viens de jeter un coup d'oeil au compteur du blog, et j'étais un peu surpris de voir que tant de monde me suivait... Ou peut-être qu'il n'y a pas tant de monde, mais que certains d'entre vous, les plus inquiets, se connectent 20 fois par jour sur cette page web. Enfin, c'est plutôt agréable de voir ça. Surtout aujourd’hui...

Du bar de l'hôtel, en sous-sol, monte une lourde mélodie des Pink-floyd, qui semble être d'inspiration divine, ou plus légèrement venir tout droit d'un autre monde, de quelque part, un peu comme ces étranges mélodies d'appel à la prière.
Je sais d'ores et déjà que certains trouveront la comparaison (au choix) abusive, surprenante, excessive, inadaptée, ridicule, insensée, indigeste ; donc je vous l'accorde, elle est toute personnelle. Cet air me rappelle des tonnes de choses du passé, et notamment des grands moments de solitude, puisque ma sensibilité aux Pink-Floyd ne s'exprime généralement que lorsque je me retrouve avec moi-même. Et bien, justement c'est un peu le cas. Ces dix derniers jours passés à Istanbul avec mes amis français(es) ont été tellement intenses, et riches, que le départ des deux nanas laisse un grand vide. Les plus perspicaces  d'entre vous (ou ceux qui ne regardent que les images, ce que je ferais sans doute...) comprendront sans trop de difficulté que c'est principalement l'absence de Maxime qui pèse quelques tonnes... J'aurais voulu esquiver les adieux déchirants, mais bon, maintenant on en est là... Bon, j'arrête, je vais vous faire pleurer, et ça risque de faire des courts-circuits sur vos claviers, électrocution, enquête, tout ça... Et puis c'est pas la fin du monde, juste la fin d'une belle aventure, et toutes les bonnes choses ont une fin, comme on dit quand y'a pas grand-chose à dire. Et puis, je n’ai pas envie d'encombrer ce blog avec de la sentimentalité excessive, ce n'en n'est pas l'objet. Simplement, je cherche à vous rendre au mieux mon voyage, donc voilà, le sujet est clos.

 

Hier, journée chargée. Le matin nous avons visité la mosquée Sainte Sophie, qui fut d'abord une église, du coup c'est très surprenant de voir des représentations de la Vierge et de l'Enfant, avec les cercles autour de la tête (auréoles ??). Chef d'oeuvre de l'architecture de Constantinople érigé à la gloire de Dieu, avec d'abord une vision catholique puis islamique, le mastodonte a fort bien résisté aux nombreux séismes qui secouent cette région du globe, en laissant des traces très limitées (énormes dalles de marbre un peu incurvées et fissurées). Puis, juste à côté, le palais Topkapi, qui fut la capitale administrative de l'empire Ottoman, véritable coeur de Sultanahmet et d'Istanbul. Pour le décrire, les photos seront,  je pense, plus efficaces que des mots, et puis il y en a plein, donc n'hésitez pas. Ensuite, nous nous sommes quelque peu enfoncés sous la terre pour découvrir les anciens réservoirs d'eau potable de la capitale, immense salle dont le plafond voûté repose sur d'innombrables colonnes. De ce plafond, l'eau tombe par gouttelettes, ce qui fait qu'on se sent un peu humide quand on sort de là... Aujourd'hui, cette salle magnifique est habitée par des énormes poissons, et, oeufs corses, comme partout où il y a des touristes et de l'eau, le fond est jonché de pièces de 10 ou 25 centimes de liras.
Moi, je n'ai jamais trop compris cette coutume étrange : s'il s'agit de filer du bakchich au mec qui nettoie le fond, autant mettre la pièce directement dans la boîte prévue à cet effet, non ? Mon raisonnement n'a pas semblé aussi évident à Romane et Maxime.

Pour se reposer d'une journée aussi chargée en émotions culturelles, rien ne vaut les bains turcs... Un peu cher, mais vu qu'on est trois étudiants sans le sous (un peu faux mais bien pratique), on s'est fait discounter l'entrée pour le service complet...
En gros, tu te déshabilles dans une petite cabine avec couchette, et en ressort vêtu d'une petite serviette. Un homme (le mien était VRAIMENT énorme, si bien que la serviette qu'il portait avait VRAIMENT l'air minuscule, you see ?) t'invite à le suivre, te fais t'asseoir dans une salle entièrement en marbre. Il fait très chaud et humide. Puis, le Gros prend une sorte d'assiette qu'il remplit d'eau chaude et déverse sur le corps. Ça dure cinq minutes, c'est très agréable.
On te fait alors t'allonger sur une immense table en marbre chauffé, et ton corps est frotté avec un gant rugueux, de manière plutôt vive. Ça fait un tout petit peu peur, car le gant en question est plutôt rêche, mais cette sensation se révèle rapidement être extrêmement agréable. Ensuite, l'homme te recouvre de mousse de savon, et là, tu te sens léger, mais léger... Trop bon !
Vient alors le massage au savon, de tout le corps jusqu'aux doigts et orteils (sauf une petite exception : ma cheville droite, pour ceux qui suivent un minimum). Au fur et à mesure, le massage se fait plus violent, pour finir par un craquage général de tous les os de ton corps, genre ostéopathie.
Sur le coup c'est un chouya douloureux (par exemple quand le type de 200kg pose ces deux genoux sur ton dos, appuie de tout son poids et dans le même temps tire tes bras vers le haut), mais cinq minutes plus tard la sensation de bien-être est sans qualificatif dans notre langue. Si tu as autant de chance que moi, tu as droit au petit bonus maison : le type est algérien et chante tout au long du massage, si bien qu'un air de Gnawa semble donner de la consistance à la vapeur qui emplit la pièce. Le rêve... Après une demi-heure de ce traitement de choix, de nouveau la douche archaïque (évier +assiette + serviteur), puis le mec te sèche siouplait, et t'installe dans la première douche, au coin le plus brûlant, hyper chaud et humide. Tu restes dans ce hammam seul autant de temps que tu veux.
À ta disposition, eau chaude, froide et assiette. Quand t'es vraiment, mais vraiment trop bien, tu quittes (à regret, mais il faut absolument que tu récupères les films que tu as amenés à développer, donc...) le Hammam, pour le petit salon, ou l'on te servira un Turkish tea que tu dégusteras  (avec tes deux splendides amies françaises, mais alors là, c'est si t'es vraiment un veinard comme moi) presque nu, lové près du poêle qui finit de te sécher... En regagnant ta cabine pour te changer, un des masseur t'invite à y dormir quelques minutes si tu le souhaites ...

Non mais vous y croyez, vous ? ça donne envie de v'nir fair un p'tit tour à Istanbul, pas vrai ? Surtout que je vous l'ai fait à la seconde personne du singulier, histoire de bien vous mettre dans le bain (turc)... Allez, faites de beaux rêves...

Demain, je quitte Istanbul direction la Cappadoce. Je ne vous ai pas dit, mais j'ai pu remettre en bonne et due forme, le formulaire de visa Iranien, maintenant inch Allah (je suis pas trop sûr de l'orthographe pour inch), suspens et réponse le 18 février à Ankara. J'ai un peu fait évoluer ma stratégie administrative, sur conseils appuyés de gens qui se soucient de moi et craignent de me voir bloqué en Iran, so that demain je vais également faire la demande de visa au consulat du Pakistan. Ensuite il faut que je me renseigne pour savoir comment je me rends en Cappadoce, en bus sans doute, trouver la gare routière, un point de chute. Donc demain, c'est une journée chargée, et j'aurai l'esprit trop occupé pour me laisser aller à la sentimentalité. Good. Ensuite, vu que je serai a la campagne, ce sera peut-être moins évident pour poster des messages pendant une dizaine de jours, enfin on verra bien. Après la Cappadoce, je file sur Ankara pour récupérer mes visas (du moins je l'espère), et si je résiste à l'envie qui refait surface de trouver un bon spot pour skier (il y a des sommets a plus de 4000 en Turquie), ce sera le grand saut vers l'Iran...

Voilà, voila, comme d'hab. je vous souhaite plein de bonnes choses amis Terriens, profitez bien, on ne vit qu'une fois, patati patata, et au plaisir de vous raconter la suite de mes trépidantes aventures !

Ciao la compagnie !





mercredi 7 février 2007, Bosphore
Flaneries Istanbuliennes

Mater LES photos qui vont bien...


Et bien salut à vous, famille, amis et inconnus, travailleurs et voyageurs ...
Voilà déjà une petite semaine que je suis à Istanbul, et je ne désenchante pas. Vous avez déjà pu constater mon émotion lors de mon arrivée, et bien je persiste et signe : cette ville est proprement incroyable, et difficile à imaginer pour qui n'a jamais eu la chance d'y mettre les pieds, quelles que soient les descriptions qui peuvent en être faites. Ce matin j'ai reçu un mail de ma chère petite soeur Claire, 11 ans, qui me conseille de m'acheter une paire de lunettes pour éviter de m'user les yeux à force de voir tant de merveilles... Et bien c'est à peu près ça. Je pense avoir marché au moins 100 Km à force de déambuler dans ces petites ruelles, les yeux en l'air. À vrai dire, pour le moment je n'ai pas trop fait de visites touristiques, parce que d'une part, c'est relativement cher, d'autre part, lorsque je quitte mon hôtel le matin je n'ai d'autre envie que de me perdre dans le dédale des rues, des passages. A heures fixes, les imams appellent à la prière, et leurs chants se répandent et se répondent harmonieusement à travers toute la ville, ne laissant personne indifférent, pas même les étrangers, surtout pas moi.
Et, bien que vous sachiez la distance que je puisse avoir avec le fait religieux d'une manière générale, à chaque fois que flotte dans l'air cet appel au recueillement, je me sens transpercé par la voix et parcouru de frissons. Je m'arrête d'exister pour un instant et, à ma manière, me recueille. Lorsque le chant s'éteint, c'est animé d'une paix formidable, que je reprends ma marche insensée.

Hier, alors que je nous nous promenions avec mes petites Maxime et Romane, nos pas nous ont conduits sur le port de Sultanamet, là où se rejoignent la Corne d'Or, la mer de Marmara, et le Bosphore, bras de mer d'à peine un kilomètre de large. Nous étant acquittés de la modique somme de 0,75 euro, nous grimpons à bord d'un des nombreux bateaux bus, qui, quelques minutes plus tard, se joint au monumental trafic maritime du détroit, qui a l'air parfaitement anarchique (très impressionnant, ce tout petit kilomètre de mer chargé d'embarcation de toutes tailles et de tous types, énormes cargos rouillés, petits bateaux de pêche à moteur, yachts à touristes, et innombrables bateaux bus qui se croisent et se contournent comme pour former une chorégraphie des plus gracieuses) mais qui ne doit pas l'être tant que ça, étant donné qu'il n'y a apparemment jamais d'accident.
Le temps est magnifique et très froid, l'air marin me fouette le visage. Je ne peux m'empêcher de penser que cette traversée de quinze minutes me conduit tout droit... en Asie.
Et oui, de l'autre coté du détroit, c'est l'immense continent. Bien sûr, tout cela est parfaitement symbolique, mais l'émotion est très grande. Pour la première fois, je foule le plus grand des continents. Je prends mon temps pour quitter le bateau, et, toujours accompagné de mes deux amies, nous laissons passer la marée humaine de turcs avant de descendre de l'embarcation.
De ce coté du Bosphore, Istanbul a un autre visage. Beaucoup moins touristique, peut-être plus authentique, je n'en sais rien. Il y a beaucoup moins de monde, les rues sont bien plus silencieuses, sans doute car les marchands de tout et n'importe quoi (de l'autre coté, le même jour, je suis resté dubitatif devant un étalage qui proposait à qui voulait deux brosses à dent, une tronçonneuse, des loupes, des ballons de baudruche et un robinet-mélangeur...) sont beaucoup plus discrets. Je constate aussi que les cafés ne proposent pas d'alcool, peut-être avantageusement remplacé par des pâtisseries arabes qui n'ont pas que l'air d'être délicieuses.

 
Je l'ai déjà dit, la plupart des Turcs que je rencontre sont d'une gentillesse et d'une attention à laquelle nous, occidentaux, ne sommes guère habitués.
Oh, bien sur, il y a le côté marchand de la chose... :
Devant toutes les boutiques et tous les restaurants, il y a des "rabatteurs", qui vous garantissent  qu'ils nous feront des special prices only for us because we are different of the other tourists... (À ce sujet, j'ai discuté avec une anglaise qui m'a bien fait marrer en m'expliquant qu'elle ne connaissait qu'une seule phrase de turc qui signifie grosso-modo "non merci monsieur, j'ai déjà acheté cinq tapis"! ) Bon. Le grand bazar par exemple est un lieu où il faut vraiment savoir prendre son temps. Ici, tout et surtout n'importe quoi est à vendre.
Ça crie dans tous les sens, et si vous choisissez d'ignorer les marchands qui s'adressent à vous, soyez bien surs que ceux-ci vont vous poursuivre et vous tirer par le bras ! Le grand bazar est la seule déception que j'ai rencontrée a Istanbul. Un piège a touristes, même pas typique, genre de centre commercial où la grande majorité des articles sont de la bonne grosse camelote. J'y ai quand même acheté un jeu d'échec de voyage en bois, hand made, qui était affiché à 55 livres et que j'ai eu à 18. Et puis, les autochtones sont également, pour nombre d'entre eux de grands dragueurs, et étant donné que je me balade continuellement avec deux so pretty french girls, you know ? Nous avons beau être le plus souvent Maxime et moi bras-dessus bras-dessous, rien n'y fait...  Et puis, à côté de ça, il y a ceux qui sont parfaitement désintéressés, simplement animés d'une curiosité et d'une gentillesse extrême.
Par exemple, un soir au restaurant nous sommes devenus amis avec deux des serveurs, Jack et Haci Souci. Nous avons discuté toute la soirée, et ils nous ont discounté une bonne partie du dîner. Ensuite, nous avons pris un taxi, et il n'y a pas eu moyen de payer !! Très gêné, j'essaye d'expliquer à Jack de la manière la moins grossiere possible que je gagne sans doute dix fois plus d'argent que lui, et que pour moi les trois euros du taxi sont une somme ridicule. Rien n'y fait... Ils nous posent des milliards de questions, veulent nous emmener dans les meilleurs endroits. En l'occurrence ce sera un vrai bar turc, avec les coussins et les tables basses, narghilés, ambiance orientale. Quelqu'un joue de la guitare. Je repère un vieux Piano, et bien qu'il soit parfaitement désaccordé, nous passerons une bonne heure à improviser et nous marrer, et là encore, je me fait payer des litres de bière, impossible de payer... Une autre fois, alors que nous visitions une petite boutique de bijoux, tissus, tapis, le patron de la boutique insiste pour nous offrir le thé. Il ferme la boutique, et la conversation ne s'arrête plus. A un moment, il y a une coupure d'électricité générale, ce qui arrive pour le moins régulièrement, et le cher homme allume une lampe à pétrole, qu'il pose au milieu de la table hexagonale. Le moment est émouvant. Ensuite, il prend une flûte assez étrange, sans bec ou embouchure et se met à nous jouer un air. J'essayerai pendant une demi-heure de tirer quelque chose de ce tube percé, en vain...
Je me rappelle également une fois où je n'avais pas de monnaie, je rentre dans une boutique de photos pour en faire. Malheureusement, il ne peut pas ; il me dit de venir avec lui, et va dans la boutique à côté. Point non plus. Le monsieur ainsi que son autre pote commerçant disent de le suivre dans une troisième boutique... Enfin j'ai mon change... Je trouve çà incroyable ! Tout simplement inimaginable en France.  Et tout ce qu'ils demandent en échange c'est Where do you come from, do you enjoy Istanbul, etc...
Hier en allant chercher mes photos, le vendeur me demande ce que je fais à Istanbul, je lui raconte un peu mon voyage, et sors de mon portefeuille la petite carte de l'Eurasie que j'ai toujours sur moi, pour lui montrer un peu mon périple. Il se trouve que le gus est passionné d'histoire, et me raconte, une bonne demi-heure durant, Attila, Gengis khan, la Perse... Alors que je suis arrivé au moment où il fermait la boutique!
Et même, plus simplement dans la rue, si par hasard mon regard se pose sur un visage, immanquablement le propriétaire de ce visage va esquisser un sourire, venir à moi pour me parler. Si je cherche un endroit, il n'hésitera pas à prendre une demi-heure de son temps pour me conduire à bon port.

 

Pour finir, je vais vous parler un peu de mon Guest house. Surtout que, étant donné la bonne volonté du consulat Iranien, je vais sans doute y rester encore un petit moment (heures d'ouverture : 10h00-11h30, fermé la plupart des jours ouvrables...). Enfin aujourd'hui, j'ai obtenu le formulaire permettant d'obtenir un visa, après avoir patienté sur un banc pendant une heure alors que les deux guichets étaient libres, alors je ne désespère pas...). L'avantage de squatter les hôtels les moins chers (7 euros la nuit, ramenés à 5 après discount), c'est que l'on rencontre plein de gens marrants qui voyagent avec pas grand chose et sont pour le moins détachés de la notion de confort.
Je citerai un couple voyageant avec en tout et pour tout cinq euros par jour, en stop, faisant à la fois un pèlerinage et un reportage sur l'hospitalité en Europe orientale ;  un belge d'une soixantaine d'année qui arrive de chez lui en vélo, qui va jusqu'en Syrie, et qui dormait dans le même dortoir (12 beds) que moi, avec son pote punk-russe rencontré sur la route; un hollandais travaillant dans un coffe-chop accompagné de son pote illuminé (mais très gentil) qui lit la bible à longueur de journées.
Des Japonais, des Français, des Anglais... Des terriens comme moi, quoi !
Le staff est très amical, tout le monde s'appelle my friend, et la plupart d'entre eux dorment aussi dans les dormatories. Le soir, il y a des turcs qui viennent au bar de l'hôtel, ce sont bien sûr ceux-là mêmes qui sont si curieux de voir à quoi ressemblent ces occidentaux qui viennent se perdre dans un pays au niveau de vie moins élevé, et essayer de comprendre à tout prix pourquoi. Cela donne évidemment lieu à des discussions passionnées, si enrichissantes pour les uns et pour les autres. Et puis c'est dans cet Istanbul Hostel que j'ai rencontré les trois compères : Gérôme, Romane et Maxime... Gérôme nous a déjà quittés pour la Syrie, après que nous ayons passé ensemble des moments mémorables... Quant à Maxime la brune et Romane la blonde, deux étudiantes françaises de vingt ans amies de longue date, elles n'arrêtent pas de s'émerveiller sur cette ville, et participent clairement a l'économie locale en temps que consommatrices de tissus, bijoux, babioles...

Et bien voilà, en gros, mon aventure à Istanbul. Dans trois jours, les filles rentrent en France, et je pense que moi je continuerai mon voyage, direction la Cappadoce. D'ici là, je vais peut-être faire un peu de Culturel, visites de musées, mosquées, photos. Histoire d'être en mesure de vous raconter quelques trucs un peu plus concrets sur cette ville et ce pays !

Ciao les terriens !





jeudi 1 février 2007,
Good Bye Bulgaria, cocasseries ferroviaires, Hi Istanbul...

GOOD BYE BULGARIA !

J'ai donc opté pour le bus pour rejoindre Plovdiv... La route suit, sur la plus grande partie du trajet, la voie métrique dont je parlais précédemment. D'ailleurs, lors de la pause pipi du chauffeur, j'ai pu m'incruster dans un poste d'aiguillage, et faire une ou deux photos. Si cela parle à certains, c'est un poste par serrures enclenchées, technologie parfaitement obsolète bien qu'encore utilisée... en France.  Photos


Nous nous éloignons progressivement des montagnes, les vallées se font moins encaissées, et c'est l'arrivée a Plovdiv. Petite ville d'une centaine de milliers d'habitants ; c'est quand même la Bulgarie profonde, personne ne parle anglais. Dezi a réservé pour moi un billet sur le Balkan express, mais impossible de me faire comprendre pour retirer mon billet... Apres au moins une heure planté là, a Do-you-speak-englisher, une charmante jeune fille (et oui, encore une... A chaque fois je dis charmante, mais à près tout p.être que je vous mens pour me vanter) me réponds enfin que Yes ! Donc, je lui explique mon problème, et elle fait l'intermédiaire au guichet. Elle m'explique que, très logiquement le bureau pour retirer les réservations ne se trouve pas dans la gare, mais de l'autre coté de la ville. Je file. Mon billet en poche, et mon sac en consigne (dont évidemment je perdrai le ticket, ce qui me vaudra encore une non-conversation insensée avec le préposé aux bagages, qui aboutira finalement à la restitution de mon sac grâce à un billet de 5 euros magique). Je décide de découvrir un peu Plovdiv durant les quelques heures dont je dispose, sachant la bourgade dotée d'un certain nombre d'attraits touristiques.

Ici se mêlent tombeaux thraces sur des hectares, amphithéâtres et stades romains, autoroutes, ruelles médiévales et spectaculaires horreurs de l'architecture stalinienne. La cité est bâtie sur une colline, et plus on monte, plus c'est calme, pour aboutir au sommet sur des jardins avec une vue sur la plaine. Je ne sais pourquoi, mais cet endroit en particulier est extraordinairement apaisant. Il n'y a pas grand monde, et mes compatriotes terriens qui s'y trouvent doivent penser la même chose, puisqu'ils sont comme moi assis, à rien faire de particulier, simplement savourer la douceur de l'air et le silence. Je reste au moins une heure, posé là,  sans bouger, et ça me fait un bien fou... Il est temps de redescendre pour prendre mon train.

les photos de Plovdiv


Le tableau d'affichage des « departures » en cyrillique ne me parle guère, mais je finis par comprendre que l'un des charabias signifie Istanbul, que le chiffre 4 à côté, c'est le quai, et le nombre 55 le retard du train. On m'avait dit que ce train était toujours en retard, et je comprendrai pourquoi par la suite (et vous aussi bande de veinards, puisque je vais vous le raconter)...

COCASSERIES FERROVIAIRES...

Donc, je suis dans le train, seul dans mon beau compartiment  de cette sleeping car qui fut jadis luxueuse, et qui est aujourd'hui quelque peu délabrée. Le confort reste néanmoins tout à fait acceptable, avec trois couchettes bien larges par compartiment seconde classe, soit mieux que les premières SNCF (je me permets de préciser que je paye 7 euros pour faire plus de 300 bornes en couchette).

Le train s'arrête dans une petite gare, quelque part après Plovdiv, puis reprend sa marche, et stoppe brutalement après avoir fait 200 mètres. Après 3 min, je sens que l'on commence à refouler. Intrigué, je passe la tête par la fenêtre, histoire d'observer un peu les techniques locales de manoeuvre. Première surprise, ce n'est pas un agent de la gare qui guide le mouvement, mais un policeman, avec des gestes comparables à ceux que ferait la femme dévouée d'un quidam qui rentrerait sa bagnole en marche arrière dans son garage trop encombré. Ces gestes gracieux sont accompagnés de coups de sifflet (de policier) décousus, et je doute que ceux-ci aient réellement une signification au regard du règlement de sécurité ferroviaire local. À côté de ce flic agité comme une marionnette se tiennent deux autres bonshommes. Son collègue flic, et... le chef de gare (bien reconnaissable à sa casquette rouge), les mains dans les poches, observant la scène d'un regard un peu détaché. Après un ultime signe bizarre, le train s'arrête à quai, et c'est alors que j'aperçois une femme et deux enfants qui s'approchent. Le policeman-agent de manoeuvre s'adresse aux enfants, puis à la dame, et les embrasse tous les trois. Vu qu'il embrasse la femme de manière appuyée, j'en déduis (car je suis plutôt perspicace à cette heure), qu'il s'agit de sa petite famille... Une fois ceux-ci à bord du train, le gentil policeman-agent de manoeuvre-père de famille fait un geste un peu vague, que le conducteur interprète (à juste titre) comme un ordre de remise en marche, et le train repart, quoi de plus normal...

Non, je vous assure, je n'ai pas bu une goutte d'alcool; et je ne vois nulle part la camera du grand Emir Kusturica : tout ceci est donc bien réel... Ici, pas de grande vitesse, ça c'est sûr, mais du super-burlesque en veux-tu, en voilà !

 

Photos ferroviaires

HI, ISTANBUL ! 

Mon père m'avait prévenu qu'Istanbul me surprendrait, j'étais loin d'imaginer à quel point. C'est le petit matin, et je suis réveillé par une lumière rose orangée. Par la vitre à gauche, la mer, bleue comme la mer et même un peu plus avec, au loin, des taches de couleurs variées agrémentées de nombreuses tours étroites d'un blanc éclatant, et de dômes dorés, partout, partout. Je tourne la tête. A droite, la ville plus proche, avec des ruelles étroites et là encore, des bâtiments roses, bleus, jaunes. Je suis stupéfait. Emerveillé. Je contemple à gauche, à droite, je ne pense à rien, pas même à saisir mon Minolta, tant la beauté qui m'entoure m'émerveille. Cette lumière fantastique, surtout, et ces toits de mosquées harmonieusement arrondis, et si nombreux.
Je ne vous dis pas que je me demande si je suis vraiment réveillé (parce que ça fait vraiment trop cliche, du genre : je me frotte les yeux, etc...), mais pendant dix minutes, je ne peux pas bouger. Je n'exagère pas, et je vous prie de m'excuser, le style me manque pour décrire ce que je ressens à ce moment; je crois que de toute ma vie,  je n'ai jamais rien vu d'aussi merveilleux. Peut-être que mon sentiment se rapproche un peu de se qui se passe dans ma tête lorsque je suis en pleine montagne, et que je ressens ce trouble que jusqu'alors seul m'avait procuré l'émerveillement devant la nature sauvage. Je ne pensais pas que l'homme eût pu imaginer et concevoir pareil endroit, si harmonieux. Je me dis que le lever du jour a été créé pour éclairer cette ville...
Une nouvelle fois, excusez cet excès de sentimentalité ou de je ne sais quoi, mais à ce moment mon coeur s'emballe pour de vrai. Peut-être que c'est quelque chose comme ça que je suis venu chercher, ce quelque chose qui a poussé avant moi tant d'autres occidentaux aux portes de l'Orient...

Donc après ces émotions, je descends du train, et cette fois-ci je sors my very old camera pour faire quelques clichés du hall de la gare et des locos aux roues à rayons. Aussitôt, un flic me vocifère des trucs bizarres, et vu qu'il s'agite un peu trop avec sa grosse mitraillette a la main, je remballe l'appareil. Ok... Réminiscences d'un état qui fut extrêmement policier, il est interdit de faire des photos dans les gares, il semblerait. Je passe mon chemin, j'ai besoin d'argent. Je trouve une fente appropriée à ma Mastercard, et au moment précis où celle-ci est avalée par la machine sous-entendue, une coupure d'électricité survient... Flûte, et reflûte ! Comme je l'ai dit précédemment à Sofia, heureusement que je dispose d'une Visa de rechange, car quand ce foutu appareil se rallume, et bien le bougre fait comme si de rien était, et garde en son ventre ma CB. Encore des ptites galères pour trouver la banque dont dépend le monstre, pour m'apprendre que je ne pourrai récupérer ma carte qu'à cinq heures de l'après-midi (ce que je). En d'autres circonstances, ce petit désagrément m'aurait sans doute énervé, ou tout du moins inquiété, mais je me sens tellement bizarre... Je m'en fous. Je gagne mon hôtel que j'ai réservé la veille (7 euros la nuit, en dortoirs, avec plein de jeunes et de routards marrants), les yeux tantôt vers les toits flamboyants, tantôt dans le plan que je me suis payé. Dés que je stoppe ma marche pour consulter le plan, un Turc surgit comme par magie pour May-I-help-you-Sir.
Ce sera la seconde grande découverte de la journée : la gentillesse, l'attention et l'hospitalité de ce peuple turc d'Istanbul. L'hôtel est plein de français et françaises. Je passerai la journée avec l'UN d'eux (une fois n'est pas coutume), Jérôme, à déambuler dans les rues et ruelles de cette ville magique, confondre mon appareil photo avec une mitraillette justement, et discuter avec des turcs plus sympas les uns que les autres. D'ailleurs, Jérôme is waiting for me présentement, alors du coup je vais vous laisser, vous ayant dit le principal...

Ciao la compagnie !





mardi 30 janvier 2007, Bansko
On the road again...

Quelques photos
Bon, ça y est, ma cheville a enfin dégonflé, et je peux raisonnablement poursuivre mon itinéraire, direction Istanbul... Ouf, il était temps, je commençais limite à m'attacher à la région et à mes nouvelles amies Christina, Daisy et Elena, ainsi qu'aux patrons de ma 'guest house'... Il faut dire que toutes ces personnes ont fait preuve à mon égard d'une gentillesse exceptionnelle, et les adieux ce soir étaient très émouvants ... Bien sûr, j'ai fait une photo de nous tous avec my very old camera... A propos de photos, j'ai fait développer la première pelloche de mon voyage. Unfortunately, un bon nombre d'entre elles sont ratées, à cause d'une erreur de ma part sur le réglage de la sensibilité de la pellicule... Ce sont les petits désagréments de l'argentique, c'est aussi un peu ce qui fait le charme de cette pratique en voie de disparition. J'ai, malgré tout fait scanner le négatif sur CD-rom, et vous aurez bientôt des photos de Bansko sur le gueblo, je les ajouterai peut-être aux articles précédents, ou bien je les mettrai dans un album, je ne sais pas encore... Vu que ces derniers jours, je ne pouvais pas bouger, je me suis initié au code HTML, les plus observateurs d'entre vous ne l'auront pas manqué, et j'ai donc modifie l'apparence du blog pour le rendre, je l'espère, plus agréable, et plus lisible pour ceux d'entre vous qui passent bien trop de temps devant leurs écrans et qui par conséquent ont la vue qui baisse.


Donc, comme je le disais, demain je reprends la route... direction Istanbul, ville mythique à la jonction de l'occident et de l'orient, via Plovdiv, une petite cité avec quelques attraits touristiques dans le Sud de la Bulgarie. J'avais le choix entre rejoindre Plovdiv par la route ou le rail; et j'ai finalement choisi la route (Bouhhh!!! me diront les plus cheminots d'entre- vous... Surtout que Bansko-Plovdiv, c'est de la pure voie métrique, avec des voitures des années 50, j'ai fait quelques photos de la gare, du chef de gare, et des quelques locomotives à vapeur qui pourrissent sur des voies de service dans l'indifférence générale, ben voyons...) car en train il faut 6h pour faire les... 200 et quelques km, un peu plus de trois heures en car. Je veux en effet avoir quelques heures de libre a Plovdiv avant de prendre le train de nuit (en anglais : sleeping-car). Il s'agit là encore d'un train tout a fait exceptionnel, le "balkan Express", qui relie Belgrade à Istanbul, trait d'union entre le monde ferroviaire occidental et arabe. Plovdi, c'est un des endroit en Europe où l'on trouve les plus anciennes traces de la civilisation humaine, ainsi que le plus vieux musée d'ethnologie du monde, ou encore un amphithéâtre grec de plus de 400 avant JC... ça vaut le coup de s'arrêter une demi-journée, non ? Enfin, n'anticipons pas, on verra ça demain.

Sur ce, je vais aller faire mon dernier dodo à Bansko (presque à regret, je vous disais), car la journée de demain sera longue, et il sera évidemment impossible de dormir dans le car-fusée...

Ciao la compagnie !!!





samedi 27 janvier 2007, Bansko
Aie, aie, aie...

Les photos qui vont bien...
Ben oui, quoi, comme l'indique le titre de cet article, dans la vie il y a des hauts et des bas; jusqu'à maintenant je surfais sur la vague, aujourd'hui je suis un peu comme ci comme ça... Oh, surtout ne vous inquiétez pas, ce n'est rien de grave, et puis le moral (et l'appétit) va, donc it's OK...
Non mais dites moi, pour ceux qui me connaissent, est ce que j'ai l'air, comme ça, de peser 100 Kg ? Non, hein ? Et pourtant, c'est ce qu'a dû estimer, au jugé, le mecton qui a réglé mes fixs de ski... Bon, j'avoue, tout skieur qui se respecte vérifie ce genre de truc avant de s'accrocher sur ses planches. Mais le fait est que, vu que le gars a mis des coups de tournevis sur les fixs, je me suis dit qu'il avait fait son boulot, j'ai pas vérifié. Bon allez, je fais cesser ce suspens de mauvais goût : en gros,  je me suis fais une big entorse à la cheville droite...  Je dis big parce qu'elle a doublé de volume. Ca fait bien mal, mais à priori, au jugé de la douleur, y a rien de cassé. Du coup, je me suis tartiné de crème anti-inflammatoire, et je me suis fait un beau strapping bien comme il faut, comme on apprend à le faire lors des stages de premiers secours. Demain je vais quand même faire un tour chez un toubib, avec une traductrice...
Le problème, c'est que je peux à peine marcher, du coup, il est hors de question de porter un sac de 20 kg sur le dos... Flûte, flûte et reflûte, je suis bloqué ici ! Je vais rester sans (trop) bouger à Bansko les trois prochains jours, histoire de voir comment ça évolue.
Bon, je m'inquiète pas trop, une entorse ce n'est qu'une entorse, et si je fais pas le con, ça ne remet rien en cause, à part un tout petit détail... Mon hiver de ski est fini, fichu, foutu... Bouh !!! C'est trop triste...
Enfin, il faut prendre la chose avec philosophie, trouver des arguments qui rendent la chose positive... Ah, oui ! déjà,  je vais économiser beaucoup d'argent. Ensuite, je vais pouvoir me consacrer un peu plus à la découverte des pays que je vais parcourir cet hiver, et enfin... pour faire plaisir à Colas, mon voyage ressemblera un peu moins aux "bronzés font du ski" (salaud, va !)... Il va sans dire que, j'ai beau faire le malin, le ski était quand même dans mon esprit quelque chose de très important. Je pense que je ne vais pas renoncer à la montagne pour autant, simplement je vais l'aborder avec une toute autre approche. Rencontre des populations montagnardes, marches dans la neige, photos... En gros, je vais la jouer en mode troisième âge, gloups.
Finalement, c'est marrant le destin... Je dis ça parce que depuis longtemps, concilier mon amour de la pratique du ski alpin et mon amour de la montagne et de la nature me pose un problème éthique (si j'étais super intelligent je dirais un dilemme). Pour cet hiver, le problème est résolu, de fait !

Bon, à part ça, j'ai constaté que certains de mes "lecteurs" s'étonnent du fait de mes nombreuses rencontres féminines. Outre ma bogossitude naturelle, il y a à cela plusieurs explications. Tout d'abord, il semble que dans ce pays, les nanas sont REELLEMENT plus open-minded que les mecs, et... plus sérieuses à l'école, puisque parlant d'une manière générale bien mieux l'anglais que leurs futurs maris. Et puis il y a la "french touch"... Exemple.

Un homme s'adresse à moi :
- Where do you come from ?
- France, Paris.
- OK
And that's all.

Maintenant, une jeune fille s'adresse à moi :
- Where do you come from ?
- France, Paris.
- Oh, really ? It's incredible ! Ahhhhhhh... French guys...
- So what about french guys ?
- Oh, you're so romantic people, so sweet, and blabla and blabla, and Paris, oh Paris... may I offer you to visit the resort, or maybe we can have dinner together ?

Donc, voilà le pourquoi du comment. Le seul fait d'être français, parisien de surcroît, fait que je rencontre bien plus de filles, parce qu' ELLES sont intéressées par moi. Je n'ai pas dit que la réciproque était fausse, mais jusqu'à maintenant, ça se passe un peu comme ça. Et puis, si tout se passe comme prévu, je serais dans quelques jours en terres musulmanes, et là, les choses seront bien différentes, alors j'en "profite" un peu, si j'ose dire...

En ce qui concerne la suite du programme, et bien je vais essayer de bouger le moins possible, rester à mon hôtel, regarder Discovery channel, et puis lire les bouquins de philo que l'on m'a offerts. Découvrir un peu mieux la cuisine locale. Hier soir j'ai dîné avec 5 amis bulgares dans un restaurant typique, avec des musiciens et chanteurs traditionnels, c'était génial. Et très bon.. Les jeunes avec qui j'étais sont vraiment très sympas, et accueillant. J'étais surpris de voir qu'ils connaissent par coeur les chansons traditionnels bulgares (ils se sont fait tourner le micro), et les danses aussi. Au milieu du repas, ils se sont tous levés pour danser, la classe! J'en ai profité pour picoler l'excellent vin bulgare. Les bulgares sont grands amateurs et producteurs de vins, avec cinq régions viticoles principales, qui portent des noms de cépages français : Sauternes, Cabernet sauvignon,.... Le cabernet sauvignon est réellement délicieux, je me suis régalé. Le fromage est un peu fade, par contre, il y a les célèbres yaourts bulgares, avec au moins cinq ou six variétés sur la carte : yoghourt plus ou moins crémeux, de vache ou de brebis,...

Bon, ben d'ailleurs, ça m'a donné faim tout ça, alors je vais essayer de me trouver un ptit resto pas trop loin, parce qu'avec ma cheville foireuse, hein !
Ciao la compagnie !!

(ah oui, oh fait, merci de ne pas laisser de commentaires du genre "oh mon pauvre Audoin, c'est pas de chance" ou autres trucs démoralisants du genre, hein !)





vendredi 26 janvier 2007, Bansko
Bansko ski resort in Bulgaria

Les photos qui vont bien
Du ski, du ski, DU SKI !!! Dire que ça fait du bien, sûr que c'est un euphémisme....
Vous l'aurez donc compris, je fais du ski. Bansko se situe dans le sud ouest de la Bulgarie, dans la chaîne de montagnes balkaniques. Bansko, ce n'est pas simplement une station de ski, loin de là. Une petite ville de dix mille habitants où les Bulgares adorent venir se ressourcer, en toute saison. Autant, Sofia ressemble un peu à une grande ville comme toutes les grandes villes, autant en arrivant à Bansko, et pendant le trajet, j'ai vraiment réalisé que j'étais Ailleurs. Sur la route, le chauffeur du car (qui soit dit en passant, confond grandement son minibus Mercedes avec la fusée Ariane : virages en dérapage, je dis bien, dépassements sans AUCUNE visibilité dans les épingles à cheveux, avec une belle ligne blanche bien continue au milieu de la "route", freinages in extremis... Les autres passagers ont l'air de trouver cela parfaitement normal, certains parviennent même à dormir, alors que moi, je tremble comme une feuille, et me cramponne à mon siège comme une sansue...) dépasse de nombreuses voitures à cheval. Sur le bas coté, des dizaines d'hommes creusent des fosses à la pioche. On voit tout un tas de véhicules bizarres, notamment des wagons (je dis bien) transformés en remorques et tirés par des tracteurs agricoles qui doivent dater de la période pré-sovietique. La région ressemble pas mal au Cantal, avec des reliefs assez arrondis, mais en moins vert.
Bansko donc, est une ville à deux visages. Dans le bas, les rues sont des chemins de terre, il y a beaucoup de petites maisons au crépi décrépi, et partout des fils électriques enchevêtrés de manière extrêmement bordélique, de vielles voitures rouillées, sans pot d'échappement (beaucoup de Trabant, vous savez cette chose produite en série pendant trente ans durant l'ère soviétique et qui, à première vue, ressemble plus à une boîte de sardines géante qu'à une automobile). Il n'y a pas de lampadaires, donc c'est un peu effrayant, la nuit j'évite. Il n'y a pas grand monde dans les rues, à part quelques femmes qui ont l'air d'avoir 150 ans, le dos courbé et des vêtements à fleur d'un mauvais goût sans pareil, et qui mendient sans cesse (petite  précision : ici la retraite étatique est de 50 levas, soit... 25 euros)
Bref, c'est cet endroit que les Bulgares adorent, et je comprends pourquoi. Ca sent le vrai et le simple, finalement plus que nos petits villages tout beaux et clean avec les façades en pierres apparentes et fils électriques enterrés).   Et puis, le haut de la ville, ultra moderne, avec partout des hôtels *****, des ski-shop, des boîtes de nuit. J'ai remarqué que dans les petits shops alimentaires, les prix doublent entre le bas et le haut de la ville. La station n'est pas très grande, peut-être un peu plus que  le Lioran (pour ceux qui ont l'extrême privilège de connaître)  et surtout, elle n'est pas là !! Au début, j'ai pas trop compris... Des ski shop partout, pas un centimètre de neige, cherchez l'erreur... En fait, il y a un télécabine, très très très long ( une bonne grosse demi-heure), qui traverse une vallée entière avant d'arriver au front de neige. Bansko, c'est à 900 m, le bas des pistes se situe à 1700m, le sommet un peu en dessous de 3000 il me semble. Le sommet, de toutes façon, je l'ai pas vu puisque la plupart des remontées sont fermées pour faire des économies de personnel. Et pourtant, il y a des tonnes de neige !! c'est un tantinet frustrant. Coté Météo, et bien il pleut à Bansko depuis que je suis arrivé, et il neige sur les pistes. Le prix du forfait est exorbitant, il parait qu'il double chaque année. Là on est à 25e la journée, ce qui est extrêmement cher pour les trois télésièges et deux pioches qui sont ouverts. Pour la loc du matos c'est environ 15 e la journée pour des skis corrects. Sinon, coté ambiance, et bien c'est tout aussi con qu'une station alpine, avec hauts parleurs et musique de merde en bas des pistes, et puis, toujours ces gens avec des supers skis qui restent plantés dans la neige à coté des terrasses, à cotés de leurs propriétaires habillés derniers cris, plantés eux sur la terrasse à siroter des cocktails. Coté niveau, c'est un peu bizarre, les gens ici ne sont d'une manière générale pas très bons skieurs bien que super bien équipés Même les moniteurs sont un peu justes, ce qui est assez étrange, et... très pratique pour frimer. Je passe pour un excellent skieur (en vérité je skie réellement bien mieux que nombre de moniteurs, qui me regardent passer avec des yeux écarquillés), et les ptites nanas me font de beaux sourires sur les télésièges, on fait une piste ou deux, et puis, quand j'en ai marre, je fais ciao, et je trace... Oh, le vilain crâneur !! Bon j'avoue, mais pour une fois que les gens me regarde avec admiration, il faut reconnaître que c'est plutôt savoureux ! Voila pour le ski.
Sinon, je suis dans un super hôtel, à mi-chemin entre la vieille ville et la nouvelle. Je l'ai trouvé par une fille que j'ai rencontrée le premier jour.  Je trouvais rien, je suis entré dans une agence immobilière (je dis bien) pour demander des renseignements. Pour la petite histoire, elle me demande where I come from, je lui réponds Paris, elle me répond oh, so you're a french painter !! C'est bien la première fois que j'apparais aussi naturellement à qqun comme peintre !! J'hésite presque à lui dire que non de peur de la décevoir, mais bon, j'aurais l'air de quoi si elle me demande de lui faire un petit portrait... Donc, elle me présente à une autre amie à elle qui me conduit à l'hôtel. Le tenancier et la tenancière sont super gentils, mais ne parlent pas un mot d'anglais. Pourtant, je les intéresse beaucoup (notamment parce qu'ils trouvent que je ressemble énormément a Jésus Christ no comment), du coup on a une longue conversation par interprète interposée... Voilà pour l'ambiance.
Sinon, vu le prix du forfait, je ski encore demain, et puis après demain je vais chercher à rejoindre Istanbul, en train.
Bon, c'est pas que je m'ennuie, mais j'ai rendez-vous pour dîner, so that I have to go...
Cia los amigos !!!

 




mercredi 24 janvier 2007, Sofia
C'est parti !

Et bien oui, ça y est, j'ai encore un tout petit peu de mal à réaliser, mais j'ai bel et bien quitté la France, avec mon sac de vingt kilos sur le dos. J'ai passé la nuit de Dimanche à Lundi à errer dans Paris, au volant de ma ZX et avec une amie, pour m'imprégner une dernière fois de l'ambiance de la "ville lumière"... très émouvant... Et puis, à huit heures tapante, le car Eurolines quittait la gare routière de Paris Gallieni, destination Sofia... Une dernière fois, les monstrueux embouteillages du periph, et puis, finalement bien peu inquiet, je m'endors comme un bébé. Normal, après cette nuit blanche où, je l'avoue, je me sentais assez stressé.. Nous ne sommes qu'une petite dizaine de personnes dans le car, alors je me suis chopé tout seul la rangée du fond, qui a l'avantage de ressembler fortement à une couchette lorsque l'on s'y trouve seul... Je suis donc comme un coq en pâte, mais cela ne dure pas... En Allemagne je suis réveillé par une paire de claques... La douane. Le gars a dû essayer de me réveiller gentiment, mais pour ceux qui me connaissent... Enfin bref no comment... "This is shengen customs, and I have to check for drugs, guns and alcohols... Do you have something to declare ?" Vu que d'une part, je suis l'unique occupant du bus qui n'est pas Bulgare, et que par ailleurs il faut employer la manière forte pour me réveiller, je suis suspect, et le seul à être fouillé par la douane. Je tâche de ne pas m'endormir debout dans les bras du douanier Allemand... Dès qu'il tourne les talons, je replonge.


Lorsque je me réveille de nouveau, la pendule du car indique minuit passé. Je suis un peu embrumé, me dresse pour observer par la vitre arrière du car, et je fais les trois constatations suivantes :

D'une, je n'ai, de toute ma vie, jamais vu de flocons de neige aussi gros. Gros comme le point, en exagérant à peine. Mon esprit affûté en déduit que nous sommes en Autriche...

De deux, le chauffeur du car est un homme audacieux, étant donné qu'il est présentement en train d'effectuer une marche arrière, sur l'autoroute, durant une tempête de neige...

Troisièmement, le car roule en fait entre la voie de droite et le bas coté et va, dans moins de deux secondes, percuter la naissance d'une glissière de sécurité. Oups !

ça fait Bouinchcrpla. Et même BOUINCHCRPLA !!!, Ce bruit et la forte secousse qui l'accompagne sont très impressionnants puisque les passagers qui dormaient sont tous instantanément dressés sur leurs pattes. Le chauffeur, qui est un homme pragmatique si j'ose dire, tente une manoeuvre de dégagement, à savoir une marche avant. Mais vous savez quoi ? Non ? Et bien sur ce type de cars grands tourisme, le moteur se trouve à l'arrière, et il faut croire que celui-ci n'a guère apprécié de faire traverser de part en part par une glissière de sécurité aiguë comme une lame. Donc, fume, le moulin s'arrête, la lumière s'arrête, et... le chauffage s'arrête. Seuls les warning qui doivent avoir une batterie autonome,  continuent a fonctionner, et laissent régulièrement apparaître dans un éclair orange les énormes flocons autrichiens...En voila un voyage qui commence par du pas commun !!

Je sors sur l'autobhann pour fumer une clope et me transformer en cinq minutes en bonhomme de neige. C'est à ce moment que Ognyana, une charmante bulgare qui fait ses études à Paris, et qui est également déguisée en bonnefemme de neige. Au bout d'une demi heure, il fait aussi froid dans le car qu'à l'extérieur, à savoir quelques degrés en dessous de zéro. Je me munis de mes vêtements de ski et, n'ayant guère le choix d'une activité plus existante, je me rendors sur ma couchette. une heure et demi plus tard, je me réveille, saisi par le froid, et Ognyana m'informe qu'un autre bus doit nous secourir dans une heure et demi. Je suis très calme, et je réfléchis un peu à ces événements qui sont, vous en conviendrez, assez inattendus. Justement, l'inattendu, c'est justement ce que je recherche, non ?

Bon. Deux heurs et demi plus tard, l'autre car se pointe. Celui ci est archi plein, et parfaitement complet après l'adjonction de notre petit groupe. Il fait chaud, c'est trop bon !!! Il faut avoir eu vraiment froid pour que de la chaleur puisse procurer un tel sentiment de satisfaction... Vu que je me sens bien, je me rendors, sans doute l'aurez- vous deviné.

La suite du voyage se déroule à peu prés normalement. Après l'Allemagne et l'Autriche, nous traversons la Slovenie (dernier pays en date à avoir adopté la monnaie unique),  puis la Croatie, la Serbie et Belgrade qui m'impressionne beaucoup... Cette ville est extrêmement bordélique, avec des immeubles vraiment moches et gris, style soviétique et non entretenus depuis ladite période, qui semblent avoir poussé naturellement comme des champignons tant l'espace est désorganisé. Il y a aussi des bidonvilles qui recouvrent de vastes espaces industriels abandonnés. A la sortie de la ville, une colline entière est un cimetière, de marbre gris, et très laid lui aussi.

Durant les arrêts, je discute avec Ognyana, qui me donne les rudiments de Bulgare, bonjour = doberden, merci = melci, bière = pivo, etc. La monnaie, le change est facile puisqu'un euro vaut deux devises locales dont le nom m'échappe. A la frontière Bulgare, notre car a un pneu crevé, et le personnel mettra une bonne heure et demi à le remplacer... A ce propos, je vous recommande les voyages avec Eurolines, qui est une compagnie de bus très très sérieuse (pour ceux qui l'ignorent, il s'agit d'une filiale du groupe SNCF comme c'est étonnant), qui vous procurera des déplacements pleins de suspens... Et puis, les chauffeurs ont une conscience professionnelle extrême, et une habileté qui tient du miracle, je vous laisse juges : Après avoir perdu trois heures sur l'autobahnn autrichienne, puis une heure et demi à la frontière bulgare, soit 4h30 en tout, nous arrivons a Sofia avec... 45min de retard sur l'horaire prévu... Ne me demandez pas comment ça marche; j'ai bien noté quelques dépassements cavaliers sur des routes dont le goudronnemet (comme dit Ognyana) semble lui aussi dater de la période coco, mais à part ç,a je n'ai pas d'explications.

Donc me voila à Sofia, Gahra centrale. Sofia, c'est grand comme Lyon à peu près. La Bulgarie compte 8 millions d'habitants, soit bien moins que l'agglomération parisienne. Je veux tirer de l'argent. Carte inconnue. Je me sens très, très malin, vu que je me suis pris une visa au cas où ma /Mastercard ferait des blagues. J'enfile donc la Visa. Carte inconnue. Je me sens un tout petit peu moins malin. Heureusement, cette chère Ognyana est toujours avec moi, ainsi que sa soeur qui l'attendait à l'arrivée. Donc, je ne panique pas, et me laisse guider jusqu'a un autre cash dispencer, je lui fait les yeux doux, et il accepte de me dispenser du cash. Ouf ! petite frayeur. Je quitte donc mes deux amies après les nice to meet you et échange de phone number qui vont bien, saute dans un taxi qui me pose à un endroit en me disant que mon hôtel n'est pas loin, mais il ne sait pas où exactement... Bon, je le trouve après un demi-heure d'errance. Il faut dire qu'il n'est pas indiqué dans la rue, et qu'il faut emprunter un quasi passage secret pour l'atteindre, puis sonner après avoir arraché les affiches en cyrillique qu'un con a collé sur la sonnette, je dis bien !! Je rentre dans cet hôtel dont je suis le seul pensionnaire, m'endors illico.

Aujourd'hui, je retourne Ghara Central pour trouver un train ou un bus pour me conduire à Bansko, la station de ski locale... Alors voilà, je posterai mon prochain message de là-bas...

Ciao la famille, ciao les amis, ciao les internautes inconnus !





mercredi 20 décembre 2006, Paris
avant le départ : Les enfants de Don Quichotte

     Bonjour à tous pour ce premier post, bonjour à ceux qui ont obtenu l'adresse de ce blog pour me suivre durant mon voyage, et puis salut à ceux qui se seraient échoués là par hasard...

     Je pars le 10 janvier, je suis donc dans les préparatifs pour le moment, et cette page n'est donc pas très captivante (pour le moment, je l'espère...).

    

J'en profite donc pour vous parler de tout autre chose, d'une experience extraordinaire que je vis en ce moment, à quelques stations de métro de chez moi, sur les quais du canal St Martin. Je veux bien sûr parler du camps dressé là à l'initiative des Enfants de Don Quichotte. Pour ceux d'entre vous qui ne connaitraient pas le concept (bien que nous ayons été pas mal relayés par les médias), il s'agit d'un camp d'environ 150 tantes, qui abritent aussi bien des SDF que des bien-logés. Le camp a été dressé Samedi, voila donc quatre jours maintenant que dure cette occupation citoyenne de l'espace public ! Je suis proche de cette action depuis le début de par certains amis qui font partie de l'association, et je vous garantis que je vis une experience vraiment hors du commun, à la découverte non seulement de la misère materielle, sociale et psychologique, mais également d'un monde solidaire, ou chacun a une rage de vivre et une sensibilité aux plaisirs simples de la vie que nombre de bien-logés ont oublié ou n'ont jamais eu. Ici, pas de politique, ni de débat creux. Il n'est nullement question de savoir si la gauche ou la droite est responsable de cette situation, ni de faire l'apologie d'un mode de vie ou de l'autre. Non. Ici, il est question de dignité humaine, de partage, de découverte de l'autre, et de justes revendications.

J'ai passé trois nuits là- bas, sous une tente, sur le pavé, dans le froid et l'humidité... J'avoue que j'avais oublié depuis longtemps ce que voulait dire être reveillé par le froid, et ne plus pouvoir se rendormir... Alors, je sors de ma tente. Le camp est silencieux. Magnifique et magestueux. Ici se cotoient dans la rudeur d'une nuit d'hiver à Paris, des SDF, des biens logés, et notament certains représentants politiques, qui sont considérés au même titre que les autres campeurs. Ni plus, ni moins ! Pas de banderolles ou de fanions. Il y a aussi la doyenne du camp,  cette riveraine de 84 ans (!) qui, exaspérée par l'indiférence générale et émue par notre action, subit au même titre que les autres les assaults du froid, et le vacarme des camions (au raz du sol ce bruit est incroyablement puissant; surtout dans le calme relatif de la nuit, c'est très impressionnant). Je tombe sur Lorenzo, un SDF d'une trentaine d'année qui veille et tourne toute la nuit autours du camp pour "assurer la sécurité" du camps. Je décide de l'acompagner dans sa tournée. Je le connais depuis quatre jour, et j'éprouve pour lui (et d'autres d'ailleurs) non seulement de l'amitié, mais également beaucoup d'admiration. Lorenzo croit vraiment en cette action, ce qu'elle représente et tous les gens qui sont là, indistinctement. Je décide de l'accompagner un peu dans sa ronde. Toute la nuit, des SDF et des bien-logés vont se relayer autour du camp. Le "boulot" consiste principalement à dire à ceux qui parlent trop fort de respecter le sommeil des autres campeurs et des riverains. De temps en temps, il faut "intervenir" dans une dispute entre deux campeurs, rappeller que nous sommes tous ici pour les mêmes raisons. Vivre dans la rue fait ressortir la violence des individus, il faut donc canaliser cette violence, en gardant toujours à l'esprit que chaque individu doit être respecté, et que la violence résulte toujours d'une profonde soufrance. Je me baisse de temps en temps pour ramasser un papier ou une canette qui traine. Le campement est d'une propreté exemplaire, c'est une des chose qui marque, surtout vu les à-priori  que nous avons tous sur les gens vivant dans la rue. Mais, ici, chacun fait des efforts. Pour être propre, pour renoncer à l'agressivité, et raisonner sa consomation d'alcool pour ceux d'entre nous qui en sont dépendant. Faire évoluer les aprioris, d'un coté comme de l'autre, voila sans doute l'un des principal interet de ce camp. C'est pourquoi je vous invite tous a aller faire un tour la bas ou mieux, y passer une nuit pour ceux qui en ont la possibilité. Vous y découvrirez mille histoires et anecdotes incroyables et poignantes... Alez donc prendre un café au Jemap, ce café où se mèlent, sur le bord du canal St Martin, des individus de toutes origines sociales et ethniques, qui revendiquent comunément leur rage d'exister, dans la dignité.

www.lesenfantsdedonquichotte.com

Salut à tous !










en chantier...

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