Trecks and road-trip in northern areas
Ishpata baba, Ishpata Baya !!
Et bien, il s'en est passé des trucs depuis la dernière fois que j'ai déposé quelques mots sur cette page... Depuis Karimabad on a fait un saut à Passu, un village haut perché sur la Karakoram highway, à 30 km de la frontière chinoise. De là, retour à Gilgit via Karimabad, où l'on s'est degotté une jeep pour faire la route qui relie Gilgit à Chitral, via le Shandur pass. Puis, après trois jours à Mastuj dans la Guesthouse de notre pote Khalid, on a passè une grosse semaine dans une famille Kalash à Guru, Birir Valley... Allez, je vous raconte tout ça...
PASSU
Nous sommes les deux seuls "clients" de la guesthouse... Celle-ci est très charmante, en contrebas du glacier géant de Passu. Maxime qui n'est pas encore hyper-familière avec la haute montagne me demande, inquiète, si le monumental bloc de glace ne risque pas de se décrocher et d'aplatir la modeste bâtisse... Le cadre est magnifique... Des glaciers en vue à quelques heures de marche, et, plus près, des énormes massifs couleur caramel qui se finissent en d'innombrables pointes, comme de la dentelle de pierre (ou des cathédrales naturelles - dixit Lonely-planet. En arrivant, on se fait une petite ballade dans le lit de la rivière, histoire de s'extasier un peu sur les cailloux multicolores et autres pierres précieuses...
Le lendemain. on a prévu une marche, de l'autre côté de la Passu river. Une journée de marche qui nous amène à découvrir un "village d'été", accessible uniquement à pieds. Pendant que les hommes s'activent aux travaux des champs, les femmes portent sur leur dos d'énormes fardeaux, les vivres et l'outillage nécessaires à leurs maris. Pour atteindre Zarabad depuis Passu ou Hussaini (le village d'hiver), il n'existe que deux ponts... Si on peut appeler ces câbles tendus et comportant une planchette tous les mètres cinquante un pont ! Feel like Indiana-jones - dixit toujours le Lonely Planet... Je dois dire qu'il y a de ça ! Le moindre coup de vent transforme la structure en balançoire géante, à quelques dizaines de mètres au dessus du torrent qui gronde toute la puissance de ses remous et rapides... Moi, je ne suis pas non plus hyper à l'aise là-dessus... Maxime un peu plus, et les locaux te traversent ça comme s'il s'agissait du passage clouté en bas de chez toi... Il faut voir ces femmes traverser les ponts et progresser avec agilité sur le chemin creusé à même la falaise qui ne fait pas quarante cm de large, toutes chargées qu'elles sont de leur fardeau qui fait vingt kg au bas mot... Après sept heures de marche, on se pose le long de la KKH pour faire en stop les 10 bornes qui nous séparent de la Guest.
Le lendemain, une autre ballade doit nous faire découvrir de près le glacier qui brille au dessus de nos têtes... Sauf qu'à cinq heures du mat, Max n'a pas la motiv de sortir du plumard, et moi pas celle d'insister, je me lance donc tout seul sur ce que les guides décrivent comme une ballade éprouvante mais sans difficulté majeure. Le glacier qui avait l'air si près ne l'est pas, en fait... Après trois heures de marche, je m'approche juste des premiers seracs. Ce truc là est monumental, rien de comparable en taille en Europe... A un endroit je me plante de chemin, et me retrouve en face d'une moraine glaciaire qui descend à pic sur des centaines de mètres : Pas moyen d'aller plus en avant ! Une vingtaine de mètres plus haut, je vois le chemin, et je pars à l'assaut d'une coulée basaltique qui n'est pas vraiment verticale et offre de nombreuses prises faciles. J'en suis là de mon "ascension" de fortune lorsqu'il se met à neiger... Flûte et reflûte... D'habitude, j'aime bien la neige qui tombe, mais là, je suis pas dans une position des plus confortable, bloqué sur un rocher, à quelques mètres en dessous du chemin... Heureusement, un berger redescend de la montagne pour cause de mauvais temps, me jette un bout de corde et me hisse. Nous redescendons ensemble...
Nos vivres sont épuisées, et vu que sur place il n'y a rien, ciao Passu ! On fait du stop sur la pluie le long de la Karakoram Highway... Une heure plus tard, premier véhicule dans le sens de la descente, une sorte de fourgonnette chargée de ferraille, on prend ! À vrai dire on est pas trop fiers, tassés sur le plateau du tacot avec les tiges et plaques de fer... Surtout qu'avec la pluie, la route se change en torrent en de nombreux endroits, et bien que le conducteur soit prudent, la route a l'air glissante... Et puis la montagne qui, par endroit n'est qu'amas de sable et de cailloux semble fondre sur la chaussée. Et puis, évidemment, la crevaison, youpi ! Roue de secours, mais pas de cric dispo... Donc on soulève le machin à bras d'homme en callant sous les lames d'amortisseurs de gros blocs de quartz... Pas trop étonnant, le petit incident, la route n'étant bien souvent pas goudronnée. Et puis, il y a ces énormes avalanches de l'hiver qui font des dizaines de mètres d'épaisseur... En attendant que les travaux de déblaiement soient achevés, une "route secondaire" est creusée jusque dans le lit de la rivière pour les contourner. Tout ceci met les véhicules à rude épreuve !
ETAPE A GILGIT
Le plan, c'est de trouver à Gilgit un transport pour rejoindre Mastuj puis Chitral via le Shandur Pass... En gros, une traversée est-ouest du massif Karakoram, jusqu'à l'indukush, par une route qui ne descend guère au dessous des 2500m d'altitude. Nous avons eu des échos de voyageurs qui affirment que la route est ouverte, que les neiges se sont retirées du col, le Shandur pass, à 4000m d'alt. Lors de notre précèdent séjour à Gilgit, nous avons fait la connaissance de Kayun, un personnage haut en couleur qui m'avait été recommande par Adrien, mon ami French routard... Le monsieur qui a une cinquantaine d'années tient un petit magasin de bijoux, possède une Jeep et une guest-house pour VIP, dont il ne propose les trois ou quatre chambres qu'à ses amis. Alors qu'il avait 16 ans, un touriste espagnol lui a proposé de le suivre en Europe et de bosser pour lui comme cuistot, dans un petit resto sur les plages d'Ibisa. Et puis il a fait des affaires en assemblant des bijoux fantaisies qui ont plu au public. Enfin bref, toute une histoire... Toujours est-il qu'il nous propose de se poser dans sa guest-house, qui ressemble bien à un petit coin de paradis... Jardin fleuri, piscine, toit panoramique (pour observer les étoiles), grande cuisine... Comme vous vous l'imaginez, on se la coule douce une petite journée, avec le pote français Gildas qu'on a rencontré lors de notre précèdent passage à Gilgit.
Le lendemain, on se fait une ballade de 5h sur un waterchannel creusé à même la falaise (encore !), chemin aérien qui offre une vue fabuleuse sur la large vallée. Vu qu'on nous a d'abord envoyés dans une mauvaise direction et qu'on a perdu une heure et demi à escalader en montant puis en descendant un horrible pierrier, on assiste au coucher du soleil depuis le canal (en construction-inachevée-en ruine donc... financé par le gouvernement !). Tout simplement splendide. On the way back, on croise Yacub of Gupis, le chauffeur de jeep qui nous avait précédemment conduits à Boudah. Il part justement le lendemain pour Mastuj,via le shandur pass ! La classe... La location de la jeep+Yacub, c'est 10 000 roupies, à partager entre 4 passagers, ça fait 2500 chacun (soit 30 euros). La somme est exorbitante pour un transport au Pakistan, pourtant on se laisse séduire. D'abord, parce que pour deux photographes amateurs, la location d'une jeep dans un décor hallucinant, c'est le pied. Ensuite, parce que le personnage de Yacub me plait. Ce monsieur de 55ans ultra-dynamique ( en montagne on dirait une chèvre...) qui parle un nombre terrifiant de langues (le China de Gilgit, le Chitrali de chitral, un peu de Kalash, le Pashto d'Afghanistan, le Farsi d'Iran, un Hourdou parfait et un Anglais des plus honorable !!!!!) croit au tourisme de montagne au Pakistan sans en démordre depuis plus de vingt ans. Le prix est élevé, mais ce n'est pas une arnaque. L'essence coûte un euro du litre au Pakistan et la jeep est un gouffre à pétrole. L'affaire est réglée !
GILGIT TO MASTUJ VIA SHANDUR PASS
On ne part pas à l'aube, parce qu'avec Maxime y'a des matins où on n'est pas hyper-reactifs...
La première journée, la route est goudronnée, et va de vallées en vallées à travers de pittoresques villages. A la nuit tombée, on passe la nuit dans une guest-house horrible, d'une saleté inimaginables et aux prix élevés. L'arnaque pure et simple... A part ça on apprend aussi à jouer au Bazar avec Yacub, un jeu de carte avec beaucoup de hasard et un peu de stratégie qui va nous occuper pas mal (trop) de temps dans les jours qui vont suivre. Le lendemain, c'est la fin de la route goudronnée (que l'on ne reverra plus avant une dizaine de jours), et le début de la jeep-road, improbable sentier qui va à travers les restes d'avalanche et les éboulis de pierre, le plus souvent à flanc de falaise bien entendu. On croise des troupeaux de yacks. Il fait froid ! Et oui, c'est la montagne... A part ça je suis malade toute la journée à cause du poulet de cette satanée guest-house... Bref.
Je dois passer un coup de fil, pour m'assurer que la guest-house où nous comptons nous rendre est bien ouverte. Seul téléphone public disponible : le central téléphonique, installation ingénieuse du siècle dernier où l'opérateur demande la ligne à l'huile de coude en actionnant une manivelle, et se connecte à l'autre central en plantant des fiches jacks dans un tableau perforé...
L'arrivée au shandur pass est un instant pictural mémorable... Imaginez les montagnes encore chargées de quelques névés de neige ça et là qui se reflètent dans les eaux calmes d'un lac dont une bonne moitié est recouverte par les glaces. Et à côté du lac, un espace parfaitement plat et herbeux de la taille de trois ou quatre terrains de foot : le mythique terrain de polo où s'affrontent en juillet les meilleurs cavaliers de Gilgit et Chitral devant les dizaines de milliers de pakistanais passionnés par l'événement. Dans deux mois, les cavaliers des deux villes rivales entameront l'ascension du col, de leur côté respectif, pour une semaine de tournoi. Fantastique...
La route qui redescend côté Chitral est vraiment, VRAIMENT défoncée... Ca fait très très peur, j'en oublie mon mal de bide et me cramponne comme les autres aux arceaux de la jeep, qui va, slowly slowly, cahotant sur les cailloux, traversant des avalanches, contournant des énormes rochers qui sont tombés sur la route. Je vous garantis qu'une journée de jeep dans ces conditions est bien plus fatigantes qu'une journée de marche, because les vibrations incessantes, coups de frein, etc... Yacub est extrêmement prudent, et de temps à autres, doit descendre du véhicule pour mettre des cailloux devant la jeep, histoire de stabiliser la route qui a tendance à foutre le camp avec la neige qui fond. Au fait, quand je dit JEEP, il ne s'agit pas d'un abus de langage, mais bel et bien de la bagnole de campagne de l'armée ricaine, modèle seconde guerre mondiale, suspensions à lames, pas de portes, pas de fenêtres... Évidemment le moteur a été changé (et le châssis rallongé), mais la charrette a quand même quelques millions de km dans les essieux...
On finit par arriver à Mastuj, après une dernière montée sur un chemin pire encore que les autres. En haut de la montée, la surprise ! Khalid est là à nous attendre, la clope au bec et sourire-jusqu'aux-oreilles-de--cérémonie. Khalid, ça vous cause ? C'était l'employé du Regale Internet Inn à Lahore, qui bosse toute la saison dans sa gest-house familiale. Retrouvailles chaleureuses... On est VIP... Comme à la maison! A Mastuj, on va passer trois jours a pas faire grand chose, flâner dans les allées du village, jouer au Bazar à l'ombre des abricotiers, et se la couler douce avec Khalid, pakistani's flemme of life. C'est pas si mal... Et puis il faut ca pour se remettre de la Jeep On dit au revoir à notre chauffeur et ami Yacub of Gupi. A propos, un peu plus tard je me rendrai compte que l'homme est cité dans la bible-Lonely-planet comme étant un excellent driver parlant plein de langues et connu dans tous les Northern areas...
KALASH VALLEYS
On passe une grosse semaine dans une valle kalash, Birir, et plus précisément dans le village de Guru. Kalash, c'est quoi ? Un peuple de culture non musulmane, qui vit dans ces montagnes depuis plusieurs milliers d'années (je dis bien), et dont on ignore comment ils sont arrivés là. Certains historiens avancent l'hypothèse de descendants d'une armée mutine d'Alexandre le Grand. Ce qui est sûr, c'est que ces gens ressemblent beaucoup à des européens (yeux clairs, grande taille, teint clair), et que leur langue, le kalash, a une construction de base latine.
Désolé, le temps me manque et je ne peux vous en dire beaucoup plus. Pourtant cette semaine Kalash est bel et bien ce que nous ayons vécu de plus atypique Maxime et moi, et prend dans mon voyage la pole-position des trucs les plus extraordinaires, devançant le train du désert, Baloutchistan Express. C'est pourquoi dans deux-trois jours, je vous ponds un article entièrement consacré à ces kalash valleys et à notre aventure (car c'en est une...) en famille, au bout du monde, au-delà de toutes routes ... Un article pour vous expliquer pourquoi et comment cette semaine va probablement changer toute ma vie (oui, oui...). Pour les impatients d'entre vous, un avant-goût est disponible sous forme de quelques photos (que maxime saisit avec courage au rythme d'une toute les trois minutes -vive l'adsl- pendant que je m'acharne sur ce trop vieux clavier), ainsi que quelques autres images qui témoignent de tout ce que je viens de vous raconter...
Sur cette promesse, je vous laisse, demain nous quittons les montagnes (bouh...) direction Islamabad via un arrêt aussi bref que possible à Peshawar. Mon visa se finit bientôt, quant à celui de Max nous nous sommes rendus compte qu'il était d'ores et déjà périmé ! Mais vu que les pakpak sont plus sympas les uns que les autres, on lui a fait une belle extension sans aucun problème. Donc, après cette semaine entre ailleurs et nulle part, nous voila revenus à la civilisation (relative), aux routes goudronnées, et aux ordinateurs connectés au Net...
Donc, donc, des newz kalash très bientôt !
Publié à 16:22, le vendredi 25 mai 2007, Mots clefs :
Commentaire sans titre
22:44, vendredi 25 mai 2007
.. Publié par Mam' la vraie
Enfin un peu de lecture.
A te lire, on comprend que tu aies bien mieux à faire que de retrouver les cybercafés pour te connecter et que ce soit difficile de rejoindre "l'autre" civilisation.
Ce peuple Kalash a l'air vraiment incroyable, mais j'ai aussi vu que, entre l'influence de l'islam de par sa proximité, et le tourisme, sa survie était malheureusement bien menacée.
Bravo à Maxime pour les photos, même avec du numérique on arrive à faire parler les images..un peu d'angoisse pour moi, tu t'en doutes, lorsque je vois l'étroitesse des sentiers montagneux, et ne parlons pas du pont suspendu!
Tu nous intrigues avec les dernières lignes, nous avons tous hâte d'en savoir plus et les photos ne font qu'aiguiser davantage notre curiosité.
Du rêve et des boutons
10:52, samedi 26 mai 2007
.. Publié par berver
Que vos photos sont belles et donnent envie ! Ton récit sur les routes est surprenant, surtout la 1ère fois que tu dois voir disparaitre la route sous un amas de cailloux ou de neige. On se rend compte que le temps n'existe pas dans ces pays et j'imagine que cet intemporel te plait bien. Nous sommes effectivement tous dans l'attente insoutenable de savoir quelle révélation tu as eue qui doit changer ta vie. Ne nous fais pas trop languir sur ce point.
Les photos montrent des paysages de rêve qui correspondent bien à ce que je m'imagine dans cette région du monde. La seule chose qui détonne, ce sont les boutons qui sont eux universels et pas très beaux à voir. Vivement qu'ils ne soient plus dans le paysage.
Bonne continuation, nous sommes de tout coeur avec toi.
C'est déjà la fin du mois de mai !
13:55, mardi 29 mai 2007
.. Publié par Sol
Salut cousin !
Ca fait plaisir d'avoir de tes nouvelles, et surtout des nouvelles aussi passionnantes, à nouveau !
Tes photos sont encore et toujours magnifiques et détonnantes. Le seul point que je ne t'envie pas, ce sont les boutons !!!
Ici tout va bien, c'est la fin des ponts de mai, et la routine quotidienne est de retour, sauf que j'ai enfin mes billets pour la Jordanie cet été, et que j'ai super hâte de partir ! Mon nouveau livre de chevet et de métro est un guide sur ce pays, dans lequel tu ne passeras pas. Je pourrais à mon tour te faire découvrir une nouvelle contrée !
A+ pour de nouvelles aventures
Sol
Emerveillée!
19:43, mardi 29 mai 2007
.. Publié par Françoise V
Salut mon neveu!
Et oui, je suis émerveillée par la qualité de ton récit qui tout à la fois nous fait rêver, nous apporte plein d'information et nous réjouit par son style toujours plein d'humour et de poésie ; et par tes photos ( ou celles de Max ?) . Elles sont SUBLIMES !!! Merci !
En plus des qualités d'écrivains, tu as l'oeil du photographe !
Vivement la suite .......
quel voyage!
22:21, mardi 5 juin 2007
.. Publié par geneviève
Oui, quel voyage étonnant! Aquand la suite de vos aventures? Nous l'attendons avec impatience et gourmandise. Je me demande quel homme tu seras au bout d'un an d'une vie si intense... A bientôt j'espère
aux lecteurs
15:59, jeudi 7 juin 2007
.. Publié par Christophe
Toujours trop peu de nouvelles depuis qu'ils étaient sur le chemin de Lahore pour passer la frontière indienne qu'ils comptaient franchir il y a deux ou trois jours.. Quelqu'un parmi les lecteurs a-t-il des nouvelles plus récentes? Faites des enfants...
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en chantier...
Désolé !
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