Far-east Turkey

Et bien, comme on dit par le pays, Merhaba vous tous...
Vous savez quoi ? En fait oui, mais vous vous n'y pensez peut-être pas... Et bien depuis hier j'ai passé le cap du mois. Et oui ! Un mois déjà, ou un mois seulement ? ... J'ai l'impression que ça fait une éternité que j'ai quitté le pays des 1001 fromages! Tant de choses vues, déjà tellement appris sur les autres et sur moi-même... Et pourtant, ce n'est que le début ! Premier mois complet de ma vie passé hors des frontières du pays qui m'a vu naître. Comment je me sens ? Et bien ma fois... Physiquement, je suis quasi au top ! Je mange, (plutôt je dévore) comme jamais. Je rattrape progressivement les centaines d'heures de sommeil que j'ai perdues en ne m'adaptant pas vraiment à mon ex (et futur ???) rythme de vie de cheminot en 3*8, en dépassant allégrement le check out time des hôtels vides que je fréquente. Je fais du sport, marche au moins quatre heures par jour, ce à quoi il faut ajouter de menus exercices physiques auxquels je me plie religieusement et quotidiennement au lever et au coucher, ainsi que quelques journées de ski par-ci par-là. Je dis quasi à cause de mon pied droit qui me lance de temps en temps, quand il fait froid. Ce n'est plus une douleur d'entorse, mais quelque chose de plus diffus... Peut-être le résultat d'une mauvaise position de marche que j'ai adoptée pour ne pas appuyer sur la partie endolorie de ma cheville... Enfin, on verra bien comment ça évolue. Et mentalement, alors ? Au top du top, aussi ; remonté comme une pendule qu'il est, votre petit Terrien sur Terre! Évidemment, c'est plus compliqué à expliquer, je ne m'y risquerai pas trop... Simplement, je me sens un peu libre, super open-minded, j'en prends plein les sens et je lis de la philosophie, douce attention et idée lumineuse d'une jeune personne chère a mon coeur.... "Éloge de la fuite", d'un certain Laborit, biologiste du cerveau humain et des comportements, devenu philosophe, ça vous cause ? En tout cas, il faut admettre que c'est de circonstance...
Bon, mais vu que tout ça vous vous en moquez, que ce qui vous intéresse c'est les paysages, les trains, les rencontres et tout le chmilblic, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. Place aux faits ! Et puis tiens, pour une fois, je vais la jouer de manière bien linéaire, bien classique avec schéma narratif chronologique et tout et tout, d'ac ?

 


CHCHCHCHCHC........

Alors j'en étais où déjà ? Ah oui, le Dogu Ekspressi, (photos)pas fâché de quitter la capitale, tout ça. À propos de ce train, il y aura à posteriori des photos de la ligne dans l'album "un monde de chemins de fer". Il faut patienter le temps que je trouve un tireur noir et blanc sur mon chemin. Téhéran peut-être ?
Donc le train arrive à Erzurum aux alentours de 18h avec seulement une heure de retard. Erzurum c'est une ville moyenne de 400 000 habitants perchée à pratiquement 2000m d'altitude. Donc, en hiver, il y a toujours plus ou moins de neige. Vous ai-je dit qu'en Turquie c'est l'hiver le moins neigeux depuis 25 ans ? Toujours est-il que. Et bien pour le coup, il n'y a pas vraiment de neige en ville, juste suffisamment de glace sur les trottoirs pour qu'un quidam qui porte un sac de 20kg sur le dos évolue précautionneusement, ce que je m'applique à faire. A Kayseri puis à Ankara, j'avais pris un taxi en arrivant en ville. Mais j'en ai un peu marre de payer des taxis hors de prix, et puis à Erzurum la gare est en centre-ville, et de toute façon je n'ai aucune adresse à fournir à un chauffeur de taxi. Sans me poser trop de questions, je trace droit devant moi, et puis on verra bien. À l’instinct, je tourne à droite dans une rue, et bingo, celle-ci est chargée d'hôtels. Avec quelques étoiles disgracieuses dans un premier temps, mais plus je m'enfonce dans la rue plus les étoiles se font rares, jusqu'au Kervansaray otel, à l'apparence modeste si j'ose dire.12 YTL (6 euros) la chambre, banco! Exactement ce qu'il faut pour soulager mon porte-monnaie que je malmène ces derniers temps (il va falloir songer à ralentir sur les kebap...). On me conduit dans mes quartiers de nuit. Je me pose sur mon plumard, et c'est là que ça se produit... Ben oui, parce que si je vous raconte mon arrivée à l'hôtel, c'est quand même qu'il va se passer quelque chose d'intéressant. Une douce mélodie... chchchchch, ou quelque chose comme ça... Est-ce que je rêve ? Je sors dans le couloir, le bruit, léger, semble bien provenir de derrière la porte juste en face. Plein de projets, je regagne ma chambre, en prenant soin de laisser la porte légèrement entrebâillée. Une poignée de minutes later, le bruit cesse, et j'entends la porte couiner. Je passe mon museau par la porte; personne à gauche, personne à droite, la voie est libre, je fonce ! Armé de mon seul savon (d'Alep, bien évidemment) et vêtu de ma serviette de toilette jaune fluo, (mon coeur s'emballe) je traverse d'un seul pas le couloir, la porte est ouverte... Une douche mes amıs, une DOUCHE !!! Je ne vous ai pas dit ? Dans ma quête ininterrompue d'hôtels bon marché, je n'ai pas fréquenté ce genre de lieu de plaisir depuis que j'ai quitté Istanbul. Ce n'est pas pour cela que je sens le fennec, mauvaises langues ! J'ai simplement appris à me comporter comme le faisait nos ancêtres (de temps à autres) : lavabo, bassine, gant de toilette, et puis surtout "aller à l'essentiel"... Bref, j'entre dans la pièce exiguë, elle est encore toute vaporeuse... Quel plaisir ! On ne s'en rend plus compte, habitué qu'on est à sa douche quotidienne, mais voilà bien une des choses les plus merveilleuses que le génie humain ait imaginé. Je me permets même de chantonner ; comme à la maison, quoi ! Après une quinzaine de minutes de cette  douceur brûlante, et avoir regagné ma carrée, je m'endors comme une masse (propre).

PALANDOKEN

Palandoken, c'est la station de ski à proprement parler. Je monte dans un taxi. Avant que celui-ci ne démarre, je demande au chauffeur d'un geste équivoque (je frotte mon pouce contre mon majeur et mon médius) combien va me coûter la course. "ten dollars". Je redescends. On va naviguer à vue, j'imagine que les remontées équipent cette énorme montagne qui obstrue l'horizon et qui n'a pas l'air si loin. Au bout d'une petite demi-heure de marche et après avoir répété un certain nombre de fois "Palandoken ?", et écouté des explications en turc, je sors de l'agglomération. Il y a une route qui se dirige clairement vers la montagne et, sur le trottoir, deux jeunes en combi qui tiennent à la main des paires de ski.

 

A priori, c'est bien ça. Je vais à leur rencontre en douiouspikinglishant, yes ! Donc on fait un peu connaissance. L'un s'appelle Taha, étudie les relations internationales (et l'Anglais depuis un an), tandis que son compagnon s'appelle Jihi (en fait je suis pas trop sûr de ce prénom, mais bon pour la commodité du récit on va dire que), footballeur professionnel de l'équipe locale, et ne parle pas un mot d'anglais. Nous décidons de passer la journée ensemble. Je leur demande s'ils souhaitent prendre le taxi. Trop cher, on est bien d'accord. Le bus ? Inexistant. Un Dolmouch ? Le prochain devrait passer d'ici deux heures. Vu que je ne comprends pas vraiment ce qu'ils attendent, je propose d'y aller à pieds en tentant l'autostop, ce qui les fait bien marrer ! Marcher ?! Ces francais-touristes ont vraiment des idées bizarres... Mais, vingt minutes plus tard, vu qu'évidemment rien ne s'est passé (je vous dis, j'ai pas trop pigé ce qu'ils attendaient), à y réfléchir la suggestion ne leur semble plus si loufoque, et en route mauvaise troupe ! Of course, après 10 min de marche, un inattendu bus nous dépasse... Mes nouveaux compagnons prennent le parti d'en rire, je me confonds déjà en excuses inutiles. Une petite demi-heure plus tard, nous arrivons donc à Palandoken, en sueur. Taha m'offre de m'aider pour la location du matériel, ainsi que pour acheter mon "forfait". Comme à Erciyes Dagy il faut payer pour chaque remontée. Je décide d'acheter dix tickets pour la plus grosse remontée, un télécabine qui conduit au sommet. Mes compagnons se payent 5 tickets.

J'ai failli intituler cet article "unlucky boy with turkish mountains"... Donc, pour mon premier jour de ski à Palandoken, et bien on ne peut pas vraiment dire que la neige soit au rendez-vous, et la météo toujours aussi grisâtre, comme la majorité des journées que j'aurais passées en Turquie. Seules sont ouvertes les pistes pour débutants, équivalentes de nos pistes bleues. Taha a un niveau de ski correct, Jihi lui a un peu moins d'aisance sur les lattes. Il ne pratique le ski que depuis deux ans, et ça reste assez proche du chasse-neige (ce qui est largement suffisant vu le niveau de difficulté des pistes que nous pratiquons). Il y a la "piste la plus pentue du monde", que j'ai pu apercevoir, ce qui me permet de douter de cette affirmation... C'est vrai qu'elle penche, mais sans doute pas plus que la face de Bellegarde à Val d'Isère par exemple. De toute façon, elle est fermée. Je propose à Taha d'aller y faire un petit tour quand même, estimant son enneigement certes un peu juste, mais néanmoins suffisant. Mon nouveau poto est catégorique, c'est hors de question ! Apparemment, c'est interdit de skier sur les pistes fermées (en France ? Je crois que c'est plus ambigu, du genre aux risques et périls du skieur), et ici on ne rigole pas avec ce qui est interdit. La tentation est forte, mais je lis dans les yeux de Taha que si je m'y risque, "tout est fini entre nous...". Et, pour s'assurer que je ne vais pas prendre la tangente, c'est ce moment un peu tendu dans la télécabine qu'il choisit pour me proposer, après la journée sur les planches, un petit tour chez lui, pour rencontrer sa famille, et même dîner...  Or, rien ne peut me faire plus plaisir à ce moment là, étant donné que je n'ai pas encore eu l'occasion de pénétrer un foyer turc, et que je suis toujours aussi curieux. L'hospitalité turque, la VRAIE, celle du logis, c'est clair que ça ne se refuse pas. J'abandonne donc, pris par les sentiments, mes doux projets avec "la piste la plus pentue du monde"... On se tape trois fois de suite la longue piste bleue. Je tente à un moment une petite sortie "hors piste", quelques centaines de mètres d'une belle pente bien enneigée, et, après quelques secondes d'hésitation, mes amis m'y suivent finalement. Catastrophe... Les deux déchaussent à répétition dans la neige poudreuse, tentent quelques plongeons et goûtent la neige la bouche grande ouverte. Moi, j'attends. Je me dis qu'ils vont me maudire. A ma grande surprise, Taha qui se pointe le premier a un sourire jusqu'aux oreilles, et pousse des cris de joie du genre Yahoo!! (mais en turc). On attend un peu Jihi, qui lui aussi a l'air très enthousiaste de "l'aventure". Ils souhaitent absolument recommencer, et c'est tant mieux parce que la piste bleue-mamies commençait à me blaser quelque peu... Il reste deux remontées, on en profite pour "découvrir" de nouveaux passages hors des sentiers battus. Je propose de nouveau la "piste etc. etc.", mais ils sont toujours aussi fermés à cette idée... Ne serait-ce pas la peur de l'angle un peu vif plus que celle de l'interdit qui les retiendrait ? Je m'abstiens de poser cette question, un peu grossière il est vrai. Nous sommes toujours en manque d'un moyen de locomotion pour regagner la ville. Autostop ? Trois gus et deux paires de ski, c'est un peu rebutant pour la plupart des automobilistes. Mais pas pour le chauffeur d'un camion plateau à bestiaux ! Expérience amusante que ce court trajet sur ce plateau qui renifle le mouton, avec panorama imprenable sur les montagnes dans leur manteau de neige et de nuages... On largue Jihi en route, et comme promis Taha réitère la proposition qu'il m'avait faite tantôt.

CHEZ TAHA

 


Enfin, enfin, je vais rentrer dans une maison turque! Un appartement, plus précisément. Sur le chemin qui mène chez lui (Kayak Cadessi, soit "la route du ski"), Taha m'apprend les formules de politesse turques que je connais déjà. Merhaba = bonjour, lutfen = please, Techekur = merci, gulé gulé = bye bye... Soit dit en passant, je viens de vous exprimer en une seule fois le plus gros de mon vocabulaire turc. L'appartement est fastueux. Au premier regard, je comprends que la famille de Taha appartient à la frange aisée de la population. Il y a un vaste salon, dont l'un des coté est entièrement constitué d'une baie vitrée, les trois autres recouverts de tapisseries aux motifs colorés avec, à mı-hauteur, une frise de papier peint. Pour tout meuble, ıl y a une table en bois verni et ses chaises, ainsi qu'un canapé et deux fauteuils dont je ne saurais vous préciser le style, toujours est-il qu'ils sont très beaux et richement décorés. Je suis accueilli par la mère et la soeur de Taha. La mère est voilée, la soeur non, elle peut avoir 25 ans peut-être. Elles me font de grands sourires, on me propose immédiatement le çay (thé), des pantoufles, et de me passer de l'eau sur le visage. Je ouı, oui en bloc. Taha me propose alors de manger un typıcal turkish meal. Evidemment j'accepte. La soeur amène une table très basse qu'elle pose sur un grand tissu rectangulaire. Moi, j'observe. Taha s'assied par terre, glissant les jambes sous le tissu. Très astucieux... À la fois nappe, serviette et ramasse-miettes. Je l'imite. Mon Minolta est malheureusement tout embué du brusque changement de température, dommage, j'aurais bien aimé vous montrer la scène du repas. Nous sommes servis par la soeur de Taha. Au menu : crudités, pains dıvers, piments, riz au yaourt et poulet. En dessert des baklavas. Je suis au début un peu hésitant, un peu timide. Taha le remarque et me dit que cela sera pris comme une offense si je ne mange pas assez. Message reçu, inutile de répéter... Je mange comme quatre. Et, effectivement, cela a l'air de faire extrêmement plaisir à la sister, qui me ressert instantanément dés que mes assiettes sont vides, jusqu'à épuisement total des stocks. Tout doit disparaître ! Tout disparaît. Taha m'explique que sa mère fait toute la cuisine, et que c'est une excellente cuisinière. Je le crois sur parole, et même lui confirme ! Et l'avis d'un  frenchie sur la question de la boustifaille, croyez- moi que c'est pris au sérieux.

 

Après ce repas, impossible de bouger pendant au moins une heure. Affalés sur le canapé, nous nous faisons servir un certain nombre de çay, et Taha est très fier de me montrer son ordinateur portable rien qu'à lui, avec connexion wi-fi et tout ce qui va bien. Les trois petits frères rentrent de l'école, ainsi que le père de son boulot. Je suis un peu intimidé par ce grand monsieur à moustaches impeccables et costume cravate. Il est instituteur, fromager et ébéniste sı j'ai bien compris. Les trois marmots sont très intéressés par le français qui squatte leur canap'... Une heure et une dizaine de thé plus tard, Taha me conduit à l'arrêt de bus le plus proche, avec la promesse de se retrouver sur les pistes le lendemain.
 
ERZURUM (Nord Est de la Turquie, 400 000 hab., alt.1850m)

 

Le lendemain justement, il pleut ou il neige, on ne sait pas trop. En tout cas les nuages sont très bas, et je ne tiens pas spécialement à me refaire un jour blanc, donc j'abandonne à regret l'idée de rejoindre Palandoken. Je me dirige plutôt vers un internet-café où je retrouve Taha sur MSN, qui me propose la visite des historical-backgrounds de sa ville. Why not ? On se fait donc une gentille journée tourisme, Minolta en bandoulière. Je vous passe les détails. (comment ça, ouf ??).  On prend le thé dans la "vieille maison", une espèce de café traditionnel avec serveurs en tenues folkloriques, tables basses, tapisseries, vieilles pierres et lumières tamisées. Très agréable. Taha m'aide ensuite à prendre mon billet de car pour Van, que je réserve pour le lendemain soir. Au retour de l'otogar, nous nous arrêtons dans une petite pâtisserie pour savourer quelques baklavas. Là encore, l'accueil est extraordinaire, on nous oblige quasiment à aller dans l'arrière-boutique pour rencontrer toute la famille, boıre le çay, et discuter un peu. La fille de la pâtissière me dévore des yeux, et vu qu'elle est plutôt chou je lui rends la politesse ; sa mère le remarque et me jugeant bon parti, me suggère de l'épouser sur le champ ! Pour justifier mon refus, je lui sors la petite carte de mon voyage et lui montre qu'il me reste un long chemin à parcourir. L'explication semble lui convenir. Une fois encore, il n'y a pas moyen de payer, thé, baklavas et hospitalıté offerts par la maison. En ressortant je me rends compte que cette fois-ci il neige clairement. S'il fait beau demain, ce s'ra du grand ski, que je me dis...Lorsque je me réveille, il neige toujours, et on n’y voit pas à cent mètres. Il en est tombé au moins cinquante pendant la night. Je décide d'aller à Palandoken malgré le mauvais temps, après tout je suis venu pour skier, et puis il me reste cinq tickets pour la télécabine. Je découvre, dans la rue, le bordel monstre qu'a provoqué la chute de neige. Il y a, devant l'hôtel, une voiture qui a été totalement détruite par la chute d'énormes blocs de neige et de glace des toits. Je remarque que les piétons ou bien rasent les murs, ou bien marchent au milieu de la chaussée entre les voitures, les trottoirs étant devenus extrêmement dangereux. Comme pour me le prouver, à cinq mètres de moi tombe un énorme bloc de glace qui pèse sûrement plusieurs tonnes, et qui fait trembler la chaussée en s'écrasant dans un vacarme impressionnant. OK, avertissement bien reçu, je vais marcher au milieu de la route, comme tout le monde. Je suis un peu perdu à cause du brouillard et de la neige qui modifient complètement la physionomie de la ville. Un jeune homme remarque mon désarroi et vient à mon secours. Il s'appelle Barborossa (orthographe personnelle). Je lui explique que je souhaite me rendre à la station. Il sort son téléphone, et m'apprend quelques instants plus tard qu'il y a des mètres de neige, mais que les remontées sont fermées. Flûte et reflûte ! Unlucky boy with turkish mountains, vous disais-je... Je passerai la journée à flâner et discuter avec Barborossa, élève-pilote, qui est très heureux de pouvoir pratiquer son anglais. Pour la petite histoire, je vais, à un moment, récupérer les tirages de mes photos de la veille. Barborossa repère Taha  sur l'écran et manque de s'étouffer ! "Taha ! You know Taha ? But he is a very good friend to me !". C'est vrai que c'est marrant, ce genre de petits hasards...Mon nouveau pote prétend que les plus belles filles turques sont à Erzurum, sur le campus Atatürk, et il veut absolument me montrer ça. Pourquoi refuserai-je ? En chemin, je constate que la neige atteint maintenant un mètre par endroits...Le campus est vraiment magnifique (les filles, je sais pas, j'en ai pas vu beaucoup finalement), avec de très nombreux arbres, de grandes allées piétonnes et une architecture moderne plutôt esthétique. Il est très agréable de se balader dans cet espace qui fait un peu penser à une grande clairière, en plus animée. J'y resterai jusqu’à la nuit tombante pour admirer le coucher du soleil, qui coïncidera avec la fin des intempéries et une vaste éclaircie à l'horizon...Il est temps pour moi de rejoindre l'otogar d'Erzurum, l'heure du départ pour Van,-dernière ville étape en Turquie- approche. Et approche même un peu vite, puisque je me perds en chemin. Sans doute à force d'avoir les yeux levés vers le ciel ? La nuit est tombée et a chassé les nuages, et hors de l'agglomération et de sa pollution lumineuse, la voûte céleste m'éblouit de sa splendeur... Et me nargue aussi un peu, puisque je quitte Erzurum maintenant que la neige et le beau temps sont arrivés. Juste avant d'atteindre l'otogar (de gentils policiers m'ayant déposé à une centaine de mètres, vu que j'étais en fait parti plein nord et que la gare routière est plein sud, no comment), je traverse un passage à niveau très pittoresque, avec ses vielles lanternes qui furent à pétrole puis électrisées, et ses manivelles pour actionner le mécanisme. Je m'arrête pour sortir mon appareil photo de mon barda. J'entends un bruit de porte. Évidemment, un tel PN est gardé, et c'est la porte de la guérite du garde PN qui s'ouvre, celui-ci ayant remarqué que je m'intéresse à son installation. Vous savez quoi ? Pas très difficile à deviner, il m'invite à boire le ?? le ?? çay ! Bien vu ! Il est très fier de me faire pénétrer dans sa cabane. A coups de mimes et de dessins sur mon cahier de brouillon, j'arrive à lui faire comprendre que je suis aiguilleur. Alors il a une réaction marrante : il se lève et se met au garde-à-vous... J'en déduis que la structure sociale de la TDCC est peut-être plus encore hiérarchisée que celle de la SNCF. Je lui dis "Repos", parce que ça m'amuse. Bizarrement, alors qu'il ne parle pas un mot d'anglais, on arrive très bien à communiquer, toujours à coups de mimes et de dessins. Je regarde ma montre : Mon car part normalement dans sıx minutes. Je décline donc le 5eme thé, et je fille. À vrai dire, j'ai presque envie de rater mon car, histoire de profiter un peu de Palandoken, et de la soi-disant piste tatati tatata...
En arrivant dans le hall de l'otogar, j'use de ma nouvelle technique, à savoir j'ôte ma capuche, laissant ainsi apparaître mon exceptionnelle chevelure châtain (...), et dévoilant ainsi ma qualité d'occidental (les turcs de l'Est ont tous les cheveux courts). Ca ne manque pas, je n'ai plus rien à faire qu'à me laisser guider par un voyageur qui est bien content de pouvoir essayer un peu son Anglais sur moi. Il prend le même car que moi, on embarque in extremis.

 


Nous n'avons pas parcouru un km que nous sommes arrêtés par la police, autoroute impraticable pour cause de neige, etc... Mon traducteur du moment m'explique que nous allons faire demi-tour, que le car ne partira que demain matin, et que je peux dormir dedans si je le souhaite. Effectivement, le car fait demi-tour, puis s'arrête de nouveau. Là, le chauffeur fait une annonce, qui fait rire certains et protester d'autres. Traduction : "Bon, on va mettre les chaînes, on va couper à travers champs pour passer le barrage routier et rejoindre l'autoroute deux kilomètres plus loin" Moi, je me range du cote de ceux que ça fait marrer (à gauche). Effectivement, tout se passe comme le chauffeur a dit. Ils chaussent les chaînes, et on coupe à travers champs, au sens strict du terme, même pas sur des chemins ! Au passage on arrache une ou deux clôtures, et on double un autre bus qui procède de même... Autant vous dire que je suis cramponné au siége de devant... Je vois certains passagers faire des bonds et se cogner la tête tandis que d'autres préfèrent choirent dans l'allée ; et ça crie, ça proteste, le thé se renverse, mais pas le car à ma grande surprise... Encore une péripétie de transport loufoque, digne d'un bon vieux San-antonio à ajouter à la liste. Ayant atteint l'autoroute, le personnel ôte les chaînes, et je me dis qu'ils devraient peut-être bien les laisser vu que ce que j'aperçois à la lumière des phares ressemble plus à une piste de ski qu'à une chaussée carrossable. Je ne pourrai d'ailleurs pas fermer l'oeil de la nuit, tant l'arrivée à Van me parait improbable dans ces conditions... Ca n'arrête pas de partir en dérapages (plus ou moins contrôlés), on est bien souvent du mauvais coté de la chaussée; et surtout, surtout il y a ces incessants amas de glace qui font vibrer la structure du car jusqu'à la limite de sa résistance physique, et crier de terreur des passagers... Mais toutes ces raisons sont clairement insuffisantes pour faire ralentir, même un tout petit peu un chauffeur turc... La preuve : On arrive à Van avec une demi-heure d'avance sur l'horaire !!

 

Ah, et puis en commençant par la fin pour les avoir dans l'ordre, pensez aussi à regarder  l'album photo d'Erzurum. Je sais que ça va en faire rougir de jalousie certains, à cause de la neige... Mais dites-vous que je n'en ai pas profité plus que vous ! Désolé, les photos ne sont pas de très bonnes qualité, à cause de : 1) petites mains turques très intéressées par mon antıc camera ayant modifié à mon insu le réglage de la sensibilité ; 2) un flash un peu défaillant ; 3) une pellicule de (très) mauvaise qualité, périmée et humide ; 4) peut-être, et je dis bien peut-être, du photographe ?? ;-)

VAN (Photos)

Van est une ville située à l'extrême Est de la Turquie (une centaine de kilomètres de la frontière Iranienne), 1750m d'altitude, au bord d'une mer intérieure,  et peuplée d’un million d'habitants, à majorité kurde. Vous n'êtes peut-être pas au courant, mais la minorité Kurde n'est pas très aimée en Turquie. Des attentats perpétrés contre l'armée font chaque année de nombreux morts, handicapés et défigurés, le plus souvent des jeunes au service militaire (d'ou évidemment, un problème de racisme vis à vis de cette population, que j'ai déjà noté plusieurs fois dans le discours des turcs que j'ai rencontrés). En répression, l'armée turque arrête et emprisonne des élites de la société civile Kurde, et procède à des déplacements de population. L'ambiance à Van est donc un peu bizarre, pas terrible je trouve. En tout cas, je n'ai pas un très bon feeling. Il paraît qu'il y a un magnifique château à visiter, mais à cause de mon pied j'évite de marcher, je favorise le repos dans mon hôtel (3€ la nuit!), les Internet cafés. Hier j'ai quand même poussé jusqu'à la gare (qui est vraiment loin du centre :-(),  ce qui m'a permis de constater que la localité est très pauvre, avec des habitats sommaires, voir des bidonvilles. Au centre ville, c'est correct, nombreuses boutiques, chaussées goudronnées et espaces verts en construction. Malgré tout, il y a partout des enfants sur des vélo-camions qui vendent tout et n'importe quoi, principalement des cigarettes. A la gare, c'était très étrange... Tout était ouvert, et vide. Imaginez un immense hall de gare, toutes lumières éteintes (J'ai sorti ma frontale !) totalement vide, guichets ouverts. J'en ai profité pour tester ma voie de basse dans cette gigantesque caisse de résonance. Du coup, j'aı constaté que ce n'était pas tout à fait vide, puisque le chef de gare s'est pointé, attiré par cette voix étrange dans une langue inconnue. Vu qu'il parlait un peu anglais, il a pu me fournir les renseignements que j'étais venu chercher, à savoir que le prochain train pour l'Iran passe le 27.02 à 21h00.

 


Et bien, ça y est, nous y sommes... Demain je quitte la Turquie pour l'Iran, et, dire que je suis impatient est un très bel exemple de ce que les professeurs de français nomment « euphémisme ». Voici donc le dernier article que je vous poste de Turquie. A ce propos, comme je vous  l'ai dit, je ne peux pas bouger à cause de mon pied, donc du coup je n'ai rien de mieux à faire que de vous raconter ma vie. Néanmoins, il va de soi que je ne vais pas vous pondre à chaque fois des romans comme ça, hein !

 


Et bien, comme on dit par le pays, Gulé Gulé, famille, amis, amoureuses et ınconnu(e)s Terrien(ne)s francophones !

 

 
Publié à 08:58, le lundi 26 février 2007, Van
Mots clefs : PalandokenSkimountains


Que d'aventures

21:33, lundi 26 février 2007 .. Publié par Merhaba,
Tu as encore passé beaucoup de temps à nous narrer tes aventures par le menu. A te lire, on a l'impression que tu inventes tous ces épisodes tellement ces évènements sont inattendus pour un pauvre occidental de base. Par rapport à ce que nous vivons ici, c'est exaltant ! Il était temps que tu découvres l'intérieur de l'habitat turc, la vie de famille, et ces réunions familiales avec une hospitalité qui est la règle dans ces pays.
Pour le ski, je te rassure : tu n'aurais sans doute pas été plus content au Lioran, la neige n'étant pas vraiment au rendez-vous. Dans mon jardin, je n'avais jamais vu autant d'eau, avec des sources qui ressortent et qui m'inondent de partout. Tu m'as entendu râler pendant des années sur ces captages d'eau qui ne fonctionnaient pas bien. Maintenant, je me plains plutôt qu'il y en a trop.
Retour à ton voyage : quelles sont tes prochaines étapes, qu'on puisse voir ta route un peu en avance pour nous renseigner sur les particularités que l'on pourrait t'indiquer ?

Gule, Gule,
Bernard

YEAH MAAN!

23:55, lundi 26 février 2007 .. Publié par jah gab
Yo c'est trop chanmé. T'ecris super bien, et c'est super cool de te voir y prendre ton pied... Jsuis trop jaloux!!
Profite bien de cette aventure, et rapporte nous-en un peu de philosophie orientale...
PS: T'as vu comme TOUS les chauffeurs de bus roulent comme des oufs!!
Allez, Ciao!

Et les bains turcs?

00:21, mardi 27 février 2007 .. Publié par Mam' la vraie
Les douches semblent difficiles à trouver, et les bains turcs, s'arrêtent-ils à Istanbul?
Ton histoire de "bus fou dans les prairies turques" confirmerait plutôt que ce moyen de locomotion n'est pas le plus sûr... Je vois que tu as eu un commentaire à ce sujet!

Question : Que pensent les jeunes Turcs de l'Europe? s'expriment-ils sur le sujet?

C'est maintenant le départ pour l'Iran, et j'espére que l'accés à Internet te sera aussi facile qu'en Turquie, que tu pourras continuer à nous faire vivre tes aventures, et surtout à garder le lien.

"Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité" (St-Exupéry)

14:11, mercredi 28 février 2007 .. Publié par Sol
Salut cousin,
Tes récits sont vraiment passionnants. Merci de nous faire partager tous ces moments ordinaires et extraordinaires qui nous font sortir du quotidien.
Et tes photos sont pas mal non plus !!!

Bon vent en Iran !

tout le cantal en force avec toi

14:33, jeudi 1 mars 2007 .. Publié par Piscillia
Au hasard des rues notre "guite" et "minoux" m'ont appris ton formidable voyage...me voila donc embarqué dans ton aventure et comme a ton habitude l'ecriture est géniale , on s'y croirait!
gros bisous et profite bien!
ps:biz de sandrine et sophie

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en chantier... Désolé !




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From the Regale internet Inn Hotel, Lahore
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1386 l'annee du rire et de la bonne humeur perse !
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