Le train du toit du monde (bis - pour de vrai)

Bonjour à vous les cheminots... et les autres aussi, of course !


J'y pense : hier j'ai été faire un petit tour dans le "Maglev train", un train à sustentation magnétique, qui, ma foi, se trouve être le transport guide terrestre le plus rapide au monde ! Dans chaque voiture, il y a un petit écran pour que les voyageurs puissent se rendre compte, et le fait est là : accélération jusqu'à 431 km/h. Ouhaouh... Ca décoiffe, croyez-moi. 7min et des poussières pour parcourir 30 km entre Shanghai et l'un de ces aéroports internationaux. Quoi ?? L'aéroport ?? Et bien non, de toute évidence, je n'allais pas à l'aéroport pour prendre l'avion, mais simplement pour... Faire un aller-retour à bord du magnet-train, comme la majorité des gens qui utilisent le bolide à rallonges. Du coup, ça ne "fait pas très réel", dans ce sens ou ça ressemble plus à un train touristique qu'à un projet industriel pratique. D'ailleurs, certains panneaux indiquent même "Maglev demonstration train". Il paraît que le petit tronçon de trente kilomètres serait une expérimentation grandeur-nature de cette technologie germano-chinoise, et qu'une vraie ligne de plusieurs centaines de km sera peut-être construite par la suite. Enfin...

Toujours est-il que, au moins sur le papier, ils se démerdent plutôt bien, les chinois, d'un point de vue purement ferroviaire, avec la voie ferrée la plus haute du monde et le tronçon commercial le plus rapide au monde ! Bienvenue en Chine où tout est possible, l'argent ne coûte pas cher et une main d'oeuvre docile se trouve en abondance... Allez, on se retrouve à Lhassa, on remonte de quelques semaines en arrière.

Emprunter ce train, j'y pensais depuis le début, depuis que je traçais au crayon à papier une grande boucle en Asie sur une carte du monde. En effet, l'été qui précédait mon départ, je lisais dans La Vie du Rail (que je recevais à titre gratuit et obligatoire en tant que chanceux jeune - embauché à la SNCF) que les chinois l'avaient finalement fait, et que, au moins techniquement, ça fonctionnait : Lhassa, légendaire capitale du Tibet, cachée - perchée au milieu des immenses plateaux himalayens à presque 4000m d'alt était dorénavant reliée par voie de faits et par voie ferrée à la capitale de l'Empire Chinois, Beijing (Pekin).

Sur place, tout commence un peu avec un coup de chance... Je demande le prix du ticket à plusieurs agences, qui me sortent des prix qui, me semble t-il, sont complètement démesurés au regard du pouvoir d'achat des chinois "classe moyenne", largement plus cher que l'avion ! Évidemment comme d'habitude on me dit qu'au guichet de la gare, blablabla pas de vente directe aux étrangers, pas de personnel anglophone and stuffs. Donc, bien évidemment, je me rends sur place. La queue au guichet est conséquente ;  par chance un tibétain marrant et Anglophone, en début de ligne, me fait signe d'approcher et me propose de servir de traducteur, j'accepte volontiers, et grille les 4/5 de la queue... Je me renseigne sur les prix des différentes classes : Hard-seat, Soft -seat, hard-sleeper, soft-sleeper 2 et soft-sleeper 1. Les places assises ne coûtent à peu près rien pour l'occidental fortuné que je suis, néanmoins j'ai bien reçu le message de certains voyageurs qui ont expérimenté les 47h en hard/soft seat, une vision de l'enfer parait-il, je m'abstiens et opte pour le Hard-sleeper, qui est à un prix vraiment raisonnable aussi : environ 90euros pour plus de 4500 km, cool. Je souhaite partir dès que possible, mon traducteur traduit, la préposée aux tickets tickette, je paye mon dû, et la guichetière lance un truc au haut parleur, comme par magie je vois plus de la moitié des membres composant la queue tourner les talons, mon ami sourire, et, lui aussi s'apprête à partir. Après traduction, je comprends que l'ultime place pour le train du 18 Septembre vient de m'être vendue; le T28 annonce désormais "complet". Donc, normalement, ce cher tibétain qui m'offre son assistance aurait dû être l'heureux gagnant de ce dernier billet, je m'excuse, un poil gêné par cette bonne fortune tout de même, mais mon homme prend la chose avec philosophie ET avec le sourire, on se boit un thé, partageons une paire de clopes, encore merci, et puis voilà !

Le 18 Septembre au petit matin, j'allais donc découvrir le train le plus haut du monde, mais également expérimenter pour la première fois les chemins de fer chinois. Aujourd'hui, grosso-modo un mois plus tard, je suis un habitué : plus de 10 000 kilomètres au compteur sur les rails chinois ! Première surprise : En chine, on ne pénètre pas dans un train comme dans un moulin ou comme dans un TGV : Les bagages passent aux rayons X, et tous les passagers doivent obligatoirement patienter dans une "salle d'embarquement" digne d'un aéroport international, en attendant l'ouverture de la porte qui donne sur le quai. J'en profite pour remplir un petit papier que l'on m'a remis en même temps que mon billet, sur lequel je doit déclarer que mon état de santé me permet de voyager pendant plusieurs heures en haute altitude, à plus de 4000m. Après le tour de l'Annapurna, je n'ai plus le moindre doute là-dessus.

La gare de Lhassa est titanesque, pas autant que la gare de Lyon, certes, mais Lhassa ce n'est pas non plus Paname true ? Un tel monument pour... Une ligne, voie unique, un train voyageurs par jour et par sens, cela me semble très optimiste. Mais optimiste, il faut que les chinois le soient, s'ils comptent mener à bien leur projet : relier le pays à l'Inde via Katmandu, Népal avec une paire de rails. À savoir que le Népal, ce ne sont pas les hauts plateaux almost flat sur lequel est posée la voie au Tibet. Non, la partie Sud de l'Himalaya est un terrain très accidenté, et la future voie ferrée devra jouer les "montagnes russes" sur des pentes conséquentes, pour aller de fond de vallées profondes en cols d'altitude. Bref, Katmandu railway station, à mon avis c'est pas demain la veille, mais méfiance, tout de même : avec les chinois tout peut aller si vite !

Aprés quelques minutes d'attente, une voie-suave-standard-gare nous annonce en Chinois, en Tibétain puis en Anglais que Youpi ! les voyageurs sont priés de gagner les portes d'embarquement, et la foule se lève pour s'exécuter, d'un commun accord.

Le personnel d'accompagnement du train est très féminin et très nombreux. Devant chaque porte d'accès de chaque voiture, il y a un agent (ou une), dans son uniforme impeccable et, fait étonnant, au garde-à-vous. Le dit (ou la dite) agent ne quittera la position consacrée uniquement pour saisir le billet qu'il faut présenter avant de monter dans la voiture.
Me voici à l'intérieur. Évidemment, le matériel est complètement neuf, du coup ça a l'air d'être plutôt de la bonne cam, en tout cas c'est joli. Au sol, dans les couloirs, de grands tapis bien moelleux qui incitent à aller pieds-nus. Les couchettes n'ont rien, mais alors rien à envier à celles de nos corails Lunea, ce ne sont pas des banquettes en simili-cuir mais de vrais matelas, avec de vraies couettes épaisses et de vrais oreillers bien rembourrés. Ca, c'est une bonne nouvelle, parce qu'à vrai dire... La classe sleeper, c'est definitly prévu pour dormir, et point final. Je veux dire : les cabines, si belles soient elles, ne sont pas prévues pour être modules, ce qui fait que les heureux propriétaires d'un ticket couchette n'ont pas de siége pour s'asseoir, nulle part, et donc n'ont à peu près d'autres choix que de se tenir horizontalement...
Avant que le train ne s'envole vers les sommets, je décide de faire un tour sur le quai, histoire d'observer un peu les caractéristiques des véhicules... Les wagons sont aux standards internationaux, 23.5m sur deux boggies, le tout apte à la vitesse de 160km/h. Le train est immense, il y a, je crois 23 voitures et, en tête, une paire de monstres au diesel. Ca ressemble comme deux gouttes d'eau à de la came américaine, acquisition ou contrefaçon ? No idea. Je me rappelle avoir lu que les loco emportent, en plus de la réserve de carburant, une réserve d'oxygène pour satisfaire les proportions des gaz dans une atmosphère appauvrie en O2. Je note aussi que toutes les vitres sont très larges et très, très propres, et quelques minutes avant le départ, une armée de fourmis-nettoyeuses est encore en train de frotter. Pendant ce temps, les chinois, comme à leur grande habitude, se photographient joyeusement dans toutes les positions avec, en arrière plan, le fameux "train du toit du monde" en gare de Lhassa.
Et puis, le départ approche, nous sommes invités à regagner nos voitures, les hôtesses en uniforme retirent les passerelles recouvertes de tapis rouge précédemment installées entre les véhicules et les quais.

Mais où sont les tibétains ?? pas dans mon compart, pas dans ma voiture, ni dans celles attenantes. Pas Un. La population est composée en exclusivité de chinois et d'occidentaux, et la plupart des voyageurs sont rivés aux fenêtres, appareil photo ou caméra en main.
Je comprends que le train a, entre autres probablement, mais assurément une vocation touristique. D'ailleurs, le billet d'avion Pekin - Lhasa ne coûte guère plus cher qu'une place en Sleepers, donc il faut être un minimum amoureux du train pour faire ce choix, ou amoureux at least des paysages himalayens. Tout ceci, je me le dit "à première vue", je découvrirai par la suite que je suis assez loin de la vérité, en fait... En classe Sleeper, il y a des bouches à oxygène, soit disant pour compenser le manque d'oxygène dans l'air, aux alentours des 5000m. Les voitures sont sensées être pressurisées, je me permet d'affirmer que cela est faux, puisque il est possible d'ouvrir les fenêtres dans les toilettes.
Comme les autres, je fais les photos qui vont bien (du moins j'essaye, car mon pauvre appareil subit toujours les conséquences d'un nettoyage qui a tourné à la destruction. Je n'ai toujours pas développé les vues, mille fois pardon, fidèles lecteurs !), et je sens une lassitude, flemme du corps et de l'esprit m'envahir progressivement. Je remarque que, curieusement, les autres voyageurs sont également un peu au ralenti, et même que la plupart d'entre eux sont étendus sur leurs couchettes, alors qu'il est 9h du matin. Irrésistiblement, je me dirige également vers ma couchette. C'est là que je comprends d'où vient cet endormissement, plutôt cet engourdissement général : l'oxygène... Au niveau de mon oreiller, il y a deux bouches d'oxygène, et pshhhhhh... le précieux gaz n'en finit pas de s'échapper. Quelques jours plus tard à Pékin, je revois le fameux film "Fight Club" dans lequel Brad pitt suggère que les masques à oxygène, dans les avions, sont là pour shooter les passagers et les faire se tenir tranquille in case of emergency... Bien sûr c'est du cinéma, mais après coup, le train du toit du monde me fait un peu cet effet, et tant que je n'aurais pas trouvé comment fermer ces vannes-à-sommeil, et bien... je vais en écraser ! C'est un peu dommage parce que je rate les somptueux paysages, et pratiquement l'intégralité des 600km de voie posées sur le permafrost.

Les paysages, justement, sont somptueux, et je n'ai pas encore observé l'Himalaya sous cet angle. Figurez vous que la voie ferrée est construite sur des hauts plateaux, parfaitement plats, et donc ne ressemble en rien à une voie sinueuse et pentue comme on pourrait l'imaginer en montagne, pas de tunnel ou de viaducs, ou si peu. Sur un tronçon de plus de cent kilomètres, la voie est même complètement droite, je l'observe se perdre dans l'infini depuis la fenêtre du wagon de queue. Aux alentours de 5000m d'altitude vous disais-je , et par-ci par là, on aperçoit des "collines", si j'ose dire, complètement recouvertes de neige. Je dis des collines parce que même si les sommets des reliefs sont à quelque 6000 m, me trouvant déjà à cinq mille sur un terrain plat, elles ne sont pas si impressionnantes par leur taille. Par contre, elles le sont par leur majesté, recouvertes de neiges tous les jours de l'année. En effet si, à 5000 m il n'y a pas de neige en été (le permafrost, ce n'est pas des glaciers comme je le croyais bêtement au début, simplement un sol, un peu terreux, un peu caillouteux et même avec une végétation rase, qui ne dégèle jamais), à quelques centaines de mètres plus haut on pénètre le domaine des glaciers et des neiges éternelles... Vous dire si c'est magnifique... Le temps est parfaitement clair, l'horizon dégagé semble si lointain et ces monts tout blancs et brillants qui rompent avec la monotonie des plateaux me font penser, une nouvelle fois, au "domaine des Dieux", interdit aux Hommes (trop frileux). Si paisible... Quelques troupeaux de yaks profitent également de la paix et de la beauté du paysage, mais je me demande bien ce qu'ils bouffent, sans doute un truc du genre "esquimaux a l'herbe"... Anyway...

Quand, finalement, je parviens à couper l'oxygène, je décide de partir un peu en exploration dans le train, qui comporte tout de même environ 450m linéaires de couchettes, couloirs, fauteuils, et la fameuse voiture-bar. Après quelques voitures de sleepers, j'arrive à la voiture restaurant, et au-delà de celle-ci se trouvent les soft-seats, puis les hard-seats. J'ai alors le plaisir de comprendre qu'une fois de plus, je n'ai rien compris... Et oui, les tibétains sont là, plus vivants, bruyants et bordeliques que jamais ! La classe soft-seat de ce train, c'est un truc a voir. Les bruits, d'abord. Tout le monde parle très fort, ceux qui jouent aux cartes gueulent purement et simplement. Les haut-parleurs diffusent également un truc en continu, et en noichi, et trop fort. Je comprends qu'il s'agit d'un spectacle d'humour puisque aux cris des bébés et aux sons monotones des jeux électroniques il faut encore ajouter celui des fou rires que déclenche le texte diffusé (en boucle, cela va de soi. Il y a aussi : une reprise de "la lettre à Elise à la guitare classique, et une reprise sino-Hip-jpo de accrochez vous bien : « frère Jacques » !!!! Une horreur). Pour en finir avec les bruits, il y a comme un slurrrp continu : il s'agit de l'opération d'avalage des Noodle soup, qui constituent l'alimentation de base et la moins chère à bord du train. Visuellement, c'est aussi très amusant, très coloré, extrêmement bordélique... Il y a des gens de tous âges, du bébé au pépé, et dans tous les sens. Quelques groupes de moines tibétains, aussi qui flashent dans leurs tuniques oranges et tentent de résister à l'envie de taper le carton. Certains essayent de dormir au milieu de l'allée centrale, et se font réveiller à coup de pieds au passage de la vente ambulante. Assurément, il n’y a pas d'oxygène en classe assise, la plupart des voyageurs sont bien réveillés, et je vois mal comment il pourrait être possible de dormir, ne serait-ce que cinq minutes dans ce bazar de première catégorie. Les deux stewards affectés à la voiture travaillent énormément, bien plus que dans les autres voitures, et font des allers-retours continus équipés de gros sacs poubelle pour tenter de ramasser au fur et à mesure tout ce qui est jeté sur le sol. Les énormes sacs en plastic noirs s'entassent progressivement sur les plates-formes, et, en arrivant à la gare intermédiaire dont j'ai oublié le nom, les déchets ainsi emballés occupent, et c'est proprement hallucinant, tout l'espace devant les portes, du sol au plafond.
Il faut les décharger avant que qui que ce soit ne puisse quitter le train. Évidemment, la scène pittoresque de la soft-seat class m'amuse beaucoup, je fume quelques cigarettes et m'amuse avec les gamins, mais je dois avouer que 47h là-dedans, il y a de quoi devenir fou... Tout au moins est-il, pour un occidental, strictement impossible de trouver le sommeil; le fait sera confirmé par Awa et Aneysa

Awa et Aneysa ne passent pas vraiment inaperçues, puisque étant françaises d'origine maghrébines et africaines, ça ajoute une touche de couleur à l'ensemble. On se rencontre au petit dej en voiture restaurant, et dès ce moment-là on peut dire que j'ai deux nouvelles charmantes compagnonnes à bord, et pour mes premiers jours à Pékin. (on ira même se faire un petit tour ensemble sur la grande muraille, la classe ! Et, justement, les deux françaises voyagent en classe assise, elles, donc autant vous dire que la fatigue se lit sur leurs visages.
On repère un compart qui est vide, et nous nous y installons pour un temps. Le staff ne semble pas avoir remarqué quoi que ce soit... Si bien qu'au bout de quelques heures les deux filles finissent par rapatrier leurs affaires. Apres coup, elles auraient dû en profiter pour dormir un brin puisque évidemment, lorsque le train s'arrête pour dechargenent-chargement de passagers, une famille chinoise au grand complet se pointe pour occuper l'espace. On assiste alors à une scène un peu surréaliste, puisque assurément il n'y a pas suffisamment de places pour eux ET pour nous dans ce compart, mais la famille nous ignore, et ils commencent à s'engueuler entre eux. On regarde, un peu amusés, et le ton monte, on les voit se montrer leurs billets, gesticuler, mais pas un regard ne nous est adressé. Le ton monte progressivement, et finalement Aneysa et Awa considèrent à un moment que la plaisanterie a assez duré, récupèrent leurs sacs a dos et se dirigent vers leurs anciens siéges, qui, bien évidemment sont dorénavant occupés par une tibétaine qui a profité de l'aubaine pour s'allonger un peu. Mes deux amies ne dormiront pas du tout pour les 47 heures, bien qu’ayant fait preuve de beaucoup d'imagination :
la galerie à bagage a l'air pas mal, mais les barres chromées qui la compose sont trop raides. Une tentative sur le sol, mais trop dangereux : de nombreux liquides douteux risqueraient de s'incruster sur un mauvais mouvement du train.

Finalement, après les premières 24h, quand l'altitude devient raisonnable une fois l'oxygène coupé, la vie à bord est assez dense. Il y a toujours de nombreuses personnes scotchées aux vitraux armés de leurs boites à images, le wagon restaurant ne désemplit pas. D'ailleurs, l'une des fenêtres du dit wagon a explosé (pour sa partie extérieure) en mille éclats, l'accident fait l'objet de nombreuses spéculations. Ca picole pas mal à bord, la bière n'est pas chère. J'essaye d’acheter une boite de noodle-soup au comptoir, juste pour réaliser que le personnel du restaurant n'est pas vraiment friendly, et surtout ne fait aucun effort pour me comprendre. Pourtant, ce que je veux n'est pas compliqué, la même chose que les autres ! Au final ça me prend bien une demi-heure, à faire des mimes (je me rends compte ensuite que, comme parfois en Chine, mon interlocuteur fait semblant de ne pas comprendre l'anglais, le petit malin...), à gesticuler, à subir les moqueries gratuites, mais bon, ça me fait un petit exercice de patience supplémentaire...

Avertissement : Si vous n'êtes pas un minimum cheminot dans l'âme, le paragraphe qui suit sera sans doute du charabia incompréhensible, vous etes autorisés à zapper pour vous rendre directement a la conclusion...

.............................................................

Je constate lors de ce premier voyage à bord d'un train chinois que les trains, en Chine, sont à l'heure, et même à la minute et à la seconde, cela se confirmera à chaque fois par la suite. Les 4350 km sont parcourus en 47h précises, comme prévu. A vrai dire, le trajet se décompose en deux parties : tout d'abord les 1500 km (distance approximative : je viens de mesurer sur une carte avec la largeur de mon pouce pour centimètre - étalon) de voie nouvelle entre Lhassa et Xining, une seule voie - banalisée non électrifiée (pour les intimes) comportant, à intervalles de dix km environ, une voie d'écart pour croisement. Peut-être la plus longue voie unique au monde ?
Sur cette portion, le train ne dépasse guère les 100 km/h. Puis, à Xining, on sort les poubelles, on remplit les réservoirs d'eau, et on change la paire de diesel pour une électrique, pour 3000 km à 160km/h jusqu'à Pékin. J'ai le loisir d'observer un peu les opérations techniques d'escale sur le train, juste pour constater que, comme le matériel roulant, tout est très moderne. La signalisation est intégralement lumineuse, Les opérations de manoeuvre se font toutes à la radio, et les aiguilles manoeuvrables à pied d'oeuvre sont inexistantes. (Soit dit en passant : Vous prenez cette dernière phrase et changez chaque élément par son contraire, et voilà une idée à peu près réaliste des chemins de fer indiens : Signalisation par sémaphores mécaniques, toutes manoeuvres aux drapeaux, la plupart des aiguilles à pied d'oeuvre ou, au mieux, actionnées depuis un poste à leviers et tringleries full mecaniques ... Très surprenant, pour le réseau ferré le plus long au monde ! Je signale aussi que la compagnie des chemins de fer Indiens, avec 3.5 millions d'employés, est tout simplement... la plus grosse entreprise au monde !)

Mais revenons-en à la chine ferroviaire post-moderne. Comble de la modernité : la température des boites d'essieux est mesurée à distance et systématiquement, à l'aide d'un dispositif équipé d'un laser... Jamais vu ça auparavant, dans ma jeune carrière cheminote. Et vous ? De très nombreux agents semblent être affectés à la sécurité ferroviaire, et portent tous des uniformes spécifiques. La sécurité a l'air d'eêtre très aboutie (mais restons méfiants : la Chine est la Mecque de la contrefaçons), c'est très moderne je le répète, et finalement la seule différence notoire avec les réseaux européens résident dans les effectifs. Pour sûr, la mode n'est pas encore à la réduction.
Prenez le personnel d'accompagnement, par exemple. En France, sur un TGV, peut-être une équipe de 3 a 6 contrôleurs, le conducteur, deux mecs à la voiture restaurant, un gars à la vente ambulante (qui ne sont pas des cheminots à proprement parler, qui plus est), et pour faire joli je rajouterai deux agents en formation, et trois membres de la Suj ("police ferroviaire"), puisque assurément, nous vivons dans un pays dangereux. Donc, en comptant très, très large, nous voici à 15 bonshommes. En Chine : deux steward – contrôleurs - entretien par voiture (et quatre pour les sleepers haut de gamme), une dizaine de cuistots, autant à la vente ambulante, une dizaine de policiers - ferrés, quelques agents techniques embarqués (je ne sais pas combien mais au mois 5, mettons), trois conducteurs en relais et nous voilà avec un équipage comprenant entre 80 et 100 people, tous dans leurs uniformes différents ! Wouahou... très impressionnant, tout ce petit monde qui s'agite pour faire vivre un train, de l'intérieur...

................................................

Et bien, hopefully, ce petit voyage à bord du train du toit du monde vous a plu autant qu'à moi... Un petit mot quand même sur les enjeux sociaux d'une telle ligne.
A vrai dire, du point de vue du pur transport, rien ne justifiait la construction d'un tel ouvrage, à savoir que l'avion coûte à peu près le même prix, et qu'il existe des bus pour ceux qui ont un budget très limité, bus parfaitement capables d'absorber un tel trafic, ma foi relativement faible.
De nombreux tibétains s'opposeront (secrètement, évidemment), dans le principe, à la construction d'une telle ligne, qui pour eux signifie un pas de plus vers une colonisation totale, par l'aménagement du territoire. D'autres, plus pragmatiques, y furent favorables, espérant ainsi que le train apporte avec lui les bienfaits du développement en termes économiques. Je pense que l'ouvrage reste très intéressant du point de vue du transport de marchandises, vu qu'à Lhassa la production industrielle est à peu près nulle, et vu que  tout est "importé", depuis la Chine et le Népal. Voilà une opportunité donc de transporter des masses plus importantes, moins chère, plus propre.

Je n'ai pas vraiment d'"opinion" sur le bien-fondé de la ligne, les uns et les autres ont sans doute tort et raison, comme d'hab, et puis tout ça est trop complexe. Dans l'immédiat, je ne pense pas que les rails puissent réellement rendre les tibétains plus malheureux, ils constituent un atout touristique, et même si je reste on ne peut plus critique sur les méfaits du tourisme de masse international, je pense qu'au Tibet toutes relations entre la population locale et des personnes autres que les Chinois ne peut être que profitable à la région.

Ainsi soit il.

Prochain épisode à paraître : A tale of three megalopoles - Bejiing (Pekin), Hong kong, Shanghai.

Plein de bonnes choses à vous....
 


Publié à 10:02, le vendredi 19 octobre 2007, Tibet
Mots clefs : -LhasatrainTibetPekin


transportée....

15:28, vendredi 19 octobre 2007 .. Publié par fatihette
....je le suis dans ce train dont je ne connaissais point l'existence, 47 heures kamême....
.
un Train qui t'a emmené vers une population, une culture tout autre....et dont l'avis ne tardera point...je le sens.... en tous cas j'ai hate de lire la suite, afin d'en savoir un petit peu plus...

Les photos de hong-kong sont magiques...

passionnantes...

18:10, dimanche 21 octobre 2007 .. Publié par Anonymous
que ces expériences dans les trains chinois, cela donne vraiment envie, et puis ces paysages et ces rencontres, merci encore pour tout ce temps que tu passes à nous raconter, vraiment c'est très prenant et on apprend tout plein de choses et cela donne envie de bouger !
Amicalement
Iann's Mom

Impressionnant ce train !

17:34, lundi 22 octobre 2007 .. Publié par Sol
Finalement, l'oxygène dans le train c'était pour ne pas souffrir de l'altitude et justement du manque d'oxygène, ou pour calmer les esprits et faire passer le voyage plus rapidement ?
En tout cas, ce que tu racontes sur la modernité des installations ferroviaires est étonnant par rapport à l'image que je m'en faisais. La Chine est donc bien très moderne par certains côtés ! :-) Ce n'est malheureusement pas toujours l'image qu'on en a d'ici...

Pergélisol

22:46, mercredi 5 décembre 2007 .. Publié par PhilH
Notre académie et les québécois préféreraient vraisemblablement ce terme assez chantant, mais permafrost, c'est bien aussi. Non, des crampons à glace pour arpenter la Sibérie orientale, ce n'est définitivement pas une bonne idée. Préférer les bottes. Car contrairement à ce qu'enseignent nombre de nos manuels de géographie, le permafrost dégèle, au moins en surface et dans la journée en été. Gadoue garantie. Les Chinois ne manquent d'ailleurs pas d'afficher leur fierté d'avoir su trouver des solutions à ce problème d'ingénierie ferroviaire. Reste à voir si les choix qu'ils ont fait sauront résister à l'épreuve du temps...

{ Page précédente } { Page 8 sur 47 } { Page suivante }
en chantier... Désolé !




Derniers articles

solitudes transibérinnes hors du temps
La mongolie, c'est... D'la poesie !!
Grand froid, me voilà !!!!
Hors sujet (ou presque) : petit voyage dans le temps.
Bienvenue à Ulaanbaatar, Mongolie. La température extérieure est actuellement de -12 degrés, le soleil vient de se coucher et on devrait atteindre les -25 d'ici une heure ou deux. Wouahou !! Vivifiant
J'enfile trois ou quatre pulls, et c'est parti pour la Mongolie... Youpi !!!
Trust me it's hard to leave the Ucool Hostel, Shanghai...
Le train du toit du monde (bis - pour de vrai)
Soit dit en passant (du côté de Shanghaï, China)
Lhasa
Lhasa - Pekin : 4500 km à bord du T28 le train du toit du monde
Huge landslides on the Katmandu to Lhasa route
Un second depart...
Aventure au Nepal part two : Hiking in the God's gardens
Aventures au Népal part one : cycling in Boudhism mood
KATMANDU !!
Varanassi, bout pasend e... Challo Katmandu, kio nai ?
Great Indian desert
Un ptit coucou de New Delhi
Pélerinage - paisa - ...
Ce n'est qu'un au revoir...
Trecks and road-trip in northern areas
Comme un rêve de gamin II...
Toujours au Regale, mais plus pour très longtemps...
EN VACANCES (pour quelques jours) AU REGALE INTERNET INN HOTEL, LAHORE (!)
From the Regale internet Inn Hotel, Lahore
Un p'tit coucou planqué de Zahedan...
De la part de MonPapa! From my father !
Comme sur des roulettes ! To go like clockwork !
1386 l'annee du rire et de la bonne humeur perse !
Norooze J - 3
Fire jumping, fireworks and funny molotov cocktails
Extreme Tehran !
Premier pas en Iran : meet people in Tabriz
Far-east Turkey
DOGU EKSPRESI, porte moi loin d'ankara !
Ankara : Premieres ımpressions (a chaud)
Jour-blanc sur Erciyes Dagi;
Full tourism day in Cappadocia...
Dernière nuit a Istanbul
Flaneries Istanbuliennes
Good Bye Bulgaria, cocasseries ferroviaires, Hi Istanbul...
On the road again...
Aie, aie, aie...
Bansko ski resort in Bulgaria
C'est parti !
avant le départ : Les enfants de Don Quichotte

Liens

sublastart ! (Salut les potes !)
Les enfants de don quichotte
ABM : l'asso des globe-trotteurs
Les fermes bio worldwide : WWOOF
Votre empreinte ecologique
Hotels bon marche worldwide
Conseils de la diplomatie francaise
LE foum du voyage (francophone)
Hospitalıty Club
SOYEZ JOZé BOVé !!
Rencontres a Istanbul : ce couple fait le tour du monde a velo tour.tk
Waterworldwide : Le site d'adrien le french routard
Le blog de mon pote Yann a Auroville

Amis

kopeto

Newsletter

Saisissez votre adresse email